Pour écrire ses poèmes, la souffrance du poète est-elle nécessaire ?

Entraide scolaire

58 réponses · Page 3 / 3

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.

Musset La nuit de mai
I. Quand la souffrance est source d'inspiration

II. Quand le poète trouve d'autres raisons d'écrire
Sujet: "Et je porte avec moi cette ardente souffrance,"écrit Apollinaire dans son poème Tristesse d'une étoile(Calligrammes,1918). Pensez-vous que la souffrance est nécessaire au poète pour écrire ses oeuvres ?Vous développerez votre point de vue en prenant appui sur vos lectures et connaissances personnelles.
Consignes:Introduction,Uniquement 2 parties rédigées avec idée directrice et 3 paragraphes chacun,obligatoirement,Conclusion.

Où j'en suis dans mon devoir?
J'ai trouvé 4 arguments,je n'ai pas trouvé de titre pour les 2 parties.
Voici mes arguments:
ARGT 1: la souffrance est utile pour dénoncer les actes horribles comme la guerre ou l'esclavage.
ARGT 2: la souffrance est utile pour soulager son mal-être existenciel
ARGT 3: la souffrance est nécessaire pour exprimer le malaise de la société de son temps
ARGT 4:La souffrance est utile pour calmer ses tourments intérieurs

Est-ce quelqu'un pourrait m'aider? Merci beaucoup.Je dois rendre le devoir pour mardi le 5 janvier.
Je trouve tes arguments étranges et je me demande si tu as bien compris la citation …
La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L'homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède

Aragon
Je comprends je vais les refaire et je vais expliquer que la souffrance peut être une source d'inspiration par exemple chez Valéry dans le poème Cimetière marin,Baudelaire,Apollinaire,Rimbaud et Victor Hugo.La souffrance n'est pas nécessaire puisque dans la plupart des oeuvres,les poètes écrivent des poèmes heureux sur l'amour,le mythe d'Orphée,le voyage,la mort,etc…Il faut encore que je réfléchis. :/
Le Cimetière marin n'est pas né d'une souffrance. Un poème ne naît pas d'un sentiment, tout au plus s'en abreuve-t-il.
Ce très beau poème chante la lumière et l'ombre, la permanence et l'éphémère, la vie et la mort.
Le Cimetière marin a commencé en moi par un certain rythme, qui est celui du vers français de dix syllabes, coupé en quatre et six. Je n'avais encore aucune idée qui dût remplir cette forme. Peu à peu des mots flottants s'y fixèrent, déterminèrent de proche en proche le sujet, et le travail (un très long travail) s'imposa. P. Valéry, Variété, V éd NRF (Pléiade).

Et Apollinaire n'écrit pas sur le mythe d'Orphée…

Ah oui, j'oubliais : tant qu'un un poète souffre, il n'écrit pas.
On peut sans doute nuancer …

Le temps déborde

Le jour même de la mort de Nusch, Paul Eluard écrit ces cinq lignes qui marquent clairement la rupture et la douleur de l'auteur :

« Vingt-huit novembre mille neuf cent quarante-six

Nous ne vieillirons pas ensemble.

Voici le jour

En trop : le temps déborde.

Mon amour si léger prend le poids d'un supplice. »


Notre vie
Eluard
Bien sûr, il faut toujours nuancer ce que je dis à propos de la poésie.
Voici mes 2 parties et mes arguments:

I La souffrance est une source d'inspiration
1 La souffrance est la création de l'écriture poétique
2 L'écriture poétique permet de passer la souffrance physique et morale au bonheur de la création
3 La souffrance est nécessaire pour se libérer de sa douleur

II La souffrance peut traduire d'autres sentiments
1 L'amour malheureux
2 Le sentiment de révolte
3 Le mal-être du poète dans la société de son temps

J'ai développé les arguments et j'ai trouvé des exemples.
I La souffrance est une source d'inspiration
1 La souffrance est la création de l'écriture poétique

Cela ne signifie rien…
2 L'écriture poétique permet de passer la souffrance physique et morale au bonheur de la création
Là, je suis d'accord.
3 La souffrance est nécessaire pour se libérer de sa douleur
Argument purement psychologique, on n'est plus sur la question spécifique de la poésie.

II La souffrance peut traduire d'autres sentiments
1 L'amour malheureux
Que vient faire ce thème ici
2 Le sentiment de révolte
3 Le mal-être du poète dans la société de son temps


Non, ça ne va pas : le 1 et le 3 renvoient à l'idée générale de souffrance, et ce ne sont plus des arguments.

J'ai développé les arguments et j'ai trouvé des exemples.
Vous allez sûrement me mettre Apollinaire dans l'amour malheureux et Baudelaire dans le mal-être du poète… Je me trompe ?
Oui pour l'amour malheureux je vais peut-être mettre Apollinaire ou Eluard et le mal-être du poète j'ai pensé à Baudelaire.Sinon il faut encore que je trouve d'autres arguments.J'ai pensé que lorsque le poète souffre,il n'écrit pas,j'ai pensé à Victor Hugo dans Les Contemplations puisqu'il a perdu sa fille Léopoldine et quelques années plus tard il réecrit mais je ne sais pas si je peux trouver un argument.

Pour remplacer le 2ème argument de la 1ère partie,je pense que l'argument sera:La souffrance est incarnée dans l'âme du poète ou Le poète écrit sa vie remplie de souffrance dans un poème.

Suis-je sur la bonne voie? :/
Tiens, oui, je n'y pensais plus, mais le cas de Victor Hugo illustre assez ce que je disais à propos de la souffrance.
Ce sentiment peut être un point de départ, certes, il peut même être le sujet du poème, mais ce que le poète écrit, c'est un sentiment devenu autre ; il est mué non en joie ou en réconfort (cela, c'est de la psychologie), mais en un sentiment plus essentiel, plus attaché à l'acte poétique. Pour moi, toute création esthétique suppose une sorte jubilation à franchir des barrières, à pousser les portes qui ouvrent sur l'inconnu pour découvrir autre chose que ce que nous pouvons éprouver dans la vie. Ce sentiment est autre, il a changé de nature (ne serait-ce que parce qu'il n'est que mots et musique), il n'appartient plus à la terre. A ce moment-là, "je est un autre" (Rimbaud).

Ne touchez pas à votre I, 2 !

Mais attention au sujet : on ne demande pas si la souffrance peut être ou non à l'origine du poème, mais si elle est ou non nécessaire. La souffrance est-elle ou non une condition psychologique incontournable pour qu'il y ait poésie ?
On peut répondre, non, pas nécessairement (autres sentiments), mais surtout on peut dire qu'en admettant que ce soit une condition nécessaire, cela ne suffit pas dans la mesure où les mots ne vont pas en rester au niveau "mimétique".
Je comprends,je suis tes conseils jusqu'au bout. 🙂

Voici mes arguments

I La souffrance est une source d'inspiration
1 La souffrance est la beauté de la douleur
2 L'écriture poétique permet de passer la souffrance physique et morale au bonheur de la création
3 La souffrance est une source de purification

II La souffrance peut traduire d'autres sentiments
1 je n'ai pas trouvé
2 Le sentiment de révolte
3 je n'ai pas trouvé

Autre argument:La souffrance peut être utilisée par le poète comme le moyen de se dépasser

Qu'en pensez-vous 😉 ?
Dans la création poétique la souffrance est-elle nécessaire, suffisante ?

I. Quand la souffrance peut être source d'expression
Elle est l'une des composantes de la poésie lyrique
Quand la souffrance est indicible, il reste les mots du poète
Elle aborde des thèmes qui touchent : le mal de vivre, la mort, la séparation, le temps qui passe …

II. La souffrance ne saurait suffire dans la création poétique
Il ne suffit pas de souffrir pour être poète
La poésie personnelle est une façon de sortir ses propres émotions
mais reçoit peu d'échos

III. Le poète sait transcender sa souffrance
par le langage
par les images
par une portée universelle
J'ai modifié le plan et j'ai trouvé d'autres arguments:
I La souffrance est une source d'inspiration
1 Le poète sait transcender la souffrance
2 L'écriture poétique permet de passer la souffrance physique et morale au bonheur de la création
3 La souffrance abordent les thèmes qui peuvent toucher le poète

II Mais dans la création poétique,la souffrance ne saurait suffire
1 Le poète n'a pas besoin de souffrir pour écrire
2 La poésie personnelle permet au poète de sortir de ses propres émotions
3 Le poète n'a pas besoin d'écrire avec ses sentiments

Qu'en pensez-vous?
Bonjour,

J'ai le même sujet, heureusement j'ai déjà trouvé plus ou moins mes arguments et exemples, je me pose maintenant la question concernant l'un des exemples:

J'aimerais utiliser le poème d'Apollinaire "Tristesse d'une étoile" dont une citation "Et je porte en moi cette ardente souffrance" se trouve dans le sujet.

Est-ce possible de utiliser le texte dans un exemple ou vaut il mieux de trouver un autre?

Sachant que je n'ai pas d'autres textes d'Apollinaire qui me semblent pertinents pour les caser dans un paragraphe dont l'argument principal est le suivant:
Si le poète a connu la souffrance dont il parle dans ses poèmes, alors celui-ci devient plus vraisemblable et le lecteur pourra mieux s'y retrouver.

Merci d'avance
C'est dire que le poète n'est capable de vivre qu'au ras des sensations ? D'autre part, les mots qui expriment la souffrance ne sont pas la souffrance elle-même.

Et puis attention au poème que vous citez, qui est loin d'évoquer les affres du mal-aimé :

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais



Apollinaire a eu la tête "étoilée" à la suite d'une blessure reçue au front (jeu de mots involontaire).
C'est dire que le poète n'est capable de vivre qu'au ras des sensations ? D'autre part, les mots qui expriment la souffrance ne sont pas la souffrance elle-même
À méditer, je pense avoir mal formulé, en tout cas je pense qu'un certain vécu permet d'avoir une vision et une impression plus vraie et claire et exprimer son vécu touchera peut être mieux que si l'on parle de ce qu'on ne connaît pas.
Et puis attention au poème que vous citez, qui est loin d'évoquer les affres du mal-aimé :

Une belle Minerve est l'enfant de ma tête
Une étoile de sang me couronne à jamais
La raison est au fond et le ciel est au faîte
Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais


Apollinaire a eu la tête "étoilée" à la suite d'une blessure reçue au front (jeu de mots involontaire
).
Je n'ai nullement parlé du mal-aimé bien qu'il y a des traces d'une souffrance plus profonde que la souffrance physique de la blessure à la tête, dans la deuxième strophe:
" C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire
Ce trou presque mortel et qui s'est étoilé
Mais le secret malheur qui nourrit mon délire
Est bien plus grand qu'aucune âme ait jamais celé"
"Pour écrire ses poèmes, la souffrance du poète est-elle nécessaire ?"
Nécessaire mais pas suffisante, effectivement.

Dans l'allégorie du Pélican (la nuit de mai) d'Alfred de Musset, ça me semble assez clair…
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son coeur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime il berce sa douleur,
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant ;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le coeur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.
Ils laissent s'égayer ceux qui vivent un temps ;
Mais les festins humains qu'ils servent à leurs fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des pélicans.
Quand ils parlent ainsi d'espérances trompées,
De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur,
Ce n'est pas un concert à dilater le coeur.
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant,
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.