Camus, La Peste - Pendant tout le premier acte, Orphée se plaignit avec facilité…

Entraide scolaire

8 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour

Élève de 2nde, ma prof nous a donné cet extrait et nous a demandé de faire un commentaire qui doit faire cinq pages, pour nous aider elle nous a donné quelques questions. J'ai trouvé le premier axe qui est quelles significations peut-on donner au spectacle d'opéra mais sinon je suis complètement perdue. Si on pouvait m'expliquer le texte et me donner quelques idées ça m'aiderait beaucoup.
Pendant tout le premier acte, Orphée se plaignit avec facilité, quelques femmes en tunique commentèrent avec grâce son malheur, et l’amour fut chanté en ariettes. La salle réagit avec une chaleur discrète. C’est à peine si on remarqua qu’Orphée introduisait, dans son air du deuxième acte, des tremblements qui n’y figuraient pas, et demandait avec un léger excès de pathétique, au maître des Enfers, de se laisser toucher par ses pleurs. Certains gestes saccadés qui lui échappèrent apparurent aux plus avisés comme un effet de stylisation qui ajoutait encore à l’interprétation du chanteur.Il fallut le grand duo d’Orphée et d’Eurydice au troisième acte (c’était le moment où Eurydice échappait à son amant) pour qu’une certaine surprise courût dans la salle. Et comme si le chanteur n’avait attendu que ce mouvement du public, ou, plus certainement encore, comme si la rumeur venue du parterre l’avait confirmé dans ce qu’il ressentait, il choisit ce moment pour avancer vers la rampe d’une façon grotesque, bras et jambes écartés dans son costume à l’antique, et pour s’écrouler au milieu des bergeries du décor qui n’avaient jamais cessé d’être anachroniques mais qui, aux yeux des spectateurs, le devinrent pour la première fois, et de terrible façon. Car, dans le même temps, l’orchestre se tut, les gens du parterre se levèrent et commencèrent lentement à évacuer la salle, d’abord en silence comme on sort d’une église, le service fini, ou d’une chambre mortuaire après une visite, les femmes rassemblant leurs jupes et sortant tête baissée, les hommes guidant leurs compagnes par le coude et leur évitant le heurt des strapontins. Mais, peu à peu, le mouvement se précipita, le chuchotement devint exclamation et la foule afflua vers les sorties et s’y pressa, pour finir par s’y bousculer en criant. Cottard et Tarrou, qui s’étaient seulement levés, restaient seuls en face d’une des images de ce qui était leur vie d’alors : la peste sur la scène sous l’aspect d’un histrion désarticulé et, dans la salle, tout le luxe devenu inutile sous la forme d'éventails oubliés et de dentelles traînant sur le rouge des fauteuils.
Si tu nous faisais part de tes réponses, même fragmentaires ?
D'autre part, est-ce que tu étudies ce roman ? Dans le cas contraire, tu as sûrement un "chapeau"…
Nous n'avons pas étudié ce roman, pour l'instant mes seules réponses sont que les gens sont rassurés d'être à l'opéra, comme si l'opéra était épargné par la peste ; de plus cette phrase "l'habit chassait la peste" montre bien que les personnes qui étaient présentes, étaient là pour se montrer en quelque sorte. J'ai remarqué aussi qu'il y a une mise en abyme, car on a un point de vue omniscient mais qu'on voit la scène à travers les yeux des spectateurs.
Camus nous donne parfois des petits indices par rapport à la peste mais ne le l'appelle par son "nom" qu'à la fin de l'extrait
C'est tout ce que j'ai pu trouver.
Regarde cette discussion https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/27822-questions-sur-la-peste-de-camus.html.
Je te conseille la démarche suivante, basée sur ce que tu as trouvé :
- Une soirée à l'opéra, où l'on a pris l'habitude d'aller depuis que la ville est fermée, et où l'on oublie en effet la peste et la réclusion, mais où l'on va aussi comme d'habitude, comme si il ne se passait rien (la peste est toujours loin de nous, c'est qqch d'abstrait en dépit des réalités cruelles à ce moment du roman) : la salle, le spectacle (Orphée et Eurydice de Gluck, œuvre dans laquelle l'entrain et la légèreté dominent sur le tragique), les musiciens, le chanteur interprétant le rôle d'Orphée, les décors, le public distingué.
- Une double satire par l'ironie ; celle-ci joue un rôle très important ici (personnellement, le passage m'a toujours fait beaucoup rire). L'ironie vient du décalage entre le regard naïf - celui du spectateur, dont Tarrou a objectivement transcrit la vision dans ses Carnets dont s'inspire ici le narrateur - qui découvre les choses progressivement, sans penser à la peste jusqu'à ce que l'évidence le frappe - et notre vision de lecteur, qui comprenons immédiatement que l'acteur est frappé de la peste grâce aux indices cliniques de la maladie.
+ satire du spectacle en lui-même : un sujet antique, tragique transformé en Bergerie galante du XVIIIème siècle (cf les décors), médiocrité habituelle du 1er rôle (il n'a pas à faire entendre des plaintes au 1er acte)…
+ satire de l'aveuglement devant l'évidence : les inflexions bizarres du pauvre "histrion", ses gestes saccadés, son écroulement final.
+ Satire du comportement des spectateurs : causes des bizarreries du comportement du chanteur attribuées à ses choix d'interprétation, réflexion indignée à la fin : la peste en plein théâtre, non mais quel scandale ! Politesses et bousculade finale ; tout ce qui en reste, ce sont ces éventails oubliés…
- Tu peux ensuite évoquer la mise en abyme, tu as sans doute entendu cette expression, mais elle n'a pas le sens que tu lui donnes : Orphée et Eurydice n'a pas été choisi au hasard : le drame arrivé à Eurydice, les plaintes d'Orphée, son erreur fatale et sa punition peuvent être l'image réduite de l'intrigue du roman. L'opéra fait en effet penser à l'épidémie de peste à Oran et aux "mauvaises solutions" face à cette épidémie (je ne rentre pas dans les détails). On peut dire qu'Orphée a échoué parce qu'il s'est retourné vers le passé, vers ses souvenirs, vers une image qu'il pensait devoir le rendre vainqueur alors qu'il fallait regarder en avant, ne pas se poser de questions et résister à son passé ainsi qu'à ses désirs. Erreur fatale dont l'acteur est frappé alors que dans l'opéra, l'Amour l'aide à survivre.

Voilà… si tu as d'autres questions. Maintenant, il faut se mettre au travail !
Il y a bien une question à laquelle je bloque, c'est "Quels sont les temps verbaux utilisés dans chaque paragraphe ?" ( Celle-là je l'ai faite ) Mais par la suite on me demande "Quelle est leur valeur ? Et quel rôle jouent-ils dans le déroulement de l'action ?" Je ne vois vraiment pas quel rôle ils jouent.
Il y a surtout des passés simples, qui expriment les très nombreuses actions du récit ; tu peux en parler dans la première partie, pour montrer la précision de cette relation et la succession des événements ; à la fin, les imparfaits "figent" les personnages face à l'absurdité de la situation.
C'est vrai que dit comme ça tout est devenu plus clair, je te remercie de ces précieux renseignements que tu m'as apportés 😀