De nos jours, la parole n'est plus aussi utilisée qu'auparavant.Seule la littérature reste un moyen important pour communiquer.
Pensez-vous qu'elle se doit d'être une arme (dénonciation…), un plaisir ou bien les deux ?
Vos avis m'intéressent vraiment.
Merci d'en discuter, de développer…
Amitiés.
Tu peux, s'il te plaît, argumenter plus ton avis ?
Merci !
Je perçois la littérature comme un plaisir. Malheureusement ou heureusement l'Histoire nous a montré qu'elle peut être une arme. Je pense à la littérature engagée qui se sert de la littérature pour dénoncer. Lorsque ce sont des problèmes qui sont dénoncés (condition des femmes, des enfants, guerres…) c'est très bien. Le souci c'est lorsque la littérature est utilisée pour parvenir à un endoctrinement : je pense à Mein Kampf d'Hitler. A ce moment là la littérature est une arme, arme dangereuse de surcroi.
Euh Zodiak c'est pour un devoir scolaire ?
De l’horrible danger de la lecture…
"Je hais les livres ; ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas."
JEAN-JACQUES ROUSSEAU
Aujourd’hui, la lecture est considérée comme l’objectif fondamental de l’apprentissage du français dans l’enseignement primaire et secondaire. La guerre déclarée à l’illettrisme par les différents porte-parole des gouvernements successifs ces dix dernières années en est un signe révélateur : les Programmes de français ont fait le choix de favoriser d’abord la lecture, puis l’écriture et l’oral. L’aspect linguistique de notre outil d’expression est quelque peu laissé pour compte, même si « les modules sont les lieux privilégiés pour développer, en liaison avec les activités menées en classe entière, la maîtrise de la langue . » La démarche de progression d’ensemble au lycée s’organise en séquences sur des objets d’étude : le travail sur la langue devient secondaire, alors même qu’il est un facteur commun d’apprentissage non seulement des lettres mais de toutes les disciplines enseignées. Privilégier la lecture dans toutes ses manifestations (lectures analytiques, lectures cursives, lectures d’œuvres intégrales, lectures documentaires et lectures personnelles) devrait impliquer l’acquisition d’outils linguistiques au-delà du simple enrichissement du vocabulaire. Les lacunes en matière de ponctuation, de syntaxe, de modalités de la phrase, de codes typographiques héritées du travail en séquences au collège sont irréparables : les négations sont tronquées, les maladresses de construction abondent dans les copies, même l’emploi de la virgule n’est absolument plus maîtrisé , ce qui paraît abonder dans le sens d’une compréhension partielle et « instantanée » du texte. À l’heure où la notion de signifié est centrée sur l’image au vu de la prépondérance des média audiovisuels (Internet, télévision), le livre est devenu comme le film, objet non plus d’analyse du détail mais de compréhension globale : le point de vue d’ensemble, au lieu de constituer une propédeutique à l’analyse détaillée du texte (qui passerait par l’acquisition de savoirs et de méthodes linguistiques), entre dans un processus d’assimilation du langage verbal au langage visuel. Selon moi, la réflexion est bien moins stimulée par cette méthode que par la maîtrise de l’outil linguistique qui mènerait à la compréhension des intentions de l’auteur. Comment étudier un texte de Tite-Live si l’on ne maîtrise pas la langue latine ? Ce qui paraît insensé pour une autre langue devrait-il être une tradition pour celle de Molière ? L’exception française n’est pas en cause ; il s’agit de réfléchir sur les différentes réformes de l’enseignement du français au cours de ces quarante dernières années. Aujourd’hui, certes les élèves connaissent et savent généralement identifier les principales figures de style comme la métaphore, l’hyperbole, l’oxymore, la périphrase, le rythme ternaire, mais ils n’ont jamais appris à interpréter ces procédés d’écriture ! Alors que l’épreuve du baccalauréat sanctionne les capacités d’interprétation et de commentaire des élèves, à l’écrit comme à l’oral , les signifiants du texte sont totalement séparés de ses signifiés : l’identification est une fin en soi pour les élèves, malgré mes nombreuses injonctions pour ne jamais séparer la forme du fond.
En étudiant un poème de Victor Hugo lors d’une séance d’initiation au commentaire littéraire, j’ai travaillé avec ma classe sur l’harmonie imitative mise en place dans Écrit sur la plinthe d’un bas-relief antique. Il m’est apparu que seule l’identification des figures était importante aux yeux de la classe pour « expliquer » un poème. Nous avons donc dû revoir notre approche des textes : j’ai ainsi consacré une séance à la méthode de la lecture des textes, qui doit s’attacher non pas en première approche à expliquer les extraits étudiés , mais à comprendre l’objet textuel en tant que vecteur d’expression artistique et significative. Ce n’est qu’une fois saisis les enjeux du texte (et non compris l’ensemble grosso modo) que l’analyse va pouvoir avec sens et réflexion conduire à une interprétation des intention de l’auteur et de ses vers. La notion d’intention est au centre de l’étude des textes : je ne prétends pas réinventer la critique littéraire, mais au contraire profiter de tous les bienfaits de chacune des méthodes de critique, il s’agit de reprendre certains éléments biographiques , de contextualiser l’œuvre dans son milieu, son temps, son histoire , de s’attarder sur le texte en tant qu’entité expressive à part entière , et enfin d’analyser les effets sur le destinataire à l’aide de toutes ces informations. C’est à partir de l’ensemble de ces données en général – même s’il conviendra pour certains textes de sélectionner les outils d’information – que les élèves vont pouvoir aborder leurs lectures avec une attitude réflexive et interprétative des intentions. L’objet d’étude sur le théâtre est parmi les plus importants en seconde ; les Programmes proposent d’adopter deux séquences sur l’art dramatique : l’une consacrée à la tragédie et au registre tragique, l’autre à la comédie et au registre comique. Étudier la parole dramatique sans prendre en compte la mise en scène, les conditions de représentation, la verbalisation – bref : les intentions expressives, reviendrait à étudier un recueil de poèmes de Vigny sans avoir lu la Bible. Accorder à la lecture une importance majeure est donc dangereux dans la mesure où celle-ci n’est pas mise en relation avec l’étude des outils linguistiques indispensables à son analyse. Le monde de l’image qui est le nôtre accepte sans protester l’assimilation forcée par exposition visuelle ; il est du devoir du professeur de lettres de se responsabiliser pour ne pas reproduire ce schéma propagandiste dans sa classe avec l’objet livresque.
La lecture est une composante indispensable et sine qua non de l’enseignement du français et de la littérature, il serait irréfléchi de l’infirmer ; cependant, accepter que notre savoir méta-disciplinaire devienne une méthode secondaire pour aborder les textes et les problèmes littéraires n’est pas une fatalité : il s’agit de défendre notre langue non seulement comme outil, comme objet d’étude, mais aussi et surtout comme expression artistique. Les séquences qui centrent leur problématique sur la génétique littéraire ou sur l’argumentation doivent comprendre les enjeux des outils linguistiques sur la construction du sens, sans quoi l’enseignement du français sera celui d’une langue morte, et non celui d’une langue maternelle particulièrement expressive, et qui procure un plaisir rare!
Je rappelle enfin que quand Voltaire a écrit "De l'horrible danger de la lecture", il employait une ironie virulente, visant autant le propagandisme littéraire que l'Eglise qui a interdit l'accès à de précieux documents durant des siècles sous prétexte de préserver les fidèles des paroles impures… La littérature est une arme pour ceux qui la brandissent, mais demeure un plaisir pour les duellistes qui l'emploient avec subtilité : il suffit comme nous l'indique Rabelais dans son inestimable Prologue de Gargantua de trouver la "substantificque mouelle" dans l'os que l'on lit…
Euh Zodiak c'est pour un devoir scolaire ?
Eh, non désolé.
J'ai bien compris que ce site ne donne pas de réponses directes sur des sujets scolaires, mais des aides.
Il s'agit donc d'une question personnelle, l'envie de connaître l'opinion d'internautes. 😉
Tu n'as pas à être désolé au contraire, discuter c'est aussi un objectif de ce forum 🙂
Il semble évident que la littérature est considérée par tous comme une arme, en particulier une arme d'opposition. Pour preuve, une des premières décisions des systèmes fascistes est de controler voire de supprimer toutes formes de littératures et d'art en général : les nazis brulaient les livres et combien de poètes sont morts ou attendent dans les prisons chiliennes…
Toutefois, c'est réduire la discussion que d'argumenter uniquement autour des notions de plaisir ou d'arme. Le travail esthétique est difficilement dissociable de l'engagement même si celui-ci n'est pas politique ou idéologique. La création est de toute façon un engagement personnel profond, souvent douloureux et la plupart du temps inéluctable. Les majorité des écrivains parlent de l'écriture comme d'un besoin vicéral, incontrolable qu'il est impossible de laisser de côté. Un écrivain semble évidemment retenir toute l'attention ici, c'est Victor Hugo. Ce grand homme politique utilise la littérature pour dénoncer la misère et l'injustice sociale dans [ i]Les Misérables[/i] par exemple, ou refuser la peine de mort quelque soit la faute dans Le dernier jour d'un condamné. Mais l'écriture est aussi pour lui une manière de parler de lui, de ce qui lui fait mal comme la mort de sa fille Léopoldine dans son recueil Les contemplations. La littérature est ici ni une arme ni un plaisir mais une manière d'exorciser sa peine ou en tous cas de faire partager ses sentiments.
N'oublions pourtant pas que certains auteurs prône "l'art pour l'art", le chef de file de ce mouvement étant Gautier : l'art n'existe que par et pour lui même : "tout ce qui est utile est laid" affirme -t-il. Il refuse tout engagement personnel qu'il soit idéologique ou sentimental.
Enfin, il parait légitime de s'interroge plus précisément : arme ou plaisir pour qui? L'écrivain ou le lecteur? Les associations arme/écrivain et plaisir/lecteur sont évidentes mais il faut évidemment penser les rapports que l'écrivain peut avoir au plaisir de son art qui n'est pas que souffrance comme on semble souvent le croire. Et que dire de la posture du lecteur? Peut-il utiliser la littérature comme une arme? Il semble que oui car il n'est d'argument plus incontestable semble-t-il que la fameuse citation d'écrivain que ce soit en politique, dans les dissertations scolaires ou dans la vie courante : nous faisons régulièrement référence aux morales des fables de La Fontaine, certains personnages littéraires sont devenus des modèles, des archétypes voire des mythes (Dom Juan est le symbole de la transgression, Don Quichotte combattant les moulins à vent est cité comme exemple d'une lutte inutile et pathétique, Mme Bovary et le bovarysme ou comment vivre bercer par ses illusions littéraires …).
Dernier point, pour moi, l'arme principale de la littérature est sa pérennité, les écrivains reconnus deviennent éternels : les établissements scolaires, les rues, les places portent leurs noms, on leur associe des comportements (le sadisme par exemple). Cet argument est opposable à tous ceux qui affirment que tout cela (la littérature, les livres) ne sert à rien : la plupart des professeurs de collège ou de lycée ont entendu cette remarque un jour. Comment un art aussi présent dans le quotidien de chacun et aussi redouté et utilisé des puissants peut-il être inutile?
les 2!! 😀
la littérature, je m'en sers avant tout comme une arme personnelement, quand j'écris, c'est pour faire passer quelque chose, bien que j'aime aussi écrire pour le plaisir, j'écris avant tout pour me battre
un ouvrier américain un jour a dit : "Si le droit de vote pouvait changer quelquechose, ça ferait longtemps qu'on nous l'aurait enlevé"…
si la littérature n'était pas une arme, on nous laisserait en toute liberté y accéder …
Bonsoir.
Selon moi, la littérature a plusieurs buts dont les deux qui font l'objet de ce sujet.
Tout d'abord comme plaisir, car c'est toujours un plaisir de se lire un livre passionant mais elle a souvent servi en arme en bien, comme en mal comme sus-cité
Enfin ca reste que ce que j'en retiens après mon année de 1ère L
Bonne soirée
Benjamin