Bonjour,
Aujourd'hui, j'ai révisé quelques formes verbales/nominales, notamment le supin, le gérondif et l'adjectif verbal. Évidemment, j'ai commencé à dresser mentalement quelques analyses. Soit la phrase très simple: Juvenalis saturae incredibiles sunt auditu. Je m'intéresse bien à la forme «auditu». Pourrait-on la remplacer par «audiendo» (datif du gérondif)? Pourquoi ou pourquoi pas? En outre, «auditu» ne se ressemble-t-il pas plus à un datif de destination/final qu'à un ablatif?
Merci d'avance,
Marcos Helena
PS: Avez-vous des exercices portant sur le double datif (ou, du moins, une méthode de version)?
- Le datif du gérondif ne conviendrait pas, la phrase signifierait : "*Les satires de Juvénal sont incroyables pour entendre".
On attendrait un complément pour le verbe entendre (d'ailleurs, dans la plupart des cas, le gérondif eu datif il en a un et on lui substitue l'adjectif verbal, comme dans la "règle" impar oneri ferendo).
- Il est possible que le supin en -u vienne en effet d'un ancien datif.
Dans tous les manuels d'initiation, vous trouverez des exercices sur le double datif.
Voulez-vous développer cette idée, Jacques?
Il est possible que le supin en -u vienne en effet d'un ancien datif.
C'est un souvenir de mes études, mais je ne puis en dire plus…
Si je puis intervenir … : selon Ernout "Morphologie historique du latin"le supin en "u" est un datif-ablatif. Cependant Plaute distingue encore le datif en "ui" et l'ablatif en "u".La langue classique n'emploie plus guère le supin qu'avec la valeur de datif, comme complément d'adjectif…
Selon Ernout- Thomas (Syntaxe latine) le supin en "tu" garde encore la valeur d'un ablatif de provenance au sens local dans des emplois isolés. Le type usuel se ramène facilement à l'ablatif de point de vue, mais on peut y voir en même temps un datif de destination et il est probable que dans les supins en " tu", les deux emplois se confondaient.
Voici un exemple livien de passif impersonnel:
priusquam ad coniectum teli veniretur
(
avant qu'on en vienne au jet d'un trait)
Ne pourrait-on pas écrire
priusquam telos coniectum veniretur (verbe de mouvement + supin + complément à l'accusatif) ? L'expression de but
verbe de mouvement + supin est connue, mais peut-on faire suivre un accusatif à un supin? Si oui, en avez-vous des exemples?
En outre, j'aimerais savoir si le procédé de formation de mots suivant est productif en latin:
- jactum (supin) > jactus, -us, m (nom masculin de la 4ème déclinaison)
Si oui, en avez-vous des exemples?
Jacques, vos explications sont toujours fort utiles! Sans vouloir vous corriger, tant s'en faut, mais seulement parce que je l'ai trouvée tout à fait intéressante (imaginative, peut-être ?), je vous adresse à l'entrée du mot « supin » de l'Encyclopédie (et ça, à propos de vos noms d'action de la 4ème conjugaison) :
https://artflsrv02.uchicago.edu/cgi-bin/philologic/getobject.pl?c.14:2252.encyclopedie0513
Merci de l'adresse. Il est clair qu'à l'époque, on prend les noms d'action en *-t-ew/w pour des déverbaux, mais l'état des connaissances est tout de même étonnant en la matière. Ainsi, le grammairien sait quoi répondre aux naïfs qui se demandent pourquoi le supin en-u n'est pas en -o, montrant par là qu'ils confondent ce suffixe avec le suffixe *-t-e/o, qui a fourni les participes parfaits.