Latin - L’ablatif du supin et le datif du gérondif

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Aujourd'hui, j'ai révisé quelques formes verbales/nominales, notamment le supin, le gérondif et l'adjectif verbal. Évidemment, j'ai commencé à dresser mentalement quelques analyses. Soit la phrase très simple: Juvenalis saturae incredibiles sunt auditu. Je m'intéresse bien à la forme «auditu». Pourrait-on la remplacer par «audiendo» (datif du gérondif)? Pourquoi ou pourquoi pas? En outre, «auditu» ne se ressemble-t-il pas plus à un datif de destination/final qu'à un ablatif?

Merci d'avance,
Marcos Helena

PS: Avez-vous des exercices portant sur le double datif (ou, du moins, une méthode de version)?
- Le datif du gérondif ne conviendrait pas, la phrase signifierait : "*Les satires de Juvénal sont incroyables pour entendre".
On attendrait un complément pour le verbe entendre (d'ailleurs, dans la plupart des cas, le gérondif eu datif il en a un et on lui substitue l'adjectif verbal, comme dans la "règle" impar oneri ferendo).
- Il est possible que le supin en -u vienne en effet d'un ancien datif.

Dans tous les manuels d'initiation, vous trouverez des exercices sur le double datif.
Voulez-vous développer cette idée, Jacques?
Il est possible que le supin en -u vienne en effet d'un ancien datif.
C'est un souvenir de mes études, mais je ne puis en dire plus…
Si je puis intervenir … : selon Ernout "Morphologie historique du latin"le supin en "u" est un datif-ablatif. Cependant Plaute distingue encore le datif en "ui" et l'ablatif en "u".La langue classique n'emploie plus guère le supin qu'avec la valeur de datif, comme complément d'adjectif…
Selon Ernout- Thomas (Syntaxe latine) le supin en "tu" garde encore la valeur d'un ablatif de provenance au sens local dans des emplois isolés. Le type usuel se ramène facilement à l'ablatif de point de vue, mais on peut y voir en même temps un datif de destination et il est probable que dans les supins en " tu", les deux emplois se confondaient.
Eh bien voilà !
Voici un exemple livien de passif impersonnel:
priusquam ad coniectum teli veniretur
(avant qu'on en vienne au jet d'un trait)

Ne pourrait-on pas écrire priusquam telos coniectum veniretur (verbe de mouvement + supin + complément à l'accusatif) ? L'expression de but verbe de mouvement + supin est connue, mais peut-on faire suivre un accusatif à un supin? Si oui, en avez-vous des exemples?

En outre, j'aimerais savoir si le procédé de formation de mots suivant est productif en latin:
  • jactum (supin) > jactus, -us, m (nom masculin de la 4ème déclinaison)
Si oui, en avez-vous des exemples?
marcosoliveirahelena a écrit :Voici un exemple livien de passif impersonnel:
priusquam ad coniectum teli veniretur
(avant qu'on en vienne au jet d'un trait)

Ne pourrait-on pas écrire priusquam telos coniectum veniretur (verbe de mouvement + supin + complément à l'accusatif) ? L'expression de but verbe de mouvement + supin est connue, mais peut-on faire suivre un accusatif à un supin? Si oui, en avez-vous des exemples?

D'abord, il faudrait écrire tela et non *telos.
Ensuite, venire n'a pas son sens propre de verbe de mouvement ; je n'ai pas le contexte, mais vraisemblablement, les personnages ne sont pas "venus jeter des traits", mais "en sont venus à jeter des traits", ce qui n'est pas la même chose.


En outre, j'aimerais savoir si le procédé de formation de mots suivant est productif en latin:
  • jactum (supin) > jactus, -us, m (nom masculin de la 4ème déclinaison)
Si oui, en avez-vous des exemples?

C'est un très vaste sujet.
Disons que le suffixe *-t-ew/tw a donné des noms d'action dont l'accusatif a fourni des supins, du fait que ces noms se trouvaient plus particulièrement associés au verbe à ce cas-là (même chose pour le datif qui fournit le supin en -u dont on a déjà parlé).
Il en est résulté en latin :
- des noms d'action en -tus (4ème déclinaison) comme cultus, habitus, usus, etc…
- des formes de supin qui se sont étendues par analogie à presque tous les verbes, cette extension faisant qu'à tout supin ne correspond pas forcément un nom, par exemple *dictus, *lectus n'existent pas en face de dictum et de lectum.
Jacques, vos explications sont toujours fort utiles! Sans vouloir vous corriger, tant s'en faut, mais seulement parce que je l'ai trouvée tout à fait intéressante (imaginative, peut-être ?), je vous adresse à l'entrée du mot « supin » de l'Encyclopédie (et ça, à propos de vos noms d'action de la 4ème conjugaison) :

https://artflsrv02.uchicago.edu/cgi-bin/philologic/getobject.pl?c.14:2252.encyclopedie0513
Merci de l'adresse. Il est clair qu'à l'époque, on prend les noms d'action en *-t-ew/w pour des déverbaux, mais l'état des connaissances est tout de même étonnant en la matière. Ainsi, le grammairien sait quoi répondre aux naïfs qui se demandent pourquoi le supin en-u n'est pas en -o, montrant par là qu'ils confondent ce suffixe avec le suffixe *-t-e/o, qui a fourni les participes parfaits.