Latin et grec ancien : quelles influences sur la typographie française ?

Langue française

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,

Quand je lisais Clément Marot, notamment une épigramme où il faisait preuve de sa maitrise langagière et surtout de la souplesse de la langue française, tout en expliquant les règles du participe passé, j'ai remarqué que, dans les textes de la Renaissance, il y avait deux versions du S minuscule: l'une en début ou en milieu de mot; l'autre en fin de mot. Or, c'est juste comme en grec ancien… Le grec ancien a-t-il pu être si puissant jusqu'à influencer une orthographe de tendance latine. Qu'en pensez-vous?

Marcos Helena
Ce n'est pas une question d'orthographe, mais de graphie. Dans le cas présent, les formes du -s sont hérités d'une certaine tradition manuscrite ; il n'y donc pas de rapport avec le grec.
Ce n'est pas de l'orthographe, c'est de la typographie.
Les deux sigmas également : dans les manuscrits, le sigma a cette forme : c.
La question demeure cependant : est-ce que cette question de (typo)graphie*** française (ou plus généralement des langues européennes) a pu être influencée par la (typo)graphie grecque ? Certains pensent que oui. En effet, le "s" long, qui nous est venu de la cursive latine, pouvait d'abord être utilisé dans toutes les positions de la lettre dans le mot. On peut penser que la spécialisation du "s rond" pour la finale et du "s long" pour les autres positions a pu se faire par les copistes habitués à voir une distinction semblable pour le sigma grec.
Y a-t-il des éléments précis qui valident ou invalident cette hypothèse ?


***L'existence des "s" longs est antérieure à l'imprimerie et est donc en fait plus une question de graphie que de typographie.
J'ai envoyé un message au secrétariat de l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres à propos de ce sujet. J'espère y obtenir une réponse; en la recevant, je partagerai avec vous.
Notons que le s long se trouvait encore naguère en allemand dans la Fraktur cursive allemande (Kurrent ou Sütterlin, dites "gothique"). On en trouve des reliquats dans l'écriture manuelle actuelle sous la forme du s-z ligaturé.
Il apparaît aussi sur les textes imprimés (en Fraktur) jusqu'à la moitié du XXe S.
Voici d'ailleurs le s-z ligaturé :
Non, c'est bêta. Voici s-z : ß (je tape sur clavier allemand).


Il serait par ailleurs bon de réintituler le post.
Cela ressemble sans doute davantage au bêta grec parce que je l'avais mis en italique.

Mais je l'ai bien trouvé sur le clavier allemand de Lexilogos…
https://www.lexilogos.com/clavier/deutsch.htm

Voici le tien : ß
Voici celui de Lexilogos : ß (et en italique : ß)

Cherche la différence…

J'ai modifié le titre du post, mais maintenant, on ne comprend plus trop les allusions à l'orthographe de Jacques et de Delia.
Je viens de recevoir un courriel de M. Michel Zink, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à propos du sujet de cette discussion. J'en partage le contenu avec vous et j'aimerais bien recevoir des commentaires/analyses à ses mots (auxquelles, évidemment, je n'ai apporté aucune modification).

Les deux s, long et court, sont une graphie héritée des écritures latines médiévales. A ma connaissance, ces formes sont sans rapport avec les deux formes du sigma, interne et en fin de mot. Il y a eu, me semble-t-il, à l'époque humaniste une tendance à helléniser, au moins en apparence, les graphies, de même qu'à la fin du XIXe et au début du XXe siècle il y a eu une tendance ou une mode consistant à calquer sur l'orthographe grecque, en transcrivant les lettres grecques (kh pour X), des noms propres généralement latinisés ou francisés en français. Mais c'est autre chose. On a aussi soutenu que le français devait plus au grec qu'au latin (en associant cette hypothèse à la légende de Francion); il est vrai que des allemands ont également soutenu que leur langue était proche du grec…

Je lance, maintenant, des sujets que je trouve intéressants:
  • Des exemples de modifications apportées en chaque époque mentionnée (époque humaniste et XIX[sup]e2[/sup]-XX[sup]e1[/sup]);
  • La légende de Francion;
  • Le cas de l'allemand (appel aussi aux germanophones).
Amusez-vous en donnant des réponses précises à ces sujets (j’essaierai moi-même de le faire, bien entendu). Partageons le savoir!

PS: J'ai demandé d'autres renseignements plus pratiques à M. Michel Zink. Comme il est quelqu'un d'occupé, il n'a guère le temps de me les donner.

▼ Lisez cette épigramme.

Epigramme de la fontaine de Narciʃʃe.

1 Narciʃʃe ayme ʃa ʃeur, ʃa chere ʃeur iumelle,
Sa ʃeur auẞi pour luy bruʃle d’ardeur extreme :
L’vn en l’autre ʃe ʃent eʃtre vn ʃecond ʃoymeʃme,
Ce qu’elle veut pour luy, il veut auẞi pour elle.

5 De ʃemblable beauté eʃt ceʃte couple belle,
Et ʃemblable eʃt le feu qui fait que l’vn l’autre ayme,
Mais la ʃeur eʃt premiere à qui la Parque bleʃme
Ferme les ieunes yeux d’vne nuit éternelle.

Narciʃʃe en l’eau ʃe void, y penʃant voir ʃa ʃeur :
10 Ce penʃer le repaiʃt d’vn vaine douceur,
Qui coulee en ʃon cœur, luy amoindrit ʃa peine.

De luy ʃon nom retint l’amoureuʃe fonteine,
Dans laquelle reçoit, quiquonque aymant s’y mire,
Quelque douce allegeance à l’amoureux martire.

Pontus de Tyard, Douze fables de fleuves ou fontaines, avec la description pour la peinture et les épigrammes par P. D. T., Paris, chez Jean Richer, 1586.

1. Comment peut-on justifier les graphies «auẞi» (l. 2) et «s'(y)» (l. 13), à la lumière des commentaires à propos des paires ʃ/s et σ/ς ?

2. Remarquons «iumelle» (l. 1) et «vaine» (l. 10). La distinction graphique entre le paire u/v est-elle antérieure à celle du paire i/j ?

3. Comment peut-on justifier ces graphies:
a. «ʃeur» (l. 1) / «cœur» (l. 10) ?
b. «vn» (l. 6) ?

4. Comment peut-on justifier les différentes voyelles finales dans le paire «luy» (l. 2) / «qui» (l. 7) ? Le «y» ne devrait-il pas être toujours utilisé au profit de «i» en fin de mot ?
2, 3 et 4 : https://www.etudes-litteraires.com//univ/hl/Fichiers/Cours/orthog.htm

3a : https://www.atilf.fr/dmf/