Je viens de recevoir un courriel de M. Michel Zink, secrétaire perpétuel de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à propos du sujet de cette discussion. J'en partage le contenu avec vous et j'aimerais bien recevoir des commentaires/analyses à ses mots (auxquelles, évidemment, je n'ai apporté aucune modification).
Les deux s, long et court, sont une graphie héritée des écritures latines médiévales. A ma connaissance, ces formes sont sans rapport avec les deux formes du sigma, interne et en fin de mot. Il y a eu, me semble-t-il, à l'époque humaniste une tendance à helléniser, au moins en apparence, les graphies, de même qu'à la fin du XIXe et au début du XXe siècle il y a eu une tendance ou une mode consistant à calquer sur l'orthographe grecque, en transcrivant les lettres grecques (kh pour X), des noms propres généralement latinisés ou francisés en français. Mais c'est autre chose. On a aussi soutenu que le français devait plus au grec qu'au latin (en associant cette hypothèse à la légende de Francion); il est vrai que des allemands ont également soutenu que leur langue était proche du grec…
Je lance, maintenant, des sujets que je trouve intéressants:
- Des exemples de modifications apportées en chaque époque mentionnée (époque humaniste et XIX[sup]e2[/sup]-XX[sup]e1[/sup]);
- Le cas de l'allemand (appel aussi aux germanophones).
Amusez-vous en donnant des réponses précises à ces sujets (j’essaierai moi-même de le faire, bien entendu). Partageons le savoir!
PS: J'ai demandé d'autres renseignements plus pratiques à M. Michel Zink. Comme il est quelqu'un d'occupé, il n'a guère le temps de me les donner.
▼ Lisez cette épigramme.
Epigramme de la fontaine de Narciʃʃe.1 Narciʃʃe ayme ʃa ʃeur, ʃa chere ʃeur iumelle,
Sa ʃeur auẞi pour luy bruʃle d’ardeur extreme :
L’vn en l’autre ʃe ʃent eʃtre vn ʃecond ʃoymeʃme,
Ce qu’elle veut pour luy, il veut auẞi pour elle.
5 De ʃemblable beauté eʃt ceʃte couple belle,
Et ʃemblable eʃt le feu qui fait que l’vn l’autre ayme,
Mais la ʃeur eʃt premiere à qui la Parque bleʃme
Ferme les ieunes yeux d’vne nuit éternelle.
Narciʃʃe en l’eau ʃe void, y penʃant voir ʃa ʃeur :
10 Ce penʃer le repaiʃt d’vn vaine douceur,
Qui coulee en ʃon cœur, luy amoindrit ʃa peine.
De luy ʃon nom retint l’amoureuʃe fonteine,
Dans laquelle reçoit, quiquonque aymant s’y mire,
Quelque douce allegeance à l’amoureux martire.
Pontus de Tyard,
Douze fables de fleuves ou fontaines, avec la description pour la peinture et les épigrammes par P. D. T., Paris, chez Jean Richer, 1586.
1. Comment peut-on justifier les graphies «auẞi» (l. 2) et «s'(y)» (l. 13), à la lumière des commentaires à propos des paires
ʃ/
s et
σ/
ς ?
2. Remarquons «iumelle» (l. 1) et «vaine» (l. 10). La distinction graphique entre le paire
u/
v est-elle antérieure à celle du paire
i/
j ?
3. Comment peut-on justifier ces graphies:
a. «ʃeur» (l. 1) / «cœur» (l. 10) ?
b. «vn» (l. 6) ?
4. Comment peut-on justifier les différentes voyelles finales dans le paire «luy» (l. 2) / «qui» (l. 7) ? Le «y» ne devrait-il pas être toujours utilisé au profit de «i» en fin de mot ?