on sera surpris de cette accentuation affective, presque naturelle, que nous mettons dans notre diction d'un poème.
réduire cette tonalité particulière, incongrue et fausse.
Donc, mieux vaudrait une diction artificielle et mécanique, qui serait plus "vraie" ?
Il me semble qu'on peut dire un poème avec sentiment sans tomber pour autant dans une grandiloquence ridicule…
Jehan a écrit :Donc, mieux vaudrait une diction artificielle et mécanique, qui serait plus "vraie" ?
Il me semble qu'on peut dire un poème avec sentiment sans tomber pour autant dans une grandiloquence ridicule…
Bonjour Jehan,
Je pense que le poème contient le rythme et la mesure dans son langage, dans sa forme même, et qu'il peut exister seul, par lui-même, sans ajout, et sans la personalité introduite du
diseur.
Ce n'est pas un accident si ce sujet se trouve dans la rubrique "langue française".
Certes, le poème seul contient virtuellement un certain rythme et une certaine mesure.
Peut-être même, quoi que tu sembles penser, plusieurs rythmes possibles.
Mais pour actualiser cette mesure et ce rythme, il faut bien passer par un locuteur.
Qui devrait donc, si je te suis, faire complètement abstraction de sa propre personnalité.
Le poème n'est pas une création mécanique à la précision intangible, c'est une création humaine personnelle, qui a une dimension sensible. Pourquoi de son côté le diseur devrait-il être un pur robot ?
On ne peut réduire un poème à sa mesure et à son rythme.
Pour le seul rythme et la seule mesure, on pourrait user de syllabes dénuées de sens. Le lettrisme s'y est certes essayé.
Mais en général, la subjectivité du poète use de mots signifiants, eux mêmes interprétés selon la subjectivité du locuteur.
C'est cela aussi, et non la seule mesure et le seul rythme, qui a un rapport avec la langue.
Merci!
Je n'ai pas dormi la nuit entière, totalement absorbé par le chant du poème! Je comprends maintenant l'expression, personelle, oui, qui se surimpose à la prosodie.
La créativité poétique est rythme;
respiration;
timbre;
émotion.
Hier dans l'après-midi j'ai visité un nouveau musée qui vient d'ouvrir il y a quelques semaines dans ma ville, et à mon insu, j'y ai découvert une salle d'exposition entière dédiée aux "œuvres du mot", au lettrisme et même Un Hasard jamais n'abolira un coup de dés de Mallarmé, 1897.
Ce fût un tourbillon d'images, de couleurs, de sons, de mots.
Je crois que le diseur, le locuteur doit se faire oublier au profit du texte, c'est-à-dire que sa diction ne doit être qu'un moyen de diffuser le texte, et que sans être mécanique, il ne doit pas « surjouer » afin de ne pas altérer le poème.