Concours général de philosophie

La filière littéraire

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Bon. J'en sors.
Le sujet des S/ES était " Comment savoir ce qu'il faut faire ? "
Et les autres ? Vos impressions ?

Personnellement si ça intéresse quelqu'un je peux vous mettre mon plan et le récit détaillé de mes aventures face à ma copie, c'est dans un registre tragicomique.
Bon, il est regrettable que je ne découvre cette discussion qu'une fois l'épreuve passée, mais j'étais à la recherche de compagnons d'infortune avec lesquels échanger des impressions.
Je suis en L pour ma part, le sujet était "L'intelligence donne-t-elle des droits ?". À vrai dire, je m'attendais à ce que, comme les années précédentes, le sujet ne soit pas formulé en une question (du type "Mal faire.") Le point d'interrogation m'a sans doute trop mise en confiance, me rappelant les sujets de bac, et je me suis lancée assez rapidement, avant de comprendre (un peu tard) que le sujet était plus complexe qu'il n'y paraissait.
Même si nous n'avions pas le même sujet, je veux bien voir ton plan (et surtout le récit de tes aventures !) Star-Seeker, par simple curiosité. Je peux partager le mien si quelqu'un souhaite par comparaison, se rassurer sur son ouvrage (le registre est pathético-élégiaque de mon côté)
Bonjour,

J'ai moi-même passé le concours général de philosophie pour les séries S et ES. Le sujet était en effet assez …complexe pourrait-on dire, même si c'est là un euphémisme.
Je me permet de vous soumettre mon plan, quoique très imparfait je pense :

Accroche : Le général face à la bataille, le journaliste devant la page blanche, le sportif avant la course, l'élève devant sa copie, tous hésitent : comment savoir ce qu'il faut faire?

Intro classique sur faire et savoir

Problématique : Comment savoir si ce que nous faisons est bon et juste ou nécessaire, et par quels moyens pouvons-nous savoir ce qu'il faut faire?

I] L'exercice de la conscience morale, de la raison et des lois : savoir ce qu'il faut faire est une question d'esprit
1) La conscience morale : Kant, le devoir moral, l'impératif d'humanité, l'Homme possède un bon "fond", ce que Kant nomme "Gute Kern". La nécessité pour l'Homme d'user de sa raison (Vernunft) pour bien agir selon son entendement (Verstand). Le contre-exemple de Médée : elle abandonne la raison, elle sombre dans la folie et la schizophrénie au sens étymologique de conscience clivée : elle agit mal car elle n'a pas su user de la raison. Il faut objectiver nos actes au prismes de notre conscience.
Auguste Comte : "Nul ne possède d'autre droits que celui de faire son devoir" => s'en remettre à la raison est-il suffisant, ou bien faut-il codifier par la loi
2) La loi nous permet-elle de savoir ce qu'il faut faire? Tout ce que permet la loi est-il juste et nécessaire? Penser que l'Homme ne peut savoir de lui-même si ce qu'il fait est ce qu'il faut faire peut sembler réducteur. Pour autant, Rousseau a montré la nécessité d'un contrat social. Dès lors, il faut admettre que l'Homme ne sait ce qu'il faut faire qu'au prisme du regard d'autrui, car sa conscience même se construit vis-à-vis d'autrui (Sartre). Pour autant, la loi ne suffit pas. Pour savoir ce qu'il faut faire, l'Homme suit un corpus de règles, explicites et implicites, qu'il réduit en un compendium : la connaissance.
3) Savoir ce qu'il faut faire, c'est peut-être aussi dès lors posséder un "savoir-faire" : l'exemple de l'artisan passé maître dans son art. L'Homme en tant qu'Homo Faber utilise sa faculté d'invention pour déterminer le geste qu'il doit accomplir dans l'acte technique. L'artisan illustre une jonction entre savoir ce qu'il faut faire et appliquer ce qu'il faut faire (Harendt, Bergson). Pour autant, même pour l'artisan de génie, il semble subsister une part d'instinct.

II) L'importance du désir pour savoir ce qu'il faut faire : savoir ce qu'il faut faire, ce n'est pas forcément faire ce qui est juste, c'est faire ce qui satisfait nos désirs, nos pulsions inconsciente et dont nous pensons tirer du bonheur
1) L'Homme n'est pas un empire dans un empire (Spinoza, l'Ethique). Suivre nos désirs pour agir, est-ce pour autant raisonnable? Oui, s'ils sont mesurés, pesés (Epicure, la classification des désirs, Lettre à Ménécée)
2) Diriger nos actes pour atteindre le bonheur : l'épicurisme, mais aussi l'utilitarisme de Stuart Mill. Dès lors, nous pouvons sans crainte suivre nos désirs s'ils contribue au bonheur du plus grand nombre. Pour autant, nous hésitons à suivre nos désirs, car nous ne les contrôlons pas totalement : l'influence de l'inconscient?
3) L'influence de l'inconscient dans nos choix : savoir ce qu'il faut faire, c'est écouter notre inconscient (cf. Freud). La sensation qu'une part de nous même dans nos décisions nous échappe (Proust, La prisonnière). Dès lors, comment savoir ce qu'il faut faire, comment être sûr que ce nous pensons être notre conscience ne nous trompe pas? Il semble que se fier à ses désirs pour savoir ce qu'il faut faire est insuffisant. Mais un paradoxe apparaît : comment savoir ce qu'il faut faire si ni notre conscience, ni nos désirs ne peuvent nous guider? Comment dès lors savoir comment agir? Pour savoir ce qu'il faut faire, ne faut-il pas justement avoir conscience de l'imperfection de notre processus de décision?

III) L'engagement : une alchimie entre coeur et esprit, orienté vers le "faire" plutôt que vers le "savoir"
1) L'important n'est pas de savoir ce qu'il faut faire, mais d'agir pour tenter d'améliorer les choses. Exemple de la littérature engagé, notamment J'accuse de Zola. L'engagement total, c'est celui qui fait répondre le coeur à l'esprit et l'esprit au coeur, c'est un bond en avant de tout notre être, un réflexe d'abord, qui mobilise ensuite toute la ressource de notre esprit.
2) L'engagement politique comme finalité de savoir ce qu'il faut faire : Aristote, l'Homme animal politique. L'engagement vers et pour les autres, comme confrontation de mon être au monde qui résiste. Savoir ce qu'il faut faire, ce n'est pas user de la connaissance mais de l'expérience. Tant que nous n'avons pas inscrit nos acte dans le réel, nous ne pouvons pas savoir si nous avons fait ce qu'il faut faire. Il faut agir comme "être au monde " (dasein) (cf ici Heidegger, et les philosophes phénoménologues).
3) L'engagement artistique : acte qui convoque la connaissance du savoir-faire et l'intuition du psychisme freudien. L'art est d'ailleurs une sublimation freudienne de nos désirs, il illustre nos désirs et en même-temps représente la maitrise absolue de ce qu'il faut faire. Savoir ce qu'il faut faire, c'est aussi faire savoir? Char, la poésie est "l'amour réalisé du désir demeuré désir", l'acte d'écriture et de langage comme appel, convocation, évocation du monde ("voco", l'appel).

Dépassement : comment transformons-nous le monde par nos actes? Phrase de fin : "L'élève qui écrit ne sait pas si ce qu'il a fait est bon, et juste, il ne sait pas si ce qu'il a fait est ce qu'il fallait faire, il sait que ce qu'il a réalisé est imparfait, pourtant, il a écrit, il a noirci la page blanche, et par l'acte d'écriture, il s'est inscrit, modestement, dans une histoire. Il a agit gratuitement, pour exister face au monde".

Voilà, je pense que le plan est assez classique, même si j'ai parfois eu du mal à relier mes sous partis (notamment sur le "savoir-faire", mais c'était un axe d'analyse que je trouvais original et que je ne voulais pas laisser tomber). Ensuite ma troisième partie, je ne sais pas trop, il est vrai que je commençais à fatiguer 🙂 . De même pour la conclusion, que j'ai eu malheureusement le sentiment de rater.

Que pensez-vous du plan?

En tous cas, et même si je n'espère rien, c'était une expérience géniale (autant que celui de français l'an dernier 🙂 )

ps : désolé pour les quelques fautes qui ont pu subsister, mais depuis le téléphone ce n'est pas évident
Bonjour !

J'ai également passé le concours général pour les séries ES/S, et je n'ai qu'une question à poser : Quand sommes-nous censés recevoir les retours de la part du jury ? (en admettant bien sûr qu'on soit sélectionné aha) J'ai eu beau chercher sur différents sites, sont décrites les différentes récompenses possibles, mais nulle part une date, même vague, est mentionnée… J'attends vos infos si vous en avez 🙂
Bonjour,

La remise des prix et la publication des résultats ont lieu chaque année au début du mois de juillet. Seuls les lauréats primés (les trois premiers en général) sont invités à la remise des prix à Paris, les autres (accessits et mentions) recoivent leur diplôme ultérieurement, il y a parfois aussi une cérémonie au niveau académique. Les candidats non récompensés n'en sont pas informés.

Cordialement,
Merci pour tes renseignements Arthur !

Bonjour a tous, en effet j’arrive un peu en retard. Demain est l’épreuve de philo du concours général (du moins pour les S) même si j’imagine qu’il est un peu tard pour vous demandez des conseils, je relance tout de même ce topic en éspèrant pouvoir partagez avec vous des retours sur cette épreuve !

En effet, c’était vendredi pour les S/ES et les L.le sujet pour les S et ES était "peut-on perdre confiance en la raison?". Heureusement, le concours général de philo a bien eu lieu!. En revanche, les concours généraux qui devaient se dérouler dans les deux semaines à venir sont reportés, notamment l’allemand.En espérant que la fermeture des lycées vous donnera du temps pour philosopher ;-)

En effet, c’est bien dommage pour les concours suivants, mais je suis tout de même content d’avoir du temps de repos car ces 6 heures de concours m’ont épuisé !

Même s’il faut bien l’avouer, j’ai adoré ce sujet !

Et je pense avoir plutôt bien réussi (même si je doute finir dans les premiers)

Qu’en avez-vous pensé ?

L’important est de participer, de prendre du plaisir et de se surprendre! C’est vrai qu’il y avait moyen de citer pas mal de philosophes (par exemple les Lumières). En ce qui me concerne, je passe le bac la semaine prochaine (eh oui, les épreuves du bac franco-allemand sont fin mars-début avril!),donc j’ai pris le temps de savourer mon dernier contact de l’année avec la philo.

Tu as raison, je me suis vraiment amusé à philosopher et à tourner cette problématique dans tous les sens !

Et j’espère que pour ton bac tu vas t’en sortir, pour moi aussi c’est dans pas longtemps que les premières épreuves vont commencer, et je ne pense pas que ce soit aussi plaisant..