Je crois que je veux arrêter l’hypokhâgne
7 réponses
Bonsoir,
Je suis actuellement en hypokhâgne A/L ; notre conseil de classe a lieu en janvier, et je ne sais pas si je dois arrêter la prépa. Je ne me sens pas en difficulté particulière en ce qui concerne l'écrit, j'ai même eu de très bons résultats dans certaines matières, et je trouve l'ambiance de ma classe excellente.
Cependant, je suis en relative difficulté en langues vivantes, et j'ai surtout une peur panique des colles. Je pensais que cela s'améliorerait avec l'expérience, mais ces exercices oraux me rendent toujours plus malade d'angoisse. Je me sens faible psychologiquement à cause de ce défaut, et mon incapacité à progresser et à être courageuse abîme mon estime de moi même. J'étudie beaucoup, et j'ai une très bonne mémoire, mais je me sens souvent stupide, incapable d'avoir une pensée autonome et un raisonnement logique, incapable de rédiger correctement, et surtout je crois que je ne supporte plus (ou que je n'ai jamais supporté) la pression et cette logique de classement. Je crois que la prépa me fatigue, physiquement j'entends.
Paradoxalement, j'adore la plupart des matières que j'étudie, je me sens bien dans ma classe, et j'ai des professeurs exceptionnels. Mais souvent, je souffre du manque de temps que mes études impliquent ; j'aimerais parfois pouvoir me consacrer plus spécifiquement à la littérature et la langue française, et c'est pour ça que je me demande s'il n'est pas temps de me spécialiser dès le prochain semestre et de rejoindre la fac de lettres modernes… Je n'ai pas encore osé en parler à mon professeur principal, et j'ai un peu peur de sa réaction. J'ai aussi peur de décevoir mon entourage en abandonnant ainsi la prépa.
Je suis un peu perdue finalement, et j'ai besoin d'avis quant à ma situation, et de témoignages de cette expérience.
Je remercie sincèrement ceux qui auront pris le temps de me lire 🙂
Bonsoir Eun-Mi,
Evidemment, personne ne peut décider à ta place de ce qui te conviendra le mieux, alors surtout n'accorde pas trop d'importance à ce qu'on peut te dire ici.
Néanmoins, comme je suis moi-même en hypokhâgne cette année, permets-moi de te rassurer sur certains points - en particulier au sujet des colles : je peux t'assurer que personne dans ma classe n'y va de gaieté de cœur, et qu'en ce qui me concerne chaque journée de colle est une journée d'angoisse ! J'y pense sans arrêt pendant plusieurs heures avant que ça commence, j'en ai des palpitations, c'est affreux… et en même temps, assez drôle, non ? Quand on y réfléchit, ça permet de relativiser. Bien sûr, en rire ne m'a jamais permis de me débarrasser de mon stress, mais ça le rend largement supportable.
Ensuite, pour ce qui est de tes doutes (certainement complètement infondés, mais malheureusement, contre ton propre jugement sur toi-même celui des autres aura peu de poids !) sur tes capacités intellectuelles, voilà une fois de plus un sentiment commun à beaucoup d'élèves. La période du concours blanc renforce d'ailleurs cruellement cette impression, n'est-ce pas ? Pour autant, il faut essayer de se raisonner tant bien que mal : si tu as été choisie par une commission pour faire une hypokhâgne, si tes premiers résultats sont encourageants (voire "très bons", d'après ton message !), si tu prends de plaisir à ce que tu fais en cours, c'est plutôt bon signe (la réciproque n'est pas vraie, quelqu'un peut avoir été refusé en prépa, ou détester ce qu'il y fait, cela ne remet en aucun cas son intelligence en cause bien sûr). De toute façon, si ça peut te rassurer, il faut que tu saches qu'on n'a jamais demandé à personne d'être un génie dans le cadre de la scolarité !
Le manque de temps peut se révéler assez frustrant, effectivement, d'autant plus lorsqu'on a une préférence marquée pour une matière. En même temps, le socle de connaissances que t'apporte l'hypokhâgne dans toutes les autres matières pourra à l'avenir enrichir tes réflexions sur la langue et la littérature françaises !
Cela dit, c'est pour cette raison qu'un élève a quitté ma classe cette année, et il s'en porte très bien puisqu'il a enfin le temps de se consacrer pleinement à ce qui l'intéresse le plus (l'histoire, en ce qui le concerne).
Mais puisque tu as l'air de globalement plutôt te plaire dans ta classe, et d'avoir des résultats tout à fait convenables, pourquoi ne pas attendre au moins la fin de l'année ? Rien ne t'oblige à poursuivre en khâgne, comme tu le sais déjà. Et en continuant comme ça, tu auras sans aucun doute tes équivalences pour une L2 de lettres modernes. Evidemment, ne continue que si tu en as quelque part un peu envie (et je le soupçonne, puisque tu postes ici), mais surtout pas pour de mauvaises raisons à savoir pour faire plaisir à tes parents ou à tes profs !
J'espère que ce message t'aidera un tout petit peu, au moins en te montrant que n'importe quel/le hypokhâgneux/se partage tes angoisses !
En toute sincérité : ne lâche pas ! Si tu étais totalement dépassé au niveau des résultats, ou si tu avais horreur des matières, des profs, de la classe…ce serait différent. Il est normal et assez fréquent d'avoir des périodes difficiles en hypo, ou de trouver certains aspects difficiles toute l'année. Mais si tu te retrouves en fac du jour au lendemain tu vas être en sérieux décalage avec l'ambiance, le rythme, les autres, et tu ne seras pas mieux dans ta peau, j'en suis quasiment sûre. Tu risques de le regretter par la suite, et de te forger une mauvaise image de toi-même car tu ne seras pas allé jusqu'au bout. Si tes notes le permettent, je pense vraiment qu'il faut persévérer. Ce sera une expérience très riche pour toute la suite de ta vie.
J'ai failli maintes et maintes fois tout lâcher en hypo car je souffrais de l'ambiance oppressante pour moi psychologiquement, et surtout à cause de mon point faible en histoire-géo qui devenait une honte et une souffrance. Finalement j'ai fini l'année et je suis passée en khâgne parce que ma famille m'a poussée à continuer et que je n'ai pas eu le courage de les décevoir. En khâgne je me suis sentie bien mieux, j'ai cultivé mes points forts au lieu de me focaliser sur mes faiblesses. Et l'arrivée en fac que j'envisageais comme un soulagement n'en a pas été un ! Si peu d'heures de cours, tant d'élèves "détendus" voire carrément absents, tant de liberté… ça m'a déprimée plus qu'autre chose. Par la suite quand j'ai voulu passer les concours, les deux années de prépa ont été un atout considérable, et depuis je garde un très bon souvenir de ces années qui m'ont donné de la force de caractère. Je n'ai absolument pas oublié cependant que je pleurais chaque dimanche soir à l'idée de retourner à l'internat et d'affronter les 3h00 d'histoire-géo du lundi matin ! Mais je t'assure que le jeu en vaut la chandelle avec le recul. Tu as fait le plus dur avec ce premier trimestre, tiens bon pour la suite : la deuxième année est moins stressante (ou alors on est habitués ? 😉 ) et tu risques d'être très déçu par la fac, tu as tout le temps d'y aller…
Ce n'est que mon point de vue (chaque cas est unique), mais il est basé sur une expérience similaire à la tienne avec le recul des années !
Ah ! et pour le manque de temps : en licence j'ai pu faire tout le sport, la danse, le théâtre, la musique, les sorties, la lecture, le shopping que j'avais ratés pendant 2 ans ! Tu as tout le temps de te rattraper même si ça te paraît long pour l'instant.
J'aurais tendance à te dire la même chose qu'Ammy, essaie de finir cette année si tu le peux. La prépa, ce n'est pas toujours facile, on ne la ressent pas tous de la même manière et c'est un choix qui t'appartient.
Si cela peut t'aider à optimiser, dis-toi que j'avais également une peur bleue des khôlles, surtout de langues en hypokhâgne (d'autant que certains professeurs étaient assez durs, au point de nous faire sortir en pleurs) puis il y a eu un déblocage en fin d'année, je me suis mise à prendre de l'assurance et à avoir un oral beaucoup plus fluide. L'année de khâgne est passée beaucoup plus facilement.
Essaie quand même d'en parler à ton professeur principal ou à un autre professeur avec lequel tu te sens à l'aise.
Bon courage!
Titania91 a écrit :
Essaie quand même d'en parler à ton professeur principal ou à un autre professeur avec lequel tu te sens à l'aise.
Beaucoup d'excellents conseils sur cette page en général, mais le plus important est celui-ci. C'est par là qu'il faut commencer. Ne t'inquiète pas, tu ne seras pas mal reçue. 🙂
Je t'encourage à poursuivre jusqu'au bout…
Moi-même j'avais beaucoup de difficultés à l'oral en HK. Je suis passé d'un "ton monocorde, timidé trop présente, peu confiant" à "grande aisance rhétorique, convaincant, fait preuve de brio [dixit ma prof de philo sur l'épreuve de culture générale]" en fin de khâgne, et un 17 en épreuve d'entretien dans une grande école de commerce.
C'est l'affaire de beaucoup d'entrainements et d'un déclic psychologique. N'oublie jamais que pour le professeur tu es un élève parmi d'autres qu'il a envie de faire progresser, quel que soit le niveau d'où tu pars. Astreins toi et tu y arriveras, je t'y encourage fortement. Tu seras fièr(e) d'y être arrivé(e).
Un autre message de réconfort…
Moi je suis en khâgne. Pour commencer je m'éclate comme jamais, je n'ai jamais autant aimé aller en cours et apprendre, tout est incroyable, les profs géniaux, la pression extrêmement positive. Enfin bref, je me rends compte que c'est ça que je veux faire de ma vie.En hypokhâgne on a tous ce moment où on se retrouve en larmes et avec une migraine devant des tas de dictionnaires et de polycopiés, où on se demande ce qu'on fout là, où on se dit qu'on est nul, qu'il est bien loin le temps où on carburait à 18 en terminale, où les profs nous connaissaient si bien, etc. Bon alors après on bosse un peu, parfois c'est chiant - tellement plus que la khâgne - on n'en finit pas de bosser et en plus ce sont toujours des petits DM qui s'additionnent, des exercices, bref. Parfois on a des bonnes notes, on est content, ça motive. Et puis finalement tu t'en sors quand même.
Après, je pense qu'on va arriver dans une période où tu vas te rendre compte de là où tu en es. Si tu sais au fond de toi que tu aimes, que c'est ça que tu veux faire (et malgré toutes les sales notes et les boules au ventre), reste. Tu souffres mais c'est juste la première année, après c'est trop génial. Mais si tu te sens mal à l'aise, que finalement ce n'est pas un système fait pour toi, ça ne sert à rien de forcer. Pourquoi vouloir rester à tout prix ? Ce n'est pas un échec que de se rendre compte qu'on est fait pour autre chose. Et ça n'a rien à voir avec les notes, il ne faut pas juger en fonction de ça. Si tu préfères aller à la fac, fonce, fais ce qui te plaît, la prépa n'est pas censée être un combat de boxe éprouvant, il faut que tu puisses t'y épanouir.
Prends le temps des vacances pour vraiment réfléchir et en parler et regarder les alternatives. Mais vraiment, parole de khâgneuse, la première année est un peu chiante et laborieuse mais la deuxième est géniale.