Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Méchant

Entraide scolaire

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'ai un exercice à faire sur un texte de Voltaire qui porte sur l'article "Méchant" dans Dictionnaire Philosophique. Je dois relever la thèse du texte, mais j'ai quelques difficultés à comprendre la fin du texte…
"L’homme n’est point né méchant ; il le devient, comme il devient malade. Des médecins se présentent et lui disent : « Vous êtes né malade » ; il est bien sûr que ces médecins, quelque chose qu’ils disent et qu’ils fassent, ne le guériront pas si sa maladie est inhérente à sa nature : et ces raisonneurs sont très malades eux-mêmes.
Assemblez tous les enfants de l’univers, vous ne verrez en eux que l’innocence, la douceur et la crainte ; s’ils étaient nés méchants, malfaisants, cruels, ils en montreraient quelque signe, comme les petits serpents cherchent à mordre, et les petits tigres à déchirer. Mais la nature n’ayant pas donné à l’homme plus d’armes offensives qu’aux pigeons et aux lapins, elle ne leur a pu donner un instinct qui les porte à détruire.
L’homme n’est donc pas né mauvais ; pourquoi plusieurs sont-ils donc infectés de cette peste de la méchanceté ? C’est que ceux qui sont à leur tête étant pris de la maladie, la communiquent au reste des hommes, comme une femme attaquée du mal que Christophe Colomb rapporta d’Amérique, répand ce venin d’un bout de l’Europe à l’autre. Le premier ambitieux a corrompu la terre.
Vous m’allez dire que ce premier monstre a déployé le germe d’orgueil, de rapine, de fraude, de cruauté, qui est dans tous les hommes. J’avoue qu’en général la plupart de nos frères peuvent acquérir ces qualités ; mais tout le monde a-t-il la fièvre putride, la pierre et la gravelle, parce que tout le monde y est exposé ?
Il y a des nations entières qui ne sont point méchantes : les Philadelphiens, les Banians, n’ont jamais tué personne. Les Chinois, les peuples du Tonquin, de Lao, de Siam, du Japon même, depuis plus de cent ans, ne connaissent point la guerre. À peine voit-on en dix ans un de ces grands crimes qui étonnent la nature humaine, dans les villes de Rome, de Venise, de Paris, de Londres, d’Amsterdam, villes où pourtant la cupidité, mère de tous les crimes, est extrême.
Si les hommes étaient essentiellement méchants, s’ils naissaient tous soumis à un être aussi malfaisant que malheureux, qui, pour se venger de son supplice leur inspirerait toutes ses fureurs, on verrait tous les matins les maris assassinés par leurs femmes, et les pères par leurs enfants, comme on voit à l’aube du jour des poules étranglées par une fouine qui est venue sucer leur sang."
Dans mes recherches, j'en suis venue à dire que la thèse du texte était que pour Voltaire, l'homme ne naissait pas méchant mais pouvait le devenir par la suite au cours de sa vie, mais que pour lui il ne fallait pas en faire une généralité, car tout les hommes confrontés à la méchanceté ou à la cruauté, ne devenait pas forcément semblable. Mais j'émets quelques doutes et si je ne suis pas en train de tout confondre, par ce soucis de compréhension à la fin du texte…

Merci d'avance
Tu as bien compris le texte.
Voltaire y critique le dogme chrétien du péché originel.
Il raisonne par analogie avec la maladie.
Mais son raisonnement est biaisé parce qu'il refuse d'une certaine manière la transcendance et que d'autre part il assimile la méchanceté à sa réalisation criminelle extraordinaire.
La fin du texte se réfère au mythe des peuples philosophiques ou éloignés qui permet des affirmations invérifiables et souvent erronées.
Quant à la thèse, il faut la raccourcir : l'homme ne naît pas mauvais, mais il peut le devenir.
Merci beaucoup Jean-Luc !

Je viens de relire votre réponse et de faire des recherches de mon côté, mais j'ai l'impression que je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par "il refuse d'une certaine manière la transcendance".
L'homme n'a pas en lui-même sa raison d'exister. Il reçoit son être intime d'un principe extérieur.
Ici Voltaire cite à un moment la "nature", concept équivoque : s'agit-il d'une force créatrice extérieure ? mais il n'emploie pas la majuscule ; s'agit-il alors d'un principe immanent ?
En fait, en bon rationaliste, Voltaire veut éviter de citer Dieu, du moins dans les relations personnelles que le créateur entretient avec ses créatures telles qu'on peut les découvrir dans la Bible, livre de la Genèse. Voltaire est un théiste qui voit Dieu comme un "grand horloger". Il considère la religion comme une force obscurantiste.
Cet article est polémique en ce qu'il attaque en catimini un dogme chrétien. A mots couverts, Voltaire dénonce ce qu'il considère comme une absurdité tout en essayant d'échapper à la censure.
Donc si je comprend bien, dans ce texte, comme vous l'avez dit plus haut, Voltaire dénonce le dogme chrétien du péché originel mais sans non plus citer quoi que ce soit de la Bible… Et c'est ce qui rend ce texte polémique dans le sens ou il attaque sans "viser" clairement en fait…

Excusez moi pour mes questions, mais étant en reprise d'étude, il faut que je me remette dans le "bain" comme on dit…
Oui, Voltaire veut "écraser l'infâme" comme il disait mais tout en se montrant prudent.
Si l'homme ne naît pas mauvais, alors il n'a pas besoin d'être sauvé…
La conclusion implicite qui n'est jamais abordée est une attaque insidieuse contre le christianisme.
De plus Voltaire se veut peut-être plus incisif encore en méprisant l'adversaire, en ne le citant pas, en le niant…
C'est un article "philosophique"… Sous son apparente nonchalance, il est très caustique.
Son Dictionnaire est un brûlot.
Enfin Voltaire est un écrivain qui croit au progrès de la civilisation capable d'apporter le bonheur terrestre.
Un détail, je ne suis pas certaine que le "péché originel" soit un un "dogme" chrétien. Est-ce que cela a fait l'objet d'un concile?
En tout cas, cela a donné matière à débats ! 😉

https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9ch%C3%A9_originel
Peut-on dire à la fin de ce texte, que Voltaire réfute sa thèse ? (dans le dernier paragraphe).
@ melleceline
La fin du texte n'est pas en contradiction avec la thèse.
Voltaire utilise simplement une forme d'argumentation qu'on appelle a contrario.

@ titania91
J'ai pris la précaution d'écrire "dogme chrétien". J'aurais pu utiliser le synonyme plus approprié de "vérité de foi" car le terme de dogme est aujourd'hui fortement connoté catholique. J'ajouterai que la foi chrétienne et la doctrine du péché originel sont antérieures aux conciles, que des dogmes ont pu être promulgués dans l'Eglise catholique en dehors de tout concile (par exemple celui de l'Immaculée conception en 1854)…
que la thèse du texte était que pour Voltaire, l'homme ne naissait pas méchant mais pouvait le devenir par la suite au cours de sa vie,
En quoi il rejoint Rousseau : l'homme est naturellement bon, c'est la société qui le corrompt.