Le romancier a-t-il le droit de tromper le lecteur en rendant sympathique un personnage malhonnête e

Entraide scolaire

3 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour.

Sujet: "Le romancier a-t-il le droit de tromper le lecteur en rendant sympathique un personnage malhonnête et malfaisant?"

Soit les trois romans suivants:

1. "Manon Lescaut" de l'Abbé Prévost. 1731.
2. "Les Liaisons Dangereuses" de Choderlos de Laclos. 1782.
3. "Le Lys Dans La Vallée" d'Honoré de Balzac. 1836.


Proposition de plan:


I. Les personnages principaux sont présentés comme des héros sympathiques aux yeux du lecteur alors que ce sont des fripons ou des catins (le Chevalier des Grieux et Manon Lescaut), des monstres sans moralité qui se complaisent à torturer leurs victimes (Mme de Merteuil et Le Vicomte de Valmont) ou des personnages inconscients du mal qu'ils font (Félix de Vandenesse).


II. Or le point de vue narratif adopté par l'auteur (point de vue interne dans les romans 1 et 3) ou le genre (épistolaire dans le roman 2) trompent le lecteur sur la vraie nature de ces personnages. Les personnages secondaires, qui sont en fait leurs victimes, apparaissent ainsi comme des vieux grincheux, des fourbes, des ingénus ou des dévots que le lecteur, ne peut que détester ou railler.


III. En agissant ainsi, l'auteur trompe le lecteur qui devient le complice de personnages malhonnêtes et malfaisants et se place non pas du point de vue des victimes malmenées par les héros, ce qu'il devrait faire normalement, mais du point de vue des héros malfaisants, en détestant ou en raillant avec eux leurs victimes.



Merci de me dire ce que vous pensez de mon plan et des exemples choisis. Connaissez-vous d'autres romans présentant une situation identique?


Cordialement.
Dans la littérature populaire, il existe des héros malhonnêtes sympathiques comme Arsène Lupin, des héros malfaisants fascinants comme Fantomas.
Le roman gothique anglais de la fin du XVIIIe siècle a fondé son succès sur ses personnages noirs qui font frissonner le lecteur bien calfeutré dans un intérieur familier…

Ce que tu as rédigé est excellent mais incomplet.

En effet il faudrait examiner bien d'autres pistes :
- La littérature doit-elle être morale ou plutôt moralisante ? Baudelaire dénonçait cette déviance mortifère pour l'art.
- Le lecteur interprète-t-il toujours correctement le projet de l'auteur ?
- L'auteur est-il responsable des pensées de son lecteur ?
- Une censure est-elle légitime ?
- Faut-il protéger des lecteurs qui ne seraient pas adultes ?
- Un auteur peut-il tout montrer ?
- Pourquoi ces personnages peuvent-ils être attirants ?…

Il existe dans tout cela des mots clés : complaisance, conscience, humanisme, succès scandaleux…
Milan Kundera pose qu'il faut suspendre son jugement moral devant une œuvre de fiction.

Le lecteur fait ce qu'il veut des personnages que lui propose l'auteur :
Des Grieux est vu en focalisation interne, il aime Manon à la folie, il donne de Manon une image séduisante. Des Grieux est un bon petit jeune homme qui s'est dérangé, Manon une bonne fille sensuelle, qui ne devient infidèle que lorsque les caisses sont vides. La scène avec le prince italien la montre désintéressée, ce n'est pas une Merteuil.
Merteuil et Valmont font du lecteur le complice de leurs machinations, mais ce n'est pas parce qu'ils sont vus de l'intérieur qu'ils en sont plus attirants. Leur noirceur, leur cynisme fait horreur, et le lecteur plaint leurs victimes.
Restent Félix et Henriette : Balzac veut en faire des héros positifs, mais il n'arrive pas à nous cacher que Félix est un violeur (la scène du bal. Aujourd'hui, ce serait la correctionnelle) et Henriette une redoutable coquette, manipulatrice et perverse. Aucune tromperie ici, nous voyons très bien ce qu'il en est.
Ce disant, je rends un jugement moral sur des personnages de papier, exactement ce qu'il ne faut pas faire !

Reste que comme le dit Jean-Luc une crapule peut s'attirer la sympathie du lecteur : Vautrin en est un exemple remarquable.