Balzac, Le Père Goriot - Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur…

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à toutes et à tous 🙂

J'ai une lecture analytique à faire pour d'ici 5 jours, j'aurais besoin d'un petit coup de pouce si vous en avez le temps (et l'envie!)
J'ai vraiment du mal avec la lecture analytique ..
Je dois faire celle de la description de la pension Vauquer par Balzac, dans le Père Goriot.
Le texte fait une quarantaine de lignes.
Je dois "montrer que la description a une valeur proleptique".
A part la dimension réaliste du texte, je n'ai encore rien trouvé ..

Merci de votre aide
"Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd'hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d'assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boite à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il s'y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation aux Incurables. Vous y verriez un baromètre à capucin qui sort quand il pleut, des gravures exécrables qui ôtent l'appétit, toutes encadrées en bois verni à filets dorés; un cartel en écaille incrustée de cuivre; un poêle vert, des quinquets d'Argand où la poussière se combine avec l'huile, une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu'un facétieux externe y écrive son nom en se servant de son doigt comme de style, des chaises estropiées, de petits paillassons piteux en sparterie qui se déroule toujours sans se perdre jamais, puis des chaufferettes misérables à trous cassés, à charnières défaites, dont le bois se carbonise. Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas. Le carreau rouge est plein de vallées produites par le frottement ou par les mises en couleur. Enfin, là règne la misère sans poésie; une misère économe, concentrée, râpée. Si elle n'a pas de fange encore, elle a des taches; si elle n'a ni trous ni haillons, elle va tomber en pourriture.

Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de madame Vauquer précède sa maîtresse, saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d'assiettes, et fait entendre son rourou matinal. Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis; elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d'église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s'est blottie la spéculation et dont madame Vauquer respire l'air chaudement fétide sans en être écoeurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l'amer renfrognement de l'escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne."
Bonjour.

J'espère que tu as compris ce que veut dire "valeur proleptique".
En quoi cette description peut déjà annoncer des éléments futurs de l'histoire…
Oui bien sûr, mais je ne vois vraiment pas ..
Peut-être parce que c'est la description d'un lieu sale, un peu comme va l'être l'histoire ?
Bonsoir,
je vais essayer de t'aider du mieux que je peux.

Prolepse: dans une narration, récit anticipé d’événements qui se produiront dans le futur (définition du Petit Robert)

Lorsqu'on a lu "Le Père Goriot", on sait qu'il va mourir vieux, seul et misérable, dans un grenier sordide, après avoir cédé toute sa fortune à ses filles et s'être sacrifié pour elles en vivant lui-même avec économie et parcimonie. Or ses filles qui vivent dans le luxe grâce à lui, vont l'abandonner et le laisser mourir seul dans la misère.

La description des objets de la pension Vauquer est aussi métaphoriquement une description physique et morale du Père Goriot. C'est une prolepse de l'état dans lequel le Père Goriot va progressivement se trouver au cours du roman. Il suffit donc de relever tous les éléments lexicaux qui s'appliquent aux objets et de les appliquer au personnage du Père Goriot pour comprendre son destin futur:

- Proscrit
- Débris de la civilisation
- Des chaises estropiées
- Des chaufferettes misérables
- Ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant
- Là règne la misère sans poésie; une misère économe, concentrée, râpée

Par contre dans le deuxième paragraphe, la description de Madame Vauquer ressemble beaucoup à une description métaphorique et même satirique de l'avidité des filles du Père Goriot:

- Sa personne dodue comme un rat d'église (…) où s'est blottie la spéculation et dont Madame Vauquer respire l'air chaudement fétide sans en être écœurée

Balzac oppose l'état misérable de la pension et de ses objets à la propriétaire, une femme bien en chair, qui spécule, qui semble profiter de la misère des hôtes de cette pension.
C'est évidemment encore une métaphore proleptique des filles du Père Goriot qui vivent dans le luxe, spéculent avec l'argent de leur père et donc profitent de sa misère "sans en être écœurées".

Il faut noter l'opposition entre "une misère économe" qui décrit le Père Goriot et "la spéculation" qui définit l'attitude de ses filles.
Il faut également noter l'utilisation d'un vocabulaire largement hyperbolique (proscrit, misérable, crevassé, expirant qui pourraient qualifier le Père Goriot opposé à dodue, fétide qui pourraient qualifier ses filles). Le narrateur et donc à travers lui l'auteur dénonce de cette manière cette situation immorale. Il est lui-même "écœuré".

C'est donc une description satirique. Le narrateur annonce d'ailleurs avec beaucoup d'ironie la valeur proleptique de cette description lorsqu'il dit: "Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri (…) il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire, et que les gens pressés ne pardonneraient pas". Pourtant c'est bien ce que le narrateur fait: une description.

J'espère t'avoir un peu aidé.
Bon courage.
Merci énormément pour cette aide !
Ayant travaillé pendant presque une heure dessus, j'avais trouvé la dimension symbolique décrivant le Père Goriot, mais celle de ses filles m'avaient échappée, et elle est pourtant primordiale !
Merci encore,
Bonne soirée

Bonjour, je suis en seconde et je travaille sur un extrait du livre. Je dois argumenter en quoi Balzac transforme la réalité dans l’extrait qui commence à " cette salle" et se termine à "va tomber en pourriture".

Merci pour votre aide

Bonjour chris1008,

Regarde cette discussion

https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/41419/balzac-le-pere-goriot-cette-salle-entierement-boisee-fut-jadis-peinte-en-une-couleur-indistinct

N’oublie pas de relever les accumulations et d’en donner la valeur. Chez Balzac, la description des lieux est une image des propriétaires et des habitants.