La poésie finalement est cette possibilité d’insérer la plainte dans une totalité qui la résorbe

Entraide scolaire

3 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !

Je suis en L3 de lettres modernes et je travaille actuellement sur une "citation-dissertation" en Littérature Générale et Comparée :
"La poésie finalement est cette possibilité d'insérer la plainte dans une totalité qui la résorbe." (Rilke, Philippe Jaccottet - 1975)

La particularité est que je n'ai pas à rédiger mon développement puisque je le présenterai à l'oral.
Par contre, j'ai tout de même rédigé mon introduction au propre pour pouvoir la lire tranquillement et présenter / problématiser le sujet. Comme je dois la lire, je souhaiterais qu'elle soit la plus claire et compréhensible possible. J'aimerais alors avoir des avis pour savoir si j'ai clairement présenté le sujet ou non ! Par contre, si elle est "longue", c'est normal, j'ai la possibilité d'y passer au moins quelques minutes à l'oral, même 5 minutes !
Lorsqu’aujourd’hui, on pense à la poésie sans plus de précision, on songe essentiellement à la poésie lyrique, dans son acception moderne du terme : c’est-à-dire à une poésie vouée à l’expression des sentiments personnels du poète. De façon encore plus globale, on se représente souvent la poésie comme l’expression de sentiments tristes, peu joyeux, et donc négatifs, car ces sentiments provoquent la souffrance. La plainte est l’expression même de cette souffrance. Celle-ci a de multiples origines : l’amour, la fuite du temps, la mélancolie, la nostalgie, le deuil… Et, naturellement, ces thèmes nous ramènent donc à une première définition assez générale de la poésie élégiaque. Toutefois, l’élégie, bien que liée à la plainte, fait presque toujours l’éloge de quelque chose, de quelqu’un. Ainsi, il ne faudrait donc pas substituer la plainte à la poésie élégiaque puisque ces deux notions ne se recouvrent pas complètement : la plainte évolue effectivement dans le genre de l’élégie, mais n’est pas élégie car un aspect positif, celui de la célébration de l’objet élégiaque, cohabite donc avec la plainte.

Et, il me semble précisément que c’est qu’avance Philippe Jaccottet (poète, critique littéraire et traducteur reconnu du 20ème siècle) dans Rilke, un ouvrage publié en 1975 dans lequel il se consacre à une analyse assez personnelle de la production poétique de Rainer Maria Rilke, un des poètes de notre corpus. En effet, il dit que, je cite, « la poésie finalement est cette possibilité d’insérer la plainte dans une totalité qui la résorbe ». Ainsi, Jaccottet semble ici affirmer que lorsque la poésie a affaire à la plainte, comme c’est le cas pour la poésie élégiaque, c’est toujours dans cette unique « possibilité » de l’insérer dans « une totalité qui la résorbe ». Jaccottet considère donc la poésie élégiaque comme un exutoire de la plainte : on y sublime la souffrance par la création poétique afin de soulager, de faire disparaître sa peine (« résorber » signifie « faire disparaître quelque chose de négatif », le « quelque chose de négatif est donc ici la souffrance, la plainte). Aussi, Jaccottet assimile la création poétique à la « totalité » qu’il évoque : la poésie est donc également un langage, langage qui permet de « résorber » la plainte. On parlera alors de langage poétique pour définir cette « totalité ». Et la célébration de l’objet élégiaque en élégie passe donc par ce langage poétique, puisque c’est en effet lui qui permet de la célébrer.

Toutefois, il me semble que cette affirmation de Jaccottet est quelque peu problématique : non pas dans le sens où la poésie est effectivement un exutoire, mais dans le sens où sa position est trop radicale et qu’elle soulève, de plus, un paradoxe. Je m’explique : En effet, Jaccottet évoque le terme de « possibilité » quant à l’insertion de la plainte, toutefois, s’il y a une possibilité… cela voudrait donc dire soit, qu’il y en a plusieurs (de possibilités), soit que cette possibilité unique que Jaccottet propose peut échouer : car n’est pas forcément dit que la possibilité, la solution qu’évoque Jaccottet va fonctionner. Le terme de « possibilité » signifie bien ce qu’il veut dire : c’est une tentative possible, mais le mot induit implicitement une probabilité d’échec. Et si cette possibilité échoue, quelle autre solution resterait-il pour résorber la plainte en poésie ?

Il s’agira donc de voir en quoi cette « possibilité d’insérer la plainte dans une totalité qui la résorbe » permet de mettre en évidence la fonction paradoxale du langage poétique. Afin de répondre à cette problématique, on s’appuiera bien évidemment sur les quatre œuvres au programme.

Dans un premier temps, nous verrons donc que « la poésie finalement est une possibilité d’insérer la plainte dans une totalité qui la résorbe », c’est-à-dire que nous verrons la fonction de la parole poétique dans la poésie élégiaque, c’est-à-dire en ce que celle-ci est un exutoire pour l’expression de la souffrance et une tentative de soulager sa peine.

Dans un second temps, nous verrons qu’en fait, résorber la plainte par le langage poétique est une possibilité qui, en réalité, échoue, car il ne fait qu’essayer de résorber la plainte. La poésie reste un exutoire, mais son langage se trouve mis en difficulté par l'expression de la plainte.

Dans un dernier temps, il s’agira donc de voir plus loin que Philippe Jaccottet et de proposer une autre solution : la poésie finalement, serait ces possibilités de travailler la plainte, non pas en tant que motif négatif, mais positif : car finalement, la plainte, la souffrance même n’aurait pas à être résorbée mais à être célébrée.
Si bien sûr il y a des répétitions, des passages peu clairs, ou que j'explique "trop", vous pouvez également me les signaler.

Merci d'avance ^^
Je trouve l'accroche longue et maladroite : elle repose sur un '' on '' assez mal identifié et général : de quel lecteur parlez-vous ? Visiblement d'un lecteur '' primaire '', et je doute que votre auditoire en soit un. Davantage, elle élude un vrai travail de définition, surtout au moment de votre énumération '' l'amour, la fuite du temps … '' etc. Ce ne sont que des banalités.
D'autre part, vous ne donnez pas les moyens à votre lecteur de comprendre ce que l'auteur entend par '' totalité qui la résorbe '' : pourriez-vous être plus explicite ?
Enfin, peut-être n'ai-je pas vraiment compris l'antithèse, mais elle me semble inefficace vu qu'elle contredit quelque chose évoqué par Jaccottet lui-même, à savoir que sa position n'est qu'une '' possibilité '' : à aucun moment il ne dit que la poésie résorbera à coup sûr une plainte. Lui-même est conscient que ce n'est qu'une possibilité. Dès lors, ce que vous présentez en '' paradoxe '' n'est autre que ce que dit l'auteur.
Merci de votre réponse !

Peut-être effectivement que l'accroche est assez maladroite, mais je tenais impérativement à lier la poésie élégiaque à la citation de Jaccottet, puisque je travaille actuellement sur cette poésie dans mon cours de LGC. Mais s'il faut, je la retravaillerais davantage, ou peut-être mieux la reformuler et la définir ?

Ensuite, pour la "totalité qui la résorbe" : comme je l'ai expliqué dans mon introduction, Jaccottet m'apparaît considérer la poésie élégiaque (la poésie de la plainte, du coup) comme un exutoire : il s'agit de sublimer la souffrance par le langage poétique afin de soulager sa peine, de s'en soigner. C'est donc cela cette "totalité qui la résorbe" : la totalité me paraissait ici désigner le langage poétique. Ainsi, ce serait par le biais du langage poétique que l'on peut résorber (faire disparaître) la plainte.

Pour mon antithèse, après relecture, je crois bien qu'elle pourrait contredire la thèse de Jaccottet… Ensuite, s'il faut, ma formulation est sans aucun doute très maladroite. Mais il me semble vraiment que Jaccottet est radical quand il évoque sa "possibilité" : je pense vraiment qu'il considère que le langage poétique résorbera à coup sûr la plainte par cette unique possibilité. C'est la construction même de la phrase qui me le fait penser : utilisation d'un présent de vérité général ("la poésie est" "qui la résorbe"), emploi du démonstratif "cette" qui est très autoritaire, tout comme l'adverbe "finalement" : il n'y a donc pas d'autre possibilité pour résorber la plainte que par l'emploi du langage poétique qui a donc une vertu thérapeutique pour Jaccottet. Il ne me semble pas penser que sa possibilité qu'il propose peut échouer, alors que le terme le suggère dès le départ. D'où mon antithèse où j'essayerai de montrer les limites de la thèse de Jaccottet (sans la contredire, bien sûr) : la poésie est un exutoire, mais cela ne reste qu'une tentative illusoire, une possibilité qui donc rencontre un échec.