Kant, Critique de la faculté de juger - L’agréable et le bon ont l’un et l’autre une relation avec l

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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AVIS AUX PHILOSOPHES!!
L’agréable et le bon ont l'un et l'autre une relation avec la faculté de désirer et entraînent par suite avec eux, le premier une satisfaction pathologiquement conditionnée (par des excitations, stimulus), le second une pure satisfaction pratique ; celle-ci n'est pas seulement déterminée par la représentation de l'objet, mais encore par celle du lien qui attache le sujet à l'existence de l'objet. Ce n'est pas seulement l'objet, mais aussi son existence qui plaît. En revanche le jugement de goût est seulement contemplatif ; c'est un jugement qui, indifférent à l'existence de l'objet, ne fait que lier sa nature avec le sentiment de plaisir et de peine. Toutefois cette contemplation elle-même n'est pas réglée par des concepts ; en effet le jugement de goût n'est pas un jugement de connaissance (ni théorique, ni pratique), il n'est pas fondé sur des concepts, il n'a pas non plus des concepts pour fin.
L'agréable, le beau, le bon désignent donc trois relations différentes des représentations au sentiment de plaisir et de peine, en fonction duquel nous distinguons les uns des autres les objets ou les modes de représentation. Aussi bien les expressions adéquates pour désigner leur agrément propre ne sont pas identiques. Chacun appelle agréable ce qui lui fait plaisir; beau ce qui lui plaît simplement; bon ce qu'il estime, approuve, c'est-à-dire ce à quoi il attribue une valeur objective. L'agréable a une valeur même pour des animaux dénués de raison: la beauté n'a de valeur que pour les hommes, c'est-à-dire des êtres d'une nature animale, mais cependant raisonnables, et cela non pas seulement en tant qu'êtres raisonnables (par exemple des esprits), mais aussi en même temps en tant qu'ils ont une nature animale; le bien en revanche a une valeur pour tout être raisonnable. Cette proposition ne pourra être complètement justifiée et éclaircie que plus tard. On peut dire qu'entre ces trois genres de satisfaction, celle du goût pour le beau est seule une satisfaction désintéressée et libre; en effet aucun intérêt, ni des sens, ni de la raison, ne contraint l'assentiment. C'est pourquoi l'on pourrait dire de la satisfaction que, dans les trois cas indiqués, elle se rapporte à l’inclination, à la faveur ou au respect la faveur est l'unique satisfaction libre. Un objet de l'inclination ou un objet qu'une loi de la raison nous impose de désirer ne nous laissent aucune liberté d'en faire pour nous un objet de plaisir. Tout intérêt présuppose un besoin ou en produit un, et comme principe déterminant de l'assentiment, il ne laisse plus le jugement sur l'objet être libre.
On dit de l'intérêt de l'inclination relative à ce qui est agréable: la faim est le meilleur cuisinier et les gens, qui ont un appétit sain, aiment tout ce qui est comestible; une telle satisfaction ne prouve donc aucun choix par goût. Ce n'est que lorsque le besoin est satisfait qu'il est possible de distinguer entre beaucoup d'hommes qui a du goût et qui n'en a pas. De même il y a des mœurs (conduite) sans vertu, une politesse sans bienveillance, de la décence sans honorabilité, etc. C'est que lorsque la loi morale parle, il n'est plus objectivement de libre choix sur ce qui doit être fait; faire preuve de goût en sa conduite (ou dans l'appréciation de celle d'autrui) est tout autre chose que manifester sa propre pensée morale; en effet celle-ci enveloppe un commandement et produit un besoin, tandis que le goût éthique ne fait que jouer avec les objets de la satisfaction, sans s'attacher à l'un d'eux.

KANT. Critique de la faculté de juger, § 5.
Je n'ai pas bien saisi une des question: "En quel sens l'agréable et le bon sont-ils comparables ? Expliquez ceci que, dans l'un ou l'autre cas, ce n'est pas seulement l'objet mais aussi son existence qui plait ?" En fait, je ne voit en quoi l'existence plait. Merci d'avance. 🙂
Explication rapide à la tronçonneuse : tu ne peux comprendre la question que si tu comprends ce qui différencie le beau d'une part, l'agréable et le bon d'autre part.

Tu peux trouver belle une chose qui n'existe pas réellement, la représentation suffit. Par exemple, une nature morte avec des fruits, lorsque tu dis qu'elle est belle, tu te moques qu'elle existe ou non. En revanche, pour trouver quelque chose d'agréable, il faut que tu puisses le consommer, il faut qu'il existe ; pour que les fruits soient "agréables", il faut qu'ils soient de vrais fruits que tu puisse manger, c'est donc leur existence qui te plaît. Idem avec le bon (=conformité au bien ou moral) : une action n'est morale que si elle est réellement faite ; tu ne vas pas trouver une action bonne si elle est seulement une projection mentale ; pour que tu apprécies ce qui est bon, il faut que ce qui est bon soit réel.

Après avoir expliqué pourquoi c'est l'existence qui plaît, je te laisse réfléchir à l'explication du "plaît" ; pourquoi le bon et l'agréable plaisent (=procurent une forme de plaisir, qui n'est toutefois pas le même dans les deux cas) ?

Au travail !