"J" ou "i" en latin ?
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Bonjour,
On trouve apparemment plusieurs écritures pour un même son.
Par exemple dans une liste donnée à apprendre à mon fils:
Jubeo, es, ere, iussi, iussum.
Par souci de cohérence, ne devrait-on pas ici choisir "j" ou "iu" et garder la même transcription ?
Donc:
Soit: iubeo, es, ere, iussi, iussum.
Ou bien:jubeo, es, ere, jussi, jussum.
Quelle est la bonne façon d'écrire ?
Merci d'avance !
Bonjour,
Il n'y a en effet aucune raison de modifier d'une forme à l'autre une lettre qui note le même son. Peut-être s'agit-il d'une édition étrangère qui noterait J le I majuscule ?
Merci beaucoup pour votre réponse.
En fait, il s'agit d'une liste donnée par le professeur de latin.
Apparemment, on trouve ailleurs sur le net ce mélange de transcription du même son.
Par exemple (dernière ligne en bas):
https://lettres.ac-creteil.fr/IMG/pdf/Le_passage_du_Rubicon2-DOC_1_VF.pdf
Ces mélanges perturbent beaucoup mon fils. Sa liste est déjà toute raturée dans tous les sens et il ne peut se résoudre à apprendre bêtement quelque chose qui n'est pas cohérent à ses yeux…
Que lui conseilleriez-vous ?
Encore merci.
Dans les années 50, avec la prononciation restituée, on est passé d'un système orthographique à un autre. Dans le système actuellement en cours, il faut proscire le j, et écrire iubeo. Mais il ne faut pas non plus s'étonner de lire encore, ici et là, des j qui correspondent à l'ancienne écriture, et à l'ancienne prononciation. Ainsi le Gaffiot conserve l'ancienne mode, et distingue le j du i.
Je conseille donc d'écrire systématiquement avec i, mais de ne pas considérer le j comme anormal à la lecture.
L'ancienne mode a semble-t-il perduré dans l'enseignement jusqu'aux alentours de 1960 au moins, si je m'en réfère à mes souvenirs de lycéen.
Oui les années 50 marquent l'apparition de la prononciation restituée, mais non sa généralisation (si j'en crois les souvenirs de mon père).
Autant qu'il m'en souvienne, nous n'avons jamais utilisé la prononciation restituée au lycée…
Et j'en suis sorti en 1964. Quand cette prononciation s'est-elle finalement généralisée ?
Par divination méthodique, je dirais que cette prononciation s'est généralisée dans les années 70. Sinon je viens de jeter un oeil sur le lien proposé, avec les incohérences d'écriture :
https://lettres.ac-creteil.fr/IMG/pdf/Le_passage_du_Rubicon2-DOC_1_VF.pdf
Je suis épouvanté par sa mise en page catastrophique et ses fautes typographiques : un tel document est bâclé, il ne faut pas s'y fier.
Merci, mais en ce qui me concerne, je n'ai pas pu ouvrir ton lien.
Selon cet autre lien, en tout cas, la première injonction officielle semble dater du 27 août 1960 :
https://enseignement-latin.hypotheses.org/4209
Merci beaucoup pour toutes vos réponses.
Quel dommage que l'apprentissage du latin soit inutilement compliqué pour les enfants qui prennent encore la peine d'étudier le latin !
Ce sont des heures perdues en recherches pour tenter de donner de la cohérence à tout cela, peine atténuée par le plaisir d'échanger avec vous.
Malgré tout, mon fils n'est pas sûr de ce qu'il doit apprendre et a l'impression de désavouer son professeur en changeant les graphies de la liste.
Quoiqu'il apprenne, s'il continue, il finira par lire les deux graphies. On utilise des éditions de toutes époques, et même si un usage prédomine (systématisation du -i- et du -u- en minuscules, même lorsqu'il s'agit de consonnes), on trouve des textes en tous genres, et se familiariser avec les -j- et les -v- n'est linguistiquement et en pratique (pour l'usage du Gaffiot) pas absurde. Pas de panique, donc ! Le latin présente bien d'autres difficultés !
Et que de plaisir(s) à le pratiquer! Bonne journée à tous!
Merci à tous pour vos réponses !
Bonjour,
Les lettres j et v sont apparues à quelle époque dans l'alphabet latin ?
Pour quelle(s) raison(s) ?
Durant mes études (décennie 60), mes professeurs (et mes manuels) distinguaient les lettres i et j, u et v. Ecrire uiuum plutôt que vivum, ne me paraît pas un grand pas en avant pour faciliter la lecture.
Ces lettres sont apparues avec l'Humanisme, à l'initiative de l'érudit Petrus Ramus. Il s'agissait tout simplement de distinguer le i (voyelle) du y ("semi-consonne") d'une part, le u (voyelle) du w ("semi-consonne"), et de faciliter ainsi la lecture d'un mot comme ivvenis (juvenis) (par ailleurs graphié ivenis dans les textes anciens). A signaler qu'en ancien français, on ne faisait pas non plus la distinction.
Merci pour ces renseignements. Pour reprendre votre exemple, aujourd'hui, on lit même iuuenis plutôt que ivvenis.
IVVENIS et iuuenis.
Lapsus calami ! Je voulais bien sûr écrire iuuenis et iuenis (:rougit).
Comme le fait remarquer Delia, on utilise le graphème V dans la capitale romaine antique et partiellement dans l'onciale, u dans la minuscule caroline, mais dans les deux cas sans distinction de la voyelle et de la semi-consonne. En effet, V est plus facile à graver, u plus facile à écrire.
Remarque : ne pas se fier aux exemples d'écritures donnés sur le "net" : la plupart sont des reconstitutions calligraphiques modernes. Il faut regarder les copies de manuscrits ou d'inscriptions lapidaires.
Votre fils devrait en parler à son professeur ! Il est vrai que parfois ce qui peut paraître comme quelque chose qui va de soi n'en est pas de même pour celui qui enseigne.
Si le professeur s'est appuyé sur plusieurs manuels ou sources, il est probable qu'il aura laissé échappé ce point à sa vigilance.
De plus il serait très certainement content de voir qu'un élève s'est posé la question et pourrait en faire profiter la classe.
Il n'a pas pu lui en parler tout de suite car il avait trois pages de vocabulaire à apprendre pour le premier jour de la rentrée des vacances.
Mais lors du contrôle, elle leur a dit qu'elle voulait l'ancienne écriture, mais elle ne les a interrogés que sur les verbes sans ambiguïté.
Merci.