Hésitation : peur de ne pas être capable de faire prof de lettres

La filière littéraire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

J'ai un bac littéraire qui m'a donné envie de faire des études. J'ai fais hypokhagne et une khagne en options lettres classiques. Arrivée en 3ème année de licence je me suis rendue compte que je n'avais pas le niveau et que je n'aimais pas tant que ça, j'ai donc doublé cette 3ème année en lettres modernes, ce qui m'a permis d'enchainer sur deux années de master enseignement de la même filière. Maintenant que j'ai terminé mes études, je suis actuellement surveillante à la fois en lycée et collège, c'est ma deuxième année, et je tente pour la quatrième fois le capes (je ne parviens pas à décrocher l'oral tandis que les écrits je suis à l'aise), et je vais aussi à l'agrégation, mais j'y vais juste comme ça je ne la prépare pas suffisamment. Ce dernier concours me plait car il y a un programme d'oeuvres à lire et ça me permet de m'entrainer toujours pour la dissertation.

Je sais très bien que je pourrais enseigner maintenant en faisant des remplacements, mais j'hésite beaucoup à me lancer, j'ai peur de ne pas en être capable. Je me rend compte que les gamins peuvent parfois être insupportables mais je sais quand même garder mon sang froid,même si j'ai peur de ne pas savoir m'imposer… et j'ai aussi un autre pb au niveau des programmes, au collège ils me plaisent moins qu'en lycée.

Enfin, j'ai une réelle passion pour la littérature, mais je sais que cela ne suffit pas pour être professeur de français. L'aspect linguistique, orthographe, grammaire me plait moins, mais j'ai conscience qu'il est nécessaire de passer par là on ne peut pas faire que des oeuvres avec les élèves et cela forme un tout.

Bref, tout se bouscule dans ma tête help
Bonjour,

hypokhâgne et khâgne en options lettres classiques, une passion pour la littérature : faîtes prof de fac. Accrochez-vous pour l'agrégation et c'est parti.
marialeanza a écrit : Je sais très bien que je pourrais enseigner maintenant en faisant des remplacements, mais j'hésite beaucoup à me lancer, j'ai peur de ne pas en être capable. Je me rend compte que les gamins peuvent parfois être insupportables mais je sais quand même garder mon sang froid,même si j'ai peur de ne pas savoir m'imposer… et j'ai aussi un autre pb au niveau des programmes, au collège ils me plaisent moins qu'en lycée.

Enfin, j'ai une réelle passion pour la littérature, mais je sais que cela ne suffit pas pour être professeur de français. L'aspect linguistique, orthographe, grammaire me plait moins, mais j'ai conscience qu'il est nécessaire de passer par là on ne peut pas faire que des oeuvres avec les élèves et cela forme un tout.
Ce n'est pas comme si vous alliez manger et faire manger de la grammaire à chaque cours. Là, les textes servent de support, de prétexte à la grammaire, moins à l'analyse. N'oubliez pas non plus que vous bénéficiez de liberté pédagogique.

La passion suffit à 75%. Je vous explique : l'année dernière, j'avais un professeur de lettres classiques qui captait l'attention de la classe en expliquant avec fougue le texte que l'on étudiait. C'était une passion presque égoïste, à laquelle on participait par notre curiosité.

En général, j'ai remarqué, durant ma scolarité, que ce sont les professeurs d'anglais qui " subissent " le manque de discipline, s'ils sont trop stricts. Les cool gèrent très bien leurs classes. Les professeurs de francais gèrent beaucoup mieux les élèves indisciplinés car ils recadrent illico presto.

Ou alors, il y a une relation prof-élève quasi-amicale. Dans ce cas, le professeur est plutôt du genre à échanger sur tout.

Donc, pour mener à bien une classe, vous aurez pour toutes armes, non du courage, mais de la décontraction (et un peu d'humour), une main ferme et votre cours.

Mais cet avis qui est le mien, j'en suis conscient, a ses limites qu'est mon statut d'élève. Le point de vue que j'ai est en face du bureau, non derrière. Des enseignants seront à même de vous répondre bien mieux que moi.
Je vous remercie pour vos réponses, oui prof en fac m'intéresserait beaucoup mais est ce que je ne suis pas obligée de faire un doctorat pour cela ? Je n'ai plus le courage de m'inscrire pour 3/4 ans et faire une thèse, en tout cas pas pour le moment…

Merci aussi d'avoir partagé votre expérience, je pense aussi que le respect d'un prof réside surtout dans le feeling avec les élèves, ce n'est pas évident de trouver le juste milieu entre avoir de la poigne et être sympa.

Je le vois rien qu'en étant assistante d'éducation, la première année j'étais trop gentille avec les élèves et ils m'ont mangé… maintenant je suis plus stricte et on me reproche de ne pas m'investir suffisamment dans le côté "humain" du métier. Il faut dire aussi que l'an dernier j'étais confrontée à un public difficile, et maintenant que j'ai changé d'établissements, je suis face à des élèves plutôt calmes je leur parais trop froide.
Prof de fac: le parcours est effectivement encore long, et hasardeux: agreg, doctorat, puis il faut postuler sans être sûr d'obtenir quoi que ce soit.

D'après ce que tu dis: l'enseignement te tente quand même pas mal et même si tu ne réussis pas les oraux, tu dois tout de même avoir un niveau correct (sinon tu n'aurais pas fait deux ans de prépa 🙂 ). Pourquoi ne pas te lancer dans les remplacements? Ca peut te permettre de constater comment ça se passe réellement en classe (en tant que surveillante, tu es confrontée au pire le plus souvent: il est plus facile de gérer une classe qu'une permanence, par exemple), de te rassurer sur tes capacités, et de te motiver encore plus du coup pour continuer à préparer le concours.

En tout cas bon courage: tu as d'après ton parcours des atouts (prépa, habitude de gérer des situations conflictuelles avec les élèves) pour être une bonne prof!
"Les cools gèrent très bien leur classe" Je suis désolée mais c'est faux, vraiment. Je n'ai pas une grande expérience, mais j'ai fait les frais, durant mon année de stage de cette relation "cool" qu'on peut avoir avec les élèves au début. En étant trop sympa, compréhensif avec les élèves, a fortiori si on est soi-même jeune, on court le risque de transformer la relation prof/élève en une relation amicale, "la prof elle parle comme nous, elle est jeune alors y'a pas de distance". Les collégiens ont beaucoup de mal à distinguer la distance quand ils ont quelqu'un entre 22 et 25 ans en face d'eux. Et après, pour récupérer un semblant d'autorité, bon courage…
Je ne vois pas en quoi les profs de français gèrent mieux les élèves pénibles, personnellement j'avais un peu de mal à en cadrer certains l'an dernier. Ils ne connaissent pas l'ironie, donc souvent, tu as beau remettre à leur place les plus pénibles, ils recommencent cinq minutes après en se foutant de toi car ils ont pris ta remarque au premier degré.
Avec le recul, maintenant, je me dis qu'il faut être ultra strict en début d'année, quitte à lâcher un peu après. C'est ce que j'ai essayé de faire en début d'année à la rentrée.

Si tu veux faire des vacations, n'hésite pas, au moins tu jugeras par toi-même si cela te plait ou pas ! J'avais beaucoup d'a priori sur l'enseignement du français au collège, je me retrouve totalement dans ce que tu dis sur les programmes. Mais vraiment, on peut avoir de bonnes surprises quand les élèves réagissent sur les textes 🙂. Là je vois Maupassant, par exemple, eh bien certains élèves qui pourtant ne lisent pas souvent ont adoré, rien que pour ça, j'étais super contente.
marialeanza,

J'ai beaucoup aimé votre message, car je trouve qu'il témoigne d'une grande lucidité et d'une grande honnêteté intellectuelle. Votre questionnement me rappelle le mien.

Ce que vous dites dans vos message me donne envie de vous encourager à poursuivre vers l'enseignement. Vos doutes sont communs à beaucoup d'enseignants ! D'ailleurs, même après plusieurs années d'ancienneté, ils reviennent périodiquement me hanter. Dans un sens, je veux croire que cela est positif, car je m'oblige ainsi à me remettre en question.

Je trouve que votre expérience en tant qu'assistante d'éducation est précieuse. Cela dit, je ne suis pas sûr qu'elle reflète bien ce que vous serez en tant qu'enseignante, et je ne serai pas surpris que vous trouviez la position d'enseignant plus confortable que celle d'assistante d'éducation. J'ai d'ailleurs connu une amie qui a renoncé à devenir prof après des expériences difficiles en tant que surveillante alors qu'elle avait une vingtaine d'années. Aujourd'hui, elle a la trentaine, a repris ses études et travaille comme prof contractuelle. Elle aime son travail et prépare le CAPES pour être titularisée.

Je voudrais aussi vous dire qu'hésiter entre différentes postures face aux élèves est on ne peut plus normal ! En fait, j'ai l'impression qu'on passe son temps à chercher le bon positionnement (sans jamais le trouver vraiment d'ailleurs). C'est un peu déstabilisant, mais cela fait aussi le charme du métier. Souvent, je rentre chez moi en me disant que j'ai été trop ceci ou pas assez cela, et les jours suivants j'essaie de rectifier le tir.

Vous parlez aussi de votre peu d'attrait pour les programmes de collège et en particulier pour le versant linguistique de la chose. J'aimerais simplement dire que l'intérêt des programmes dépend beaucoup de ce qu'on en fait ! Je prends un énorme plaisir à faire des cours de littérature au lycée et dans le supérieur, mais je garde aussi un excellent souvenir des rares fois où j'ai fait des cours de langue à des collégiens. J'ai aimé les voir découvrir le fonctionnement de notre langue à partir d'un corpus d'occurrences, faire des comparaisons avec d'autres langues qu'ils connaissent ou dont ils ont entendu parler, découvrir la valeur de l'analyse grammatical à des fins littéraires, réaliser à quel point notre langue est la fois logique et bizarre… J'aime aussi voir leurs yeux s'écarquiller quand on revient au grec et au latin, ou quand je compare notre grammaire avec celle d'une langue germanique, sémitique ou isolante. Quand j'ai étudié des pièces de Molière avec des collégiens, j'ai aimé leur montrer à quel point les procédés utilisés pour susciter le rire au XVIIème siècle ressemblent à ceux utilisés par les comiques d'aujourd'hui que nos élèves adorent. J'aime leur montrer à quel point nos poètes de l'amour disent des choses similaires à ce qu'ils écrivent à leurs premières copines…. mais en tellement mieux ! J'ai été terriblement ému quand j'ai appris qu'un adolescent avait recopié un vers de Lamartine et de Lucrèce sur son compte twitter parce qu'il a fini par y voir la beauté que j'y vois et qui fait que j'ai choisi de faire de la littérature mon métier. Tout cela m'a laissé d'excellents souvenirs en dépit des problèmes de gestion de classe que j'ai dû supporter et gérer tant bien que mal. Tout ce que j'essaie de montrer, c'est qu'enseigner au collège peut être beaucoup plus intéressant qu'il n'y paraît, et ce n'est pas sans raison que certains collègues y font toute leur carrière.

J'espère vous avoir donné envie d'enseigner. C'est un beau métier, dur mais beau !

FC.
Merci petitleceir pour ce magnifique témoignage !
Je n'ai moi-même jamais enseigné en collège, mais je retrouve dans vos mots ce que me racontent plusieurs de mes amies qui, il y a quelques années, ne juraient que par l'enseignement en lycée ou dans le supérieur : après un passage en prépa, elles avaient peur de "régresser" au collège, craignaient de ne pas savoir s'imposer face aux collégiens et assuraient que ce passage en collège serait transitoire. Maintenant, elles n'y renonceraient pour rien au monde et ne pensent plus du tout à aller voir ailleurs. 🙂
Il ne faut pas s'imaginer qu'on débarque dans une classe devant 30 gamins de 13 ans et qu'ils vous respectent spontanément, qu'ils se passionnent pour Victor Hugo et boivent vos paroles… Avoir des doutes et des craintes c'est être lucide, pas être incapable. Il faut passer par quelques expériences désagréables pour savoir gérer une classe et prendre plaisir à enseigner. Personne (à quelques exceptions près) ne fait des miracles dès sa première heure de cours. Tu as de l'expérience avec les ados, donc tu es consciente du problème. Ceux qui vivent loin des univers scolaires ont parfois des idées très édulcorées sur les collégiens actuels, et le choc est violent ensuite. Si tu doutes, il faut peut-être commencer l'enseignement une fois que tu auras réussi ton concours : tu seras plus encadrée, pour peu que tu tombes sur un tuteur de qualité ce sera moins difficile que de se lancer en tant que contractuelle. Enfin c'est mon avis. Mais dans tous les cas tu m'as l'air d'être dans ton domaine, il faut persévérer.
Comateen a écrit :"Les cools gèrent très bien leur classe" Je suis désolée mais c'est faux, vraiment.
C'est peut-être faux au collège mais au lycée, c'est surtout vrai. Je me souviens d'un professeur de lettres modernes, doctorant, qui semblait plus venir financer sa thèse qu'enseigner.
Il y avait toujours un éternel brouhaha en cours mais il ne reprenaient personne, ne faisait aucune réprimande, pendant que les élèves (lycéens, je rappelle) discutaient et prenaient des notes.
Ainsi, il se voyait vêtu par les élèves d'une certaine " classe " (sic) qui inspirait aux élèves le respect. Mon frère lui a été très reconnaissant quand il a dégoté un joli 15 en littérature au baccalauréat.
Je n'ai jamais su si c'était sa thèse ou la clope qui le détendait autant.

Je n'appelle pas au laxisme, que ce soit dans l'attitude ou dans le langage, mais les professeurs avec lesquels mes classes s'entendaient toujours riaient de concert sur les mêmes sujets que les élèves, ces derniers sachant quand même lesquels tenir en leur présence.

Il n'est pas, bien entendu, question de se mettre au même niveau que les élèves. Les conflits générationnels sont même bienvenus ! les élèves sont agréablement choqués d'apprendre qu'on se servait du minitel pour s'inscrire à la fac' et les professeurs de connaître enfin la signification de l'expression " j'ai le seum "
Comateen a écrit :Avec le recul, maintenant, je me dis qu'il faut être ultra strict en début d'année, quitte à lâcher un peu après. C'est ce que j'ai essayé de faire en début d'année à la rentrée.
C'est ce qu'a fait mon enseignante d'histoire-géographie de l'année passée. Au début, très stricte, et, au fur et à mesure que l'année avançait, elle faisait de l'humour et parlait quelquefois d'autre chose, tout en étant consciencieuse dans son travail de professeur. Le dernier jour, elle a parlé de son bac', du minitel, de ses études…
Mais ça ne veut rien dire, je pourrais te donner quinze exemple de profs dont j'ai suivi les cours au lycée et qui étaient stricts et que la classe appréciait beaucoup. Pour que des élèves prennent des notes par eux-mêmes malgré le bruit, il faut vraiment qu'ils soient disciplinés, je ne sais pas dans quel lycée tu étais. En tout cas je trouve insupportable le bruit en cours, d'ailleurs ça dérange souvent les élèves sérieux qui veulent travailler.
Tout ce que vous dites ne s'oppose pas. A chacun sa méthode ! Ceux qui peuvent être cools et respectés malgré tout ont une personnalité bien spécifique souvent, qui séduit les élèves. Ils ne sont pas majoritaires il me semble. D'autres veulent être trop stricts et braquent les élèves contre eux. Chacun doit trouver son juste milieu, conforme à sa personnalité et à l'âge des élèves qu'il a en face de lui.
Dans tous les cas on ne peut pas conseiller à une collègue qui débuterait d'être "cool" face aux élèves, surtout qu'on débute souvent en collège. Ce qui ne veut pas dire non plus qu'elle doit se transformer en dragon intolérant et injuste !