Alain, Propos - Au mélancolique je n’ai qu’une chose à dire…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
je suis en Première ES et je dois réaliser un commentaire composé sur le texte suivant.

Objet d'étude : la question de l'homme dans les genres de l'argumentation
Regarde au loin
Au mélancolique je n'ai qu'une chose à dire : « Regarde au loin. » Presque
toujours le mélancolique est un homme qui lit trop. L'oeil humain n'est point
fait pour cette distance ; c'est aux grands espaces qu'il se repose. Quand vous
regardez les étoiles ou l'horizon de la mer, votre oeil est tout à fait détendu ; si
l'oeil est détendu, la tête est libre, la marche est plus assurée ; tout se détend et
s'assouplit jusqu'aux viscères. Mais n'essaie point de t'assouplir par volonté ;
ta volonté en toi, appliquée en toi, tire tout de travers et finira par t'étrangler ;
ne pense pas à toi ; regarde au loin.
Il est très vrai que mélancolie est maladie ; et le médecin en peut
quelquefois deviner la cause et donner le remède ; mais ce remède ramène
l'attention dans le corps, et le souci que l'on a de suivre un régime en détruit
justement l'effet ; c'est pourquoi le médecin, s'il est sage, te renvoie au philosophe.
Mais, lorsque tu cours au philosophe, que trouves-tu ? Un homme qui
lit trop, qui pense en myope, et qui est plus triste que toi.
L'État devrait tenir école de sagesse comme de médecine. Et comment ?
Par vraie science, qui est contemplation des choses, et poésie grande comme
le monde. Car la mécanique de nos yeux, qui se reposent aux larges horizons,nous enseigne une grande vérité. Il faut que la pensée délivre le corps et le
rende à l'Univers, qui est notre vraie patrie. Il y a une profonde parenté entre
notre destinée d'homme et les fonctions de notre corps. L'animal. dès que les
choses voisines le laissent en paix, se couche et dort ; l'homme pense ; si c'est
une pensée d'animal, malheur à lui. Le voilà qui double ses maux et ses
besoins ; le voilà qui se travaille de crainte et d'espérance ; ce qui fait que son
corps ne cesse point de se tendre, de s'agiter, de se lancer, de se retenir, selon
les jeux de l'imagination ; toujours soupçonnant, toujours épiant choses et
gens autour de lui. Et s'il veut se délivrer, le voilà dans les livres, univers
fermé encore, trop près de ses yeux, trop près de ses passions. La pensée se
fait une prison et le corps souffre ; car dire que la pensée se rétrécit et dire que
le corps travaille contre lui-même, c'est dire la même chose. L'ambitieux refait
mille fois ses discours, et l'amoureux mille fois ses prières. Il faut que la
pensée voyage et contemple, si l'on veut que le corps soit bien.
À quoi la science nous conduira, pourvu qu'elle ne soit ni ambitieuse, ni
bavarde, ni impatiente ; pourvu qu'elle nous détourne des livres et emporte
notre regard à distance d'horizon. Il faut donc que ce soit perception et
voyage. Un objet, par les rapports vrais que tu y découvres, te conduit à un
autre et à mille autres, et ce tourbillon du fleuve porte ta pensée jusqu'aux
vents, jusqu'aux nuages, et jusqu'aux planètes. Le vrai savoir ne revient jamais
à quelque petite chose tout près des yeux ; car savoir c'est comprendre
comment la moindre chose est liée au tout ; aucune chose n'a sa raison en elle,
et ainsi le mouvement juste nous éloigne de nous-mêmes ; cela n'est pas moinssain pour l'esprit que pour les yeux. Par où ta pensée se reposera dans cet
univers qui est son domaine, et s'accordera avec la vie de ton corps qui est liée
aussi à toutes choses. Quand le chrétien disait : « Le ciel est ma patrie », il ne
croyait pas si bien dire. Regarde au loin.
ALAIN, Propos, 15 mai 1911
J'ai analysé chaque phrase, afin de comprendre le texte et également pour trouver des figures de style.
Il s'agit de mon premier commentaire composé sans aide, ce qui explique le fait que j'ai des difficultés à trouver un plan et une problématique qui tiennent la route.

Mes recherches :
Il s'agit d'un texte qui délivre une leçon de vie, qui est de s'ouvrir au monde et de ne pas regarder trop près. Ne pas penser qu'à soit, ne pas être égoïste. Un texte qui donne un conseil au mélancolique pour "guérir".
Il y a un rapport entre l'âme et le corps puisqu'il dit que la pensée est liée au corps : lien entre la destinée de l'homme et les fonctions de son corps.

J'ai appris que pour commencer le plan d'un commentaire il fallait parler de la forme du texte donc en première partie je pourrais mettre I. Une leçon de vie..
J'ai vraiment un grand problème pour faire le plan donc si vous pouviez m'aider ce serait très gentil !!!!!!
Bonjour Framboise9717, voici quelques idées désordonnées, mais pas de plan (pour l'instant) :

Comment se sentir bien, trouver son équilibre, sa place dans le monde ?
Comment se sentir mieux lorsque l'on éprouve la mélancolie ?
Qu'est-ce qui est efficace pour s'en soigner ?

L'espace : la distance de soi (corps-esprit-âme) au monde extérieur (les autres et les choses); le regard implique distance plus ou moins grande.

Le monde : l'homme est un élément de la nature, ne doit pas s'en exclure.

Le corps : ses organes ont une raison d'être, ses facultés ne sont pas inutiles, doivent être utilisés pour son équilibre (si nous pouvons voir de loin alors il faut regarder au loin, si nous pouvons marcher longtemps alors il faut parcourir de telles distances pour cet équilibre).

L'esprit et le corps : ils sont indissociables, ils ne peuvent se penser séparément. L'un et l'autre interagissent. Si l'un défaille l'autre fait de même.

L'homme, quand il n'a pas à être actif, se met à penser à soi. S'il cherche qui il est, à se définir en regardant en dedans de soi, il ne trouvera rien. Il lui faut tout regarder autour , ce sont les choses du monde, liées entre elles, qui lui permettront de sortir du tourbillon de sa mélancolie.

Distinguer tourbillon de la mélancolie (prise de tête, un triste manège) et tourbillon du monde (sortir du manège).

Distinguer la volonté (inefficace, au début du texte) de l'action(efficace, en fin de texte).

"le mouvement juste nous éloigne de nous-mêmes" : la mise à distance, prendre du recul, pour se trouver
"où ta pensée se reposera dans cet univers" : le repos est la conséquence
"ta pensée[…] s'accordera avec la vie de ton corps" : équilibre esprit/corps

(Il ne me semble pas être question d'égoïsme dans ce texte. Se plonger à corps perdu dans la lecture et s'en rendre malade, ne fait pas de soi quelqu'un d'égoïste, cela n'empêche pas de s'intéresser aux autres, de les aimer, de les aider, etc. Certes, dans les topoï romantiques, on trouve la mélancolie et l'écriture du moi, et rien n'est impossible à qui tourne à vide… Mais écrire sur soi est-ce forcément ne penser qu'à soi, ou bien est-ce parler de ce que l'on croit connaître le mieux ? Une forme d'humilité, après tout…)

La mélancolie est un topos romantique - de la littérature romantique; l'aristocratie se meurt, est morte, les aristocrates déchus s'ennuient à mourir, et lorsque ceux-ci écrivent, il y a toutes les chances pour qu'ils en fassent part à leurs lecteurs, de leur ennui, leur tristesse, leur inactivité ?
Leur activité (puisque sans télé et sans internet) est la lecture (peut-être quelques promenades dans les bois autour de leur propriété, seul). Mais ils s'ennuient tellement, qu'ils lisent les écrits d'autres aristocrates déchus, philosophes, théologiens, romanciers, poètes. Aussi tristes que soi-même ? Oui, sans doute.

Alain s'adresse-t-il alors aux mélancoliques en pensant à ces aristocrates déchus, figures éminentes du romantisme ?

Leur vue se rétrécissant, ils ne voient plus que bois sombre et montagne infranchissable, parfois scrute l'horizon mais avec plus de vide ( car c'est ce qu'ils éprouvent : se sentir inutile au monde ) que de richesse ( ce qu'ils avaient, d'où la nostalgie de leur passé, de ce qui leur était promis ).
Déchéance, donc nostalgie, donc mélancolie.
Vues réduites, pensées à vide ( même si magnifiquement exprimées ), corps souffrant.

Ce sont leurs symptômes et Alain leur prescrit quelques remèdes. Qui les réalistes et les naturalistes, qui les philosophes qui se détourneront peu à peu de la métaphysique, se sont administrés ou ont reçus quelques années plus tard.

Alain, disons, contemporain de ces autres mouvements littéraires et de pensées, réfléchit donc a posteriori. Ces autres mouvements ne semblent pas soumis à la mélancolie, donc leurs centres d'intérêt ( observation des sociétés, la science, etc. ) sont un remède à ce malaise.

Grosso modo. Vision générale à nuancer bien évidemment.

A suivre