« Le poète a deux armes pour corriger les hommes : la satire et le cantique… »

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

Je dois avouer que, étant donné mon niveau d'études, j'ai un peu honte de poster dans cette section, principalement alimentée par les lycéens. Seulement voilà, c'est mon premier devoir de littérature en khâgne, et je ne voudrais pas me louper - vous me passerez l'expression.

Il s'agit donc de la traditionnelle dissertation. Traditionnelle étant vraiment le mot adéquat, au vu de l'apparente trivialité du sujet qui, à mon sens, fait toute sa difficulté.

Voici la citation à discuter et commenter :
« Le poète a deux armes pour corriger les hommes : la satire et le cantique, l'éclat de rire de Satan et le sourire de Dieu ; l'une, fouet qui corrige en déchirant, l'autre, baiser qui rend meilleur en faisant entrevoir le ciel. […] Le poète satirique met à nu l'homme et ses perversités, il les fait rougir et combat son vice par sa honte ; le chantre lyrique, au contraire, crée une chimère, un homme idéal, le présente à l'homme réel et ramène ce dernier à la vertu par la sublime couleur dont il l'a peint. »

Émile ZOLA, lettre du 10 août 1860 à Jean-Baptiste Baille
(Correspondance, tome I 1858-1867, Éditions du CNRS, 1978, p.405)
La réflexion doit être basée sur les connaissances et lectures personnelles, mais également sur celles qui sont au programme du concours de l'ENS cette année, à savoir :
- Les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné
- Le Siècle de Louis XIV, de Voltaire
- Cromwell, de Victor Hugo
- Le Faiseur, de Balzac
- Dans la solitude des champs de coton, de Koltès

Ma réflexion m'a menée à une ébauche de plan détaillé, sur lequel quelques commentaires, bons ou mauvais, ne seraient pas de refus. J'ai d'abord choisi la problématique suivante : Dans quelle mesure l’œuvre littéraire a t-elle un impact sur la morale du lecteur ? Elle n'est cependant pas définitive, car elle me paraît trop faible. Mais le plan qui en découle ne me paraît pas abominable :


I – La littérature, croisade des mœurs
A) Châtier à travers le rire moqueur
- Citation tirée la préface de Tartuffe
- Zola en tant qu'exemple même de la satire sociale
- Les Tragiques, satire des grands du royaume (notamment dans "Les Princes") et Le Faiseur, satire moliéresque de l'avare
- la reprise des mœurs à l'époque classique, à travers le rire (« castigat ridendo mores ») mais aussi la pitié et la terreur (la tragédie, plus lyrique).
B) Châtier à travers l'éloge d'un idéal chimérique
- Zola, à 20 ans, tenait plus du poète lyrique, à l'image de Musset, que de l'écrivain satirique
- Exemple de La Princesse de Clèves, idéal de moralité

II – Mais si la littérature peut « corriger les mœurs », la morale peut elle aussi influer sur l'activité littéraire
A) L'interdit religieux
- Prévaut pendant de longs siècles ; mise en place de l'Index, etc.
B) Le censure publique
- Madame Bovary et Les Fleurs du Mal

- La morale n'est-elle pas plus forte que la littérature ?

III – Finalement, le rôle du poète est-il de partir en guerre ?
- Ici, j'aimerais parler de Sartre qui, il me semble, a parlé de l'essence de la littérature en tant qu'elle doit être engagée ou non. Mais je n'arrive plus à me souvenir de quel côté il penchait… Quelqu'un pour m'éclairer ?
A) « J'écris pour agir »
- Défenseurs d'une littérature engagée politiquement, philosophiquement, moralement : les Lumières, Hugo, les naturalistes dont Zola…
B) L’œuvre mise au service de la morale est esthétiquement altérée
- Théorie de l'art pour l'art : refus de la littérature utile
- Baudelaire et les hérésies moderne : la littérature ne peut pas enseigner et encore moins moraliser.

CONCLUSION :

- Cependant, Baudelaire dit aussi : «  Je ne veux pas dire que la poésie n'ennoblisse pas les mœurs, – qu'on me comprenne bien, – que son résultat final ne soit pas d'élever l'homme au-dessus du niveau des intérêts vulgaires ; ce serait évidemment une absurdité. »


Ce n'est qu'un premier jet, un peu brouillon et pas très détaillé… Mais vos propositions seraient les bienvenues.

En vous remerciant d'avance,

Amaryllis.
J'ai d'abord choisi la problématique suivante : Dans quelle mesure l’œuvre littéraire a t-elle un impact sur la morale du lecteur ?
A mes yeux, ce n'est même pas une problématique, tout juste… un sujet de dissertation !

Voici la citation à discuter et commenter
Personnellement, je commente d'abord (bien comprendre ce dont il s'agit) et je discute après…

Cette citation concerne le poète, et non la littérature en général. Elle est due à un jeune homme de vingt ans, qui, comme tous les jeunes gens de vingt ans en ces temps, se croyait une vocation poétique. La suite a prouvé que la prose lui allait mieux, mais il a réalisé ce projet de mettre à nu l'homme et ses perversités.
Seuls les Tragiques illustrent cette cette citation, et Cromwell, dans une moindre mesure car il s'agit de poésie dramatique. Vous pourriez montrer que les Tragiques associent la satire et le cantique.
Bonjour Delia,

Merci pour votre réponse. Votre commentaire sur ma problématique m'a fait sourire : c'est tout à fait vrai. Il faut vraiment que j'y retravaille…

En ce qui concerne les limites du sujet, mon professeur, en nous distribuant le sujet, nous a indiqué que le mot "poète" désignait ici l'écrivain de manière générale, et non simplement le faiseur de poèmes. Je dois avouer que cette affirmation m'a également troublée : surtout que les deux définitions du Trésor de la Langue Française pour "satire" et "cantique" induisent une dimension strictement poétique. Mais je préfère m'en tenir aux indications du professeur, et éviter un hors-sujet (qu'il soit mérité ou non).
J'ai en effet noté, sur mon brouillon, que Les Tragiques associent les deux genres. Je comptais l'indiquer en fin de première partie.

J'ai entre-temps repensé mon plan, notamment ma deuxième partie, dont les sous-parties me paraissaient un peu superficielles. J'ai donc décidé de me concentrer sur les effets négatifs que peut créer le binôme littérature/morale, avec :
A) La littérature peut pervertir les mœurs (le marquis de Sade…)
B) La promotion des valeurs morales peut nuire à la littérature (religion, censure)

Si je pouvais avoir votre avis sur ces changements…
Zola a, ici, une vision binaire (et passablement, il me semble, discutable) quant au rôle du poète.
La dissertation exige de toi que tu commentes et discute cette citation : il faut en faire sortir les tenants et aboutissants, mais également y opposer d'autres visions poétiques !
Peux-tu réellement utiliser Baudelaire pour soutenir Zola quand on sait qu'il écrivit : "Être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux." ou « la poésie n’a pas d’autre but qu’elle même et ne peut en avoir d’autre. » ?
Quelle place pour un tel discours manichéen à Rimbaud ? Baudelaire ? Lautréamont ? Bataille ? Ronsard ?
Quant à la composition de ta dissertation: un plan dialectique (Oui / Mais / Alors) est préférable pour une citation de ce type. Restons conventionnel à défaut d'être original.
Bonsoir, ComteDeValmont,

Je me suis peut-être mal exprimée en présentant mon plan : en aucun cas je ne comptais "utiliser Baudelaire" pour soutenir Zola, bien au contraire. Je comptais utiliser son point de vue somme toute très parnassien pour contrer la définition presque purement utilitaire que Zola donne de la poésie. Si vous faisiez allusion à la citation que j'utilise en conclusion, elle devait simplement servir à nuancer le propos, non à le contredire : la poésie ne peut pas être simplement moralisatrice, mais, par sa valeur esthétique, elle contribue tout de même, d'une manière ou une autre, à l'élévation de l'homme.
Quant au plan dialectique, je sais bien qu'il aurait été préférable ; cependant, n'ayant pas trouvé de "Alors" assez pertinent, j'ai décidé de me lancer sur un autre genre de plan…

EDIT : un tutoiement inopiné s'était glissé dans mon message… 🙄
Soyez indulgents pour Zola : il était né en 1840, la lettre date de 1860 (une lettre que nous ne devrions d'ailleurs pas lire, car elle ne nous est pas adressée…), il a donc vingt ans, c'est un jeune homme qui cherche sa vocation, et qui répète en bon élève son cours de littérature. Ce n'est pas niais, mais ce n'est pas encore du grand Zola, qui d'ailleurs avait compris que la poésie n'était pas sa vocation.
Pas la peine de le finir, y'a de l'amiante de toute façon.