Quelles sont les stratégies employées par les auteurs pour dénoncer la cruauté des Européens ?

Entraide scolaire

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonsoir. Pour demain, j'avais à rédiger une réponse de type bac (Je suis en 1ère S) répondant à une question sur un corpus de trois textes. Bien sûr, c'est fait, mais je me pose des questions car j'ai des lacunes en français sur la méthodologie (même s'il s'agit là de la première question de ce genre que nous faisons) et j'aimerais savoir ce que vaut ce que j'ai fait et essayer de l'améliorer. J'ai l'impression que c'est trop long, que je ne vais pas droit au but et que je m'éparpille. Ci-après, les trois textes du corpus et ma réponse. Vos avis et pistes sur ce qu'il faut que je change seraient très appréciables !

Quelles sont les stratégies employées par les auteurs pour dénoncer la cruauté des européens ?
Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n'avons autre mire de la vérité et de la raison que l'exemple et idée des opinions et usages du pays où nous sommes. Là est toujours la parfaite religion, la parfaite police, parfait et accompli usage de toutes choses. Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits : là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.

[…]

Aprés avoir longtemps bien traité leurs prisonniers, et de toutes les commodités dont ils se peuvent aviser, celui qui en est le maître, fait une grande assemblée de ses connaissants ;
il attache une corde à l'un des bras du prisonnier, par le bout de laquelle il le tient éloigné de quelques pas, de peur d'en être offensé, et donne au plus cher de ses amis l'autre bras à tenir de même ; et eux deux, en présence de toute l'assemblée, l'assomment à coups d'épée.
Cela fait, ils le rôtissent et en mangent en commun et en envoient des lopins à ceux de leurs amis qui sont absents. Ce n'est pas, comme on pense, pour s'en nourrir, ainsi que faisaient anciennement les Scythes ; c'est pour représenter une extrême vengeance. Et qu'il soit ainsi, ayant aperçu que les Portugais, qui s'étaient ralliés à leurs adversaires, usaient d'une autre sorte de mort contre eux, quand ils les prenaient, qui était de les enterrer jusques à la ceinture, et tirer au demeurant du corps force coups de trait, et les pendre après, ils pensèrent que ces gens ici de l'autre monde, comme ceux qui avaient sexué la connaissance de beaucoup de vices parmi leur voisinage, et qui étaient beaucoup plus grands maîtres qu'eux en toute sorte de malice, ne prenaient pas sans occasion cette sorte de vengeance, et qu'elle devait être plu.s aigre que la leur, commencèrent de quitter leur façon ancienne pour suivre celle-ci.
Je ne suis pas marri que nous remarquons l'horreur barbaresque qu'il y a en une telle action, mais oui bien de quoi, jugeant bien de leurs fautes, nous soyons si aveugles aux nôtres. Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort, à déchirer par tourments et par gênes un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux (comme nous l'avons non seulement lu, mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entré des voisins et concitoyens, et, qui pis est, sous prétexte de piété et de religion), que de le rôtir et manger après qu'il est trépassé.

[…]

Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie.

Extraits de "Des Cannibales" - Montaigne, Les Essais. 1580
Mes amis,
Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardé comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux d’Europe, car pour les Blancs des Colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous, je sais combien de fois votre fidélité, votre probité, votre courage ont fait rougir vos maîtres. Si on allait chercher un homme dans les Isles de l’Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait.
Votre suffrage ne procure point de places dans les Colonies, votre protection ne fait point obtenir de pensions, vous n’avez pas de quoi soudoyer les avocats ; il n’est donc pas étonnant que vos maîtres trouvent plus de gens qui se déshonorent en défendant leur cause, que vous n’en avez trouvés qui se soient honorés en défendant la vôtre. Il y a même des pays où ceux qui voudraient écrire en votre faveur n’en auraient point la liberté.
Tous ceux qui se sont enrichis dans les Isles aux dépens de vos travaux et de vos souffrances, ont, à leur retour, le droit de vous insulter dans des libelles calomnieux ; mais il n’est point permis de leur répondre. Telle est l’idée que vos maîtres ont de la bon- té de leur droit ; telle est la conscience qu’ils ont de leur humanité à votre égard. Mais cette injustice n’a été pour moi qu’une raison de plus pour prendre, dans un pays libre, la défense de la liberté des hommes.
Je sais que vous ne connaîtrez jamais cet Ouvrage, et que la douceur d’être béni par vous me sera toujours refusée. Mais j’aurai satisfait mon cœur déchiré par le spectacle de vos maux, soulevé par l’insolence absurde des sophismes de vos tyrans. Je n’emploierai point l’éloquence, mais la raison, je parlerai, non des intérêts du commerce, mais des lois de la justice.
Vos tyrans me reprocheront de ne dire que des choses communes,et de n’avoir que des idées chimériques ; en effet, rien n’est plus commun que les maximes de l’humanité et de la justice ; rien n’est plus chimérique que de proposer aux hommes d’y conformer leur conduite.

Jean Antoine Nicolas CARITAT DE CONDORCET, Réflexions sur l'esclavage des nègres. 1781
Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une manière plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains : car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié.

Montesquieu, De l'esclavage des nègres extrait de L'Esprit des lois, 1748
Nous allons étudier trois textes présents au sein de ce corpus : De l'esclavage des nègres par Montesquieu en 1748 ; Des Cannibales de Montaigne en 1580 et Réflexions sur l'esclavage des nègres par Condorcet en 1781. Ils présentent un thème commun qu'est l'esclavage des noirs et une problématique peut alors s'en dégager : Quelles sont les stratégies employées par les écrivains pour dénoncer la cruauté des européens ?

Montesquieu et Condorcet utilisent tout deux le registre polémique, leur texte est composé d'arguments et illustré d'exemples, défendant les esclaves même si pour Montesquieu son plaidoyer en faveur de ceux-ci est plus subtil puisqu'il se met lui-même à la place des esclavagistes, c'est ironique. Le texte de Condorcet est aussi pathétique car il cherche à faire appel aux sentiments. Montaigne, quant à lui, est dans le registre didactique cherchant à ce qu'on apprenne quelque chose de son texte.

Nous pouvons observer qu'aux lignes 2 à 3, Montesquieu justifie l'esclavage par un autre massacre, qui n'est autre que l'extermination des américains, comme à la ligne 16, où il insiste sur les termes « policées » et « conséquences », ce qui nous rappelle les massacres perpétrés par les Européens pour de l'or. A ligne 9 et à la ligne 12, il fait un raisonnement par analogie où il montre que les asiatiques faisaient des eunuques, que les Égyptiens tuaient les roux et que les Européens trouvaient cela barbare. Or, les Européens font des esclaves, ce qui est tout aussi barbare. Montaigne quant à lui, à partir de la ligne 10, nous explique le rituel barbare de la mise à mort d'un ennemi et nous montre un cannibalisme non nourricier mais spirituel ou avec l'exemple des Portugais pour lesquels ils imitaient la mise à mort à la ligne 19. A la ligne 28, il témoigne de la surprise des Européens face à leur barbarie. De plus, il utilise un argument religieux qu'est la guerre entre les catholiques et les protestants afin de rappeler les excès et de montrer que les Européens sont plus barbares que les cannibales.

Cet argument religieux nous amène à l'argument de Montesquieu qui traite de l'hypocrisie de la religion qui disait que les hommes noirs n'avaient pas d'âme, montrant alors que la couleur était l'essence de l'humanité, aux lignes 7 et 9. De plus, à la ligne 5, il montre que les Européens ne supportent pas la différence : « trop noir », « nez trop écrasé ». Il utilise aussi le démonstratif qui est une mise à distance par rapport aux esclaves. Ils sont en quelque sorte déshumanisés. Montaigne ajoute aussi, à la ligne 3, que les Européens jugeaient les autres en fonction de leur propre valeur, ce sont des préjugés ethnocentriques. Dans le texte de Condorcet nous pouvons noter le champ lexical de la vertu et des sentiments « Les mêmes vertus que les blancs » (l.7), « Votre fidélité, votre probité, votre courage » (l.11), « fait rougir les maîtres » (l.12), « vos souffrances » (l.21), « vos maux » (l.29) etc. Nous montrant ainsi les différences entre les blancs et les noirs, ainsi que la souffrance de ces derniers.

Puis, Condorcet montre que la société est corrompue « je sais que vous ne connaîtrez jamais cet ouvrage, et que la douceur d’être béni par vous me sera refusée » (l.27-28) car le texte est censuré chez les noirs. De plus, Condorcet emploie aussi le champ lexical de la non-liberté : « vos maîtres » (l.16), « il y a même des pays (…) point de liberté » (l.18-19), « le droit » (l.21), « n’est point permis de leur répondre » (l.22) etc. Les hommes ne sont pas libres, en expression et en actes, ce qui est en opposition avec la liberté d’autres pays: «  la défense de la liberté des hommes » (l26) Montesquieu insiste aussi sur le fait que les esclaves cultivent le sucre or, c'est une denrée qui n'est pas vitale et les européens les exploitent par simple gourmandise.

Merci d'avance !
Ils présentent un thème commun qu'est l'esclavage des noirs
L'esclavage des Noirs dans le texte de Montaigne ?
Vous avez bien compris que non, puisque vous notez :
De plus, il utilise un argument religieux qu'est la guerre entre les catholiques et les protestants afin de rappeler les excès et de montrer que les Européens sont plus barbares que les cannibales.
Autre contre-sens :
Puis, Condorcet montre que la société est corrompue « je sais que vous ne connaîtrez jamais cet ouvrage, et que la douceur d’être béni par vous me sera refusée » (l.27-28) car le texte est censuré chez les noirs
.

Les esclaves noirs auxquels s'adresse le bonhomme Schwarz, suisse et protestant, le masque sous lequel se cache Condorcet, ces esclaves ne liront pas ce texte car ils ne savent pas lire, et que leurs maitres se garderont bien de le diffuser.
Oh, en effet, le thème commun serait plutôt le barbarisme des Européens vis-à-vis des civilités étrangères ?

Il est vrai que je n'avais pas pensé que les esclaves ne savaient pas lire !
Non seulement ils ne savaient pas lire, mais ils ne parlaient pas français !

L'extrait que l'on vous propose est une adresse liminaire, qui vise bien entendu les lecteurs français. C'est ce que l'on aurait dû vous préciser, puisque l'on vous demandait de définir la stratégie de Condorcet. Il use du procédé qui consiste à battre le chien devant le lion : un discours qui affecte de s'adresser à Pierre alors qu'en fait il est destiné à Paul. Tous les termes de cette épître sont calculés pour faire honte au lecteur européen.

P.S. Un barbarisme est une faute de grammaire. Le barbare fait preuve de barbarie.
P.P.S. La civilité c'est la politesse, dire bonjour à la dame, etc. Vos textes comparent des civilisations.