Bonjour à tous !
Ca fait juste 3h que je suis bloqué sur une explication de texte complète que je dois faire, type BAC. Je suis en 1er S mais je n'y comprend rien. Est ce que quelqu'un pourrait me donner un coup de pouce ou je vais finir par me jeter d'un pont.
Lol V. Stein est née ici, à S. Tahla, et elle y a vécu une grande partie de sa jeunesse. Son père était professeur à l'Université. Elle a un frère plus âgé qu'elle de neuf ans - je ne l'ai jamais vu - on dit qu'il vit à Paris. Ses parents sont morts.
Je n'ai rien entendu dire sur l'enfance de Loi V. Stein qui m'ait frappé, même par Tatiana Karl, sa meilleure amie durant leurs années de collège. Elles dansaient toutes les deux, le jeudi, dans le préau vide. Elles ne voulaient pas sortir en rangs avec les autres, elles préféraient rester au collège. Elles, on les laissait faire, dit Tatiana, elles étaient charmantes, elles savaient mieux que les autres demander cette faveur, on la leur accordait. On danse, Tatiana? Une radio dans un immeuble voisin jouait des danses démodées - une émission-souvenir - dont elles se contentaient. Les surveillantes envolées, seules dans le grand préau ou ce jour-là, entre les danses, on entendait le bruit des rues, allez Tatiana, allez viens, on danse Tatiana, viens. C'est ce que je sais.
Voici ce que j'ai trouvé pour l'instant :
Lol V. Stein => Lola Valérie Stein
"ici" => Le narrateur habite à S. Tahla
"je" => Le narrateur est interne à l'histoire. Il connait bien le personnage principale (le roman est éponyme).
Dans la première partie du texte, les phrases sont courtes et rapides.
Son père est un intellectuel. Son frère est plus agé qu'elle. Il n'y a pas de présence féminine pendant son enfance.
Elle a eu une enfance banale, sans histoire. Tatiana Karl était sa meilleure amie.
Elle pratiquait la danse dans le préau du collège. Elles souhaitaient se démarquer du groupe : elles étaient belles et savaient utiliser leur beauté.
Elles se contentaient de pas grand chose : une vieille radio dans un immeuble voisin.
Le genre est le roman, le registre est narratif. Nous avons un présent de description dans la première partie du texte ; dans la deuxième partie, c'est plutôt de la narration.
Voilà, c'est tout ce que j'ai trouvé sur ce texte. Malheuresement ca ne me suffit par à faire une explication de texte (je ne sais même pas précisément ce qu'est une explication de texte).
Si vous pouviez m'aider s'il vous plait, en m'expliquant ce qu'est une explication de texte, et en m'aidant à trouver des éléments dans le texte.
Cordialement,
Alexander
Bonsoir.
Bon, je vais te donner quelques tuyaux. Tu pars dans une assez mauvaise direction.
Ce passage est l'incipit du roman. Or, quelles sont les fonctions de l'incipit ?
(réponds ici, stp) Comment Duras remplit-elle ces fonctions ?
J'imagine que tu n'as pas lu
Le ravissement de Lol V. Stein. Pour te mettre dans le bain, tu peux regarder
ce court document, qui te mettra dans l'ambiance directement.
Sinon, globalement, ce que tu écris n'est pas faux. Par contre, tu es en train de te faire avoir par l'auteur et tu ne commentes pas DU TOUT le travail de l'
auteur mais celui, illusoire, du
narrateur. Un petit exemple de ce que tu fais et de ce que tu devrais faire pour « penser littéraire » :
Ce que tu fais : "ici" => Le narrateur habite à S. Tahla : tu expliques que « ici » renvoie à un lieu. J'ai envie de dire : « Nan, sans blague ? »
Ce qu'il faut faire : « ici » :
1. le narrateur utilise un démonstratif dans sa valeur déictique, c'est-à-dire un mot qui ne peut être compris que dans le contexte. L'emploi du terme « ici » est donc un marqueur de l'oralité, puisque ce procédé ne peut fonctionner que dans une conversation, pas dans un roman (ou alors sinon, ça signifie qu'on ne peut lire ce roman qu'à S. Tahla, ce qui est bien embêtant puisque ce lieu n'existe pas…
Tiens, ça me rappelle qu'hier matin, ma mère est allée au marché !) Donc je parlais d'oralité. À quoi ça sert, ce machin ? Qu'est-ce que ça marque ?
2. Lol V. Stein habite à S. Tahla : ça fait beaucoup d'abréviations, non ? Il n'y aurait pas quelque chose à en déduire ? C'est quoi, comme style ? Ça fait penser à quoi ?
J'espère que tu as compris ce qu'il faut faire. Ne pas rentrer dans le jeu de l'auteur, ne pas commenter ce que dit le narrateur mais la manière dont l'auteur construit son texte et la manière dont le lecteur va le recevoir. Il est question dans un commentaire de commenter
la manière d'écrire, pas tant ce qui est écrit.
Est-ce plus clair ?
Salut,
D'abord, merci beaucoup pour ta réponse très rapide.
La fonction de l'incipit est la suivante : il crée un monde fictif en donnant des informations sur les personnages, le lieu, le temps.
Non, je n'ai pas lu le roman ; mais je viens de voir le document que tu m'as donné (merci beaucoup).
J'ai fait des recherches sur S. Tahla : en effet, ça n'existe pas, et ca fait beaucoup d'abréviations.
Cependant, je ne vois pas ce que ca veut dire…
"L'oralité est un caractère d'une civilisation dont la culture est orale, qui ne comporte pas d'écrit." => Quel rapport ? :-o
En outre, je ne vois pas vraiment par ce que tu veux dire par
Il est question dans un commentaire de commenter la manière d'écrire, pas tant ce qui est écrit.
En tout cas, merci beaucoup pour ton aide !
Cordialement
Ok. Bon, j'ai un peu travaillé sur ce roman alors pour le choix de la ville, Duras voulait quelque chose qui n'existe pas mais qui fasse un peu américain. C'est lié au mouvement littéraire de Duras, à l'esthétique qu'elle choisit. Sais-tu de quel mouvement elle se rapproche le plus ? Et, si oui, quelles sont les caractéristiques de ce mouvement ?
(Je répondrai à tes autres questions juste après)
Oui, j'ai vu que Marguerite Duras était associée au mouvement du Nouveau Roman : cependant, je n'ai pas réussi à trouver exactement quelles sont les caractéristiques de ce mouvement… (à part que le roman nouveau n’est pas nécessairement linéaire : on peut y trouver de nombreuses rétrospections et anticipations).
Petit topo hyper approximatif et simplifié (voire simpliste) :
XVIIIème/XIXème siècle, la jeunesse européenne veut pouvoir s'exprimer plus librement, créer un art et une littérature qui aillent chercher du côté de la passion, de la révolte, du surnaturel, de la mélancolie. C'est le romantisme.
-> Musset, Hugo (jeune), Chateaubriand, Goethe, Schiller,…
Quelques décennies plus tard, on critique beaucoup cette façon qu'ont les romantiques de s'étaler, de s'enthousiasmer et on n'y voit quasiment plus que des jérémiades. On se dit que finalement, la littérature est un excellent moyen de décrire le monde. L'objectif devient alors de faire le tableau le plus fidèle possible du monde, pour mieux le décrypter. C'est l'avènement du réalisme.
-> Balzac, plus ou moins Flaubert, Stendhal, Maupassant, Zola (bon, en fait, c'est plus compliqué, Zola est naturaliste mais passons)
Je passe sur le symbolisme, désolée.
Début XXème : Freud a « inventé » (soi-disant…) la psychanalyse et tout d'un coup, on se rend compte qu'il y a un inconscient, c'est-à-dire tout un tas de choses que l'Homme se cache à lui-même. Du coup, on se dit qu'on n'arrivera jamais à expliquer le monde puisque la psyché elle-même est un objet mystérieux. On veut alors dépasser le réalisme : c'est le surréalisme. Du coup, on essaie d'écrire sans penser, sous drogue, etx, pour voir ce qui sort quand le subconscient peut avoir la parole.
-> Breton, Éluard, Aragon,…
Vers les années 50, on vient de se prendre la Seconde Guerre Mondiale. Kafka est passé par là également, avec ses personnages et ses situations absurdes. On ne croit plus alors qu'il sera possible d'explorer davantage l'esprit puisqu'on ne croit plus qu'il soit possible d'arriver au bout de cette entreprise. Du coup, on ouvre une nouvelle voie : le Nouveau Roman. Celui-ci part du principe qu'il ne sert plus à rien d'écrire des romans psychologiques, que l'homme et le monde sont absurdes et, dès lors, il sera question de détruire la structure réaliste du roman. On s'attaque principalement aux personnages : il ne faut plus construire des personnages, on ne veut plus de ces imitations d'êtres humains. L'histoire elle-même est attaquée : c'est fini, les romans avec un début, un problème, des péripéties, un dénouement et une fin.
Duras est dans cette veine. Elle raconte un fait-divers mais en explorant, sans tout expliquer, les causes, les conditions dans lesquelles Lol a pu vivre son histoire et la manière dont les autres la perçoivent.
Je suis partie un peu loin pour un simple devoir de 1ère.
Il faut juste garder à l'esprit que le Nouveau Roman cherche à construire des romans qui ne soient pas de petites histoires mais des situations complexes, violentes, non-réalistes, et sans créer des personnages auxquels le lecteur puisse s'attacher, s'identifier. Il est surtout question d'observer, sans nécessairement comprendre d'ailleurs.
Maintenant que tu sais ça, peux-tu commenter l'attitude du narrateur, le ton qu'il emploie, ce qu'il choisit de dire. Pour parler de quelqu'un que tu as connu, en ferais-tu de même ?
Merci beaucoup pour ce résumé !! Vraiment !
Alors, après avoir lu ça, je vois ceci :
Le narrateur est assez bizarre en effet : il passe extrêmement vite sur l'enfance de Lol V. Stein (7 lignes) et s'attache énormément à une partie particulaire : la danse avec Tatiana Karl.
Pourquoi ?
Sans doute, ce moment d'intimité que Lol et Tatiana partageait permettait à l'auteur de justifier le fait qu'il donne du crédit à ce que Tatiana dit à propos de Lol (assez compliqué non ?).
C'est ca ?
Nope, chou blanc.
Lol V. Stein en quelques lignes :
Lol mène une vie bourgeoise normale. Elle est censée se marier avec un bellâtre. Un jour, elle va dans un bal avec son fiancé et son amie Tatiana. Une femme arrive dans la salle. Son fiancé et elle se voient, coup de foudre. Ils dansent toute la nuit et Lol ne les lâche pas du regard, jusqu'à l'aube. Autrement dit, Lol vient de se faire larguer devant toute la bonne société, alors qu'elle a 17 ans environ, et sans un mot (le sms n'existait pas mais ça, je crois que c'est pire).
Suite à ça, Lol craque complètement. Elle devient folle et reste enfermée chez elle. Un jour, un type un peu bizarre la voit, l'épouse et s'en va avec elle. Elle ne s'est jamais vraiment remise mais elle mène une vie à peu près normale. Un jour, ils reviennent à S Tahla et l'histoire commence vraiment. Elle voit Tatiana, qui ne l'a pas vue. Celle-ci est accompagnée de son amant. Lol cherche à la revoir, ou plutôt à s'incruster dans sa vie, lui pique son amant et en même temps insiste pour qu'il reste avec Tatiana, comme ça elle peut se mettre en face de leur chambre d'hôtel et fantasmer. On découvre vers le milieu du roman que le narrateur est l'amant.
L'idée, c'est que Lol n'a pas souffert d'avoir été rejetée mais de ne plus pouvoir contempler l'homme qu'elle aimait parfaitement heureux. Le bal a en fait été comme une révélation, son bonheur total consiste à voir, pas à vivre son histoire à elle (Lol, c'est le bernard-l'hermite de l'amour…)
Ouah…
ok…
Donc, le narrateur, celui qui raconte l'histoire est l'amant de Tatiana et de Lol… => Ainsi il a un point de vu totalement subjectif.
D'accord, Lol veut voir son amant heureux ; mais elle ne peut pas et c'est pour ca qu'elle est si malheureuse..
Mais quel rapport avec la description faite par le narrateur ?
T'as bien fait de choisir le section scientifique… 😀
J'espère qu'on est bien d'accord pour dire que toutes les explications que je t'ai données là n'ont pas à figurer dans ta copie, hein. C'est des connaissances pratiques pour ne pas dire n'importe quoi mais le commentaire ne consiste pas du tout en cela.
J'ai vérifié, c'est vraiment les toutes premières lignes du roman. Donc on peut pleinement parler d'incipit. Du coup, la problématique bateau pour un incipit, c'est :
COMMENT [l'auteur] FAIT-IL POUR INTRODUIRE SON [genre] [mouvement] ?
ou
EN QUOI L'INCIPIT DE CE ROMAN PARTICIPE-T-ELLE D'UNE ESTHÉTIQUE [mouvement] ?
-> En quoi l'incipit du Ravissement de Lol V. Stein participe-t-elle d'une esthétique représentative du Nouveau Roman ?
Allons voir dans le texte ! Bon. Comment cause-t-il, le bonhomme ?
Lol V. Stein est née ici, à S. Tahla, et elle y a vécu une grande partie de sa jeunesse. Son père était professeur à l'Université. Elle a un frère plus âgé qu'elle de neuf ans - je ne l'ai jamais vu - on dit qu'il vit à Paris. Ses parents sont morts.
Je n'ai rien entendu dire sur l'enfance de Loi V. Stein qui m'ait frappé, même par Tatiana Karl, sa meilleure amie durant leurs années de collège. Elles dansaient toutes les deux, le jeudi, dans le préau vide. Elles ne voulaient pas sortir en rangs avec les autres, elles préféraient rester au collège. Elles, on les laissait faire, dit Tatiana, elles étaient charmantes, elles savaient mieux que les autres demander cette faveur, on la leur accordait. On danse, Tatiana? Une radio dans un immeuble voisin jouait des danses démodées - une émission-souvenir - dont elles se contentaient. Les surveillantes envolées, seules dans le grand préau ou ce jour-là, entre les danses, on entendait le bruit des rues, allez Tatiana, allez viens, on danse Tatiana, viens. C'est ce que je sais.
1. il ne se présente pas
2. il nous déroule son état civil
3. il ne précise pas quelle est la nature de ses relations avec Lol
4. il enchaîne sur une anecdote
5. il écrit comme il parle
6. il précise bien qu'il ne raconte que ce qu'on lui a dit
Tu peux faire quasiment tout ton commentaire avec ça.
D'accord, Lol veut voir son amant heureux ; mais elle ne peut pas et c'est pour ca qu'elle est si malheureuse..
Mais quel rapport avec la description faite par le narrateur ?
Lol est une folle, c'est comme ça que tout le monde la perçoit. On n'arrive à la conclusion qu'elle aurait voulu pouvoir garder une place entre les deux amants et qu'elle a créé cette situation avec le narrateur et Tatiana qu'à la fin du roman, en fait. donc ça, ne t'en préoccupe pas trop. ce qui est important, c'est que personne ne comprend Lol. D'ailleurs, à la première lecture du roman, on n'est pas sûr de comprendre.
Oui, je crois qu'en L, je me serais déjà pendu ahah…
Tout d'abord, merci BEAUCOUP de ton aide ! 🙂 Je t'en suis vraiment très reconnaissant.
Alors, le fait que le narrateur ne se présente pas est très caractéristique d'un incipit du Nouveau Roman : le but de l'auteur n'est pas d'accrocher ou de séduire l'auteur ; mais de dérouter le lecteur.
Pour raconter "que ce qu'on lui dit", le narrateur utilise des procédés comme le Discours Indirect libre.
Il écrit comme il parle, il emploie donc le discours narratif, et le temps utilisé est l'imparfait.
Par contre, je vois pas vraiment comment faire une explication de texte avec ça (chui nul je sais…)
Merci encore
Il va falloir que je file (je repasse demain).
Tu prends ta question et tu trouves plusieurs axes. Si tu prends la problématique en « En quoi », tu trouves des entrées. Pour comprendre le fonctionnement de la structure « En quoi », un exemple :
En quoi la période actuelle est-elle déprimante ?
1. l'écologie
2. l'économie
3. l'identité
Bon courage !
Ok, merci beaucoup 🙂
Je réfléchis à ca, je fais une ébauche de l'explication de texte et je la publie demain 🙂
Merci encore et à demain !
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Bonjour,
Bon, voici l'introduction que j'ai faite , pour l'explication de texte que j'ai à faire :
Je n'arrive pas à trouver le registre utilisé…
Aurais-tu une idée ?
Tu connais quoi, comme registres ?
Registres :
- Dramatique (mélodramatique)
Aucun d'eux ne semble être présent ici…
Euh… il y en a quand même un peu plus que cela ! Regarde dans ton manuel. Ou là :
https://www.etudes-litteraires.com/registres-litteraires/Effectivement, voici ceux qui sont marqués dans mon livre :
- Registre épique
Registre comique
Registre ironique
Registre lyrique
Registre tragique
Registre pathétique
Registre didactique
Registre dramatique
Registre fantastique
Registre merveilleux
Je ne vois vraiment aucun qui puisse concorder avec le style du narrateur.
Hé hé ! Ça n'y est pas (je voulais te faire réviser ça…). D'abord, il y a un outil qui est très pratique pour ça c'est la distinction récit/discours de Benveniste. Surligne ici les parties de discours et essaie de trouver un domaine où ces propos, dits comme ça, seraient cohérents.
Benveniste :
https://www.etudes-litteraires.com/grammaire/valeurs-temporelles#9