Bonjour, ma professeur nous a donné les réponses à la question de corpus et nous a demandé de répondre en perfectionnant la réponse:
Voici la question : En quoi chacun de ces textes est-il surprenant face à l'idée que l'on se fait communément de la poésie?
Texte 1: "Femme noire" de Léopold Sédar Senghor
Texte 2: "Vénus Anadyomène" d'Arthur Rimbaud
Texte 3: "L'huître" de Francis Ponge
Texte 4: Guillaume Apollinaire, Calligramme, 1915
Voici le schéma qu'elle nous a fait:
Termes péjoratifs: texte 2 "lente et bête" et texte 3 "visqueux et verdâtre" = objets et les personnes sont décrits de manière péjorative
Forme: (texte 3 en prose + texte 1= vers libres + texte 4= calligramme)
Thèmes surprenants: ex: "L'huître" = banalité
et
"Vénus Anadyomène"= Parodie de la naissance de Vénus
Ma réponse que j'ai rédigé:
Le corpus est composé de 4 textes du 19ème au 20ème siècle qui sont des textes poétiques.
Le thème abordé est la poésie.
Pour commencer, il y'a des termes péjoratifs dans "Vénus Anadyomène" dont "lente et bête" L.3 et "L'huître" dont "visqueux et verdâtre" L. 9, ici les objets et les personnes sont représentés de manière péjorative, ce qui n'est pas une habitude en poésie puisque nous, nous attendons à des termes convenus que l'on retrouve dans des poèmes d'amour ou des poèmes sur la nature.
Ensuite, ce qui nous surprend encore c'est la forme de chaque textes comme par exemple "L'huître" est en prose, "Femme noire" est en vers libre et le texte de Guillaume Apollinaire est un calligramme alors qu'en poésie on a des poèmes en vers.
Et enfin, les thèmes sont surprenants car "L'huître" est une banalité et "Vénus Anadyomène" est une parodie de la naissance de Vénus, ce qui n'est pas fréquent en Poésie où nous nous retrouvons avec des déclarations d'amour, des revendications et autres
Merci de votre aide.
Au fait, quelle idée se fait-on communément de la poésie ?
L'idée que l'on se fait de la poésie c'est doux, puisque ça parle d'amour etc. généralement non?
La poésie ne parle pas que d'amour, mais effectivement, c'est l'idée que certains s'en font.
Vous devriez donc préciser cette idée reçue, avant de montrer en quoi chacun de ces poèmes s'en écarte.
Il faut aussi considérer l'idée de beauté, centrale dans l'idée qu'on se fait traditionnellement de la poésie, aussi bien dans la forme (beauté plastique) que dans la perfection formelle. Les deux se rejoignent assez bien chez un poète qui s'appelle Heredia (documente-toi sur lui et sur le Parnasse). Même quand Hugo prétend extraire la beauté de la laideur, ou quand Baudelaire exprime les "Fleurs" du "Mal", c'est toujours une idée de beauté qui est au centre de leur quête.
On te demande maintenant en quoi les textes de ton groupement surprennent face à l'idée qu'on se fait communément de la poésie, et que nous venons de rappeler (très schématiquement).
La réponse que tu as postée est très sommaire, néglige deux poèmes et n'est pas une synthèse. Je vais donc te donner quelques pistes, en complétant ton analyse, et ce sera à toi de trouver un plan synthétique (je n'ose pas dire une problématique). C'est toujours par l'analyse qu'il faut commencer.
- Le poème de Senghor est le seul à célébrer la beauté, et ce en un beau chant. Certes la forme est inhabituelle car Senghor s'inspire de la poésie traditionnelle africaine et cherche, comme Césaire, à en transcrire la rythmique. Mais ce qui va contre "nos" habitudes (de l'époque) c'est que cette beauté n'est pas blanche ! Or jamais les "canons" de la beauté féminine, dans notre tradition poétique occidentale, n'ont été ceux de la femme noire, continent "obscur" s'il en est (commente bien la répétition de ce mot dans le poème)… Senghor nous fait donc accéder à une autre beauté, à d'autres critères pour en juger, et donc à d'autres valeurs ; ce qu'il nous propose ici, c'est d'en apprécier l'égale dignité. Ce ne sont pas pour autant des contre-valeurs, et sa poésie s'inscrit dans une lyrique presque traditionnelle (juste quelques mots "triviaux")
- Le poème de Rimbaud est tout différent. Je te conseille de chercher la reproduction de la "Naissance de Vénus", tableau de S. Botticelli, un peintre de la Renaissance. Le mot "anadyomène" (non inventé par Rimbaud) vient du grec, signifie "s'élevant (des eaux)" et rappelle un épisode célèbre de la mythologie. Lis maintenant le poème, tu verras que la mer est devenue une "baignoire" comparée à un "cercueil vert en fer blanc", que la belle déesse dévoile peu à peu toutes les parties d'un corps hideux : "cheveux pommadés", "col gras et gris" ; "graisse" en "feuilles plates" des seins ; l'échine "sent un goût horrible", mais la chute du sonnet est remarquable : "Belle hideusement d'un ulcère à l'anus". Dans ce vers, "anus" rime avec "Vénus" ! Tout est là : Rimbaud, poète adolescent en révolte, prend la "beauté" traditionnelle et s'amuse à la profaner, à la souiller, à la traiter avec dérision en lui substituant un réalisme répugnant. N'oublie pas non plus qu'en utilisant le sonnet (un peu irrégulier toutefois), il paraît "sanctifier" cette anti-beauté.
- Ponge, dans le Parti-pris des Choses, prend des objets tout à fait banals et en fait le sujet de poèmes en prose parfois très originaux. Observe bien la façon dont il parle de la forme extérieure de l'huître, sans aucune "poésie" (au sens traditionnel, justement), l'humour de certaines remarques : "les ongles s'y cassent" (je cite de mémoire), l'aspect un peu dégoûtant de l'intérieur (tu l'as noté), mais aussi la vision quasi cosmique qu'il tire de l'eau, de la bête et de sa coquille, qui semble receler tout à coup un monde merveilleux, où la "beauté" est bien présente "Les cieux du dessus s'affaissent sous les cieux d'en dessous…" ; "firmament de nacre", etc… (toujours de mémoire). Ce qui n'est pas traditionnel, c'est ce mélange de tonalités, de notations, d'images, et bien sûr le sujet ; jamais par le passé on n'aurait pensé qu'on puisse prendre une huître pour sujet de poème, jamais on aurait soupçonné - et accepté - ce regard sur les choses…
- Un calligramme (mot forgé par Apollinaire) est en principe un poème dont la disposition graphique représente le sujet de ce poème. La poésie s'unit donc aux arts plastiques. Ce n'est pas le cas ici, mais dans une édition, on doit malgré tout respecter la façon dont le texte a été disposé car le graphisme est indissociable du texte. C'est là une forme qu'on est pas accoutumé à voir dans notre civilisation. Ce qui l'est encore moins, c'est que le texte, qui mêle l'amour et la guerre, comme souvent chez Apollinaire, ne contient aucun verbe : au-dessous d'une date, on a deux sujets : les soldats et l'amour, le second simplement invoqué. Ce texte est en fait repris d'une lettre-poème adressée à Lou, une amie, et "figé" telle une inscription sur un mur, par exemple. Cette manière de "figer" ce qui a traversé l'esprit du poète au moment où il écrivait cette lettre, sans la volonté de faire quelque chose de "beau" ou de travaillé, et d'ériger le tout en poème, fait penser au Surréalisme. Là encore, on est loin des règles et des thèmes classiques…
Voilà, tu fais le reste ?
Et je t'en prie, pas sur ma MP, dans ton intérêt, car tu auras des avis plus autorisés que le mien.
Ah, je vois que je n'ai pas été le seul à avoir reçu des MP… 😉
Des avis plus autorisés ? Je pense que celui-là n'est déjà pas si mal.
Forgé par Rimbaud, anadyomène ?
Ce n'est pas l'avis du Tlfi :
Étymol. ET HIST. 1. 1751 subst. hist. anc. « nom d'une œuvre d'art célèbre » (Encyclop. t. 1, p. 397 : Anadyomène. Nom d'un tableau de Venus sortant des eaux, peint par Apelle, & qu'Auguste fit placer dans le temple de César son père adoptif); 2. 1803 myth. (BOISTE : Anadiomène. Vénus marine); 1808 adj. désignant Vénus (ID. : Anadyomène, adj. (Vénus-) sortant des eaux; sentant l'écume); 3. 1823 bot. (BOISTE, Nomenclature d'hist. naturelle et suppl. de méd. : Anadiomène, sf. polypier).
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J'ai écrit "non inventé par Rimbaud" et pas "mot inventé par Rimbaud".
Eh oui… Bien chausser ses lunettes… Ne pas confondre non et nom ! 😉
Oui, mais j'aurais dû mieux m'exprimer, c'est vrai qu'on a tendance à lire "nom inventé par Rimbaud", bien que ce ne soit pas un nom.