Coucou, je lis Proust en ce moment et j'ai besoin d'aide, il y a un passage que je ne comprends pas, et j'ai peur en recherchant sur internet de tomber sur des révélations sur la suite de La recherche.
Au milieu de ce tome, St Loup envoie soudainement une lettre au narrateur en disait quelque chose comme "jamais aucun pardon ne sera envisageable pour une telle perfidie" peu après avoir quitté sa mère, la duchesse de Marsantes lors de la réception chez Mme de Villeparisis, juste avant le délabrement physique de la grand-mère de Proust.
Et je ne comprends pas d'où vient ce ressentiment, il n'y a aucun motif de brouille, ou alors je l'ai raté.
Quelqu'un peut-il m'éclairer ?
Merci!
Saint-Loup attendait que le narrateur le rejoigne chez Rachel :
"À tout hasard tu pourras venir chez elle ; qui sait, tout s'arrangera peut-être. Peut-être", dit-il avec un sourire, comme n'osant pas croire à un tel rêve, "nous irons dîner tous les trois à la campagne"…
et
"Maman, ne le gardez pas longtemps parce qu'il faut qu'il aille faire une visite tout à l'heure."
Mais il sort avec Charlus et rentre directement chez lui, laissant tomber son ami qui comptait sur lui. Et peut-être même Saint-Loup a-t-il compris ou pressenti la raison de ce lâchage :
"Je sentais bien que ma présence ne pouvait faire aucun plaisir à Mme de Marsantes, mais j'aimais mieux en ne partant pas avec Robert qu'elle ne crût pas que j'étais mêlé à ces plaisirs qui la privaient de lui."
"Maintenant je me serais aussi volontiers chargé d'une mission pour faire rompre Robert avec sa maîtresse qu'il y a quelques heures pour qu'il partît vivre tout à fait avec elle. Dans un cas Saint-Loup m'eût jugé un ami traître, dans l'autre cas sa famille m'eût appelé son mauvais génie. J'étais pourtant le même homme à quelques heures de distance."
Le narrateur a plus d'ambition sociale que d'amitié, il ne veut pas s'aliéner la famille de Saint-Loup, il agit en fonction de ce qu'on peut penser de lui, et donc effectivement, Saint-Loup peut écrire "trahison", "perfidie" et même "fourberie" (!) dans sa lettre.
Et aussi, dans la rue, Charlus lui dit qu'il souhaite devenir pour lui une sorte de mentor, prodiguant conseils et confidences. Il a cette phrase terrible :
"Tenez, mon neveu Saint-Loup est à la rigueur un bon camarade pour vous. Au point de vue de votre avenir, il ne pourra vous être utile en rien ; mais pour cela, moi je suffis."
Là-dessus, le narrateur, ayant bien entendu, rentre directement chez lui… son "ami" ne lui étant d'aucune utilité pour son avenir. C'est le côté "affreux, sale et méchant" de la Recherche qu'on retrouve tout au long de l'oeuvre.