Les représentations théâtrales contemporaines donnent-elles moins de plaisir visuel ?

Entraide scolaire

10 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je suis en master 2 de littérature et je travaille sur la pièce de Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand.
La fin de mon mémoire consiste à comparer les représentations théâtrales classiques qui jouent beaucoup sur le visuel (les décors, les costumes …) et les représentations contemporaines qui reposent d'avantage sur l'imagination des spectateurs en enlevant tout plaisir visuel. Il est vrai que de nos jours (à l'exception de la comédie française et des grands théâtres) les représentations sont plus simples, les acteurs ne sont pas forcément habillés selon l'époque et il suffit d'une table pour faire un décor.
Je coince toutefois sur le sujet, je ne sais pas vraiment comment continuer, je n'ai pas tellement de matière.
Auriez-vous une opinion ou un livre portant sur ce sujet à me suggérer?

Cela m'aidera énormément, je vous en serai très reconnaissante. Merci!!
Il est vrai que de nos jours (à l'exception de la comédie française et des grands théâtres) les représentations sont plus simples, les acteurs ne sont pas forcément habillés selon l'époque et il suffit d'une table pour faire un décor.
Même à la Comédie Française !
En 2006, Roxane arrivait au siège d'Arras en avion, vêtue de la combinaison de Blériot, et les cadets avaient des uniformes de poilus…
Entre autres… J'en ai oublié !

Et Phèdre, donc ! Un lit, une table, un micro (parfaitement, un micro sur pied devant lequel les personnages vident leur coeur), des costumes 1930…

Il ne me semble pas que ce soit une question de moyens financiers, mais un souci de renouveler les mises en scène et le regard sur les oeuvres. Cela remonte tout de même au T.N. P. de Vilar, cette économie de moyens, sans parler de l'Illustre Théâtre de Jean-Baptiste Poquelin.
Je pense que toutes ces représentations sont faites dans le sens ou les metteurs en scène représentent autant de poids que les auteurs des pièces qu'on va voir… Beaucoup de monde va voir une pièce de théâtre, maintenant, pour le metteur en scène plutôt que pour la pièce en elle-même.
Et c'est normal, parce que les pièces sont universelles, intemporelles, sans cesses renouvelées et ont besoin, aussi, de convenir au spectateur contemporain… Elles sont considérées comme des classiques pour leur sens, pour les idées qu'elles véhiculent. C'est aussi le spectateur qui fait la pièce - voir la théorie de l'oeuvre plurielle…
A mon avis, ce sont les acteurs qui transmettent le plaisir du texte, et qui doivent "bluffer" le spectateur. A partir de là, quel que soit le décor, je ne suis pas sure qu'il intervienne forcément dans le plaisir qu'on éprouve…

Bref, il y a Vinaver et ses ouvrages qui traitent du théâtre à partir du texte pour en venir à la mise en scène ; et à contrario, Pavis qui part de la mise en scène pour expliquer le texte…
Peut-être qu'aujourd'hui, les metteurs en scène sont à la recherche d'une nouvelle esthétique. Des scénographies plus épurées pour laisser place en effet à l'imagination du spectateur mais aussi au corps de l'acteur qui doit être mieux vu, moins encombré. Le plateau, la mise en scène, les comédiens ne sont plus une simple "illustration" du texte, ils ne sont plus seulement qu'au service du texte. Ce n'est plus Comédiens + mise en scène + décors + costumes = Texte mais Comédiens = mise en scène = décors = costumes = texte si je schématise grossièrement. Tous les éléments scénique vont donc se retrouver sur un même plan. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, nous avons passé le temps d'un certain réalisme, du "faire vrai" sur scène et du "faire beau".
Est-ce au détriment du plaisir visuel ? Je ne suis pas sûr… Je pense par exemple à Romeo Castellucci dont les scénographies sont souvent très épurées, très sobres mais très belles. Pas besoin d'artifices.

Un ouvrage intéressant à lire : Le théâtre Postdramatique de Hans-Thies Lehmann. Un essai qui se lit lentement par contre.
N'oublions pas que nous vivons au XXIe siècle : le plaisir visuel que les spectateurs cherchaient au théâtre (les chevaux du carrosse de Roxane, dans Cyrano, les spectaculaires changements de décors du Tour du monde en quatre-vingt-jours, au Châtelet, réputé pour sa somptuosité scénographique, ou antérieurement les tragédies à machine du XVIIe), ce plaisir visuel se trouve aujourd'hui au cinéma.
Le théâtre en revient donc à l'essentiel : l'action, les rouages de l'histoire que le jeu des comédiens doit mettre en valeur.
Ok merci pour vos réponses et vos conseils de lecture !
Delia a écrit :Et Phèdre, donc ! Un lit, une table, un micro (parfaitement, un micro sur pied devant lequel les personnages vident leur coeur), des costumes 1930…
Cette représentation de Phèdre était à la Comédie Française? En quelle année? Merci !
Comédie Française.
Avril 2013.
ce plaisir visuel se trouve aujourd'hui au cinéma.
Le théâtre en revient donc à l'essentiel : l'action, les rouages de l'histoire que le jeu des comédiens doit mettre en valeur.
Je pense plus que la suppression du plaisir visuel par les metteurs en scène contemporains est née d'une nécessité propre plus que d'une volonté de ne pas faire comme au cinéma (qui donne à contempler du beau).



Ah, je viens de penser à Antonin Artaud et son théâtre de la cruauté en rapport avec votre sujet. Je vous conseille Le Théâtre et son Double si vous ne l'avez pas encore lu.
Bonjour, je suis également une étudiante, mais de Lettres Modernes en M1.

Je voulais simplement ajouter que certes, le théâtre classique repose beaucoup sur le visuel (costumes, etc), mais il repose également sur le dialogue, sur les échanges.
Le théâtre contemporain reposerait, mais ce n'est qu'une supposition, d'avantage sur le corps, sur la gestuelle. Ne faut-il pas en parler également ?
Récemment, la Comédie française « reprenait » un Shakespeare dont l'action se situait dans un petit bar un peu glauque, devant le juke-box… 😂

Pour moi, le théâtre ne doit pas se contenter d'un essentiel qui se limiterait à « l'action, [aux] rouages de l'histoire [et au] jeu des comédiens ».. La musique, les éclairages, les costumes ou les décors sont, de mon point de vue de spectateur, également essentiels. Sans parler du plaisir des effets spéciaux que permettent les technologies modernes et que, probablement, nombre de nos grands auteurs auraient rêvé d'utiliser.
Sauf à entendre des acteurs exceptionnels dont la simple voix transfigure l'œuvre, je préfère encore lire la pièce plutôt que de payer pour la voir jouer, comme j'en ai eu hélas l'occasion (notamment au festival d'Avignon), par des acteurs en jean et t-shirt, évoluant sur une scène nue et éclairés par une pauvre poursuite. 😞