Dans la tournure Lamaneur ne serait-il pas possible d'écrire
J'ai gardé ma contenance, bien que surpris.
afin d'éviter le participe présent pas toujours très heureux ?
Si oui, faut-il garder la "," ?
L'on peut effectivement se passer sans problème du "étant".
Mais il me semble plus difficile de se passer de la virgule.
La subordonnée concessive elliptique pourrait également se placer en tête :
Bien que surpris, j'ai gardé ma contenance.
A mon sens, il convient de s'en tenir à la règle selon laquelle "bien que" entraîne le subjonctif, et ce, pour une bonne et simple raison. En utilisant le subj., on ne s'expose pas à la critique. Pourquoi donner le bâton pour se faire battre ?
En effet, les spécialistes de la langue française (grammairiens et autres) rappellent cette règle et même, si certains nuancent leurs propos jusqu'à parfois admettre des exceptions, qui connaît ces nuances et exceptions ? Qui sait, par exemple, que R. Le BIDOIS estime que l'indicatif après bien que est admissible, sinon justifié quand la loc. conj. est séparée du verbe par une longue intercalation ? Et, de plus, une hirondelle ne fait pas le printemps…
Le linguiste Jacques CELLARD, qui a publié un ouvrage consacré à la question du subj. ("Le subjonctif. Comment l'écrire ? Quand l'employer ?", Duculot), n'édicte aucune exception, y compris quant à une phrase de ce type : "Bien qu'il pleuve, il est sorti sans parapluie".
J.-P. COLLIN (prix Vaugelas) rappelle qu'en principe, cette loc. est suivi du subj. et ajoute que l'indicatif ou le conditionnel s'emploient "parfois" pour souligner une intention particulière : réalité ou éventualité du fait contenu dans la sub. concessive. Il qualifie "d'emploi normal" "bien que" + subj.
"Le Girodet" déconseille d'employer l'indicatif pour insister sur la réalité du fait ou le conditionnel pour insister sur l'idée de condition.
"Le Dictionnaire des difficultés Bescherelle" ne prévoit aucune exception à la règle.
Il en est de même de René LAGANE (agrégé de grammaire, Difficultés grammaticales, Larousse) et de Adolphe V. THOMAS (dans son ouvrage couronné par l'Académie).
Pour J. HANSE, on doit toujours employer le subj., et l'indic. après "bien que" est "incorrect ou familier, populaire ou archaïque."
Le "Péchoin/Dauphin rappelle la règle et dit des constructions "bien que + indic." et "bien que + cond." qu'elles sont vieillies.
H. Bonnard justifie le subjonctif en disant qu’il “semble exprimer ici l’attitude d’esprit qui rejette (fictivement) du réel un phénomène que l’effet dément ”.
le bon usage (15e éd.) : "Tout … que … mis à part (cf. § 1151), le subjonctif est le mode habituel des propositions concessives, même s’il s’agit d’un fait réel. C’est le seul mode indiqué dans ses ex. par le dictionnaire de l’Académie." Ex : "C’est un galant, bien qu’il n’en ait pas l’air (Ionesco, Rhinocéros, p. 50)." Le B.U. ajoute toutefois : "Quand il s’agit d’un fait réel, certains estiment que le subjonctif n’a pas sa valeur ordinaire (cf. § 894) ; Brunot ( Pensée, p. 866) parle de “ servitude grammaticale ”.
Le TLFi précise que cette locution s'emploie avec un verbe gén. au subj., except. à l'ind. ou au cond. dans la lang. fam., littér.
Le Grand Robert indique : "Bien que… (marquant la concession, suivi du subj.) [..]Rem. On emploie parfois l'indic. pour marquer la réalité ou le cond. pour marquer l'éventualité."
L' Dictionnaire de l'Ac. : Bien que : Loc. conj. de subordination. Bien que, encore que, quoique. (Introduit une proposition concessive au subjonctif ou au participe.)
Etc.
Ma conclusion : Aussi longtemps que l'usage (le bon) ne justifiera pas l'indicatif (ou le conditionnel) subséquent, il convient de respecter la règle.
Cela étant, si certains veulent se risquer à écrire par ex. "Bien qu'il pleut, je ne prends pas de parapluie", libre à eux ! 🙂