Proust, quel ennui !

Littérature

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Enaviel a écrit :je hais ce truc alors que c'est une référence (…) C'est archi chiant, je m'ennuie, il ne se passe rien, (…) Je dois me faire violence à chaque page tellement j'en ai marre, et il m'en reste plus de 2000. (…) Je ne comprends pas l'intérêt de cet oeuvre, les phrases interminables me font soupirer, le propos ressemble à de la psychologie de comptoir, c'est un amas de réflexions qui ne vont pas bien loin..
Enaviel a écrit :j'ai l'impression de n'avoir aucune sensibilité littéraire.
C'est très possible, et très fréquent, mais ce n'est pas une raison pour vous humilier ainsi. Il y a bien d'autres activités que la lecture qui vous donneront pleine satisfaction. N'insistez pas et surtout soyez prudent avec vos avis, celui que vous nous avez donné ne dit rien de Proust, mais beaucoup de vous, ça peut vous jouer des tours. La frustration est une expérience qui devrait être soumise à autorisation, avec un examen, comme pour les permis de conduire ou de chasse, permettant de s'assurer que le candidat ne donnera pas dans le ressentiment, ni dans l'imprécation, et ni dans le ridicule. On entend souvent des touristes se plaindre devant le Parthénon, dans les rues de Florence ou les couloirs du Louvre, ils ont mal aux pieds, trop chaud, voudraient une glace, un hamburger frites. Rien pourtant ne les force à souffrir ce calvaire. Que celui qui veut une glace s'achète une glace, que celui qui aime les clubs de vacances parte en club de vacances. L'assouvissement devrait être le principe de nos vies. Pourquoi s'imposer la frustration si c'est pour se plaindre aussi misérablement ?
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec votre analyse de la déception de certaines personnes devant le Panthéon ou le Louvre. Ce sont souvent des personnes à qui on a trop vanté les beautés de ces lieux "sacrés", mais qui ne l'ont pas éprouvé d'elles-mêmes faute d'y avoir été poussées par leur environnement culturel. C'est le cas classique des élèves à qui on fait découvrir un chef-d'œuvre et qui le trouvent très banal (et peut-être l'est-il quelque peu, tant les critères d'appréciation peuvent varier avec les époques). Ce n'est pas, par conséquent, une question de confort matériel : ça peut l'être, mais secondairement.

Le Parthénon, voulais-je dire ; si certains sont déçus par le Panthéon, c'est à bon droit. 🙂
Comme le concède avec une petite moue l'un des villageois d'Astérix visitant l'Acropole :
"Oui, bien sûr, si on aime les colonnes, ce n'est pas mal…"
Avec Proust, il ne se passe rien ?
Et vous faites des études littéraires ?????

Alors que dans chaque phrase de Proust, vous pouvez vous attardez comme sur un lit de sensations et d'émotions. ça saute à la figure et ça nous inonde. Ce ne sont pas des phrases, mais des ondes. Ce ne sont plus des mots mais des êtres qui s'animent, qui vivent et qui, surtout, frissonnent.

Il ne se passe rien ? Mais ce rien c'est un tout ; et ce tout c'est la vie, nos vies, nos souffles. Des attentions, des respirations, une rougeur, de l'éphémère, de la brusquerie et des boutades, un front qui se lève, une pensée qui s'anime.

Je ne vous conseille pas de lire Joyce ou Dostoïevski ou Faulkner. Se forcer à lire Proust, c'est comme se forcer à faire l'amour avec la plus douce des amantes.

Il existe d'autres voies que la littérature. A quoi bon s'ennuyer. La vie est si courte.
Je suis curieux de savoir comment vous justifiez ce qu'un de mes professeurs appelle de la parlotte par des exemples de phrases analysés.
artgitato a écrit :Alors que dans chaque phrase de Proust, vous pouvez vous attarder comme sur un lit de sensations et d'émotions. Ça saute à la figure et ça nous inonde. Ce ne sont pas des phrases, mais des ondes.
Qu'est-ce qui rapproche une phrase de Proust d'une onde ?
artgitato a écrit : Ce ne sont plus des mots mais des êtres qui s'animent, qui vivent et qui, surtout, frissonnent.
Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. (Victor Hugo)
Cet auteur apparemment si ennuyeux semble pourtant occuper beaucoup de personnes par son existence même d'écrivain 😀

Je pense comprendre l'auteur du topic. Quand j'ai commencé à lire Proust à mon entrée en HK, j'ai eu beaucoup de mal. Il me rappelait Balzac, le génie en plus, mais la même longueur, le même ennui. Et puis, au bout de quelques pages, on tombe sur une remarque lumineuse. Je connais très peu Proust, et pour des raisons de temps je n'ai toujours pas lu les six autres tomes de La Recherche.
Et pourtant, au-delà de l'ennui que je peux éprouver à le lire, je me forcerai avec délice, car même si ses phrases sont aussi longues que maîtrisées, Proust a le don d'attirer par moment mon esprit sur des réflexions, questions, sujets, d'une profondeur à couper le souffle.

Pour moi, Proust est un génie. Un génie horriblement ennuyeux, mais terriblement passionnant !

PS : artgitato, vous me paraissez bien agité. Le fait de trouver un auteur - parmi combien d'autres ? - vide, c'est ne pas avoir la capacité de faire des études littéraires ? Je conçois parfaitement qu'au-delà du souffle et de la vie dont vous parlez, quelqu'un d'autre n'y verra qu'un auteur parlant à loisir de tous ses proches au cours de sa jeune vie, jusqu'à la petite chienne de la cousine de la servante de sa mère ou quelque chose du genre.
Il y eut - et il y a - tant d'excellents auteurs qu'on ne peut tous les apprécier à leur juste valeur. Certains seront nécessairement incompatibles avec nous-mêmes.
On n'est pas obligé de lire l'intégralité de l'oeuvre de Proust et de se passionner pour un écrivain qui a choisi d'écrire sa vie plutôt que de la vivre pour faire des études littéraires. A chacun ses goûts et pas de dictature en ce domaine !
J'ai pris connaissance de cette conversation le 16 juin 2015. Mon existence ayant été un peu compliquée, je ne réponds qu'aujourd'hui.
Je me présente : j'ai cessé d'être étudiant il y a 61 ans, cela vous donne une idée de mon âge. Après une longe vie professionnelle j'ai pu me consacrer à la littérature et ceux que cela amuserait pourront trouver la liste des livres que j'ai commis sur le site des Editions Ex aequo.
Il se trouve que moi aussi Proust m'ennuie, et cela depuis 62 ans. Cris d'horreur autour de moi depuis 60 ans. Comble de cette horreur je ne me suis jamais senti honteux ni coupable. Alors?
Ce n'est qu'après le 16 juin 2015 que j'ai trouvé ma réponse un jour où lâchement j'avais manqué la réunion d'un club où l'on allait une fois de plus célébrer le culte du Grand Marcel.
Il se trouve nous sommes au 21ème siècle et que Proust nous livre les réflexions d'un homme bourgeois, fortuné, mondain, oisif, mondain, noctambule, malade, accablé d'ennui, méprisant (notamment vis à vis de ses personnages), n'ayant manifestement pas compris que le monde était en train de se transformer, homosexuel et à moitié juif.
Pris individuellement ces traits, défauts et qualités ne m'horripilent pas nécessairement. Je suis moi-même un bourgeois (petit, mais parmi les pires, ceux qui ont des origines modestes) et un Juif. Mais leur accumulation générant une littérature abondante où je ne peux rien trouver ayant un quelconque à la réalité que j'ai vécue, que mes parents ont vécue, que mes grands parents idem, me paraît aussi mortelle que la "télé-réalité".
Je dois admettre cependant avoir avec lui un point commun : j'aime les madeleines.
Et encore, c'est pour son charme publicitaire que la madeleine aurait remplacé la biscotte initialement prévue 😂
Quelque chose qui m'avait beaucoup amusé quand j'étais allé visiter la maison de Proust à Illiers-Combray : le boulanger local affichait en vitrine « la véritable madeleine de tante Léonie » 😂
J'ai visité plusieurs fois cette maison. Une atmosphère, sans aucun doute. Qui peut en vouloir au boulanger ? 🙂

Enaviel juillet 2013 , avez-vous pu finir Proust ?

La dernière connexion d’Enaviel sur le forum date de mars 2014. Pas certain toutefois qu’il ait eu envie de « finir » Proust comme on finit une tâche aussi rebutante que longue. 😄

Vous connaissez cette blague, j’imagine :

Qu’as-tu fait hier soir ?J’ai lu Proust quelques heures.Tu as aimé ?Je ne sais pas… Je te dirai quand j’aurai lu la deuxième phrase.

🤣

Ne sors pas, elle est excellente.

La première phrase était peut-être aussi : "Longtemps je me suis couché de bonne heure".

Heureusement on n’essaie pas non plus de lire tout Balzac ou tout Dickens dans la foulée.

A propos des brouillons de Proust :BnF - Brouillons d’écrivains

Pire que Flaubert !

C’est intéressant, Portia.

Quand on y pense, La Recherche, c’est environ 3500 pages (je me base sur l’édition Pléiade hors notes et variantes évidemment - la nouvelle édition en quatre volumes comporte 7000 pages, soit la moitié pour l’appareil critique - un record !).

La Comédie humaine, c’est 12800 pages (toujours hors appareil critique, la version Castex comporte 21152 pages, déjà 40% de notes…).

Quant à Dickens, pour ne mentionner que ses grands romans, ils représentent environ 13000 pages (avec leur appareil critique étique, on monte à 13792 pages).

Lire « Tout Proust » ou presque (La Recherche), c’est donc à peu près quatre fois moins long que lire « Tout Balzac » (hors correspondance et Contes drôlatiques) ou «Tout Dickens » (les grands romans).

Je n’arrive pas à expliquer comment ma lecture a pu glisser avec autant de facilité et de plaisir sur Balzac et Dickens alors que j’ai buté par trois fois sur Du côté de chez Swann. Le style, probablement - et non la supposée complexité des longues phrases - mais sans doute aussi la sensibilité…

Même remarque avec les 8000 pages des grands romans de Dostoïevski (8416 pages avec les notes et variantes - que je lis toujours intégralement) : que du plaisir, l’envie d’aller plus loin, de relire, d’approfondir, de réfléchir, de goûter la richesse du style.

Balzac, Dickens et Dostoïevski, les Trois maîtres auxquels Stefan Zweig a consacré son ouvrage éponyme : ils donnent le goût de la lecture sans limites. À conseiller sans modération.

C’est drôle : la lecture de Proust ne m’a jamais ennuyé.