Proust, quel ennui !

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour!

Etudiant en lettres modernes, je me suis mis à lire la recherche cet été.
Et je me sens toujours plus mal en avançant dans ma lecture, je hais ce truc alors que c'est une référence, j'ai l'impression de n'avoir aucune sensibilité littéraire.

C'est archi chiant, je m'ennuie, il ne se passe rien, je suis à la page 920 et pour l'instant j'ai lu le quotidien mondain des Verdurin, le premier flirt avec Gilberte et la relation entre Odette et Swann. Je dois me faire violence à chaque page tellement j'en ai marre, et il m'en reste plus de 2000.

Je ne comprends pas l'intérêt de cet oeuvre, les phrases interminables me font soupirer, le propos ressemble à de la psychologie de comptoir, c'est un amas de réflexions qui ne vont pas bien loin.

Si le reste est semblable au début, est-ce bien nécessaire de continuer ?…
Bonsoir Enaviel,

J'ai eu la même impression en lisant Proust. Je pense que c'est une question de sensibilité et qu'il est donc inutile de se forcer à le lire si on y est allergique. Pour sa culture littéraire il peut être nécessaire de connaître les passages d'anthologie et son oeuvre dans les grandes lignes (notamment si l'on enseigne en secondaire 😀 ) mais autrement…
Je dirais la même chose, mais je ne conseillerais pas de délaisser Proust à jamais, plutôt de reprendre la Recherche d'ici quelque temps 😉
Proust etant l'auteur que je prefere, je reste perplexe en lisant ton message 😜
Cela dit, si tu t'ennuies, ne poursuis pas, reprends-le plus tard.
Le bourrage de crâne jusqu'à intoxication n'étant ps ( pas toujours) la meilleure solution pour découvrir un auteur, je conseille la même chose. C'est du moins ce que j'ai fait à la lecture d'un Amour de Swann ( après Combray que j'avais beaucoup apprécié), j'ai trouvé ça carrément ennuyeux.
Je pense qu'il y a quelques auteurs comme ça, qu'on ne parvient pas_ pas dans l'immédiat en tous cas_ à apprécier. Ca dépend des sensibilité, comme on dit ( en fait, je vais vous dire un gros mot, je suis sûr qu'on m'en voudra sur ce forum: j'aime pas Balzac j'ai beaucoup de mal à lire Balzac 🙂 Et pourtant c'est une référence.
Bonne lecture en tous cas ( pour Proust… ou d'autres !)
Je comprends vos réticences, j'avais eu beaucoup de mal à m'y atteler, mais, par contre, dire que c'est de la psychologie de comptoir, c'est un peu fort de café, je trouve.
Enaviel a écrit :Je ne comprends pas l'intérêt de cet oeuvre, les phrases interminables me font soupirer, le propos ressemble à de la psychologie de comptoir, c'est un amas de réflexions qui ne vont pas bien loin.
Euh, je veux bien qu'on puisse ne pas aimer Proust, mais dire que ses réflexions ne vont pas bien loin, je suis désolée mais c'est archifaux…
Je crois en effet que si tu détestes Proust à ce point il ne faut pas te forcer à lire tous les romans de sa recherche, tu risquerais de te dégoûter de la lecture pour de bon, surtout que tu en as pour un certain temps avec tous ces tomes. De mon côté j'adore Proust, je suis justement charmée par ses longues phrases, il décrit avec précision des sensations, les récrée en leur donnant une beauté nouvelle. Aimer Proust n'est pas qu'une question de sensibilité littéraire, je pense que ça dépend seulement de la personnalité de chacun. Il y en a qui préféreront des romans avec de l'action, d'autres qui aimeront se perdre durant de longues pages où il ne se passe a priori pas grand-chose mais dont le style est pour eux plus important que le reste.
Je te conseille de lire autre chose et d'y revenir après si tu as le courage, peut-être que tu aimeras de nouveau, peut-être que non, et dans ce cas-là tu peux aussi lire des analyses plutôt que de te forcer pendant des pages et des pages.
C'est archi chiant, je m'ennuie, il ne se passe rien
C'est exactement mon jugement sur la Chartreuse de Parme, le Lys dans la vallée, l'Education sentimentale et la Modification… entre autres.

Autrement dit, ce n'est pas une appréciation littéraire (je puis très bien montrer l'intérêt de ces textes…), mais un jugement épidermique qui ne préjuge nullement du talent de l'auteur.

Une précision, cependant : La Recherche, ce n'est pas les Rougon-Macquart, un cycle romanesque que l'on peut lire dans le désordre et dont aucune tome n'est nécessaire à la compréhension des autres ni à la compréhension d'ensemble. La Recherche c'est un unique roman, découpé en chapitres pour la commodité de publication. On lit tout ou on ne lit rien, et on ne comprend le début que quand on a lu la fin.
Proust est trop long et la vie est trop courte.

Mais pour Balzac : il faut peut être commencer par Adieu !!! Chez Balzac le temps est cyclique, ce n'est mentionné nulle part, mais il faut relire la Peau de Chagrin pour voir une déconstruction vertigineuse du temps.

Dans Adieu (https://fr.wikisource.org/wiki/Adieu_(Balzac)), l'histoire (un brin dérisoire selon moi) d'une folie, il y a quand même (!!!) une description sublime du champs de bataille de la Bérézina. C'est une courte nouvelle qui permet de mieux comprendre Chabert : le pauvre Colonel qui ne voulait pas être un numéro (6?), qui est enfermé à Bicêtre et rêve de charges de hussards en fumant des cigares.
On peut s' intéresser ensuite au cas de Raphaël de Valentin qui lui avait vraiment les lettres dans la peau. Et alors il faut vite comprendre qui est vraiment Taillefer, et ce qu'il a bien pu faire dans une certaine auberge.

Le Lys dans la vallée… il faut s'en méfier.

Bon je vois que je m'emporte. Pour les cinéphiles, les premières minutes de Pierrot Le Fou situent bien Balzac dans la modernité (enfin je crois).



Mais est ce que cela sert encore à quelque chose quand l'or a remplacé le verbe ?
Je compatis. J'ai lu trois fois le premier tome de La Recherche et n'ai jamais eu envie de poursuivre. Mais je sais que j'y reviendrai un jour. Question d'envie, de sensibilité, probablement d'éducation littéraire (je crois qu'il y a deux décennies nombres d'œuvres que j'ai lu ces dernières années m'auraient rebuté) et peut-être d'âge…
Mais si au bout de 900 pages tu n'es pas convaincu, il faut dans tous les cas arrêter sous peine de saturation. Au pire tu auras lu 900 pages, au mieux tu auras envie de tout relire dans quelques années.
J'aime énormément la poésie qui se dégage de La recherche. Ces longues phrases descriptives chargées de synonymes me charment.
En revanche, je reconnais que certains passages sont vraiment indigestes et ont sur moi l'effet qu'aurait un puissant somnifère.
Comme l'a dit un autre intervenant, il faut prendre l'ensemble de la Recherche pour comprendre la réflexion que développe Proust et qui s'avère assez profonde.

Il peut être intéressant de lire le premier tome (Du côté de chez Swann) quand on entreprend des études en lettres modernes, ne serait-ce que pour se familiariser avec le style de l'auteur, découvrir les personnages (comme Mme Verdurin) et avoir un avis sur le sujet (même négatif), mais il n'est pas nécessaire de lire l'ensemble de l’œuvre (j'ai bien eu des professeurs de français qui n'avaient jamais dépassé le premier tome).


Juste pour info, tu as la grosse édition Gallimard de plus de 2000 pages ? 😀
Je viens également de faire mon entrée dans le monde de La recherche. Je dois dire que le style me charme assez, même si cette lecture demande une certaine concentration…
Moreau a écrit :

Juste pour info, tu as la grosse édition Gallimard de plus de 2000 pages ? :D

J'ai l'ancienne édition en trois tomes à La Pléiade, celle qui ne fait que 3632 pages :D

J'avoue que je n'ai pas trop le courage de prendre connaissance de la nouvelle version qui, avec les notes et variantes, ne compte pas moins de 7408 pages.

Je suis aussi ennuyé par Proust!
J'ai commencé Du Coté de chez Swann, et j'ai vite arrêté (j'ai lu Combray, et le début de Un amour de Swann, et encore, en diagonale)…
Je pense que c'est la taille de l'oeuvre qui pose problème ici. Du côté de chez Swann n'en représente que le tout début, et il est malaisé d'en saisir instantanément tous les enjeux, le fait qu'il s'agisse de l'histoire d'une vocation etc…

Un cours, ou un ouvrage théorique peuvent permettre d'avoir une vue d'ensemble et d'apprécier enfin Proust, Lire du côté de chez Swann de Luc Fraisse par exemple.
Je trouve amusante cette citation-ci :
Dantzig a écrit :À la recherche du temps perdu n’est pas trop long. Il est même si bon que j’en prendrais bien cinq cents pages de plus.
Dictionnaire égoïste de la littérature française, de Charles Dantzig, éd. Grasset, 2005, p. 19
J'ai eu à lire La Prisonnière pour un cours de LGC en L3 et j'ai également eu beaucoup de mal à entrer dedans, j'ai souffert pendant une bonne centaine de pages. Et puis j'ai commencé à trouver ça intéressant même si le style a également tendance à m'exaspérer. Il ne se "passe rien" certes, mais les déambulations dans l'esprit de quelqu'un sont toujours bonnes à prendre. J'ai trouvé que même si je n'étais pas d'accord avec tout il s'agissait d'une virée dans une psychologie que je ne trouve pas spécialement "de comptoir", au contraire. Je trouve que c'est très vrai, que ça reflète bien une psychologie d'humain qui n'est pas psychologue ni un pro dans ce domaine, qui se pose des questions, qui se plante, qui change d'avis, qui se ment. Finalement j'ai trouvé ça très fort et touchant, ça m'a fait beaucoup réfléchir.
Voilà pour mon expérience, mais je suis du même avis que beaucoup ici : si au bout de 900 pages tu es toujours dans le rejet, laisse tomber pour le moment. Si tu es braqué ça ne va pas s'arranger. La lecture est quelque chose de très subjectif, si tu es de mauvaise humeur ou que tu as décidé que tu n'aimais pas (et tu as le droit de ne pas aimer), mieux vaut lâcher cette lecture et te détendre avec quelque chose qui te plaira plus, puis éventuellement reprendre plus tard. Parfois, lire des ouvrages critiques sur les oeuvres peut aider, je trouve. D'accord ou pas avec le critique, ça permet parfois d'envisager le livre à travers un autre angle.
Bon courage !!
Merci beaucoup Verbum 🙂
alicealeksis a écrit :'ai trouvé que même si je n'étais pas d'accord avec tout il s'agissait d'une virée dans une psychologie que je ne trouve pas spécialement "de comptoir", au contraire. Je trouve que c'est très vrai, que ça reflète bien une psychologie d'humain qui n'est pas psychologue ni un pro dans ce domaine, qui se pose des questions, qui se plante, qui change d'avis, qui se ment. Finalement j'ai trouvé ça très fort et touchant, ça m'a fait beaucoup réfléchir.
Je suis assez d'accord… Sur la psychologie de comptoir, j'y repensais l'autre jour en feuilletant un peu la Recherche… Il est vrai que l'on retrouve ses propres sensations, c'est du moins mon cas, et celui d'un ami également lecteur passionné de Proust. Ce qui fait que l'on a cette sensation du "mais je le sais déjà, ça" ; je n'ai pas eu cette sensation mais je peux comprendre qu'on puisse l'avoir. Je crois que l'on est plus proche du "je l'ai ressenti mais je ne l'aurai jamais dit comme ça"… Dès lors on n'est plus dans la psychologie de comptoir, et pourtant, de "l'évident" à "l'évident indicible", il n'y a qu'un pas.

Quant à faire aimer Proust à quelqu'un, ou même à faire aimer la littérature en général, c'est un vaste problème de pédagogie que je n'ai jamais réussi à résoudre 🙄
Découvert ce forum y'a exactement dix minutes, eu envie de donner mon point de vu sur la question.

Je trouve aussi Proust infiniment ennuyant, limite pédant. Je sais pas, j'ai l'impression que chaque page est une nouvelle tentative de l'auteur de prouver qu'il maîtrise la langue française comme s'il l'avait inventée (car ça a beau me rebuter, je suis quand même subjugué par son talent pour réussir à faire des phrases d'une page entière qui fonctionnent syntaxiquement grâce à l'usage méticuleux de la ponctuation). Ses continuelles références mythologiques m'emmerdent profondément aussi. François Bégaudeau a dit que l'écriture était toujours une démonstration de force, eh bien chez Proust c'est particulièrement présent. Comme si chaque événement, chaque personnage, chaque sensation devait avoir son équivalent grec pour fonctionner, pour faire sens. Et puis qu'est-ce que j'exècre son orgasme sur les madeleines.

D'un autre côté, La Recherche du Temps Perdu, c'est assez évocateur comme titre. Le temps est au centre de l'histoire et le fait qu'il faille autant de temps pour la lire soutient le propos. Après, tout est question de sensibilité, effectivement : perso, les questionnements de Proust me passent six pieds par-dessus la tête, je trouve qu'il s'apitoie trop sur son sort, qu'il est trop mélancolique, mais là il y a peut-être la barrière des époques aussi.

Plus que tout, il y a surtout une question de simple intérêt personnel. Perso, j'apprécie tout particulièrement les auteurs qui sont capables d'être drôles et jeunes dans leur écriture : je suis un grand fan de Queneau, Vian, Bégaudeau, et je me déciderai peut-être à lire du Céline lorsque j'aurai outrepassé le fait que c'était un enfoiré. J'aime aussi un style vif, incisif, constitué de phrases courtes, cinglantes, épurées comme chez Camus, Steinbeck, Kafka. Et finalement j'aime une certaine poésie des mots, l'usage des images, des figures de style, comme chez Baricco qui me fait fondre ou bien Bradbury que j'ai découvert récemment. Tout ça c'est bien loin de Proust, faut bien l'admettre, mais aussi de Flaubert, de Balzac, de Zola et de bien d'autres auteurs du 19ème siècle. Certaines de ces oeuvres m'attirent fondamentalement, comme Germinal, mais je suis incapable de passer la barrière du style. Je hais le réalisme, je hais les phrases trop longues, je hais les descriptions trop fastidieuses, je hais quand on essaie trop de moduler mon esprit pour qu'une image concrète y soit inscrite, je hais quand un roman met 18 chapitres pour une situation initiale (les Misérables…) alors qu'à côté de ça on a Kafka qui fout l'élément déclencheur dès la première phrase (La Métamorphose).

Mais tout ça c'est vraiment une question de goût. L'un des profs qui m'a le plus marqué, grand fan d'auteurs bien avant-gardistes comme Nabokov et Borges, était un grand fan de Proust aussi. Ça l'a touché, lui, mais de son propre aveu, c'est une lecture difficile dans laquelle on doit s'investir à fond.