Peut-on faire confiance au personnage quand il est aussi le narrateur ?

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
"Peut-on faire confiance au personnage quand il est aussi le narrateur ?"

Bonjour, cette question apparaît dans mon descriptif de l'oral du BAC sauf que c'était au début de l'année et je ne retrouve plus rien dessus. Cette question concerne surtout Le Tour d'écrou d'Henry James mais je me demande si on peut citer d'autres œuvres. J'essaie donc de répondre à cette question seul, mais j'ai un peu de mal donc je suis venu vous demander de l'aide. Voici ma réponse :

Oui, on peut faire confiance au personnage quand il est aussi le narrateur parce car :
- il peut s'efforcer de raconter l'histoire d'un regard neutre et objectif, en racontant l'histoire tel qu'elle a été sans rien y changer. Par exemple, dans le Rapport de Brodeck, Brodeck le narrateur, aborde le fait qu'il ait volé une bombonne d'eau à une femme et son enfant, un geste pitoyable et indigne, juste pour sa propre survie et celle de Kelmar contre la vie des deux autres. Le narrateur donne donc tous les éléments de l'histoire, même ceux dont il a honte, pour que le lecteur se forge une opinion juste.
- il peut donner un tel réalisme à ses propos que l'on pourrait croire à tous ce qu'il raconte. Par exemple, dans Le Tour d'écrou, on a tendance à croire la narratrice (la gouvernante) qui voit des spectres des anciens domestiques. (Cependant, certains indices nous suggèrent que la gouvernante est folle.)

Non, on ne peut pas faire confiance au personnage quand il est aussi le narrateur car :
- il va voir l'histoire d'un point de vue subjectif. Il racontera l'histoire en se mettant en valeur et le lecteur prendra inconsciemment son parti.
- il ignore sûrement certains fait et ne voit les choses que de son propre point de vue. Le lecteur n'aura donc pas tous les arguments pour pouvoir se forger sa propre opinion sur lui et sur l'intrigue.
- il va tourner le récit en sa faveur. Il ne va pas aborder certains évènements donc il a honte, où il n'assume pas ses erreurs, le lecteur ne sera donc pas informé de tous les faits de l'histoire.

Le problème c'est que les deux derniers arguments sont valables que dans l’autobiographie, non ?

Je bloque un peu, je tourne un peu en rond et j'ai du mal à donner des exemples. Que pensez-vous de mes recherches et pouvez-vous m'aider ?
Salut !
Ton plan est plutôt pas mal par rapport à la question. Mais avant tout, définis bien ce qu'est le NARRATEUR et L'AUTEUR, fais bien apparaître la distinction qui existe pour ne pas faire de hors-sujet. S'ils sont différents, c'est l'auteur qui choisi de donner tel point de vue à son narrateur, il laisse donc la possibilité au lecteur de se forger une certaine opinion…
Ta première et ta seconde partie se contredisent, à éviter. De plus, tes trois dernières parties se rejoignent et à mon avis, tu vas être amené à trop te répéter. Je remanierai ton plan ainsi :

I. Confiance car nous ne voyons l'histoire qu'à travers son regard
- Volonté d'informer le lecteur de la part du narrateur, honnêteté de celui-ci -> Le rapport de Brodeck

- Sa vision des choses nous en apprend sur le personnage, on peut donc se forger une opinion sur lui -> La Tour d'écrou et le fait qu'on puisse imaginer qu'elle est folle

II. Or, manque d'objectivité
- Donne SA vérité des faits, non LA vérité. Point de vue subjectif, méfiance nécessaire du lecteur vis-à-vis de l'intrigue -> Visage Retrouvé de W. Mouawad, la vision du petit Wahab qui déforme les évènements et les rend fantasmagoriques, irréels… (tu peux trouver un meilleur exemple personnel)

- Sélection faite par le narrateur qui omet des éléments pour en faire ressortir d'autres en sa faveur ou aller droit à l'essentiel etc.. -> Autobiographie qui fait des ellipses temporelles

Qu'en penses-tu ? J'espère que cela t'a un peu aidé
Une troisième partie serait la bienvenue.. à vous de jouer !
Bonsoir, merci pour ton aide je comprends mieux maintenant, je vais réfléchir à une troisième partie.
Il faut tenir compte du pacte de lecture : en principe, le narrateur, qu'il soit hors du récit ou dans le récit est digne de confiance.
Le jeu consiste donc à perturber ce pacte pour mettre en doute cette parole.
Ainsi, Maupassant, dans le Horla laisse entendre que le narrateur personnage est fou. Rien n'est arrivé…
Autre exemple, qui n'est pas tiré de la littérature : dans Back stage Hitchcock montre dans un flash back un crime narré par le personnage. On découvrira plus tard que bien que montré à l'écran, donc certain en vertu du pacte, ce récit est mensonger.
Je n'ai pas très bien compris de ce que signifie ce pacte de lecture.

Je sais que le Horla est très connu mais je n'ai pas encore eu l'occasion de le lire. Que veux-tu dire par "Maupassant, dans le Horla laisse entendre que le narrateur personnage est fou. Rien n'est arrivé…" ? Comment l'auteur peut laisser entendre quelque chose si l'on suit l’œuvre du point de vue du narrateur personnage, le narrateur et l'auteur n'ont donc aucun contact. Je ne comprends pas. Peux-tu clarifier ?
Le pacte de lecture, c'est le contrat implicite passé entre le lecteur et le narrateur : le lecteur prend pour vrai tout ce qui est narré, et le narrateur s'engage à ne rien cacher.
Ce pacte n'est pas respecté par les romans policiers à énigme, où le narrateur dissimule souvent des indices, pour retarder le plaisir de la découverte.
Il existe deux versions du Horla : la première est une histoire encadrée. Le récit cadre se passe dans un asile d'aliénés, ce qui fait fortement douter des propos du personnage.
La seconde est plus élaborée : nous lisons le journal du narrateur. Pour se délivrer de sa hantise, le narrateur fait équiper sa maison de volets et portes métalliques, qui tiendront prisonnier le mystérieux visiteur, et il met le feu. Seulement, il a oublié ses domestiques qui meurent tous brûlés vifs.
C'est là que le lecteur se demande si un incendiaire est bien sain d'esprit.
Mais nous sommes dans le genre fantastique : par principe, on ne saura jamais si les personnages ont vécu les faits narrés, ou s'ils les ont rêvés.

Donc, peut-on faire confiance au narrateur, qu'il soit ou non un personnage ? En principe, oui, mais les romans les plus intéressants sont ceux où le lecteur a été dupé par le narrateur.
Dans le genre, tu peux lire La Méprise (= Despair) de Nabokov, ça te donnera un bon aperçu 😀