Traduction de Lucain
17 réponses
Bonjour à tous,
Je suis à la recherche d'une traduction récente de Lucain.L'impression que j'ai est qu'on ne lit plus cet auteur, et donc que personne ne le traduit, du moins en français. j'ai eu un peu accès aux traductions de Brébeuf ( une belle infidèle du XVIIè) et Gallot ( fin XIXè) mais l'une et l'autre sacrifient la littéralité aux exigences de la prosodie française, et surtout, d'une prosodie régulière avec des rimes et des césures et toutes sortes de choses qui rendent difficile de transcrire exactement un auteur comme Lucain. D'autre part, il y a la traduction des éditions Budé, qui a l'avantage d'être quasiment la seule trouvable (enfin, trouvable ne veut pas dire accessible, parce qu'à 50 euros le volume les deux volumes reviennent passablement cher….) mais qui, il faut le reconnaître, n'est pas la plus agréable à lire.
quelqu'un connaîtrait-il une traduction en vers libres ( XXè siècle) ou bien par un grand poète français qui se serait penché sur la chose… Virgile a eu son Valéry, Lucain a-t-il eu un traducteur de cet envergure ?
Recherchant qqch sur ce sujet dans les archives du forum je suis tombé sur les contributions enthousiastes de certains affirmant " Chouette J'ADORE LUCAIN!!!!!!" donc je me dis que ca parlera peut-être à certains d'entre vous…
Sur ce, à bientôt, j'espère.
Hyronimes
Celle, partielle, de Jean Soubiran, aux Editions Universitaires du Sud est sans doute disponible en BU.
Hyronimes a écrit :Bonjour à tous,
Chouette J'ADORE LUCAIN!!!!!!" donc je me dis que ca parlera peut-être à certains d'entre vous…
Sur ce, à bientôt, j'espère.
Hyronimes
Moi aussi, c'est mon poète latin préféré ! Je compte le vers suivant parmi les "miracles" de la poésie latine :
victrix causa deis placuit, sed victa Catoni. (Pharsale I, 127)
Les dieux dans un camp, Caton (d'Utique) dans l'autre,
placuit en valeur entre les deux coupes, c'est trop géant !
Bourgery ( CUF) ne me semble pas trop mauvais, tout de même, mais Lucain ne peut vraiment s'apprécier que dans le texte…
Je plussoie.
La traduction est un filet de sécurité, une garantie de ne pas trop errer dans la compréhension, mais il faut le texte.
Et d'abord, scander le texte pour mieux en sentir la saveur.
Par contre, Delia, savez-vous comment étaient prononcés les vers ? Et en particulier, comment marquait-on les césures qui, comme vous le savez, interviennent au milieu d'un pied ?
Encore un de vos pièges !
Vous ne m'y prendrez plus…
Mais ce n'était pas un piège, je ne sais réellement pas !
Vraiment ? Ce serait bien la première fois que vous me poseriez une question dont vous ignorez la réponse…
Je n'en sais que ce que l'on m'en a dit : L. Nougaret, Traité de la métrique latine classique, § 26 et 27, page 11.
@ Jacques: Cherchez peut-être du côté de Philippe Brunet, dont la traduction de l'Iliade en "hexamètres français" a fait date… il pratique aussi la scansion latine, un peu en tout cas. Je me souviens avoir assisté à une conférence de lui en Terminale, où il nous avait fait bafouiller chanter la Quatrième Bucolique de Virgile en frappant les "temps forts" avec la plat de la main sur nos tables ( "Sicelides Musae, paulo maiora canamus"… ces vers me restent maintenant gravés dans la tête avec une emphase musicalo-exaltée pour le moins singulière…)
J'ai assisté à une démonstration de scansion, par un collègue alors maitre de conférence à l'Université de Toulouse-le Mirail.
Il nous a fait taper dans les mains, en morse : un coup long, trait, deux coups brefs : dactyle ; deux traits, spondée.
Mes élèves ont apprécié… et tiré les conclusions : c'était l'année des Métamorphoses, étude de la mort d'Eurydice. Une élève s'exclame : il est fou dans sa tête ! Le passage est tragique, et il a tout mis en dactyles !
Nous en avons conclu que le tempo pouvait contredire le sens, et que le poème n'est pleinement appréhendé que par le tempo.
… savez-vous comment étaient prononcés les vers ? Et en particulier, comment marquait-on les césures qui, comme vous le savez, interviennent au milieu d'un pied ?
Une lecture scandée du début de
l'Énéide (même si la voix n'est pas très belle):
https://agoraclass.fltr.ucl.ac.be/concordances/son/Ifrgm1.mp3Merci, mais d'où provient la source ?
Anne345 a écrit :Celle, partielle, de Jean Soubiran, aux Editions Universitaires du Sud est sans doute disponible en BU.
Je l'ai trouvée… et il faut reconnaître que ça change tout ! _ dommage qu'elle soit partielle, il manque les livre I et le livre II qui ne sont pas sans charme ( euh, peut-être le terme est-il assez peu à sa place chez Lucain, enfin peu importe)_ et les livres III à V aussi. Merci Anne345 !
Delia a écrit :Mes élèves ont apprécié… et tiré les conclusions : c'était l'année des Métamorphoses, étude de la mort d'Eurydice. Une élève s'exclame : il est fou dans sa tête ! Le passage est tragique, et il a tout mis en dactyles !
Nous en avons conclu que le tempo pouvait contredire le sens, et que le poème n'est pleinement appréhendé que par le tempo.
Dans cette phrase finale, deux questions me viennent. Pour la seconde proposition, je suis pleinement d'accord avec vous. Mais quand vous dites " le rythme contredit le sens"… je ne suis pas sûr qu'on puisse en toutes circonstances dire que "le dactyle c'est les majorettes, et le spondée c'est la marche funèbre" selon la phrase de mon vénéré prof de latin de l'année dernière. Le dactyle pourrait mimer un débit de parole irrégulier et saccadé qui traduirait bien un locuteur désorienté/ sanglotant, etc.
Et en même temps, ce que je viens de dire me paraît un peu relever d'une démarche de commentaire qui consiste à faire dire au texte ce que l'on veut.. peut-être un réflexe de khâgneux habitué à une sophistique plus efficace qu'honnête ! alors peut-e^tre le rythme d'un texte n'a-t-il pas de sens autrement qu'interpreté ?
ceci dit,à bientôt.
Hyronimes
Oui, mais ce que j'aimerais savoir, entre autre, c'est le rapport qu'il y a entre l'accent tonique du mot et l'accent du pied : le second l'emporte sur l'autre, a priori, ou cela fait une belle cacophonie rythmique… Je suppose d'autre part que le poète doit pouvoir jouer de l'accord ou du désaccord de ces deux accents, non ? Qu'en pensez-vous ?
Mais quand vous dites " le rythme contredit le sens"…
Non, je ne le dis pas.
Je dis seulement que pour dégager le sens, il faut tenir compte du rythme.
Et en même temps, ce que je viens de dire me paraît un peu relever d'une démarche de commentaire qui consiste à faire dire au texte ce que l'on veut..
Vous ne faites pas dire au texte ce que vous voulez, vous observez des effets et en tirez des conclusions quant au sens. C'est ça, le travail de commentaire.
Je suppose d'autre part que le poète doit pouvoir jouer de l'accord ou du désaccord de ces deux accents, non ? Qu'en pensez-vous ?
Je n'en pense rien personnellement, je fais confiance à Nougaret, en son § 7 :
Cet accent, ou plutôt cette nuance mélodique, demeure étrangère au rythme du vers : les poètes n'ont pas le souci de mettre les syllabes accentuées à certaines places du vers.
Nous sommes cependant condamnés au vague et à l'approximation : nous parlons de la mélodie du vers latin comme des aveugles parleraient des couleurs.
Il me semble que les deux choses ne se confondent pas, parce que_ la confusion est de mise certes, et je pensais moi-même la même chose il y a peu_ l'accent tonique des mots n'est pas un accent de longueur. Une syllabe peut-être courte et accentuée, ou longue et faible, ou longue et accentuée, etc: comme en grec, où ὄ accentué n'équivaut pas à ὡ simple.
Le problème, c'est que classiquement on utilise le système notations en macrons (ˉ) et en brèves (˘) à la fois pour les accents de quantité, dans les langues à scansion quantitative ( latin, grec) et pour les annotations d'accentuation, pour les langues à scansion accentuelles (anglais, allemand, russe ). Différence importante que nous avec notre prosodie en 12 syllabes, avons du mal à comprendre. Mais, par exemple, dans l'allemand Stimme( "voix"), le i est un i bref, et pourtant il porte l'accent. On a le même problème de scansion en poésie vieille-anglaise, où la quantité des voyelles est notée ( a est plus cour que ā ) mais pas l'accent tonique. Ce qui oblige les universitaires à recourir à deux systèmes de notations différents, d'un côté pour la quantité (ˉ pour les longues et ˘ pour les brèves ) et de l'autre, pour l'accentuation ( / pour les syllabes accentuées, X pour les atones).
Mais je ne suis pas sûr de tout ce que j'avance….
Mais il y a quand même un accent d'intensité, déterminant une "mesure", sans quoi, comment distinguer une séquence îambique d'une séquence trochaïque ? Une séquence dactylique d'une séquence anapestique ?
Ce que je pense, c'est que l'accent de vers primait sur l'accent tonique (qu'il tombe sur un voyelle longue ou non), et que cela devait faire naître l'impression que la poésie était un "autre" langage. Mais il est curieux que les poètes n'aient pas joué avec les deux rythmes… Il faudrait étudier cela de plus près. En russe, il y a aussi des ïambes, des trochées, des dactyles, etc… mais l'accent de pied correspond toujours à un accent tonique (sans quoi les lois phonétiques feraient que les voyelles ne se prononceraient théoriquement plus de la même façon, ce qui défigurerait les mots). Si un mot "déborde" sur la partie forte du pied suivant, ce dernier n'est tout simplement pas accentué, un même mot ne pouvant recevoir plus d'un accent. C'est là un système simple et très adapté à la langue. Mais en latin et en grec, ça n'avait pas l'air d'être aussi simple ; et il y a aussi les problème des césures !