Bonjour,
Dans son roman Lac, Jean Echenoz écrit la phrase suivante (p. 66) : "Le chiffreur avait retiré la voiture au bureau de location puis ils étaient partis, Veber soi-même au volant de la Peugeot."
Je suis étonné de l´emploi de "soi-même" là où j´aurais utilisé "lui-même". Pourquoi est-ce que l´emploi de "soi-même" est ici correct?
Merci.
C'est un emploi "littéraire" très correct (Grévisse Bon usage 640 b)).
Mettons quelques nuances. Il est certain que la bonne formule actuellement, ou disons la formule la plus neutre, est bien
"lui-même", dans le contexte de la phrase d'Echenoz.
L'emploi que fait Echenoz de "soi-même" est humoristique.
Grevisse le dit dans sa remarque 3 :
Soi-même s'emploie par plaisanterie au lieu de lui-même, notamment à propos d'une personne aimant parler de soi (cela vient d'une comédie de G. Feydeau, le fil à la patte).
C'est la même nuance un peu pompeuse que rapporte le TLFi :
Rem. Dans la lang. pop., soi-même peut se rencontrer là où un pron. d'une autre pers. semblerait seul justifié: Vous êtes l'abbé Pellegrin? − Soi-même répondit l'ancien brancardier (Vautel, Mon curé chez les pauvres, p. 140 ds Sandf. t. 1 1965, § 65). Ça va me faire plaisir de te donner ça! − Vous ? − Soi-même (Benjamin, Grandgoujon, p. 65, ibid.).
Bref un mélange de pompe, de dérision et de populisme !
Merci pour vos réponses si bien documentées !
Bonjour à tous,
Cela fait plusieurs fois que j'entends Etienne Klein déclarer sur France Culture : "Aristote soi-même s'était trompé quant à…"
Alors je sais que les abus de langage sont légion à la radio et à la télé, mais entendre un érudit comme Klein utiliser cette expression m'a laissé des doutes.
Quelle formule est juste ?
Il se trompa lui-même.
ou
Il se trompa soi-même.
Bonjour… Tu peux relire les messages précédents.
En français moderne, le pronom
soi ( et donc
soi-même), normalement, renvoie à un sujet indéfini (On, chacun, quelqu'un, etc.) et non à un sujet bien défini comme "Elle".
Cependant, c'était tout à fait courant à l'époque classique.
Voir par exemple le § 3 de l'article
soi du Littré :
https://www.littre.org/definition/soi
De nos jours, on dira que c'est d'un archaïsme un peu affecté.
Ou alors, comme dit Lamaneur, c'est utilisé ironiquement.
Merci de votre réponse Jehan.
J'ai un peu du mal à cerner la volonté de Klein, mais on va dire qu'il ironise. 😀
Si j'ai bien compris, on dira:
- J'ai le droit d'être moi-même
=> est-ce correct de dire: j'ai le droit d'être moi? Y a-t-il une différence une les deux phrases, si la deuxième formulation est correcte ?
- Elle a le droit d'être elle-même.
- On a le droit d'être soi-même
=> Mais qu'en est-il du cas où le "on" remplace un "nous"? Est-ce acceptable de dire: on a le droit d'être nous-mêmes?
J'ai le droit d'être moi peut se dire, mais J'ai le droit d'être moi-même insiste bien plus clairement sur l'identité personnelle, sur le fait que l'on est soi-même et non un autre.
Quand le on n'a pas valeur d'indéfini et renvoie clairement à un nous bien identifié, il est évidemment bien plus pertinent d'utiliser nous-mêmes :
Ma sœur et moi, on a bien le droit d'être nous-mêmes !
C'est clair maintenant. Merci beaucoup Jehan.