Camus, L’Étranger - Le personnage de Marie
15 réponses
Tout d'abord bonjour , 🙂
J'ai lu L'Etranger d' Albert Camus , pour moi Marie fait ressortir le côté indifférent de Meursault , mais est-ce que vous voyez d'autres aspects de la personnalité de Meursault que Marie fait ressortir ? 🙂
Elle illustre, par son absence dans la seconde partie et par le fait que tout passe par le narrateur-personnage, le mystère que constitue l'autre. Pourquoi ne donne-t-elle plus signe de vie dans la seconde partie ? Ne cherchons pas trop… Ce personnage n'est plus, c'est tout.
Oui mais dans la seconde partie il repense quand même souvent à elle et elle vient le voir en prison 🙂
Mais je veux justement parler de la première partie , de par leur contraste quel aspect de la personnalité de Meursault fait ressortir Marie ? 🙂
Précisons que le coté indifférent de Meursault est mis en avant lors de la demande en mariage de Marie; celui-ci se désolidarise en effet complètement de la proposition de Marie, allant même jusqu'à rejeter "la faute" sur elle. Son côté indifférent se transforme aussi en coté étrange qui provoque le rire chez Marie (voir juste après la demande en mariage).
Mais sans Marie, le destin de ce pauvre homme aurait-il changé ?
Moi, je pense que son destin aurait été le même.
Sinon, à propos de l'étranger, vous devriez écouter cette chronique de radio sur France Culture :
[Lien invalide.]
qui est très claire. Je vous conseille aussi de prêter une attention toute particulière de la lecture de meurtre fait par Georges Claisse à la 30:00 min.
Et puis, une question me vient à l'esprit : si comme vous le dites Marie ne change rien au destin de Meursault, pourquoi apparaît-elle alors dans l'ouvrage ?
Je ne trouve pas de réponse , je pense que grâce a Marie Meursault sort de son indifférence à la fin du roman , Il ressent des sentiments envers elle et il le dit .
Sortir de son indifférence ? Personnellement je ne pense pas. Car pourquoi ne mentirait-il alors pas pour échapper à la mort ? Pourquoi n'évite-t-il pas ce 'suicide' indirect pour Marie ? L'indifférence est juste (selon mon opinion) atténuée (et encore j'en doute).
Et puis, une question me vient à l'esprit : si comme vous le dites Marie ne change rien au destin de Meursault, pourquoi apparaît-elle alors dans l'ouvrage ?
Pour bien montrer que rien, absolument rien, ne peut arracher Meursault à son indifférence.
Il s'agit aussi d'épuiser les possibles narratifs : sans Marie, le lecteur pourrait se dire que l'amour d'une femme aurait pu sauver Meursault. Le narrateur prouve que ce n'est pas le cas.
Attention à ne pas trop faire de "psychologie" à propos de ce roman. Une femme, pas plus que n'importe qui ne peut tirer Meursault de son indifférence, pour la bonne raison qu'il ne l'est plus qu'en ce qui concerne les événements qui le lient à son acte ; pour le reste, il s'est réconcilié avec le monde et se sent pareil à lui à présent (ce n'est évidemment pas le monde qui est absurde chez Camus, c'est notre prétention à lui trouver du sens). Selon moi, ce personnage, qui illustre par trop le cheminement de l'Homme révolté tel que l'imagine Camus, est du reste difficilement vraisemblable sur le plan proprement psychologique.
De la psychologie, il faut quand même en faire. Quand il est sur la plage avec l'Arabe, Meursault annonce que c'est ce même soleil qu'il a connu lors de l'enterrement de sa mère. Certes, à ce dernier épisode, il ne pleure pas, certes il annonce vouloir reprendre le travail allant même jusqu'à s'excuser auprès de son patron : mais n'existe-t-il pas non plus une douleur très profonde en ce personnage qui ne peut être extériorisée ? (attention je n'explique pas par cet argument la cause de son caractère indifférent).
En tout cas, je trouve la réponse de Delia très cohérente.
Je pense que le meurtre de l'arabe est tout de même une sorte de révolte de la part de meursault , de même que lors de l'altercation avec l'aumonier
Pour ma part le meurtre de l'Arabe n'est qu'une "excuse" pour condamner Meursault. En effet, il est simplement jugé pour ne pas avoir pleuré à l'enterrement de sa mère et non pour le meurtre en lui-même.
Ce que je ne m'explique pas c'est la dernière phrase du livre… . Si quelqu'un a une suggestion a proposé, il est le bienvenu.
Pour en revenir à la question, je partage totalement le point de vue de Délia.
C'est que Meursault a pris conscience, puis accepté l'absurdité des comportements arbitraires humains, et celui de la "mécanique" qui l'ont conduit au crime dont il est accusé. Sa révolte est terminée, reste l'acceptation sereine de cet état de chose, le bonheur, la paix trouvée avant la mort, la réconciliation avec le Monde. "On ne découvre pas l'absurde sans être tenté d'écrire quelque manuel de bonheur" (Mythe de Sisyphe). Le fait qu'il tienne à ces cris de haine est une manière d'aller jusqu'au bout de sa révolte, elle correspond aux coups répétés qu'il tire sur le corps de sa victime.