Je te remercie Beaucoup !
Qui aurait d'autres poèmes sur le thème de la prison s'il vous plait !!
Qui aurait d'autres poèmes sur le thème de la prison s'il vous plait !!
32 réponses · Page 2 / 2
Bijoux
Je n'ai jamais eu de bijoux,
Ni bagues, ni chaîne aux poignets
Ce sont choses mal vues chez nous:
Mais on m'a mis la chaîne aux pieds.
On dit que ce n'est pas viril,
Les bijoux sont faits pour les filles:
Aujourd'hui comment se fait-il
Qu'on m'ait mis la chaîne aux chevilles ?
Il faut connaître toutes choses,
Être curieux du nouveau:
Étrange est l'habit qu'on m'impose
Et bizarre ce double anneau.
Le mur est froid, la soupe est maigre
Mais je marche, ma foi, très fier,
Tout résonnant comme un roi nègre
Paré de ses bijoux de fer.
Robert Brasillach: 1909-1945 : Poème de Fresnes (1949)
Politique
Dans Sainte-Pélagie,
Sous ce règne élargie,
Où, rêveur et pensif,
Je vis captif,
Pas une herbe ne pousse
Et pas un brin de mousse
Le long des murs grillés
Et frais taillés.
Oiseau qui fends l’espace …
Et toi, brise, qui passe
Sur l’étroit horizon
De la prison,
Dans votre vol superbe,
Apportez-moi quelque herbe,
Quelque gramen, mouvant
Sa tête au vent !
Qu’à mes pieds tourbillonne
Une feuille d’automne
Peinte de cent couleurs,
Comme les fleurs !
Pour que mon âme triste
Sache encor qu’il existe
Une nature, un Dieu
Dehors ce lieu.
Faites-moi cette joie,
Qu’un instant je revoie
Quelque chose de vert
Avant l’hiver !
Gérard de Nerval.
En prison.
La cour se fleurit de souci
Comme le front
De tous ceux-ci
Qui vont en rond
En flageolant sur leur fémur
Débilité
Le long du mur
Fou de clarté
Tournez, Samsons sans Dalila,
Sans Philistin,
Tournez bien la
Meule du destin.
Vaincu risible de la loi,
Mouds tour à tour
Ton coeur, ta foi
Et ton amour!
Ils vont! et leurs pauvres souliers
Font un bruit sec,
Humiliés,
La pipe au bec.
Pas un mot ou bien le cachot,
Pas de soupir.
Il fait si chaud
Qu'on croit mourir.
J'en suis de ce cirque effaré,
Soumis d'ailleurs
Et préparé
A tous les malheurs.
Et pourquoi si j'ai contristé
Ton voeu têtu,
Société,
Me choierais-tu?
Allons, frères, bons vieux voleurs,
Doux vagabonds,
Filous en fleurs,
Mes chers, mes bons,
Fumons philosophiquement,
Promenons-nous
Paisiblement:
Rien faire est doux.
Paul Verlaine.
JE NE SAIS RIEN
Voila quatre jours que je suis enfermé,
Quatre jours que je raye le calendrier
Quatre jours que je ne sais rien.
Un à un, parce qu'il le faut bien,
Au dehors, c'est le bruit de la ville,
A chaque minute claque un coup sourd.
Les mitrailleuses roulent comme des sacs de billes,
Cela dure depuis quatre jours.
Mais il y a aussi des enfants qui jouent,
Et d'autres bruits inconnus et lointains
Mais ma fenêtre est fermée.
Je ne sais rien.
Quelquefois je pense que c'est le canon
Ou un mortier, je ne m'y connais pas très bien.
La rue s'emplit du bruit des chars ou des camions
Peut-être s'en vont-ils. Est-ce la fin ?
Mais non, tout recommence comme dans un rêve,
Tout s'enchaîne et rien n'a de fin.
Une voix tout-à-l'heure a annoncé une trêve,
Il me semble du moins, car je ne sais rien.
Quand je suis passé dans la ville, à midi,
L'autre jour, il y avait du soleil dans les rues,
On avait mis des drapeaux sur les mairies,
Des garçons passaient avec des brassards inconnus.
Depuis, je ne sais plus rien de ce qui se passe,
Sauf ce qui, à travers ces murs, me revient.
J'entends sans cesse les voitures d'incendie qui passent,
La nuit, le ciel est rouge.
Je ne sais rien.
Me voici seul comme je ne l'ai jamais été.
Robinson construisant son monde entre ces quatre murs.
Ceux-là que j'aime ? Où sont les miens ?
Dieu les garde de la fureur.
Je ne sais rien.
Robert BRASILLACH, 22 août 1944.
Recueilli dans Poèmes de Fresnes.