Bonjour, je réactive le sujet car après avoir fait quelques recherches sur
Les Aveugles, de Baudelaire, je suis tombée sur deux interprétations différentes, centrées sur le mot "Ciel" au dernier vers mais qui ont des répercutions sur toute la compréhension du poème.
Je suis tout d'abord tombée sur cette page
https://rene.pommier.free.fr/Aveugles.htm qui donne un commentaire très fournie du poème, et très bien documenté. Dans cette analyse, le Ciel est à comprendre dans un sens essentiellement religieux -> ainsi le sens du poème est à comprendre comme suit :
"L'interprétation philosophique de l'attitude physique des aveugles permet à Baudelaire non seulement de se reconnaître en eux, mais même de se sentir encore plus désemparé, plus démuni et finalement plus aveugle qu'eux, puisque, si lui voit bien la lumière du ciel, il n'a pas la chance qu'ils ont eux de pouvoir croire au Ciel. Ce que nous dit ce sonnet, c'est la solitude, le désarroi et la détresse du poète qui voudrait croire et qui ne le peut pas. Ce que nous dit Baudelaire, c'est ce qu'il écrira à sa mère quelques mois plus tard, le 6 mai 1861 : « "Et Dieu !" diras-tu. Je désire de tout mon coeur (avec quelle sincérité, personne ne peut le savoir que moi) croire qu'un être extérieur et invisible s'intéresse à ma destinée, mais comment faire pour le croire ?» Mais ce qu'il dit à sa mère d'une manière très simple et directe, il nous le dit à nous que d'une manière détournée; et malgré cela, ou plutôt grâce à cela, il nous le dit avec beaucoup plus de force. Cette confidence, cette confession a un caractère à la fois singulièrement impudique et discret, violent et voilé."
(je cite l'analyse du site de René Pommier)
Mais en continuant mes recherches, j'ai trouvé sur ce forum une interprétation bien différente : le Ciel serait une référence à l'Idéal etc. ce que semble affirmer Jean-Luc mais aussi plus particulièrement Léah qui ne paraît pas un instant douter que cette interprétation soit "la bonne"
Ma question n'est pas de savoir quelle interprétation serait "la bonne" et l'autre "fausse". Je souhaite seulement savoir sur quoi se fonde la deuxième interprétation (puisqu'en ce qui concerne la première, le site de Renier Pommier donne déjà des explications fournies) qui me semble plus difficile à soutenir mais est non moins intéressante au vue de la poésie baudelairienne dans son ensemble.
NB : je souhaitais aussi noter au passage mon désaccord profond avec cette affirmation qui me paraît simpliste :
Thibaultg a écrit :La première chose quand on lit un poème, c'est d'oublier tout ce qu'on vous en a dit, ou tout ce que vous en avez lu.
Lisez seulement ce que le poète en a dit. Baudelaire a fait des préfaces aux "Fleurs du mal", lisez-les, elles vous seront de quelque utilité.
Si c'est un de mes collègues qui a dirigé vos lectures, alors allez dans le sens proposé. La réponse est souvent dans la question, ou pas très loin.
Si le poète ou plus généralement l'artiste ressent le besoin de créer c'est bien parce qu'il se sent dans l'incapacité d'exprimer autrement ce qu'il exprime à travers son oeuvre -> cf Rimbaud "ça veut dire ce que ça veut dire, littéralement et dans tous les sens". Ce que dit le poète de son oeuvre ne pourra donc jamais être pleinement satisfaisant (de même que toutes les explications qu'en donneront les grands spécialistes ne seront jamais pleinement satisfaisantes). D'autre part une oeuvre n'existe qu'à travers celui qui la contemple (que ce soit en la lisant, en l'écoutant ou en la regardant). A ce propos Duchamp déclarait que "c'est le regardeur qui fait le tableau". Quoi qu'il en soit, il me semble que chacun peut apporter sa propre interprétation à partir du moment où elle est justifiée et crédible et l'auteur n'a absolument pas le monopole sur le sens de son oeuvre (même si évidemment il est toujours intéressant de savoir ce qu'en a dit l'auteur), auquel cas sa signification en serait très appauvrie.
A travers ma question sur la double interprétation du Ciel dans
Les Aveugles je cherche justement à savoir quelle interprétation semble la plus fondée par rapport au texte.