Villiers de L’Isle-Adam, L’Ève future
20 réponses
Bonjour
J'ai découvert par hasard l'existence de L’Ève future. Le thème semble original et très en avance sur son temps mais je voulais savoir s'il s'agissait d'un roman au ton humoristique ou quelque chose de plus glauque.
Georges Rodenbach s'en serait inspiré pour Bruges-la-Morte.
Merci d'avance ! 🙂
Dans mes souvenirs ça n'a rien de très humoristique. C'est même assez tragique. Par contre, le discours scientifique y est saillant et un peu lourd.
Dans ce que j'ai lu (j'ai fait quelques recherches sur le livre) ce serait volontaire, pour caricaturer les scientifiques qui seraient incapables de parler autrement que dans un jargon incompréhensible.
Bof. 😉
Pour préciser : l'histoire est intéressante et assez pionnière dans le genre, mais le livre est un peu mal fichu.
Je te crois.
En tout cas je trouve l'idée de départ bien trouvée. Remplacer une femme imparfaite par un androïde physiquement semblable.
Encore une autre approche de l'éternelle quête de la femme idéale dans le roman.
Je vais essayer de me le procurer.
L'idée a eu une certaine postérité : les femmes de Stepford, d'Ira Levin, et récemment Real Humans, feuilleton suédois diffusé sur Arte.
Bonsoir Simon UA,
J'ai eu le plaisir d'étudier L'Eve Future l'année dernière, et j'ai vraiment apprécié l'oeuvre.
Il est vrai que le discours scientifique est parfois très lourd (des dizaines de pages sur la construction et le mécanisme de l'androïde - ou plutôt l'andréïde selon le mot de L'Isle-Adam) mais globalement je garde un très bon souvenir du roman.
J'ai adoré la fine malice de Villiers de L'Isle-Adam… Et son infini désespoir de créer un personnage de roman à l'image de la femme idéale qu'il n'a jamais trouvé…
Par contre, lire le roman comme ça, sans l'étudier en parallèle, ça me parait risqué, parce qu'il est quand même assez imperméable, et même si l'intrigue s'annonce alléchante, en réalité elle est vite étouffée par le discours philosophique/scientifique/métaphysique. Mais… Je me souviens d'une très bonne préface dans l'édition Folio classique (promis, je n'y suis pas actionnaire 😉 ) qui devrait faire l'affaire.
Le ton n'est pas humoristique, il est souvent ironique. L'ambiance est plutôt… troublante.
Et… Dire que L'Eve Future est en avance sur son temps, ce serait oublier un peu vite que, sur ce point, Villiers de L'Isle-Adam n'est guère original et que son texte prenait place dans une liste déjà longue d'ouvrages centrés autour de l'homme artificiel (Le Marchand de sable d'Hoffmann ; Frankenstein de Mary Shelley, pour ne citer qu'eux…)
Ce qui est original, c'est précisément la pertinence du discours scientifique, que l'on a parfois assimilé à de la science-fiction. A vrai dire, les théories scientifiques de L'Isle-Adam ont réponse à TOUT concernant la construction d'un androïde, sauf à une chose : l'âme. Il a alors recours au fantastique… Et c'est bien cela qui est intéressant dans le roman, les frontières poreuses des genres… Je n'en dis pas plus…
Je l'ai commandé aujourd'hui et je le reçois demain. C'était le dernier exemplaire disponible chez l'éditeur en plus ! J'ai hâte de voir ça.
🙂
Bonne lecture !
J'ai des cours de L2 à disposition, si jamais ça t'intéresse 😉
C'est assez spécial. Ça blablate beaucoup au début du livre mais là l'histoire semble avoir démarré (le héros raconte à Eddison ses ennuis).
Dans la préface ils expliquent que l'auteur avait connu une déception sentimentale avec une femme (assez semblable à la femme du roman) et que visiblement il en profite pour régler ses comptes avec la gent féminine !
Si quelqu'un connaît ce livre et veut en parler, pas de souci, je suis preneur. 🙂
Je me souviens de la préface de P. Citron qui se concluait par quelque chose comme : "on ne saura jamais à quel point Villiers a dû être désespéré pour susciter Hadaly dans l'Eve future" (je cite de mémoire, c'est sûrement infidèle).
Je trouve cette phrase terriblement magnifique, appliquée au roman.
Sinon, globalement, ca blablate beaucoup dans L'Eve future, c'est plus un roman philosophique (une Oeuvre d'art métaphysique selon l'auteur) que narratif. M'enfin, je l'avais trouvé passionnant, bien que très rigide à la lecture.
Le roman a aussi eu une histoire et une conception assez laborieuse. Arrêté plusieurs fois, repris, modifié… Ca n'a pas dû aider à la cohérence de l'ensemble non plus.
Mais comment sont les autres livres de l'auteur ? Est-ce que c'est dans le même genre ?
Je trouve que les Contes Cruels n'ont rien à voir avec L'Eve future, c'est une oeuvre assez marginale.
Je te conseille de lire "Véra", une nouvelle fantastique considérée comme une perle du genre (et pourtant Villiers n'était guère à son aise avec le fantastique dans L'Eve future…)
P.S. : Apprécies-tu les épigraphes et les titres de chapître dans l'oeuvre ? Je me souviens les avoir adoré 😀
Oui, j'ai trouvé ça assez à propos. Parfois il reprend des citations d'autres auteurs célèbres (dont Balzac ou Baudelaire) ou de la Bible. Ça participe à l'ambiance de son livre. Le récit en lui-même me fait plus penser à un règlement de comptes avec la gent féminine. Assez incroyable.
Une citation que j'ai beaucoup aimée :
"Si le diable vous tient par un cheveux priez ou la tête y passera."
J'ai fait quelques recherches sur l'auteur et il a eu une vie assez compliquée entre guerres, difficultés financières, divorces…
Je viens, avec Comateen, de terminer une analyse de commentaire d'un extrait de L'intersigne des Contes cruels. Son écriture est d'une implicite richesse ! Le simple détail anodin donne tout son sens au texte à l'insu du lecteur. Le style, cependant, de ce que j'ai lu, est bien d'époque, un peu comme Maupassant ou Flaubert. Je lirai volontiers cet auteur.
Mais L’Ève future est un peu un OVNI dans ses œuvres. Une curiosité au style assez imparfait de l'avis général.
Le style de L'Eve Future est parfois aussi artificiel que l'Hadaly de Villiers… Mais il est néanmoins riche, et possède son charme propre, que j'avais personnellement apprécié.
Merci beaucoup pour la citation Simon UA, je ne l'avais pas relevé, permettez que je l'ajoute tout de suite à mes carnets ? 😜
D'ailleurs, voilà les quelques citations de l’œuvre que j'avais relevé à l'époque :
« L’esprit, dans le sens mondain, c’est l’ennemi de l’intelligence »
« Je puis faire sortir du limon de l’actuelle Science Humaine un Être fait à notre image, et qui nous sera, par conséquent, ce que nous sommes à Dieu »
« Dieu s’est retiré du chant »
« On ne discute pas plus avec le vampire qu’avec la vipère »
« Sans l’illusion, tout périt »
Ces quelques citations offrent de fait un aperçu d'une des particularités de l’œuvre : le subtile blasphème filant le mythe prométhéen. Vous verrez en outre que la dernière phrase de l’œuvre est d'une beauté pascalienne abyssale… 😉
P.S : Nous n'avons pas parlé de l'usage des italiques (et du gras ?) par Villiers dans L'Eve future, c'est pourtant un élément terriblement important et qui est au service d'une sorte "d'énergétique du mot", pour reprendre les termes de Gracq. Qu'en avez-vous pensé ?
Oui, le niveau de maîtrise de Villiers est assez impressionnant. Un peu comme Balzac : parfois lourd, parfois fort artificiel, mais la maîtrise de la langue française est bien là. Ça mérite que l'on s'y intéresse.
Merci beaucoup pour la citation Simon UA, je ne l'avais pas relevé, permettez que je l'ajoute tout de suite à mes carnets ?
Faites. 🙂
Il y a aussi
"Prends garde. En jouant au fantôme on le devient." Je l'aime beaucoup car elle peut avoir plusieurs significations. Elle se rapporte à un comte écrit par Villiers, mais peut-être interprété de pleins de façons différentes par le lecteur en fonction des situations.
Les "citations" dans le récit sont aussi assez impressionnantes. A un moment Lord Ewald confie à Edison que si le corps humain n'en dépérissait pas, il apprécierait contempler Alicia morte pour n'en avoir que la beauté sans subir l'esprit. Autrement dit il la préfèrerait morte car au moins là elle la bouclerait et arrêterait de se comporter comme une c*nne ! C'est de la fin de la page 101 au début de la page 102.
Effectivement, Villiers devait être dans un drôle d'état quand il a écrit son livre.
P.S : Nous n'avons pas parlé de l'usage des italiques (et du gras ?) par Villiers dans L'Eve future, c'est pourtant un élément terriblement important et qui est au service d'une sorte "d'énergétique du mot", pour reprendre les termes de Gracq. Qu'en avez-vous pensé ?
En fait je n'y ai pas encore réfléchi. A mon avis Villiers veut attirer l'attention ou insister sur ces passages. Personnellement je n'en suis pas fan. Ça "alourdit" un style déjà pas évident.
Encore une belle citation, vous avez l'oeil ! 😉
C'est marrant, moi j'avais adoré l'usage des italiques, je trouve que Villiers l'utilise avec tant de précision et de subtilité que l'italique arrive à sublimer le sens d'un mot, de l'inscrire hors du temps, dans une sorte d'immuable éternité, ineffable vérité qu'il tendrait à révéler…
Par contre je ne me souviens plus, utilisait-il le gras ?
Non, pas de gras. Juste de l'italique. En fait on peut lire L’Ève future en se concentrant soit sur la totalité du texte ou alors, en deuxième lecture, en insistant sur les italiques, leur signification. En fait c'est un roman plus riche qu'il n'en a l'air maintenant que j'y pense. Il a été écrit probablement pour de mauvaises raisons mais la technique de Villiers est superbe (même si on peut aussi le trouver assez "lourd" et verbeux).
Le gros défaut du livre c'est son début assez poussif. Une fois que l'on est rentré dedans ça va, mais les 50 premières pages sont assez pénibles.
Une des particularités du livre c'est aussi les "coquilles" assez fréquentes, notamment au niveau des dates. Par exemple la bataille de Little Big Horn a lieu pendant le déroulement du récit alors que ladite bataille a eu lieu en réalité dix ans auparavant.