Thucydide, Guerre du Péloponnèse livre I : traduction littérale.

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je vous livre les premiers chapitres de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide. Une fois qu’on s’est bien habitué à lire et à relire cet auteur (moins que jamais, il faut chercher à traduire « en aveugle »…), il n’est pas aussi redoutable qu’il le paraît au premier abord ; en particulier, il ne pose pas les délicats problèmes d’interprétation qu’on rencontre chez les poètes tragiques, par exemple ; en revanche, il est très difficile à traduire et a toujours été ma bête noire en version. De ce fait, mon à mot sera souvent très lourd, voire incorrect, mais il n’y a pas moyen de faire autrement si l’on veut vraiment rester littéral, c'est-à-dire fidèle à la lettre et au mouvement des phrases.
La langue de Thucydide et de l’ancien attique ; c’est dire qu’elle n’a pas encore été polie par l’usage, comme le sera celle des orateurs de la génération suivante. C’est un instrument forgé par l’historien pour servir sa pensée et comme tel, il est unique ; certes Thucydide s’est réclamé d’Hérodote, mais sa langue est beaucoup plus complexe parce qu’il prend le parti d’expliquer et pas simplement de raconter, de façon parfois pittoresque, comme son modèle ionien, et que ses phrases comportent beaucoup d’éléments entre lesquels s’établissent des relations complexes et multiformes ; on est donc très loin de la belle linéarité des récits d’Hérodote.
Son style témoigne de l’incroyable souplesse de la langue grecque ; on a souvent évoqué ses anacoluthes, son goût pour l’asymétrie, ses phrases incidentes qui viennent interrompre la lisibilité grammaticale, d’où le recours aux parenthèses adopté par les éditeurs modernes. Mais les lecteurs grecs n’étaient pas aussi sensibles que nous à ces « écarts » grammaticaux ou stylistiques, pour la bonne raison qu’il n’y avait pas encore de norme (concept au demeurant moderne et plus pertinent pour le latin que pour le grec), et qu’on s’adaptait sans difficulté à des manières d’écrire très diverses. En revanche, la mise en français pose problème. J’ai pris le parti de rester fidèle à la lettre du texte et à l’ordre des mots chaque fois que c’était possible. Ainsi, au chapitre 3, j’ai conservé un bel exemple d’anacoluthe : le verbe δοκεῖ est d’abord utilisé en incise, puis devient le verbe principal de la phrase et commande alors plusieurs infinitives : « elle n’avait même pas encore ce nom […], me semble-t-il, mais que d’une part, avant Hellen, fils de Deucalion, cette dénomination n’existait même pas précisément… ». Si l’on veut supprimer l’incorrection en français, à l’oral par exemple, il suffit de répéter le verbe sembler, comme le fait du reste J. de Romilly : « Ce nom même, me semble-t-il, ne s’employait pas encore […]. Avant Hellen, fils de Deucalion, il semble que cette appellation n’ait même eu aucune existence…
J’ai aussi pris le parti de respecter les participes constamment utilisés par l’auteur, en construction absolue ou apposés, sauf quand la clarté du sens l’exigeait absolument ou lorsque ce participe était appelé par la construction normale d’un verbe, de perception par exemple. Toujours pour des raisons de clarté, je me suis cru obligé de traduire par « tout en étant étranger » le groupe participial ἔπελυν ὄντα (chap 9), afin de préciser son sens concessif. Je m’efforce aussi de traduire toutes les particules ; les plus fréquemment utilisées sont δέ, καί et τὲ (cette dernière souvent employé seule, et quelquefois dans un sens conclusif, originalité de notre auteur). Il n’est pas toujours facile de déterminer leur sens exact, surtout pour δέ. Thucydide fait de cette particule un emploi systématique, la plupart du temps pour relier des faits qui ne se situent pas tout à fait sur le même plan, ou entre lesquels on peut voir une opposition ou une progression ; dans la plupart des cas, les mots « or » ou « cependant » rendent assez bien ce sens. Par contre, très peu de μέν … δέ. Ce balancement, qui aura la fortune que l’on sait chez les orateurs attiques, est rare chez Thucydide. J’y vois une raison essentielle : alors que le discours oratoire repose souvent sur des loci formant un système binaire, l’orateur opposant le passé au présent, le monde grec aux barbares ou à Philippe de Macédoine, la parole à l’action, etc, le discours historique, lui, est dynamique : les faits se succèdent, s’entremêlent, d’autres faits contingents surgissent, que l’historien doit hiérarchiser et mettre en perspective pour tenter d’y voir clair. C’est tout cela que le petit mot δέ, parfois un peu seul dans sa tâche, est chargé de baliser…
Pour faire ce travail, j’ai consulté diverses traductions, anciennes et modernes : entre autre une vieille traduction juxtalinéaire, par M. Legouëz (accessible en ligne, mais peu utilisable telle quelle), la traduction de J. Voilquin (Flammarion), assez utile, et bien sûr celle de J. de Romilly (CUF), qui s’avère à la fois précise et élégante, mais qui ne peut pas toujours servir à établir le mot à mot. Quand j’ai cru devoir reprendre un mot ou une tournure particulière à cette dernière, j’ai encadré mon emprunt par les signes * … * afin d’éviter les reproches de plagiat.
J’espère que ma modeste traduction sera utile aux agrégatifs, mais aussi à toute personne, helléniste ou non, désireuse d’aborder intus et in cute la langue et la manière d’écrire d’un des plus grands représentants de la prose hellénique avant les orateurs.
J’ai inévitablement laissé des fautes, j’aurais parfois pu mieux faire… Toute suggestion de correction et d’amélioration sera la bienvenue.




1. Thucydide, athénien, a mis par écrit la guerre des Athéniens et des Péloponnésiens, comment ils l’ont faite les uns contre les autres, ayant commencé sitôt celle-ci s’établissant, et ayant estimé qu’elle serait importante et la plus mémorable de celles ayant précédé, appuyant sa conjecture sur le fait que les deux peuples allaient à elle parvenus au sommet par l’ensemble de leur équipement, et voyant que le reste du monde grec se rangeait pour chacun des deux, une partie tout de suite, une autre l’ayant aussi en projet. Ce fut en effet un mouvement assurément très important pour les Grecs et une partie des barbares, même, pour ainsi dire, pour la majeure partie des hommes aussi. Car les événements avant ceux-ci et ceux qui sont encore plus anciens, il était certes impossible de les reconnaître méthodiquement en raison du long espace de temps, mais, d’après les indices qu’il m’est donné de croire en observant le plus loin possible, je ne les estime pas importants ni en ce qui concerne les guerres, ni pour le reste. 2. Il semble en effet que le pays maintenant appelé Hellade n’était pas jadis habité de manière stable, mais qu’il y avait des migrations aux tout premiers temps, et que chacun des peuples abandonnait facilement son territoire, forcé par des gens toujours plus nombreux. Car le commerce n’existant pas, et n’ayant pas de relations en toute sûreté les uns avec les autres, ni sur terre ni par mer, et exploitant chacun ses possessions juste assez pour vivre, et n’ayant pas de réserve d’argent, n’ensemençant pas non plus la terre faute de savoir quand quelqu’un d’autre étant survenu, étant aussi en même temps sans murailles, s’en emparerait, et pensant se rendre maître partout de la nourriture nécessaire chaque jour, ils quittaient leur séjour sans difficulté et à cause de cela même n’avaient de puissance ni dans l’importance des villes ni dans le reste de l’équipement. Or c’était surtout le meilleur du territoire qui supportait toujours les changements d’occupants : le pays appelé maintenant Thessalie et Béotie ainsi que la majeure partie du Péloponnèse, sauf l’Arcadie, et tout le meilleur du reste du territoire. En effet, du fait de la bonne qualité de la terre, les forces devenant plus grandes chez certains engendraient des dissensions à la suite desquelles ceux-ci étaient ruinés, et ils étaient en même temps davantage l’objet de convoitises de la part des peuples d’autre origine. Il est sûr au moins que l’Attique, du plus haut qu’on remonte, étant à cause de l’aridité de son sol à l’abri des troubles, c’étaient les mêmes hommes qui l’habitaient toujours. Et ceci est un exemple non des moindres de l’argument selon lequel c’est à cause des migrations que les autres contrées ne se sont pas développées de la même façon : étant en effet chassés du reste de la Grèce par la guerre ou par les dissensions, les plus puissants se repliaient chez les Athéniens comme vers un lieu sûr, et, devenus citoyens, dès l’ancien temps, ils ont rendu la cité encore plus importante par le nombre d’hommes, de sorte que, plus tard, ils ont envoyé des colonies aussi en Ionie, dans l’idée que l’Attique n’était pas suffisante. 3. Ceci d’autre part me montre aussi la faiblesse des Anciens non moins que le reste : en effet, avant les événements troyens, l’Hellade semble n’avoir rien accompli auparavant en commun ; bien plus, elle n’avait même pas encore ce nom dans son ensemble, me semble-t-il, mais que d’une part, avant Hellen, fils de Deucalion, cette dénomination n’existait même pas précisément, que d’autre part chaque peuple, et en particulier *l’élément pélasgique*, donnait le plus possible des noms éponymes tirés du sien, mais qu’Hellen et ses fils ayant acquis de la puissance en Phthiotide et certains les ayant fait venir, pour l’aide, dans les autres cités, les peuples les uns après les autres désormais, du fait de leurs relations, furent de préférence appelés Hellènes, mais cela cependant ne put prévaloir, un long moment du moins, et parmi tous. Et Homère le prouve principalement. En effet, apparu bien plus tard encore que les événements troyens, il n’a nulle part nommé ainsi l’ensemble de ces peuples ni aucun autre si ce n’est ceux de Phthiotide avec Achille, qui étaient précisément aussi les premiers Hellènes ; au contraire, dans ses vers, il les appelle les Danaens et les Argiens et les Achéens. Et il n’a pas non plus parlé de barbares à cause du fait que les Hellènes, comme il me semble, n’étaient pas encore distingués en une seule dénomination faisant pendant. Chacun donc de ces peuples en particulier, cité après cité, tous ceux qui se comprenaient mutuellement et plus tard tous ensemble appelés Hellènes, ne firent rien en association avant les événements troyens à cause de leur faiblesse et de leur isolement les uns des autres. Et encore se réunirent-ils pour cette expédition en se servant déjà davantage de la mer. 4. En effet Minos, le plus ancien de ceux que nous connaissons par tradition, acquit une marine et se rendit absolument maître de l’actuelle mer hellénique et régna sur les îles Cyclades et devint le premier colonisateur de la plupart d’entre elles, ayant chassé les Cariens et établi ses fils comme chefs. Quant à la piraterie, comme il est naturel, il la faisait disparaître de la mer autant qu’il pouvait afin que les revenus lui vinssent davantage. 5. En effet les Grecs, autrefois, et ceux des Barbares qui habitaient sur le continent au bord de la mer ainsi que ceux qui occupaient les îles, lorsqu’ils commencèrent à traverser davantage la mer sur leurs navires pour aller les uns chez les autres, s’adonnaient à la piraterie, des hommes les conduisant, non les plus dénués de puissance, en vue de leur propre profit et de la nourriture pour les faibles, et tombant sur des cités sans murailles et habitées par *bourgades*, ils les pillaient et acquéraient de là la majeure partie de leurs moyens d’existence, cette activité ne comportant pas encore de la honte, mais apportant même un peu plus de renommée. Or c’est ce que montrent certains des continentaux encore à présent, pour qui c’est un titre de gloire que de faire cela bien, ainsi que les anciens parmi les poètes, faisant partout semblablement des questions auprès de ceux qui débarquent, pour savoir si ce sont des pirates, dans la pensée que ni ceux auprès de qui on s’informe ne jugent indigne cette activité ni ceux pour qui c’est une préoccupation de le savoir ne la blâment. D’autre part, sur le continent aussi on se pillait les uns les autres. Et jusqu’à ce jour, une grande partie de la Grèce est régie par cette ancienne manière d’agir, du côté des Locriens Ozoles et des Etoliens et des Acarnaniens et dans la partie continentale située dans cette région. C’est ainsi que l’habitude de porter des armes, pour les gens du continent, est demeurée de cet ancien brigandage. 6. En effet, toute la Grèce portait des armes à cause des habitations non encloses et des moyens d’accès non sûrs les uns chez les autres, et ils se ménagèrent un mode de vie habituel avec des armes, comme les barbares. Or ces parties de la Grèce régies encore ainsi sont le signe des façons de vivre autrefois semblables et s’étendant à tous. Cependant, les Athéniens, les tout premiers, déposèrent le fer et, par leur mode de vie *sans contrainte* s’orientèrent vers une mollesse plus grande. Et chez eux, les plus âgés des gens aisés, en raison de leur mode de vie relâché, il n’y a pas beaucoup de temps qu’ils ont cessé de porter des tuniques de lin et d’attacher leur toupet de cheveux sur la tête avec un enlacement de cigales d’or. Par suite de quoi cette parure a conquis un long moment les plus âgés des Ioniens en raison de la parenté. En revanche, les Lacédémoniens, les premiers, ont usé d’un vêtement simple encore à la manière d’aujourd’hui et pour tout le reste, ceux possédant plus s’instituèrent détenteurs d’un genre de vie tout à fait semblable au plus grand nombre. Ils se dénudèrent les premiers et, s’étant dépouillés à la vue de tous, s’enduisirent de graisse dans les exercices gymniques. Autrefois, d’autre part, même au concours olympique, les athlètes luttaient en ayant des ceintures autour des parties honteuses, et il n’y a pas eu beaucoup d’années depuis qu’ils ont cessé. Et même encore, chez les barbares, il en est à présent chez qui, et surtout les asiatiques, sont institués des concours de pugilat et de lutte, et ils font cela en ceintures. Mais en beaucoup d’autres domaines aussi, on ferait voir que l’ancien monde hellénique a un mode de vie semblable au monde barbare de maintenant. 7. Cependant, toutes celles des cités qui ont été fondées le plus récemment, les circonstances étant aussi désormais plus favorables à la navigation, ayant plus de réserves d’argent, étaient bâties avec des murs sur les rivages mêmes et *occupaient* les isthmes en raison du commerce et de la position forte de chaque peuple vis-à-vis de ses voisins. Par contre, les cités anciennes, à cause de la piraterie ayant persisté longtemps, furent fondées plutôt loin de la mer, celles dans les îles ainsi que celles sur les terres continentales (ils se pillaient en effet les uns les autres et ceux parmi les autres qui n’étant pas maritimes habitaient sur la côte), et jusqu’à ce temps-ci encore elles ont été édifiées à l’intérieur des terres. 8. Et non moins pirates étaient aussi les insulaires, étant Cariens et Phéniciens ; car ceux-ci, en vérité, habitèrent le plus grand nombre d’îles. Et en voici la preuve : en effet, Délos ayant été purifiée par les Athéniens au cours de cette guerre-ci et ayant été détruits tous ceux des tombeaux qui étaient ceux des morts sur l’île, les Cariens se révélèrent être plus de la moitié, reconnus grâce à l’attirail des armes enterré avec eux et à la manière avec laquelle on les enterre encore à présent. Mais la marine de Minos ayant été constituée, les conditions de la navigation furent meilleures pour se rendre les uns chez les autres (car les malfaiteurs issus des îles disparurent de son fait, précisément quand il colonisa la plupart d’entre elles), et les hommes établis le long de la mer, faisant désormais davantage l’acquisition de richesses, séjournaient de manière plus stable, et certains même mettaient autour d’eux des murailles dans la mesure où ils devenaient plus riches qu’ils n’étaient ; convoitant en effet les profits, les plus faibles supportaient la servitude des plus forts, et les plus puissants, ayant des réserves, rendaient soumises à eux les cités inférieures. Et étant désormais davantage dans cette manière de vivre, plus tard ils firent une expédition contre Troie. 9. Et Agamemnon me semble, l’emportant en puissance sur ceux d’alors, et pas tant en emmenant les prétendants d’Hélène liés par les serments de Tyndare, avoir réuni l’expédition navale. Or disent aussi ceux ayant recueilli les événements les plus certains des Péloponnésiens, par la tradition, auprès des anciens, que Pélops le premier, par l’abondance des richesses, possédant lesquelles il vint d’Asie chez des hommes sans ressources, s’étant procuré de la puissance, tout en étant étranger, obtint cependant l’éponymie du pays et que plus tard de plus grands avantages furent apportés à ses descendants, Eurysthée d’une part ayant été mis à mort en Attique par les Héraclides, Atrée d’autre part, étant le frère de sa mère, et Eurysthée ayant confié, lorsqu’il allait en guerre, Mycènes et son empire à Atrée selon leur parenté (or il se trouvait qu’il fuyait son père en raison de la mort de Chrysippe) ; que, comme Eurysthée ne revint plus, les Mycéniens le voulant aussi par peur des Héraclides, et semblant en même temps être capable et ayant flatté le peuple des Mycéniens ainsi que tous ceux que commandait Eurysthée, Atrée hérita de la royauté, et que les Pélopides s’établirent plus puissants que les Perséides. Il me semble qu’Agamemnon ayant hérité de cette situation, et ayant eu beaucoup plus de puissance que les autres avec sa marine, fit son expédition en l’ayant rassemblée pas plus par grâce que par crainte. Il semble en effet être venu avec les navires les plus nombreux et en avoir en outre procuré aux Arcadiens, comme Homère l’a fait voir, s’il semble à quelqu’un capable d’en témoigner. Et dans la transmission du sceptre, il dit en même temps qu’il est « maître de nombreuses îles et de tout Argos » ; à la vérité, il ne régnerait pas sur des îles en dehors de celles des alentours (et celles-ci ne seraient pas nombreuses), étant du continent, s’il n’avait aussi quelque marine. Or il faut aussi conjecturer par cette expédition aussi de quelle nature étaient les précédentes.
Ayant lu une bonne partie de la guerre du peloponnese en francais, j'ai plutot un bon souvenir des chapitres introductifs qui presentent de maniere assez claire l'histoire de la Grece. La suite devient vite compliquée et j'avoue avoir decroché a la moitie du livre … (je prefere le style d'Herodote).
Neanmoins j'espere etre d'attaque un jour pour Thucydide en version originale. Pour l'instant j'ai entrepris le volume 1 de Platon (Guillaume Bude) : Hippias mineur lu, Alcibiade en cours… J'aimerais savoir a quel niveau de difficulte sont consideres ces dialogues ?
Platon est difficile dans la mesure où certains concepts philosophiques sont délicats à saisir. Mais c'est le fond plus que la forme qui sont à mettre en cause ici. L'Hippias mineur et l'Alcibiade I sont de lecture assez facile, quant à l'Alcibiade II, il est probablement apocryphe…

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Merci à qui a rétabli le mot qui avait sauté dans mon texte ! 🙂
Bonjour Jacques.

Juste un mot rapide pour vous féliciter d'avoir accompli et posté ce travail. 🙂
J'aimerais avoir du temps pour l'examiner en détail et en parler avec vous, mais je suis trop pris par la préparation des oraux de mes khâgneux. Pourtant, que ne donnerais-je pas pour pouvoir passer ce temps plutôt sur ce livre I de Thucydide, un texte si magnétique que je le relis pour ainsi dire une fois par an. Combien de fois ai-je réfléchi à la façon d'en traduire les passages les plus délicats, à commencer par la première phrase, avec sa construction bizarrement proleptique.
Votre parti de fidélité au mouvement du texte sera sûrement précieux aux hellénistes qui travailleraient sur cette oeuvre. Mais outre cet intérêt pratique, je trouve que, malgré (ou plutôt grâce à) l'absence de tous les marqueurs stylistiques traditionnels (qui plombent si souvent les traductions des Belles-Lettres), un certain style, à la longue, se dégage, de votre traduction, comme si le grec, s'imposant au français, revivait un peu à travers lui. 🙂
Merci beaucoup de vos commentaires qui me touchent et m'encouragent. Malgré tout, je m'aperçois qu'on est souvent à la limite de la lisibilité. Un pas de plus, et on tombe dans les traductions à la Klossowsky ! 🙂

Eh bien voici la seconde livraison… En relisant, je me rends compte que c’est un chef-d’œuvre d’inélégance, mais que l’on retrouve au moins le mouvement de la phrase grecque…

- Au chapitre 10, j’ai cru devoir ajouter le mot « expédition » après le relatif ἣν (qui devient l’inélégant « laquelle ») afin d’éviter une ambiguïté (autrement, on peut croire que l’antécédent est le nom « poésie »). J’ai considéré que la proposition suivante était une seconde relative, sans subordonnant comme c’est l’usage. Si ce n’est pas le cas, c’est une anacoluthe.
- A partir du chapitre 13, j’ai utilisé le mot Grèce au lieu d’Hellade, que j’avais préféré au début à cause de sa parenté avec le nom d’Hellen.
Je me suis permis de mettre « les Corinthiens » entre crochets pour éviter une mauvaise lecture. Mais Thucydide ne signale absolument pas qu’il a changé de sujet d’une phrase à l’autre…
- Au chapitre 16, la virgule après θάλασσαν fait que le verbe ἐπεστράτευσε reste sans complément. Dans certaines éditions anciennes, il n’y a pas de virgule et ὅσα … θάλασσαν forme le complément de ce verbe. Cela ne change pas grand-chose au sens.
- Au chapitre 18, μετὰ δὲ m’a semblé reprendre le ἐπειδὴ initial, qu’on avait peut-être oublié vu la longueur de la phrase… J’ai donc traduit « après donc… ». Cet emploi de δέ, après un excursus ou une parenthèse, est bien attesté.


10. Et certes si l’on disait que Mycènes était petite, ou si quelque ville de ceux d’alors ne semble pas considérable à présent, ce n’est pas en se servant là d’une preuve rigoureuse qu’on ne croirait pas que l’expédition maritime ait été aussi grande que les poètes l’ont dit et que la tradition le maintient. Car si la cité des Lacédémoniens eût été dévastée, mais qu’eussent subsisté les sanctuaires et les fondations des édifices, je crois qu’il y aurait beaucoup d’incrédulité à propos de leur puissance après un si long temps passé pour ceux qui viennent après, au regard de leur renommée (et cependant ils occupent du Péloponnèse deux parties sur cinq, ils en commandent l‘ensemble ainsi que leur nombreux alliés à l’extérieur ; et pourtant leur ville, ni ne s’étant concentrée en une agglomération ni ayant usé de sanctuaires ou de constructions somptueuses, mais étant habitée par *bourgades*, selon l’ancienne manière de l’Hellade, elle paraîtrait tout à fait inférieure), alors que, Athènes ayant subi ce même sort, sa puissance serait imaginée double, d’après l’aspect apparent de la ville, de ce qu’elle est. Il n’est donc pas naturel d’être incrédule, ni de considérer l’aspect des villes plus que leur puissance, mais d’estimer que cette expédition-là est la plus importante de celles avant elle, qu’elle le cède pourtant à celles d’à présent, s’il faut encore ajouter foi là encore à la poésie d’Homère, laquelle expédition il est naturel qu’il ait certes ornée au maximum, étant poète, mais qui pourtant semble même ainsi inférieure. Il a en effet représenté, sur douze cents navires, ceux des Béotiens d’une part de cent vingt hommes, ceux de Philoctète d’autre part de cinquante, montrant, comme il me semble, les plus grands et les plus petits ; ce qui est sûr, c’est qu’il n’a pas fait mention de la grandeur des autres dans le catalogue des navires. Que d’autre part, ils fussent tous rameurs et combattants, il l’a montré dans les navires de Philoctète ; car il a représenté comme archers tous ceux qui tirent sur les rames. D’autre part, il n’est pas vraisemblable que de nombreux passagers naviguassent avec eux, en dehors des rois et des très haut placés, devant surtout traverser la mer avec des équipements guerriers, n’ayant pas non plus de vaisseaux protégés, mais disposés à la façon ancienne, plus comme les pirates. Donc, par rapport aux plus grands navires et aux plus petits, à qui regarde la moyenne, ils ne semblent pas être venus nombreux, dans la mesure où ils étaient envoyés en commun par toute la Grèce. 11. Or la cause n’était pas le manque d’hommes autant que le manque d’argent. En effet, à cause du manque de nourriture ils emmenèrent l’armée moins nombreuse et telle qu’ils l’estimaient avoir de quoi vivre sur place en combattant ; mais lorsqu’une fois arrivés, ils furent vainqueurs au combat (et cela est évident : ils n’auraient pas en effet construit un rempart pour leur camp), alors, pas même là, ils ne semblent avoir utilisé toute leur puissance, mais s’être tournés vers l’agriculture de la Chersonèse et le brigandage par manque de nourriture. Les Troyens, eux étant dispersés, résistèrent d’autant mieux dix ans de vive force, étant à armes égales avec les hommes tout à tour laissés sur les arrières. Alors que s’ils étaient venus en ayant une réserve de nourriture, et si regroupés, sans brigandage ni agriculture ils avaient porté la guerre continûment, l’emportant facilement au combat ils auraient pris la ville, eux qui, même non regroupés, mais avec la partie présente tour à tour, ils tenaient bon ; par contre, installés dans un siège, en un temps moindre et avec moins de peine ils auraient pris Troie. A la vérité, du fait du manque d’argent, les événements avant ceux-ci furent peu importants et ces derniers eux-mêmes, à l’évidence, les plus renommés parmi ceux ayant eu lieu autrefois, se révèlent dans les faits comme étant inférieurs à leur réputation et à la tradition à présent fermement établie sur elles par le fait des poètes. 12. De fait, même après les événements troyens, l’Hellade était encore sujette aux migrations et aux colonisations, au point, n’ayant pas été en repos, de ne pas se développer. En effet, le retour de Troie des Hellènes, ayant été long, changea beaucoup de choses et des séditions dans les cités se produisirent la plupart du temps, par suite desquelles les bannis fondaient leurs cités. Ainsi les Béotiens de maintenant, la soixantième année après la prise de Troie, forcés de quitter l’Arnè par les Thessaliens, habitèrent la terre appelée maintenant Béotie, mais auparavant Cadméide (il y avait d’ailleurs également une fraction de ceux-ci auparavant sur cette terre, à partir desquels aussi on fit l’expédition à Troie), et des Doriens, la quatre-vingtième année, en compagnie d’Héraclides, occupèrent le Péloponnèse. C’est avec peine, au cours d’un long temps, que la Grèce, ayant connu le calme durablement, et n’ayant plus à subir de migrations, qu’elle envoya des colonies. D’une part les Athéniens colonisèrent les Ioniens et la plupart des insulaires, les Péloponnésiens, de leur côté, la majeure partie de l’Italie et de la Sicile et il y a aussi des contrées du reste de la Grèce. Mais tout cela fut fondé postérieurement aux événements troyens. 13. Or la Grèce devenant plus puissante et l’acquisition de richesses se faisant encore plus qu’auparavant, souvent des tyrannies s’établissaient dans les villes, les revenus devenant plus importants (alors qu’auparavant il y avait des royautés héréditaires *aux prérogatives déterminées*), et la Grèce se ménageait des marines et s’attachait davantage à la mer. Or on dit que les Corinthiens, les premiers, d’une façon très proche de la manière d’à présent, prirent en main ce qui concerne les navires, et que des trières furent construites à Corinthe pour la première fois de la Grèce. Il semble d’autre part que pour les Samiens aussi, Ameinoclès, constructeur de navires corinthien, fit quatre navires ; il y a par ailleurs environ trois cents ans jusqu’à la fin de cette guerre-ci qu’Ameinoclès vint chez les Samiens. Et la bataille navale la plus ancienne que nous connaissions a lieu : celle des Corinthiens contre les Corcyréens ; il y a par ailleurs pour celle-ci également environ deux cent soixante ans jusqu’à la même époque. En effet, habitant leur ville sur l’isthme, les Corinthiens avaient eu de tout temps un *centre de commerce*, les Grecs autrefois, plus sur terre que sur mer, ceux de l’intérieur du Péloponnèse et ceux du dehors, ayant des relations les uns avec les autres par leur isthme, et ils étaient puissants par les richesses, comme il a été montré aussi par les anciens poètes ; ils ont en effet surnommé « opulente » cette contrée. Et depuis que les Grecs naviguaient davantage, [les Corinthiens], ayant acquis leurs navires, détruisaient la piraterie, et offrant un *centre de commerce* pour les deux voies, ils eurent leur ville puissante par l’arrivée de richesses. Aux Ioniens également fut plus tard une marine nombreuse, sous Cyrus, régnant le premier sur les Perses, et Cambyse, son fils, et, luttant contre Cyrus, ils se rendirent maîtres de la mer dans leur voisinage quelque temps. Polycrate aussi, étant tyran de Samos sous Cambyse, étant fort grâce à sa marine, réduisit à sa soumission d’autres parmi les îles et en particulier, ayant pris Rhénée, il la consacra à Apollon Délien. Et les Phocéens fondant Marseille vainquaient les Carthaginois en combattant sur mer. 14. C’étaient là en effet les plus puissantes des marines. Or il semble que même celles-ci, ayant été de plusieurs générations postérieures aux événements troyens, utilisaient d’une part peu de trières, et qu’elles étaient d’autre part encore pourvues de navires à cinquante rameurs et de vaisseaux longs, comme celles d’autrefois. Un peu avant les événements médiques et la mort de Darius, qui régna sur les Perses après Cambyse, des trières furent aux tyrans du côté de la Sicile, en nombre, et aux Corcyréens ; car telles furent les dernières marines, avant l’expédition de Xerxès, qui s’établirent dignes d’être mentionnées en Grèce. En effet, Éginètes et Athéniens, et d’autres s’il en est, en avaient acquis de petites, et pour la plupart d’entre elles, des navires à cinquante rameurs ; après quoi, plus tard, Thémistocle persuada les Athéniens combattant avec les Éginètes, et le Barbare étant en même temps attendu, de se ménager les navires avec lesquels précisément ils combattirent aussi, et encore n’avaient ils pas de pont sur tout leur long. 15. Les marines des Grecs étaient donc telles, les anciennes et celles apparues plus tard. Et pourtant, ceux qui s’y appliquèrent se ménagèrent une puissance non des moindres, par l’arrivée de richesses et la domination sur les autres. En faisant en effet des expéditions navales, ils soumettaient les îles, et surtout ceux qui n’avaient pas un territoire suffisant. Sur terre par contre, de guerre d’où quelque puissance résultât également, pas une ne fut engagée ; d’autre part, toutes celles qui eurent lieu aussi étaient pour chaque peuple contre ses voisins, et les Grecs ne partaient pas pour des expéditions étrangères très loin de leur pays pour la soumission d’autres peuples. Ils ne s’étaient en effet pas rangés auprès des plus grandes cités en sujets, ni ne faisaient d’autre part eux-mêmes d’expéditions communes, sur un pied d’égalité, mais c’est plutôt les uns contre les autres que, chacun en particulier, les voisins faisaient la guerre. C’est par ailleurs principalement à propos de la guerre des Chalcidiens et des Érétriens, survenue à quelque moment dans le passé, que le reste du monde grec se répartit aussi dans l’alliance de chacun des deux peuples. 16. Mais il survint pour les uns ici, pour les autres ailleurs des obstacles à se développer, et, les affaires faisant de grands progrès pour les Ioniens, Cyrus et la monarchie perse ayant ruiné Crésus et tout ce qui est en-deçà du fleuve Alys en direction de la mer, fit une expédition et asservit les cités sur le continent, et voici plus tard Darius, avec la marine des Phéniciens, se rendant aussi maître des îles. 17. Et tous les tyrans qui étaient dans les cités grecques, ayant seulement en vue ce qui se rapportait à eux, c’est pour leur personne et pour développer leur propre maison, autant qu’ils le pouvaient, qu’ils gouvernaient surtout, en sûreté, leurs cités ; il ne s’accomplit du reste de leur côté aucun fait mémorable, si ce n’est quelque action contre leurs voisins à chacun d’eux ; en effet, ceux en Sicile parvinrent à un maximum de puissance. C’est ainsi que, par toutes les manières, la Grèce, pendant un long temps, était réduite à ne rien accomplir de remarquable en commun, et à ce que les cités, prises une par une, soient sans plus d’audace. 18. Mais lorsque les tyrans des Athéniens ainsi que ceux du reste de la Grèce, pendant longtemps soumise à la tyrannie auparavant aussi, la plupart et les derniers à l’exception de ceux en Sicile, eurent été renversés par les Lacédémoniens (car Lacédémone, après la fondation des Doriens l’habitant à présent, ayant connu des séditions un temps plus long que tout ce que nous connaissons, fut cependant, dès l’époque la plus ancienne, régie par de bonnes lois et toujours dépourvue de tyrans ; ce sont en effet environ quatre cents ans et un peu plus jusqu’à la fin de cette guerre-ci, depuis que les Lacédémoniens se servent du même régime ; et puissants par ce fait, ils *règlent aussi les affaires* dans les autres cités), après donc la disparition de Grèce des tyrans, pas beaucoup d’années plus tard, la bataille, à Marathon, des Mèdes contre les Athéniens eut lieu également. Par ailleurs, la dixième année après celle-ci, le Barbare vint de nouveau avec sa grande expédition contre la Grèce pour l’asservir. Et, un grand danger étant suspendu sur eux, les Lacédémoniens commandèrent les Grecs alliés dans la guerre, l’emportant en puissance, et les Athéniens, les Mèdes marchant contre eux, ayant fait le projet d’abandonner leur ville et, en ayant emporté leurs affaires, s’étant embarqués sur des navires, devinrent des marins. Et ayant repoussé en commun le Barbare, pas beaucoup de temps plus tard, les Grecs se répartirent en direction des Athéniens et des Lacédémoniens, ceux s’étant séparés du roi ainsi que ceux ayant combattu avec lui. Par la puissance en effet, ceux-là parurent les plus importants ; car les uns étaient forts sur terre, les autres avec leurs navires. Et en outre, l’alliance militaire fut solide peu de temps, par la suite, ayant été en désaccord, les Lacédémoniens et les Athéniens firent la guerre avec leurs alliés les uns contre les autres ; et si parmi le reste des Grecs certains se brouillaient par hasard, ils allaient désormais auprès d’eux. De sorte que des guerres médiques jusqu’à cette guerre-ci, continûment, tantôt concluant un traité, tantôt faisant la guerre ou les uns avec les autres ou avec leurs alliés s’étant détachés d’eux, ils se préparèrent bien en ce qui concerne les choses de la guerre et devinrent plus expérimentés en faisant des exercices pratiques au milieu des dangers. 19. Et les Lacédémoniens gouvernaient en ne tenant pas leurs alliés redevables d’un tribut, mais en veillant à ce qu’ils s’administrent selon l’oligarchie, d’une manière seulement utile à eux-mêmes, les Athéniens par contre, en s’étant fait remettre, avec le temps, des navires des cités, à l’exception des habitants de Chios et de Lesbos, et en ayant imposé à toutes d’acquitter de l’argent. Et pour eux, pour cette guerre-ci, leur armement propre fut plus important que lorsqu’ils furent autrefois au plus haut point florissants avec leur alliance intacte. 20. Tels ont donc été les faits anciens que j’ai recherchés, étant difficile de se fier à tout témoignage pêle-mêle. En effet, les traditions des événements passés, même s’ils sont du même pays qu’eux, les hommes les reçoivent cependant les uns des autres sans épreuve. De fait, la plupart des Athéniens pensent qu’Hipparque est mort du fait d’Harmodios et d’Aristogiton, étant tyran, et ne savent pas que c’est Hippias qui commandait, étant l’aîné des fils de Pisistrate, et que d’autre part Hipparque et Thessalos étaient ses frères, mais Harmodios et Aristogiton ayant soupçonné que quelque chose, ce jour-là, *au dernier moment*, avait été révélé à Hippias par les conjurés, certes l’épargnèrent comme ayant été averti, mais voulant, avant d’être arrêtés, s’exposer aussi au danger en ayant fait quelque chose, ayant rencontré par hasard Hipparque, aux alentours du lieu nommé Léocorion, disposant la procession des Panathénées, ils le tuèrent. Mais ce sont bien d’autres faits, existant encore maintenant et non oubliés par le temps, que les autres Grecs aussi n’apprécient pas correctement, comme le fait que les rois des Lacédémoniens ne disposent pas d’un seul suffrage chacun des deux, mais de deux, et qu’à eux est le bataillon de Pitanè, qui n’a même jamais existé. Si peu préoccupante est pour la plupart la recherche de la vérité, qu’ils se tournent de préférence vers ce qui est tout prêt.


J’aborde les deux fameux chapitres où Thucydide expose sa méthode. J’ai beaucoup aimé la note de J. de Romilly concernant le passage du chapitre 22 ἀλλ᾿οἷς τε αὐτοῖς … ἐπεξελθών : « On obtient une phrase moins rude en corrigeant (cf. App. Crit.)… ». Oui, pour être rude, c’est rude ! Par contre, avec ou sans correction, le sens ne me semble pas faire de doute : l’enquête critique ne vaut que pour les témoignages indirects. Toujours dans le même chapitre, à partir de Καὶ ἐς μὲν ἀκρόασιν, il est évident qu’on est passé de la réalité des faits aux faits rapportés, à l’Histoire des faits, si l’on veut. Or Thucydide, en utilisant le pauvre petit anaphorique αὐτός pour parler des seconds, montre qu’il ne les distingue nullement sémantiquement. Je traduis sans rien rajouter. Enfin, je n’ai pas repris le mot « trésor », traditionnel pourtant, pour traduire κτῆμα. Il me semble que c’est forcer le sens du mot.

21. Mais, d’après les indices mentionnés cependant, quelqu’un estimant tout à fait tels les faits que j’ai exposés ne se tromperait pas, et ne croyant ni comme les poètes ont chanté sur eux, les embellissant davantage, ni comme les logographes les ont arrangés pour plus de charme à l’audition que de vrai, ces choses étant invérifiables et la plupart d’entre elles réduites par le temps de façon non fiable au fabuleux, mais étant d’avis qu’ils ont été établis après recherche d’après les signes les plus manifestes avec suffisamment de certitude dans la mesure où ils sont anciens. Et cette guerre-ci, même si les hommes jugent toujours comme plus importante la guerre du moment, dans laquelle ils combattent, alors que l’ayant cessé ils admirent davantage les événements passés, à ceux qui observent à partir des faits mêmes, elle se révélera cependant comme ayant été plus importante que ceux-ci. 22. Et certes pour tout ce qu’a dit dans un discours chaque camp soit se préparant à faire guerre soit y étant déjà, il était difficile de conserver l’exactitude même des paroles, et pour moi, quant à celles que j’avais entendues en personne, et pour ceux me les rapportant de quelque autre endroit. Mais comme il me semblait que chaque camp dirait, au sujet des circonstances successives, les paroles convenant le mieux, me tenant le plus près possible à l’idée d’ensemble des paroles prononcées réellement, ainsi il a été dit. Quant à ceux des faits accomplis dans la guerre, ce n’est pas en m’informant auprès du premier venu que j’ai cru bon d’écrire, ni comme il me semblait, mais à partir des faits auxquels j’avais moi-même assisté et pour ceux qui viennent des autres, en menant mon examen sur chacun avec autant de précision que possible. Mais c’est avec peine qu’ils étaient établis, parce que ceux assistant à chaque fait ne disaient pas les mêmes choses sur les mêmes faits, mais selon ce que le membre de chaque camp avait de bienveillance ou de mémoire. Et certes, à l’audition, peut-être leur caractère non fabuleux semblera-t-il plus dénué de charme ; mais tous ceux qui voudront observer le vrai des événements passés et de ceux qui doivent un jour, à leur tour, selon la loi humaine, être tels ou à peu près semblables, il sera suffisant qu’ils les jugent utiles. Et c’est un bien acquis pour toujours plutôt qu’un morceau de concours à entendre dans l’instant qui est constitué.


Voici quelques autres chapitres. Ceux qui comportent de la narration sont très faciles. On va disposer d’un peur de repos avant d’aborder les divers discours…
Au chapitre 23 (l. 9), il y a une anacoluthe dans une construction à deux termes symétriques : un pur chef-d’œuvre ! σεισμῶν τε πέρι, οἳ… / ἡλίου τε ἐκλείψεις, αἳ…
Au chapitre 25, le passage qui va de la ligne 10 à la ligne 16 ne comporte que des participes alors qu’il joue le rôle de proposition coordonnée exprimant la cause, et ce n’est pas ἔστιν ὅτε qui joue le rôle de verbe-base… Par ailleurs, je n’ai pu traduire littéralement l’expression par « il est des cas où », je me suis contenté de l’adverbe « parfois »
Au chapitre 27, le sens de δέ pose parfois problème. Comme je l’ai dit, Thucydide en une et en abuse. La plupart des traducteurs… ne le traduisent pas ou se contentent de la conjonction « et ». J’évite de faire de même, il y a assez de « et » comme cela !
On remarquera de nombreuses entorses à la concordance des temps ; certaines sont choquantes, mais j’ai respecté le texte grec.


23. Mais parmi les faits d’auparavant, le plus important qui fut accompli fut la guerre médique, et celui-ci cependant, en deux combats navals et en deux combats terrestres, eut son dénouement rapide. Par contre, et la longueur de cette guerre-ci se prolongea grandement, et il arriva qu’il se produisit des malheurs durant celle-ci pour la Grèce tels qu’il n’y en eut pas d’autres dans un temps égal. En effet, ni d’aussi nombreuses cités, prises, ne furent dévastées, les unes par les barbares, les autres par les belligérants eux-mêmes (il en est d’ailleurs qui, prises, changèrent leurs habitants), ni il n’y eut de si nombreux exils et massacres d’hommes, l’un pendant la guerre elle-même, l’autre à cause du fait d’être en dissension. Et des choses dites autrefois par tradition, mais plus rarement confirmées par le fait, devinrent non indignes de foi, et sur les séismes, qui régnèrent en même temps sur la majeure partie de la terre, et qui étaient eux-mêmes très puissants, et les éclipses de soleil, qui survinrent plus fréquentes par comparaison avec ce qui restait dans la mémoire du temps ancien, et il en est chez qui il y eut des sécheresses importantes et, à partir d’elles, des famines et celle n’ayant pas fait moins de dommages et ayant fait des destructions pour une certaine part : la maladie de la peste ; car toutes ces choses se sont acharnées à la fois de concert avec cette guerre. Or donc la commencèrent Athéniens et Péloponnésiens ayant rompu la trêve trentenaire qui fut leur après la prise de l’Eubée. Mais pourquoi ils la rompirent, j’en ai d’abord écrit en préambule les raisons ainsi que les *sources de différends*, afin qu’on ne cherche pas à savoir d’où une guerre si importante s’est constituée pour les Grecs. Car le motif certes le plus vrai, mais le moins apparent dans la parole, je pense que ce sont les Athéniens qui, devant puissants et inspirant de la crainte aux Lacédémoniens, les ont contraints à faire la guerre ; mais les raisons dites au grand jour, provenant de chaque camp, étaient celles-ci, à partir desquelles ayant rompu la trêve ils se mirent en guerre :
24. Épidamne est une cité à droite pour qui entre par bateau dans le golfe d’Ionie ; habitent par ailleurs auprès d’elle les Taulantiens, barbares, de race illyrienne. Certes, la colonisèrent des Corcyréens, mais son fondateur fut Phalios, fils d’Eratocléidès, corinthien de naissance, de ceux issus d’Héraclès, en outre, selon l’ancien usage, mandé de la métropole. Furent d’autre part aussi ses colons certains issus des Corinthiens et du reste de la race dorienne. Or, le temps étant passé, la puissance des Épidamniens devint grande et abondante en hommes. Mais, étant entrés en dissension les uns envers les autres de nombreuses années, comme on le dit, à la suite d’une guerre des voisins barbares, ils furent ruinés et privés de la majeure partie de leur puissance. A la fin cependant, avant cette guerre-ci, leur peuple chassa les puissants, mais ceux-ci étant partis pillèrent avec les barbares ceux dans la cité sur terre et sur mer. Mais les Épidamniens étant dans la cité, comme ils étaient serrés de près, envoient à Corcyre des légats, comme étant leur métropole, leur demandant de ne pas les regarder aller à la ruine dans l’indifférence, mais de réconcilier avec eux les exilés et de faire cesser la guerre des barbares. Cela, d’autre part, c’est assis en suppliants dans le temple d’Héra qu’ils le demandaient. Cependant, les Corcyréens n’accueillirent pas leur supplication, mais les renvoyèrent sans avoir rien obtenu. 25. Les Épidamniens cependant, comprenant qu’aucune protection n’était pour eux venant de Corcyre, étaient retenus dans l’embarras pour régler l’affaire présente, et ayant dépêché à Delphes interrogeaient le dieu pour savoir s’ils livraient aux Corinthiens leur cité comme à leurs fondateurs et s’ils essayaient de se ménager une protection venant d’eux. Or celui-ci leur prescrivit de livrer et de se ménager des chefs. Les Épidamniens, étant alors venus à Corinthe selon l’oracle, livrèrent la colonie, faisant voir que leur fondateur était de Corinthe et montrant la réponse divine, demandèrent de ne pas les regarder aller à la ruine dans l’indifférence, mais de les secourir. Les Corinthiens, de leur côté, selon le droit, acceptèrent la protection, estimant que ce n’était pas moins leur colonie que celle des Corcyréens, mais en même temps aussi par haine des Corcyréens, parce qu’ils les négligeaient, étant leurs colons ; car ni dans les panégyries communes ne leur donnant les marques d’honneur consacrées par l’usage, ni n’offrant à un homme corinthien *l’honneur des prémices du sacrifice*, comme les autres colonies, les regardant au contraire de côté et étant, par la puissance de leurs richesses en ce temps-là, à égalité avec les plus riches des Grecs et par leur équipement pour la guerre plus puissants, par la marine d’autre part, se vantant parfois de l’emporter de beaucoup, d’après aussi l’occupation antérieure de Corcyre des Phéaciens ayant du renom en ce qui concerne ce qui touche les navires ; et c’est par là qu’ils se ménagèrent leur marine, et ils n’étaient pas sans puissance ; en effet, cent vingt navires étaient à leur disposition lorsqu’ils commencèrent à faire la guerre. 26. Ayant donc sur tout cela des griefs, les Corinthiens, heureux, envoyaient à Épidamne le secours, ordonnant au colon qui le voudrait d’y aller ainsi que des garnisons d’Ambraciotes et de Leucadiens et de chez eux. Or ils firent route à pied à Apollonie, étant une colonie des Corinthiens, par crainte des Corcyréens, qu’ils ne soient empêchés par eux de se transporter par mer. Mais les Corcyréens, lorsqu’ils s’aperçurent que les colons et des garnisons étaient venues à Épidamne, et que la colonie avait été livrée aux Corinthiens, étaient irrités ; et ayant aussitôt fait voile avec vingt-cinq navires et ultérieurement avec une autre flotte, ils leur ordonnaient, par outrage, et d’accueillir les exilés (étaient en effet venus à Corcyre les exilés des Épidamniens montrant les tombeaux ainsi que leur parenté, mettant en avant laquelle ils demandaient de les rapatrier), et, quant aux garnisons que les Corinthiens avaient envoyées et aux colons, de les renvoyer. Cependant les Épidamniens ne prêtaient l’oreille à rien de cela, mais les Corcyréens font une expédition contre eux avec quarante navires, en compagnie des exilés dans le dessein de les rapatrier, ayant pris aussi avec eux des Illyriens. Or s’établissant devant la ville, ils prescrivirent que celui des Épidamniens qui le voudrait et les étrangers s’en aillent sans dommage ; sinon, qu’ils les traiteraient comme ennemis. Mais comme ils n’obéissaient pas, d’un côté les Corcyréens (c’est par ailleurs un isthme que leur pays), assiégeaient la ville. 27. Les Corinthiens, de leur côté, comme d’Épidamne leur étaient venus des messagers comme quoi ils sont assiégés, préparaient une expédition, et en même temps faisaient annoncer par héraut une colonie à Épidamne, que celui qui voudrait aille à des conditions égales et semblables ; si on ne souhaitait certes pas immédiatement naviguer de concert, mais que l’on voulait faire partie de la colonie, qu’en acquittant cinquante drachmes corinthiennes, on restait. Or nombreux étaient et ceux naviguant, et ceux déposant l’argent. Mais ils demandèrent en outre aux Mégariens de les escorter avec des navires pour le cas où ils seraient empêchés par les Corcyréens de naviguer. Or ceux-ci se disposaient à naviguer avec eux avec huit navires, les Paliens, parmi les Céphalléniens, avec quatre. Ils demandèrent aussi aux Épidauriens, qui en fournirent cinq, les Hermioniens de leur côté un, les Trézéniens deux, les Leucadiens de leur côté et les Ambraciotes huit. Aux Thébains d’autre part, ils demandèrent de l’argent ainsi qu’aux Phléiaciens, aux Éléens, d’un autre côté, des navires vides et de l’argent. Quant aux navires des Corinthiens eux-mêmes, trente étaient préparés, et trois mille hoplites. 28. Mais lorsque les Corcyréens apprirent ces préparatifs, étant venus à Corinthe avec des légats lacédémoniens et Sicyoniens, qu’ils avaient pris avec eux, ils ordonnèrent aux Corinthiens d’emmener les garnisons à Épidamne ainsi que les colons, en tant qu’aucune part d’Épidamne ne leur revenant. Si en revanche ils en disputent la possession, ils voulaient bien en faire droit dans le Péloponnèse auprès des cités sur lesquelles tous deux s’accorderaient. Desquels des deux il serait jugé que la colonie serait, ceux-là en seraient maîtres. Par ailleurs, ils voulaient bien aussi s’en remettre à l’oracle à Delphes. Car ils ne souffraient pas de faire la guerre. Sinon, ils disaient eux-mêmes qu’ils seraient contraints, ceux-là les forçant, de prendre pour amis qui ils ne veulent pas, autres que ceux l’étant de préférence à l’heure actuelle, en vue de l’intérêt. Mais les Corinthiens leur répondirent que s’ils emmenaient les navires ainsi que les barbares hors d’Épidamne, ils délibéreraient ; mais qu’auparavant il n’était pas bon que les uns fussent assiégés, alors qu’eux-mêmes seraient assignés en justice. Cependant, les Corcyréens *rétorquèrent* que si ceux-là ramenaient ceux à Épidamne, ils feraient cela ; ils étaient prêts aussi d’autre part à ce que les deux camps restent en place, fassent d’autre part une trêve jusqu’à ce que le jugement ait lieu. 29. Mais les Corinthiens ne prêtaient l’oreille à rien de cela ; au contraire, alors qu’étaient à eux les navires équipés et les alliés présents, ayant envoyé auparavant un héraut devant déclarer la guerre aux Corcyréens, ayant levé l’ancre, avec soixante-quinze navires et trois mille hoplites ils naviguaient vers Épidamne, pour faire la guerre aux Corcyréens face à face. Commandaient cependant d’une part les navires Aristeus, fils de Pellichos et Callicratès, fils de Callios et Timanor, fils de Timanthès, l’armée de terre d’autre part, Archétimos fils d’Eurytimos ainsi que Isarchidas, fils d’Isarchos. Or, lorsqu’ils furent à Actium, du pays d’Anactorion, où le sanctuaire d’Apollon est, à l’embouchure du golfe d’Ambracie, les Corcyréens leur envoyèrent un héraut sur une *barque* pour leur défendre de naviguer contre eux, et ils équipaient en même temps des navires, ayant radoubé les anciens en sorte qu’ils soient en état de naviguer et remis les autres en état. Mais comme le héraut ne rapporta rien de pacifique de chez les Corinthiens et que les vaisseaux avaient été à eux équipés en étant quatre-vingt (car quarante assiégeaient Épidamne), s’étant portés contre eux et disposés en ordre de bataille, ils livrèrent un combat naval. Et les Corcyréens furent de beaucoup vainqueurs et détruisirent même quinze navires des Corinthiens. Or le même jour, il arriva pour eux que ceux assiégeant Épidamne l’amenèrent, par un traité, d’une part à vendre les étrangers, d’autre part à tenir les Corinthiens enchaînés jusqu’à ce que quelque autre chose leur paraisse bon. 30. Mais après le combat naval les Corcyréens, ayant dressé un trophée à Leucimme, promontoire de Corcyre, d’une part les autres, qu’ils avaient pris comme prisonniers, ils les tuèrent, les Corinthiens d’autre part, ils les maintinrent enchaînés. Par la suite cependant, lorsque les Corinthiens et leurs alliés vaincus revinrent avec leurs navires chez eux, C’est de toute la mer environnant ces contrées-là que furent maîtres les Corcyréens, et ayant navigué vers Leucade, la colonie des Corinthiens, ils ravagèrent le pays et Cyllène, le comptoir maritime des Éléens, ils l’incendièrent, parce qu’ils avaient procuré navires et argent aux Corinthiens. Et la majeure partie du temps après le combat naval ils se rendaient maîtres de la mer et détruisaient les alliés des Corinthiens en naviguant contre eux, jusqu’à ce que les Corinthiens, avec l’été revenant, ayant envoyé des navires et une armée, puisque leurs alliés étaient en difficulté, établissent un camp à Actium et du côté de Cheimérion, de Thesprotide, en vue de la garde de Leucade ainsi que de toutes les autres cités qui étaient amies à elle. Mais en face d’eux campaient aussi les Corcyréens, à Leucimme, avec des navires et de l’infanterie. Cependant, aucun des deux ne naviguait contre l’autre, mais, établis en vis-à-vis cet été-là, dès l’hiver, ils revinrent chacun des deux chez eux.


Nous abordons aujourd’hui le premier discours du livre. Thucydide nous a prévenus, ce genre de discours n’a rien d’authentique (comment pourrait-ce être le cas ?), leur teneur est simplement vraisemblable. Ici, on n’atteint pas encore les qualités littéraires qu’aura l’éloge funèbre de Périclès (au livre 2), mais ce type de discours rompt tout de même de façon assez heureuse la sécheresse ou la monotonie du récit historique, tout en répondant toujours au but que s’est fixé l’historien : démêler l’écheveau complexe des conjonctures politiques qui expliquent la guerre. Au travers des personnages qu’il met en scène, c’est finalement toujours lui qui nous parle.
Quelques petites difficultés de langue ou de traduction :
Au chapitre 35 :
- Le verbe θήσονται a pour complément d’objet la proposition participiale qui le suit : c’est là une tournure assez hardie, que j’ai traduite telle quelle.
- ἣν reprend δύναμιν : « laquelle il n’était pas juste » ; je n’ai pas laissé cette traduction telle quelle. Considérant qu’on pouvait supposer qu’il y avait eu attraction du relatif, j’en ai fait un neutre (quand je dis je…) et j’ai ajouté faire pour plus de clarté.
- Sur ἦσαν, voir la note de J. de Romilly.
Au chapitre 36 :
- Il n’est pas aisé de traduire ξυμφέροντα avec le verbe dire au passif…
- Un traducteur a compris τὸ δεδιὸς αὐτοῦ comme étant un génitif objectif : «la peur qu’il inspire » ; c’est faire de l’idée un truisme. Celle-ci, bien que rhétorique, est en fait beaucoup plus originale : la peur qu’on aurait (en rompant le traité de paix) alliée à la force (apportée par Corcyre) est de nature à impressionner l’ennemi plus que la sécurité (en ne rompant pas le traité) accompagnée de l’isolement (si Athènes rejette l’alliance de Corcyre).
- Le groupe τρία μὲν ὄντα λόγοῦ ἄξια … καὶ τὸ Κορινθίων me semble constituer un bel exemple de ce qu’on a parfois appelé « nominatif absolu » et qui, comme Bizos le signale, n’est qu’un groupe participial qui reste sans fonction du fait d’une anacoluthe.


31. Mais toute l’année, celle après le combat naval, et celle d’après, les Corinthiens, supportant avec ressentiment la guerre contre les Corcyréens, construisaient des navires et se ménageaient au mieux une flotte de navires, rassemblant, du Péloponnèse même ainsi que du reste de la Grèce, des rameurs, les ayant convaincus par une solde. Mais les Corcyréens, ayant appris leurs préparatifs, avaient peur et (car ils n’étaient les alliés par traité d’aucun des Grecs et ne s’étaient fait inscrire ni dans la confédération des Athéniens ni dans celle des Lacédémoniens) il leur parut bon, étant allés chez les Athéniens, de devenir leurs alliés et de s’efforcer d’obtenir d’eux quelque assistance. Mais les Corinthiens, ayant appris cela, vinrent eux aussi à Athènes pour proposer dans une ambassade que s’étant jointe à la marine des Corcyréens, la leur ne soit pas pour eux un empêchement à gérer la guerre de la manière qu’ils veulent. Cependant, une assemblée s’étant tenue, on en vint à une confrontation d’arguments. Et d’une part les Corcyréens dirent les choses que voici : 32. « Il est juste, Athéniens, que ceux, ni grand service ni alliance n’étant auparavant portés à leur crédit, étant venus chez leurs voisins, comme nous aussi à présent, pour demander un secours, fassent bien comprendre d’abord qu’ils demandent avant tout des choses avantageuses, sinon du moins non nuisibles, et qu’ensuite ils aient une reconnaissance solide ; mais s’ils n’établissent comme certaine aucune de ces choses, qu’ils ne s’irritent pas s’ils n’aboutissent à rien. Or les Corcyréens, avec la demande de l’alliance, croyant bien vous procurer aussi cela comme garantie, nous ont envoyés. Or il s’est trouvé que notre manière d’être envers vous est, pour notre besoin, illogique et, pour nos propres *intérêts* dans le présent, désavantageuse. En effet, devenus alliés volontaires de personne encore dans le temps avant celui-ci, c’est maintenant à d’autres que nous sommes venus demander cela, et en même temps, dans la présente guerre des Corinthiens, nous sommes demeurés isolés à cause de cela. Et elle s’est modifiée, celle nous apparaissant auparavant sagesse : le fait de ne pas, dans une alliance étrangère, s’exposer en concertation avec l’opinion du voisin, se révélant à présent imprudence et faiblesse. Par conséquent, certes, le combat naval ayant eu lieu, nous-mêmes avons à nous seuls repoussés les Corinthiens ; mais depuis qu’avec un dispositif plus important venant du Péloponnèse et du reste de la Grèce ils se sont élancés sur nous, et que nous voyons que nous sommes impuissants à l’emporter avec notre puissance particulière, et qu’en même temps le danger sera grand si nous sommes soumis à eux, il est nécessaire, à vous et à tout autre, de demander secours et pardonnable si, non avec malignité, mais plutôt par erreur de jugement, nous osons des choses contraires à l’indolence d’auparavant. 33. « Or sera belle pour vous, étant persuadés, la conjoncture de notre besoin relativement à plusieurs choses : d’abord parce que c’est à des gens soumis à l’injustice et ne nuisant pas aux autres que vous procurerez le secours, ensuite, ayant accueilli des gens étant en danger sur des choses importantes, c’est au plus haut point avec une preuve éternellement mémorable que vous pourriez bien fonder la reconnaissance, et nous avons acquis une marine , à l’exception de celle qui est chez vous, plus nombreuse que toutes. En outre, observez quel bonheur plus rare ou plus affligeant pour les ennemis si la puissance qu’en échange de beaucoup d’argent et de bienveillance vous auriez voulu voir s’adjoindre à vous, elle est présente, s’offrant d’elle-même, sans risques ni dépense se donnant et de plus apportant d’une part en direction du grand nombre la considération, de l’autre, chez ceux que vous secourez la reconnaissance, à vous-mêmes enfin la force. Ce sont choses qui en tout temps sont échues certes à peu toutes à la fois, et peu, demandant une alliance, à ceux qu’ils appellent à l’aide se présentent donnant sécurité et honneur non moins que devant les recevoir. La guerre d’autre part, à cause précisément de laquelle nous pourrions être utiles, si l’un d’entre vous ne pense pas qu’elle sera, il faillit à son jugement et ne s’aperçoit pas que les Lacédémoniens, par crainte de vous, veulent la guerre et que les Corinthiens ont du pouvoir auprès d’eux et qu’ils vous sont ennemis et qu’ils nous attaquent maintenant les premiers en vue d’une mainmise sur vous, afin que par la haine commune nous ne nous dressions pas face à eux l’un en compagnie de l’autre et qu’ils n’aient pas manqué deux choses à faire auparavant : soit nous faire du mal, soit se raffermir. Mais de notre côté certes, notre tâche est de les devancer, les uns en donnant, vous en accueillant l’alliance, et de leur tendre des embûches plutôt que de répondre aux leurs. 34. « Si d’autre part ils disent qu’il n’est pas juste que leurs colons, vous les accueilliez, ayant appris que toute colonie, éprouvant du bien, honore sa métropole, mais que, traitée injustement, elle change de sentiment ; car ce n’est pas pour être asservis, mais pour être égaux à ceux restant qu’ils sont envoyés au dehors. Or qu’ils aient été injustes est clair ; convoqués en effet à un arbitrage au sujet d’Épidamne, c’est par la guerre plutôt que par le droit qu’ils ont voulu poursuivre leurs griefs. Et que soit pour vous en quelque sorte un témoignage ce qu’ils font contre nous, leurs compagnons de race, de manière à ne pas être égarés par eux du fait de leur ruse, ni à leur porter de l’aide à eux le demandant tout net ; car celui retirant les moindres regrets du fait de complaire à ses adversaires mènerait sa vie le plus en sécurité. 35. D’autre part, vous ne romprez pas le traité des Lacédémoniens en nous accueillant, n’étant les alliés d’aucun des deux. Car il est dit dedans que celle des cités grecques qui n’est alliée nulle part, il lui est permis d’aller auprès de qui des deux peut lui plaire. Et surprenant s’il est possible à ceux-ci, à partir de leurs alliés du traité, d’équiper leurs navires, et qui plus est en prenant sur le reste de la Grèce, et pas moins que le reste à partir de vos sujets, si nous, d’autre part, ils nous écartent de l’alliance se présentant ainsi que d’un secours venu de quelque autre endroit, puis imputent à injustice vous acquiesçant à ce que nous demandons ; mais c’est dans une accusation beaucoup plus grande que nous vous mettrons ne vous ayant pas persuadés ; en effet, c’est courant des dangers et n’étant pas ennemis que vous nous repousserez, et bien loin que vous serez des empêcheurs de ceux-ci, étant vos ennemis et attaquant, c’est provenant de votre empire que vous les verrez avec indifférence s’adjoindre une puissance ; chose qu’il n’est pas juste de faire, mais soit de faire s’abstenir ceux-là des soldats en provenance de votre pays, soit de nous envoyer, à nous aussi, une assistance dans la mesure où vous serez convaincus, mais surtout, nous ayant accueillis, de nous porter secours ouvertement. Or nombreux sont les avantages, comme nous l’avons indiqué au début, que nous vous proposons de voir, et le plus important est que les mêmes ennemis étaient nôtres (ce qui est précisément la plus sûre garantie) et que ceux-ci ne sont pas sans force, mais sont capables de nuire à ceux ayant fait défection. Et l’alliance étant donnée maritime et non terrestre, son renoncement n’est pas égal, mais le plus important, si vous pouvez, est de ne laisser personne d’autre acquérir des navires, ou sinon, celui qui est le plus sûr, avoir celui-ci pour ami. 36. « Et celui à qui il semble que certes ceci est dit d’avantageux, mais qui craint, convaincu par ce fait, de rompre la trêve, qu’il sache que sa crainte ayant la force, effraiera davantage les adversaires, alors que sa confiance, ne nous accueillant pas, étant faible, sera plus dénuée d’effroi face aux ennemis puissants, et qu’en même temps ce n’est pas à présent sur Corcyre plus que sur Athènes qu’il délibère, et qu’il ne prévoit pas ce qui est mieux pour elle quand, pour la guerre à venir et presque présente, considérant l’instant même il hésite à s’adjoindre un territoire qui selon les circonstances critiques est ami et ennemi. En effet, pour le trajet de l’Italie et de la Sicile, il est bien situé de manière à ne pas permettre que de là-bas une marine vienne auprès des Lacédémoniens, et d’autre part à faire passer celle d’ici en direction de là-bas, et pour ce qui concerne le reste, il est des plus avantageux. Mais en un très court résumé, dans l’ensemble et point par point, c’est par ceci que vous pourriez apprendre à ne pas nous congédier : trois marines étant d’une part dignes qu’on en parle pour les Grecs, celle qui est chez vous, et la nôtre et celle des Corinthiens ; si d’autre part parmi celles-ci, vous supportez d’en voir deux aller dans la même et que les Corinthiens s’emparent d’abord de nous, ce sont les Corcyréens et les Péloponnésiens à la fois que vous combattrez sur mer ; alors que nous ayant accueillis, vous pourrez contre eux combattre avec nos vaisseaux en plus. » Les Corcyréens dirent de telles choses. De leur côté, les Corinthiens, après eux, celles que voici :
Bravo ! Quel travail ! ( On en veut encore !)
Et pour le style de l'illustre historien, comme l'a écrit Aristophane:" οὐ γὰρ ποιήσεις λεῖον τὸν τραχὺν ἐχῖνον" !
Voici à présent le discours prêté aux Corinthiens. Les arguments précédents s’y trouvent combattus point par point ; ce n’est pas là un simple jeu pour l’historien, mais une des façons de nous faire percevoir combien le concept de « vérité » est souvent relatif en Histoire.
Il m’est toujours aussi délicat de servir le texte fidèlement…
- Au paragraphe 37, lignes 13-14, j’ai traduit le triple balancement μέν… δέ… δέ par : «d’abord… ensuite… enfin… pour plus de clarté.
- Au paragraphe 39, ligne 2, le relatif ἣν renvoie grammaticalement à δίκῃ, mais il me semble que pour le sens, c’est toute l’idée précédente qu’il reprend. Considérant (comme précédemment), qu’il y là un phénomène d’attraction, j’ai traduit « relativement à quoi ».
- Au paragraphe 40, ligne 5, encore une anacoluthe : ἡ ξυνθήκη ἐστίν est d’abord construit avec le participe au datif οὐ τοῖς … ἰοῦσιν, puis, alors qu’on attendrait un second groupe au datif, on a les deux propositions coordonnées ἀλλ᾿ ὅστις … δεῖται et καὶ ὅστις … ποιήσει. On serait tenté d’écrire : « mais à celui qui… » « et à celui qui… », mais j'ai préféré laisser les choses en l'état.
- Au même paragraphe, à la ligne 10, j’ai du gloser μὴ ἄνευ ὑμῶν ; « non sans vous » n’eût vraiment pas été clair ici. Quant au verbe ἀμύνω qui, par un caprice sémantique peut aussi bien signifier « punir » que « récompenser », j’ai repris pour le traduire l’expression plus neutre proposée par J. de Romilly.
- Au même paragraphe, à la ligne 13, le sens du mot ἀνοκωχῆ, pose problème ; on le traduit souvent par « armistice », mais ce n’est guère satisfaisant, même par image. Là encore, je m’en suis remis à la proposition de la savante.

- Au paragraphe 41, lignes 6-7, j’ai introduit une parenthèse pour plus de clarté.

37. « Il est nécessaire, ces Corcyréens ayant fait leur discours pas seulement sur le fait de nous accueillir, mais aussi comme quoi nous commettons une injustice et qu’eux ne sont pas attaqués à bon droit, que nous, ayant rappelé d’abord les deux points, nous allions ainsi vers le reste du discours, afin que la requête venant de nous, vous l’ayez sous les yeux et que le besoin de ceux-ci, vous ne le repoussiez pas sans raison. Et en effet, ils disent que d’alliance, grâce à leur sagesse, ils n’en ont encore reçu de personne ; mais cela, c’est en s’appuyant sur leur méchanceté et non sur leur vertu qu’ils l’appliquaient, ne voulant avoir aucun allié face à leurs injustices ni même des témoins ni, en appelant à l’aide, avoir honte ; et leur ville, en même temps, placée dans une situation qui se suffit à elle-même, les fait devenir juges des torts qu’ils causent à quelqu’un plus qu’en se conformant à des traités, à cause du fait que, sortant très peu en expédition navale contre leurs voisins, ils accueillent principalement les autres débarquant par nécessité. Et dans cette idée, le magnifique *mépris* des traités, ce n’est pas pour ne pas commettre d’injustices avec d’autres qu’ils l’agitent devant eux, mais c’est afin de commettre des injustices à eux seuls et afin d’abord, pendant qu’ils ont le pouvoir, d’user de violence, ensuite, là où ils sont ignorés, d’obtenir plus, enfin, si par hasard ils prennent quelque chose pour eux, de ne pas avoir honte ; cependant, s’ils étaient, comme ils le disent, des hommes de bien, plus ils seraient hors d’atteinte pour leurs voisins, plus il leur serait permis de montrer leur vertu au grand jour en produisant et en recevant des actes conformes au droit. 38. « Mais ni face aux autres ni envers nous ils ne sont tels, car étant nos colons ils ont fait défection tout le temps et à présent ils font la guerre, disant que ce n’est pas pour éprouver du mal qu’ils avaient été envoyés de chez nous. Nous-mêmes, de notre côté, nous ne disons pas non plus que c’était pour être outragés par ceux-ci que nous avons fondé la colonie, mais pour être les chefs et être honorés relativement à ce qu’il convient. Ce qui est sûr, c’est que nos autres colonies nous honorent et que nous sommes tout à fait aimés de nos colons ; et il est évident que, si nous sommes agréables à la plupart, ce n’est pas à bon droit qu’à ceux-là seuls nous déplaisions, et que nous ne ferions pas une expédition contre eux de façon inconvenante, sans subir aussi quelque injustice de façon manifeste. Car il était beau, même si nous commettions une faute, pour ceux-ci, de céder à notre colère, pour nous, de notre côté, honteux de malmener leur modération ; mais par orgueil et excès de moyens, ils ont commis de nombreuses autres fautes à notre égard et en particulier Épidamne, étant nôtre, mise à mal, ils ne la revendiquaient pas, mais nous venus à son secours, l’ayant prise de force, ils la tiennent. 39. « Et certes, ils disent avoir voulu auparavant trancher le différend par une action judiciaire, ce relativement à quoi au moins il ne faut pas que ce soit celui ayant l’avantage et faisant appel à la justice à partir d’une position sûre qui semble parler vrai, mais celui disposant à égalité ses actes et ses paroles avant d’entrer dans la lutte. Or ceux-ci, ce n’est pas avant d’assiéger la place, mais après qu’ils ont pensé que nous ne verrions pas cela avec indifférence, qu’alors ils mirent en avant la belle apparence de la justice ; et ils sont venus ici, non seulement ayant commis ces fautes là-bas, mais jugeant bon aussi, non que vous soyez alliés, mais complices de leur injustice et que, eux étant en différend avec nous, vous les accueilliez ; lesquels il fallait, lorsqu’ils étaient le plus en sécurité, qu’alors ils se présentent, et non dans le temps où nous avons subi une injustice, et que de leur côté ils sont en danger, ni dans le temps où n’ayant pas *bénéficié* alors de leur puissance vous leur *faites bénéficier* à présent de votre secours et, s’étant tenus à l’écart de leurs fautes, vous encourrez venant de nous une part égale du grief ; mais c’est autrefois [qu’il fallait] qu’ayant rendu commune la puissance, ils aient aussi des retombées communes. 40. « Donc, que nous-mêmes, c’est avec des griefs convenables que nous venons, et que ceux-ci sont violents et cupides, cela a été montré ; mais que ce ne serait pas à bon droit que vous les accueilleriez, il faut vous l’apprendre. Si en effet il est stipulé dans le traité qu’il est permis d’aller auprès de celui des deux camps qu’une des cités non inscrites souhaite, en revanche, ce n’est pas pour ceux marchant pour le dommage de l’autre camp que la convention existe, mais celui qui, en se détournant d’un autre, n’a pas besoin de sûreté et celui qui, pour ceux qui l’accueillent, s’ils sont sages, ne produit pas la guerre à la place de la paix ; c’est ce que vous, ne nous écoutant pas, vous pourriez supporter. Car vous ne seriez pas seulement leurs protecteurs, mais aussi, au lieu d’alliés, ennemis à nous. Il est en effet nécessaire, si vous marchez avec eux, de *prendre des mesures* à l’égard de ceux-ci non sans en prendre aussi à votre égard. Quoi qu’il en soit, il est juste d’une part de vous tenir plutôt à l’écart des deux camps, sinon, de marcher au contraire contre eux avec nous (car vous êtes d’une part alliés aux Corinthiens par le traité, de l’autre vous ne l’avez jamais été aux Corcyréens, pas même par un *pacte provisoire*), et de ne pas établir d’usage de façon à accueillir ceux faisant défection aux autres. Nous-mêmes en effet, les Samiens ayant fait défection, nous n’avons pas donné de suffrage contraire à vous, les autres Péloponnésiens ayant voté de façon partagée pour savoir s’il fallait les secourir, nous au contraire, nous avons ouvertement défendu l’avis que l’on châtie soi-même les alliés nous concernant. Si en effet, ayant accueilli ceux qui font quelque mal, vous les secourez, apparaîtront aussi certains des vôtres, non moindres, qui se joindront à nous, et vous instituerez un usage contre vous-mêmes plutôt que contre nous. 41. Nous avons d’une part ces *raisons de droit* envers vous, suffisantes selon les lois des Grecs, mais d’autre part la recommandation et la demande de reconnaissance que voici, laquelle, n’étant pas ennemis au point de vous nuire ni à l’inverse amis au point d’en abuser, nous disons qu’il faut qu’elle nous soit donnée en retour dans la circonstance présente. Ayant en effet manqué de vaisseaux longs autrefois en vue de la guerre des Éginètes, avant les guerres médiques, des Corinthiens vous avez reçu vingt navires ; et ce bienfait ainsi que celui pour les Samiens (le fait que grâce à nous les Péloponnésiens ne sont pas venus à leur aide), vous ont procuré d’une part la victoire sur les Éginètes, d’autre part le châtiment des Samiens, et ce fut dans des circonstances telles que celles où des hommes marchant avant tout à leurs ennemis sont indifférents à tout excepté à vaincre. Ils pensent en effet qu’est ami celui qui leur rend service, même si auparavant il était ennemi, et qu’est ennemi celui qui s’oppose à eux, même s’il se trouvait être ami, car même leurs intérêts particuliers, ils les placent plus bas en vue de leur passion de vaincre du moment. 42. En réfléchissant à ces choses et quelqu’un de plus jeune les ayant apprises d’un plus vieux, qu’il juge bon qu’on nous *rende la pareille*, et qu’il ne pense pas que ces choses soient dites justes d’un côté, et que les avantages, s’il fait la guerre, soient autres. Car l’avantage, c’est dans le temps où l’on commet le moins de fautes qu’il s’ensuit, et l’éventualité de la guerre, avec laquelle vous effrayant, les Corcyréens vous ordonnent de commettre l’injustice, c’est encore dans l’incertain qu’elle réside, et il ne vaut pas la peine qu’excités par elle vous acquériez une inimitié certaine dès à présent, et non éventuelle, vis-à-vis des Corcyréens, alors qu’il est sage de supprimer plutôt le soupçon instauré autrefois par le fait des Mégariens (car la faveur ultime possédant l’opportunité, même si elle est inférieure, peut mettre un terme à un grief plus grand), et de ne pas être non plus attirés par le fait qu’ils donnent l’alliance importante de leur marine ; car le fait de ne pas traiter injustement ses semblables est une force plus sûre que, ayant été excités par ce qui est manifeste dans l’instant, posséder l’avantage au milieu des dangers. 43. Or nous, étant retombés sur ce qu’à Lacédémone nous avions nous-mêmes dit, que ses propres alliés, on devait les châtier soi-même, à présent, c’est de vous que nous prétendons obtenir la même chose, et non après avoir été aidés par votre vote, vous nuire par le nôtre. Rendez-nous donc la pareille, sachant que c’est là l’occasion dans laquelle celui rendant service est ami avant tout, et celui s’étant opposé l’ennemi. Et vraiment, les Corcyréens que voici, ne les accueillez pas en alliés en dépit de nous, ni ne portez secours à eux étant injustes. Et faisant cela, vous accomplirez ce qui convient et vous déciderez ce qui est le mieux pour vous-mêmes. »

L’action commence. Avec elle, le texte devient plus facile…
Quelques difficultés tout de même :


§44 l. 3 : Je n’ai pas traduit ἐν τῇ ὑστεραίᾳ par le lendemain, comme J. de Romilly ; j’ai considéré que le mot faisait pendant à τῇ προτέρᾳ même si dans les faits, cette seconde séance à dû se tenir le lendemain.
l. 9 : Le sens de ὥς, ainsi accentué (donc non proclitique) peut poser problème ; les traducteurs anciens proposent « ainsi », sens non reconnu par Bailly (sauf dans le cas où cet adverbe introduit le second terme d’un système comparatif, comme chez Homère), mais qu’on trouve dans l’Alexandre, par exemple. On objectera que c’est οὕτως qui signifie ainsi… Certes, mais on peut très bien passer du sens de « comme » à celui d’ « ainsi » si le mot est isolé : le français possède une tournure similaire dans l’expression familière c’est tout comme. Je traduis donc καί ὣς par « même ainsi ». J. de Romilly traduit par « en tout cas », j’ignore à la suite de quelle analyse.


§49 l. 4 : La traduction littérale d’οὐχ ὁμοίως pose problème ; je propose « de façon conforme », mais en forçant le sens.
l. 5-7 : Asymétrie amenant à une anacoluthe : on trouve étroitement coordonnés un groupe nominal prépositionnel et un participe ; vous jugerez de l’effet !


§51 l. 1 : Je ne suis pas d’accord pour traduire προoρᾶν par « voir de loin », comme J. de Romilly, même si c’est aussi le cas. Les navires sont vus par les Corinthiens, mais non immédiatement par les Corcyréens, comme le montre la suite. Je lui donne donc le sens déjà rencontré de « voir d’abord »

§52 l. 8 : Je fais de τοῦ πλοῦ le complément de διασκοπεῖν même si le Bailly n’indique pas ce régime pour le verbe.

Je traduis désormais ναυτικόν par flotte.

44. Telles sont donc les choses que, de leur côté, les Corinthiens dirent aussi. Or les Athéniens, ayant entendu les uns et les autres, une assemblée ayant été tenue, puis une seconde, dans la première, n’admirent pas moins les discours des Corinthiens, mais dans la suivante, par revirement, ils décidèrent d’une part de ne pas faire d’alliance avec les Corcyréens au point de considérer les mêmes comme ennemis et amis (car si contre Corinthe les Corcyréens leur demandaient de faire flotte commune, pour eux serait rompu le traité avec les Péloponnésiens), d’autre part ils firent une alliance défensive pour porter secours au territoire des uns et des autres, si quelqu’un marchait sur Corcyre ou Athènes ou les alliées de celles-ci. En effet, la guerre contre les Péloponnésiens semblait devoir être pour eux, même ainsi, et Corcyre, ils ne voulaient pas l’abandonner aux Corinthiens, ayant une si grande flotte, mais provoquer le plus possible de heurts les uns entre les autres, afin que, si le besoin était, ce soit avec les Corinthiens et les autres ayant une flotte étant plus faibles qu’ils se mettent en guerre. En même temps d’autre part, l’île leur semblait être bien placée sur le trajet maritime de l’Italie et de la Sicile.
45. C’est donc dans un tel esprit que les Athéniens firent bon accueil aux Corcyréens, et, les Corinthiens étant partis, pas beaucoup plus tard ils leur envoyèrent dix navires de secours ; les commandaient d’autre part Lacédémonios, fils de Cimon ainsi que Diotimos fils de Strombichos et Protéas, fils d’Épiclès. Ils leur prescrivirent de ne pas faire de combat naval avec les Corinthiens s’ils ne dirigeaient pas leurs navires contre Corcyre ni ne s’apprêtaient à débarquer, ou en direction d’un des pays à eux ; dans ce cas au contraire, de les empêcher par force. Ils leur prescrivirent précisément ces choses afin de ne pas rompre le traité. Voilà donc les navires qui arrivent à Corcyre.
46. De leur côté les Corinthiens, après qu’il y avait eu pour eux préparatifs, naviguaient contre Corcyre avec cent cinquante navires. Et il y en avait, des Éléens, dix, puis des Mégariens, douze et des Leucadiens dix, puis des Ambraciotes vingt-sept et des Anactoriens un, puis des Corinthiens eux-mêmes quatre-vingt-dix ; il y avait des généraux de chacun de ceux-ci, et par ville, mais des Corinthiens, Xénocléidès, fils d’Euthyclès, avec quatre autres. Quand d’autre part ils eurent abordé sur le continent en face de Corcyre, naviguant depuis Leucade, ils mouillent à Cheimérion, du pays de Thesprotide. C’est en effet un port, et une cité est située au-dessus de lui à partir de la mer dans la région d’Élée, de Thesprotide, c’est Éphyrè ; débouche d’autre part près d’elle le lac Achérousien dans la mer ; c’est que le fleuve Achéron, coulant à travers la Thesprotide, se jette dedans, d’où il tient son nom, coule d’autre part le fleuve Thyamis, délimitant la Thesprotide et la Kestrinè, entre lesquels s’élève le promontoire du Cheimérion. Les Corinthiens, à cet endroit du continent, se mettent donc au mouillage et se ménagèrent un camp.
47. De leur côté, les Corcyréens, lorsqu’ils apprirent que leurs navires approchaient, ayant équipé cent dix navires, que commandaient Miciadès et Aisimidès et Eurybatos, établirent un camp dans une des îles qui sont appelées Sybotes, et les dix (navires) athéniens étaient là. D’autre part, sur la pointe de Leucimme était leur armée de terre et mille hoplites des Zacynthiens étant venus à leur secours. De leur côté, aux Corinthiens aussi, sur le continent, beaucoup de barbares avaient apporté leur aide ; dans cette contrée en effet, les continentaux sont de tout temps amis à eux.
48. Or, après qu’il y eut eu ces préparatifs pour les Corinthiens, ayant pris les vivres de trois jours, ils prirent la mer comme en vue d’un combat naval, à partir de Cheimérion, de nuit, et naviguant au point du jour, ils aperçoivent les navires des Corcyréens en haute mer et faisant route sur eux. Mais quand ils se furent aperçus, ils se disposèrent l’un face à l’autre, sur l’aile droite des Corcyréens, les dix navires athéniens, sur le reste d’autre part, eux-mêmes se tenaient, ayant fait trois divisions de navires, chacun desquels commandait un des trois généraux. C’est ainsi que les Corcyréens se rangèrent. Chez les Corinthiens, de leur côté, l’aile droite, c’étaient les navires Mégariens qui l’occupaient et ceux des Ambraciotes, puis au milieu, les autres alliés, chacun en particulier, l’aile gauche enfin, c’étaient les Corinthiens eux-mêmes, avec ceux des navires qui naviguaient le mieux, en face des Athéniens et de la droite des Corcyréens, qui l’occupaient.
49. Mais, s’étant rencontrés, après que les signaux eurent été levés pour chacun des deux, ils livrèrent un combat naval, ayant tous deux d’une part beaucoup d’hoplites sur les ponts, d’autre part beaucoup d’archers et de lanceurs de javelots, préparés à la manière ancienne, sans trop d’expérience encore. Le combat naval était donc rude, non de façon conforme à l’art, mais étant davantage semblable à un combat terrestre. En effet, quand on se jetait les uns contre les autres, on ne se dégageait pas facilement sous la masse et la presse des navires, et se fiant bien davantage aux hoplites sur le pont pour la victoire qui, établis à leur poste, combattaient, les navires restant immobiles, mais c’est avec le cœur et la force que l’on combattait, plutôt qu’avec la science. De tous côtés donc, gros était le tumulte et confus le combat naval, dans lequel les navires athéniens assistant les Corcyréens, s’ils étaient serrés de près de quelque manière, apportaient la peur aux adversaires, mais les généraux ne prenaient pas l’initiative du combat, craignant les instructions préalables des Athéniens. Cependant, l’aile droite des Corinthiens peinait le plus. En effet, les Corcyréens les ayant mis en fuite avec vingt navires et les ayant poursuivis, dispersés, vers la terre, et ayant navigué jusqu’à leur camp et ayant débarqué, incendièrent les tentes laissées libres et pillèrent les biens. De ce côté-là donc, les Corinthiens et leurs alliés étaient inférieurs et les Corcyréens étaient vainqueurs. Mais là où étaient les Corinthiens eux-mêmes, sur la gauche, ils l’emportaient de beaucoup, aux Corcyréens n’étant pas revenus de leur poursuite les vingt navires *sur un total déjà moindre à l’origine*. Les Athéniens cependant, voyant les Corcyréens serrés de près venaient désormais à leur secours d’une manière plus dépourvue d’ambages, s’étant d’abord abstenus d’aborder quiconque ; mais lorsque la *déroute* eut lieu de façon claire et que les Corinthiens étaient fort pressants, dès lors, chacun se mettait désormais en action et ne distinguait plus rien, mais on en vint à ce point de nécessité que les Corinthiens et les Athéniens s’assaillirent les uns les autres.
50. Or, la déroute étant intervenue, les Corinthiens ne tiraient pas, les ayant amarrées, les coques des navires qu’ils avaient coulés, mais ils se tournèrent vers les hommes, se faisant jour jusqu’à eux plus pour les tuer que pour les faire prisonnier, et quant à leurs amis, ne s’étant pas rendus compte que ceux à l’aile droite avaient été défaits, ils les tuaient ne les reconnaissant pas. Car les navires des uns et des autres étant nombreux et se déployant sur une grande étendue de mer, lorsqu’ils s’affrontèrent les uns avec les autres, ce n’était pas facilement qu’ils faisaient la distinction lesquels vainquaient ou étaient vaincus ; car ce combat naval pour des Grecs contre des Grecs, par la multitude des navires, a été à l’évidence le plus grand de ceux avant lui. Cependant, lorsque les Corinthiens eurent poursuivis les Corcyréens jusqu’à la terre, ils se tournèrent vers les épaves et vers leurs morts et ils s’assurèrent de la plupart en sorte de les transporter à Sybota, où l’armée de terre des barbares était venue à leur secours ; Sybota est en effet un port désert de Thesprotide. Cependant, ayant fait cela, s’étant de nouveau rassemblés, ils dirigèrent leurs navires contre les Corcyréens. Mais ceux-ci, avec les navires capables de naviguer et tous ceux qui restaient, avec les navires athéniens, firent mouvement eux aussi contre eux, ayant craint qu’ils ne s’efforcent de débarquer sur leur territoire. Or il était déjà tard et le péan avait été entonné par eux comme pour une attaque navale, quand les Corinthiens firent soudain *marche arrière*, ayant aperçu vingt navires des Athéniens venant sur eux, qu’après les dix les Athéniens avaient envoyés en renfort, ayant craint, ce qui précisément se passait, que les Corcyréens ne soient vaincus et que leurs dix navires soient trop peu pour les défendre.
51. Les Corinthiens ayant donc d’abord vu ceux-ci, et ayant soupçonné qu’ils étaient d’Athènes, pas aussi nombreux qu’ils les voyaient, mais plus nombreux, cédaient peu à peu la place. Mais par les Corcyréens (car ceux-ci avançaient leurs navires davantage à couvert), ils n’avaient pas été vus, et ils regardaient avec étonnement les Corinthiens faisant marche arrière, avant que certains, les ayant vus, ne disent que ces navires-là faisaient route vers eux. Alors seulement eux aussi se retiraient (car l’obscurité se faisait déjà), et les Corinthiens, s’étant détournés, *rompirent*. C’est ainsi que la séparation des uns et des autres eut lieu, et que le combat naval finit à la nuit. Chez les Corcyréens cependant, campant à Leucimme, ces vingt navires d’Athènes, que commandaient Glaucon, fils de Léagros ainsi qu’Andocide, fils de Léogoros, progressant à travers les cadavres et les épaves, arrivèrent au camp pas longtemps après qu’ils eurent été vus. Mais les Corcyréens (car c’était la nuit) furent pris de la crainte qu’ils ne soient des ennemis, par la suite cependant, ils les reconnurent et *on* jeta l’ancre.
52. Le jour suivant, les trente navires athéniens ayant pris la mer ainsi que tous ceux des Corcyréens qui étaient capables de naviguer, ils se dirigèrent sur le port dans les îles Sybotes, dans lequel les Corinthiens étaient à l’ancre, voulant savoir s’ils livreraient un combat naval. Or ceux-ci, ayant éloigné leurs navires de la terre et les ayant disposés en haute mer, se tenaient immobiles, n’ayant pas l’intention d’initier un combat naval de leur plein gré, voyant qu’étaient venus en renfort les navires d’Athènes intacts et que de nombreux embarras leur parvenaient, au sujet de la garde des prisonniers qu’ils avaient sur les navires, et qu’il n’y avait pas de réparation des navires dans un endroit désert ; ils songeaient plutôt à la navigation vers leurs foyer, comment ils seraient acheminés, craignant que les Athéniens, estimant que les traités étaient rompus parce qu’on en était venus aux mains, ne leur permettent pas de revenir.

Voici quelques chapitres supplémentaires. Avec méthode et précision, Thucydide déroule les étapes de la marche inéluctable du monde grec vers la guerre des chefs…
Quelques petites précisions :
- §53 l.9 ὃσον est sujet d’ἐπήκουσεν pour M. Legouëz qui comprend « la partie de l’armée qui entendit »,
Il est COD du même verbe (ou acc. de relation) pour J. de Romilly, dont nous reprenons la traduction.
- § 56 l. 2 : Je n’ai pas pu garder la préposition en français « vers le fait de faire la guerre »
- § 57 l.11 : γάρ est ici placée avant la proposition qu’elle explique, comme ce sera le cas au § 72 ; ce n’est pas là une tournure propre à Thucydide (cf Bailly). Il faut donc comprendre : « ils ordonnent aux commandants des navires (ils avaient en effet envoyé trente navires…) de prendre des otages… »
- § 60 l. 6 : Cette fois γάρ introduit les raisons du choix du général, énoncé au début de la phrase, et la proposition qui précède n’est qu’une sorte de parenthèse sur la popularité de ce dernier.
L’ordre des mots de la dernière phrase témoigne, comme l’ordre des propositions dans le passage précédent, de l’incroyable plasticité de la langue. Si je traduis mot à mot, j’ai : « Et ils arrivent le quarantième jour après en bordure de la Thrace que Potidée a fait défection » !


52. Le jour suivant, les trente navires athéniens ayant pris la mer ainsi que tous ceux des Corcyréens qui étaient capables de naviguer, ils se dirigèrent sur le port dans les îles Sybotes, dans lequel les Corinthiens étaient à l’ancre, voulant savoir s’ils livreraient un combat naval. Or ceux-ci, ayant éloigné leurs navires de la terre et les ayant disposés en haute mer, se tenaient immobiles, n’ayant pas l’intention d’initier un combat naval de leur plein gré, voyant qu’étaient venus en renfort les navires d’Athènes intacts et que de nombreux embarras leur parvenaient, au sujet de la garde des prisonniers qu’ils avaient sur les navires, et qu’il n’y avait pas de réparation des navires dans un endroit désert ; ils songeaient plutôt à la navigation vers leur foyer, comment ils seraient acheminés, craignant que les Athéniens, estimant que les traités étaient rompus parce qu’on en était venus aux mains, ne leur permettent pas de revenir.
53. Par conséquent, il leur paru bon, ayant fait monter des hommes dans une *barque*, sans caducée, de les envoyer vers les Athéniens et de faire un essai. Et les ayant envoyés, ils dirent les paroles que voici :
« Vous commettez une faute, Athéniens, en initiant la guerre et en rompant les traités ; en effet, pour nous châtiant nos ennemis vous constituez un obstacle en prenant les armes contre nous. Si vôtre est l’intention de nous empêcher de diriger nos navires sur Corcyre ou un autre endroit, si nous souhaitons y aller, et que vous rompiez les traités, nous que voici, nous ayant pris en premier, traitez-nous en ennemis ». Assurément, ils dirent de telles paroles ; de l’autre côté, d’une part l’armée des Corcyréens, *autant qu’elle entendit*, réclama à grands cris de les saisir aussitôt et de les mettre à mort, d’autre part, les Athéniens répondirent les paroles que voici :
« Nous n’initions pas la guerre, Péloponnésiens, ni ne rompons les traités, mais aux Corcyréens que voici, étant alliés, nous sommes venus en aide. Si par conséquent vous voulez diriger vos navires dans un autre endroit où vous le souhaitez, nous ne vous empêchons pas, mais si vous les dirigez sur Corcyre ou vers l’une de leurs places, nous ne verrons pas cela avec indifférence autant qu’il est possible ».
54. Les Athéniens ayant répondu de telles paroles, les Corinthiens se préparaient pour le voyage maritime vers chez eux et érigèrent un trophée aux Sybotes, sur le continent ; les Corcyréens, de leur côté, recueillirent les épaves et les morts, ceux ramenés à eux par le courant et le vent qui, étant apparu la nuit, les avait dispersés partout, et ils élevèrent parallèlement un trophée aux Sybotes, dans l’île [principale], comme ayant vaincu. Or c’est dans un tel état d’esprit que chacun des deux se targuait de la victoire : les Corinthiens d’un côté, l’ayant remporté dans le combat naval jusqu’à la nuit, au point de ramener et des épaves et des morts en très grand nombre, et ayant des hommes prisonniers, pas moins de mille, et ayant coulé des navires, environ soixante-dix, dressèrent un trophée ; de l’autre, les Corcyréens ayant détruit environ trente navires, et quand les Athéniens étaient venus, ayant recueilli les épaves et les morts venus à eux, et du fait que le jour précédent, faisant marche arrière devant eux, les Corinthiens s’étaient retirés ayant vu les navires athéniens, et lorsque les Athéniens étaient venus, ils n’avaient pas sorti contre eux leurs navires des Sybotes ; à cause de cela ils dressèrent un trophée. C’est ainsi que chacun des deux prétendait vaincre.
55. Mais les Corinthiens, revenant chez eux sur leurs navires, prirent par ruse Anactorion, qui est à l’embouchure du golfe d’Ambracie (or elle était en commun aux Corcyréens et à ceux-là), et y ayant établi des colons Corinthiens, ils rentrèrent chez eux ; et des Corcyréens, d’une part ils vendirent huit cents qui étaient esclaves, d’autre part, en ayant mis aux fers deux cent cinquante, ils les gardaient et les tenaient dans une grande sollicitude, afin que par ceux-ci, étant rentrés, ils se concilient Corcyre ; il faut dire aussi que, par la puissance, la plupart d’entre eux se trouvaient être les premiers de la cité. Corcyre surpassa donc ainsi les Corinthiens dans la guerre, et les navires des Athéniens s’éloignèrent d’elle. Mais cela fut la première cause de la guerre pour les Corinthiens contre les Athéniens, parce que contre eux, durant le traité de paix, ils avaient livré un combat naval au côté des Corcyréens.
56. Cependant, aussitôt après ces événements, il advint aussi que se produisirent pour les Athéniens et les Péloponnésiens les différends que voici amenant à faire la guerre. En effet, les Corinthiens agissant de manière à se venger d’eux, ayant soupçonné leur haine, les Athéniens ordonnèrent aux Potidéates, qui demeurent sur l’isthme de Pallène, colons des Corinthiens, mais alliés à eux, soumis à un tribut, de supprimer le mur face à Pallène et de donner des otages, et de renvoyer et, à l’avenir, de ne pas accueillir les inspecteurs que les Corinthiens envoyaient chaque année, ayant craint qu’ils ne fassent défection, fléchis par Perdiccas et les Corinthiens, et que les autres peuples en bordure de la Thrace, ils ne les entraînent dans la défection, leurs alliés.
57. Ces choses concernant les Potidéates, les Athéniens les préparaient préventivement aussitôt après le combat naval à Corcyre ; en effet, et les Corinthiens étaient désormais ouvertement en désaccord, et Perdiccas, fils d’Alexandre, roi des Macédoniens, était devenu ennemi, étant auparavant allié et ami. Or il devint ennemi parce qu’avec Philippe, son frère, et Derdas, s’opposant en commun à lui, les Athéniens se ménagèrent une alliance. Et, pris de crainte et envoyant des députés à Lacédémone, il faisait en sorte qu’une guerre ait lieu entre eux contre les Péloponnésiens, et il se conciliait les Corinthiens en vue de la défection de Potidée ; il entrait d’autre part en pourparlers et, en bordure de la Thrace, avec les Chalcidiens et avec les Bottiéens, pensant que s’il avait comme alliés ces pays étant limitrophes, il pourrait facilement faire la guerre en leur compagnie. Les Athéniens s’étant rendu compte de cela et voulant prévenir les défections des cités (car ils se trouvèrent ayant envoyé trente navire et mille hoplites contre son pays, Archestratos fils de Lycomédès avec quatre autres étant généraux), ils ordonnent aux commandants des navires de prendre des otages parmi les Potidéates ainsi que de supprimer le mur, et de tenir en surveillance les cités proches pour ne pas qu’elles fassent défection.
58. Cependant, les Potidéates, d’une part ayant aussi envoyé des ambassadeurs chez les Athéniens, pour voir s’ils les persuaderaient de quelque manière de ne rien faire de nouveau à leur sujet, d’autre part étant venus aussi à Lacédémone avec des Corinthiens afin de se préparer du secours, si besoin était, comme du côté des Athéniens, négociant depuis longtemps, ils n’avaient rien trouvé d’avantageux, mais que les navires dirigés sur la Macédoine faisaient également route sur eux, et que les hautes instances des Lacédémoniens leur avaient promis, si les Athéniens marchaient sur Potidée, de se jeter sur l’Attique, alors précisément, en vertu de cette occasion, ils font défection avec les Chalcidiens et les Bottiéens, ayant prêté serment en commun. Et Perdiccas persuade les Chalcidiens, ayant abandonné les cités sur la mer et les ayant détruites, d’aller s’établir dans les terres, à Olynthe, et de faire de celle-ci une seule cité forte ; à ceux ayant abandonné (leurs cités), il donna à *exploiter* une partie de sa terre de Mygdonia, près du lac Bolbè, tant que la guerre contre les Athéniens serait. Et les uns s’établissaient dans les terres, détruisant leurs cités et se préparaient à la guerre ;
59. de leur côté, les trente navires des Athéniens arrivent aux lieux en bordure de la Thrace et tombent sur Potidée et les autres cités ayant fait défection. Mais les généraux ayant jugé chose impossible de faire la guerre contre Perdiccas avec leur force et contre les places ayant fait défection de concert, se tournent vers la Macédoine, précisément vers quoi ils avaient été envoyés d’abord, et s’étant établis ils faisaient la guerre en compagnie de Philippe et des frères de Derdas ayant fait irruption avec une armée de l’intérieur des terres.
60. Et pendant ce temps, les Corinthiens, Potidée ayant fait défection et les navires athéniens étant du côté de la Macédoine, craignant au sujet de la région et considérant le danger comme personnel, envoient parmi eux des volontaires et parmi les autres Péloponnésiens, les ayant persuadés par une solde, en tout mille six cents hoplites et quatre cents soldats armés à la légère. Les commandait d’autre part Aristeus fils d’Adeimantos, et c’est non moins que le reste en vertu de l’amitié pour lui que la plupart des soldats de Corinthe l’avaient suivi volontiers ; il était en effet de tout temps bien disposé envers les Potidéates. Et ils arrivent au bord de la Thrace le quarantième jour après que Potidée a fait défection.
Je n'ai jamais fait de grec mais je me permets de vous féliciter pour votre travail et pour cette démarche de partage avec les membres du forum.
Merci beaucoup.

Voilà qui clôt l’épisode de Potidée. Le texte n’est guère susceptible d’intéresser que l’historien, il faut bien le dire, et je me demande ce que les pauvres candidats auront à dire dessus. Les discours qui vont suivre vont être, heureusement plus riches littérairement parlant.

- § 61 l. 1 : je n’ai pu conserver la prolepse « la nouvelle des cités qu’elles avaient fait défection ».
l. 4 : je n’ai pas pu non plus traduire littéralement la tournure bien connue « lui cinquième » pour dire "lui et quatre autres".
l. 8 : consulter l’apparat critique en ce qui concerne les noms de lieux. Le texte est parfois conjectural.


- § 62 l. 5-6 : la syntaxe est un peu torturée ; on voit d'abord un datif prendre le relais d'un génitif : « L’idée d’Aristeus était d’une part à lui maintenant sa troupe…, de… » ; quant à la suite de son plan, elle est exprimée par un proposition infinitive ; il est donc impossible de conserver le balancement « l'idée d'Aristeus était d'une part de… , d'autre part de…». La souplesse du grec apparaît ici pleinement.

- § 63 l. 12 : il semblerait que δέ ait ici un sens nettement conclusif, mais ce sens n’est pas attesté dans le Bailly. Dans l’Alexandre, on trouve la traduction « et », peut-être dans le sens où l’on emploie cette conjonction pour annoncer un bilan : « Et c’est ainsi que… ». Même remarque au § 66 l.1.

- § 64 l. 1 et 9 ; § 65 l. 1 : je n’ai pas suivi Mme de Romilly dans sa traduction de l’expression τεῖχος ἀποτειχίζειν, il est vrai curieuse, mais attestée deux fois. J’ai traduit plus simplement « élever un mur de siège », ce qui me permet de traduire plus facilement le verbe au passif par « être assiégée ». Mais j'ai dû interpréter les deux τὸ δέ comme des acc. de relation signifiant "pour ce qui est du lieu…". Je ne garantis rien. Voir bien sûr les explications critiques.

61. Mais aux Athéniens était aussitôt parvenue la nouvelle que les cités avaient fait défection, et ils envoient, dès qu’ils eurent connaissance que ceux qui accompagnaient Aristeus faisait aussi route vers ce lieu, deux mille hoplites de chez eux et quarante navires contre les cités ayant fait défection, et Callias, fils de Calliadès, et quatre généraux. Ceux-ci arrivés en Macédoine tombent d’abord sur les mille précédents ayant récemment pris Thermè et assiégeant Pydna, or, s’étant établis près d’eux, ils assiégèrent Pydna eux aussi, mais ensuite, ayant fait un traité et une alliance contrainte avec Perdiccas, comme les pressaient Potidée et Aristeus étant arrivé, ils sortent de la Macédoine. Et, arrivés *en territoire de Béroè* et de là à Strepsa et ayant d’abord fait une tentative sur la place et ne l’ayant pas prise, ils se dirigent par la terre contre Potidée avec trois mille hoplites de chez eux, avec en outre beaucoup de chez leurs alliés, avec encore six cents cavaliers de chez les Macédoniens, ceux qui étaient avec Philippe et Pausanias ; en même temps d’autre part, soixante-dix navires voguaient le long de la côte. S’étant avancés cependant petit à petit, le troisième jour ils arrivèrent à Gigonos et établirent un camp.
62. Cependant, les Potidéates et les Péloponnésiens autour d’Aristeus attendant les Athéniens campaient du côté d’Olynthe, sur l’isthme, et s’étaient ménagé un marché à l’extérieur de la ville. Comme général de l’ensemble de l’infanterie les alliés avaient donc choisi Aristeus, de la cavalerie, d’autre part, Perdiccas ; il avait fait en effet aussitôt défection aux Athéniens et combattait aux côtés des Potidéates, ayant établi Iolaos à sa place comme magistrat. Or l’idée d’Aristeus était d’une part, pour lui, maintenant sa troupe autour de lui dans l’isthme, de guetter les Athéniens, s’ils attaquaient, d’autre part, que les Chalcidiens et les alliés à l’extérieur de l’isthme et la cavalerie des deux cents d’auprès de Perdiccas restent à Olynthe, et lorsque les Athéniens marcheraient contre eux, venant au secours par derrière, de mettre au milieu d’eux les ennemis. Mais en retour, Callias, le général des Athéniens, et ceux commandant avec lui envoient les cavaliers macédoniens et un petit nombre des alliés sur Olynthe, afin d’empêcher ceux de là de porter secours, eux de leur côté, ayant levé le camp, marchaient sur Potidée. Et lorsqu’ils furent près de l’isthme et qu’ils virent les adversaires se préparer comme pour le combat, ils se plaçaient en face eux aussi et pas beaucoup plus tard en venaient aux mains. Et certes l’aile même d’Aristeus et tous les soldats d’élite qui étaient autour de lui, parmi les Corinthiens et les autres, **mirent en déroute** celle face à eux et poussèrent leur avance, la poursuivant sur une grande distance. Mais le reste de la troupe des Potidéates et des Péloponnésiens était vaincue par les Athéniens et se réfugia vers le mur.
63. Cependant, Aristeus revenant de sa poursuite, dès qu’il voit le reste de l’armée vaincue, ne sut pas vers lequel des deux endroits s’étant dirigé il *risquerait la partie* : soit sur Olynthe soit vers Potidée ; il lui sembla donc bon, ayant rassemblé ceux avec lui dans le plus petit espace possible, de passer en force à la course en direction de Potidée, et il passa le long du brise-lames, par la mer, accablé de traits et difficilement, ayant certes perdu quelques-uns, mais ayant sauvé la plupart. Cependant, ceux portant secours d’Olynthe aux Potidéates (il faut dire qu’elle était éloignée d’environ soixante stades et c’est tout dégagé), comme le combat commençait et que les signaux avaient été levés, parcoururent une courte distance comme pour venir au secours, et les cavaliers macédoniens se rangèrent en face d’eux comme pour les en empêcher ; mais lorsque rapidement la victoire des Athéniens eut lieu et que les signaux furent abaissés, ils revenaient sur leurs pas vers le mur et les Macédoniens auprès des Athéniens ; et les cavaliers n’assistèrent aucun des deux groupes. Cependant, après le combat, les Athéniens élevèrent un trophée et rendirent leurs morts, conformément à la convention, aux Potidéates ; or moururent, parmi les Potidéates et leurs alliés un peu moins de trois cents, tandis que parmi les Athéniens eux-mêmes cent cinquante ainsi que Callias le général.
64. Cependant, du côté de l’isthme, aussitôt, les Athéniens ayant élevé un mur de siège, le munirent d’une garnison ; mais le côté face à Pallène était sans fortification ; ils ne pensaient pas en effet être capables de tenir une garde dans l’isthme et, ayant fait la traversée jusqu’à Pallène, de la fortifier, craignant que les Potidéates et leurs alliés ne s’attaquent à eux ayant été séparés en deux. Et les Athéniens, dans leur cité, ayant appris que Pallène était sans fortification, envoient par la suite mille six cents hoplites de chez eux et Phormion, fils d’Asopios, comme général. Lequel étant arrivé à Pallène et se lançant d’Aphytis, il amena son armée sous Potidée, s’avançant petit à petit et ravageant en même temps la terre ; mais comme personne ne sortait pour le combat, il éleva un mur de siège du côté de Pallène ; et ainsi désormais Potidée était assiégée de vive force des deux côtés et en même temps du côté de la mer, par des navires mouillés en face.
65. Or Aristeus, celle-ci ayant été assiégée, n’ayant aucun espoir de salut, si quelque chose n’arrivait pas du Péloponnèse ou une autre chose contraire à la raison, conseillait de son côté, à l’exception de cinquante, aux autres ayant guetté le vent, de partir sur leurs navires, afin que les vivres durent davantage, et lui voulait bien être parmi les restant. Mais comme il ne convainquait pas, voulant disposer les choses en relation avec la situation, et afin que les affaires de l’extérieur aillent le mieux possible, il se ménage un départ en navire à l’insu de la garde des Athéniens ; et demeurant chez les Chalcidiens, il faisait la guerre avec eux ; entre autres, ayant tendu une embuscade devant la cité des Sermyliens, il fit périr beaucoup de gens, et négociait en direction du Péloponnèse pour voir comment quelque assistance surviendrait. Cependant, après le blocus de Potidée, Phormion quant à lui, ayant les mille six cents, ravageait la Chalcidique et la Bottique et il est même des villes qu’il prit.
66. Et voilà, pour les Athéniens et les Péloponnésiens ces griefs les uns envers les autres qui s’étaient ajoutés ; pour les Corinthiens d’une part, parce que Potidée, étant une colonie à eux ainsi que les hommes parmi les Corinthiens et les Péloponnésiens s’y trouvant, on les assiégeait, pour les Athéniens d’autre part à l’égard des Péloponnésiens, parce qu’une cité alliée et redevable d’un tribut, ils l’avaient détachée d’eux et étant venus, contre eux, ouvertement, ils avaient combattu avec les Potidéates. Cependant, la guerre *proprement dite* n’avait pas encore éclaté, et la trêve était toujours ; car c’était en particulier que les Corinthiens avaient accompli ces choses.


Voici le discours des Corinthiens et le fameux parallèle entre Sparte et Athènes. Cette fois, on a de la symétrie, très appuyée stylistiquement !

§ 69
Ligne 8 : on trouve pour οἱ δρῶντες la traduction « ceux qui font du tort ». J’ai suivi Mme de Romilly est j’ai traduit « ceux agissant », en vertu de l’idée générale, qui est qu’Athènes agit alors que Sparte reste passive.
Lignes 9-10 : ἐπιστάμεθα est suivi à la fois de l’interrogative indirecte οἵᾳ ὁδῷ … et de la complétive καὶ ὅτι … J’ai respecté ces tournures, au prix d’une phrase incorrecte en français.


§70
Lignes 3-4 : Il est vraiment très difficile de traduire mot à mot les trois interrogatives gouvernées par des participes… On frise le charabia.


§72
Lignes 4-5 : Belle asymétrie τῶν μὲν ἐγκλημάτων … ἀπολογησομένους /δῆλωσαι δὲ … A ne pas reproduire dans un thème !
Ligne 10 : Le mot πλῆθος signifie proprement «multitude ». J’ai repris la traduction proposée par Mme de Romilly, bien qu’il ne s’agisse pas ici d’une assemblée structurellement définie.


67. Mais, Potidée étant assiégée, ils ne restaient pas sans rien faire, des hommes à eux y étant et en même temps craignant pour la place ; ils invitaient aussitôt à Lacédémone les alliés et, étant venus, ils poussaient de grands cris contre les Athéniens comme quoi ils avaient rompu la trêve et causaient du tort aux Péloponnésiens. Et Égine, n’envoyant pas ouvertement une ambassade, craignant les Athéniens, mais en secret, ne poussait pas le moins à la guerre en compagnie [des Corinthiens], disant qu’ils n’étaient pas autonomes, conformément au traité. Cependant, les Lacédémoniens, ayant invité en outre parmi leurs alliés quiconque disait aussi avoir subi quelque tort du fait des Athéniens, ayant fait leur assemblée habituelle, leur enjoignirent de parler. Et d’autres s’étant présentés portèrent des accusations chacun pour soi, et en particulier les Mégariens, faisant apparaître certes des différents pas peu importants, mais surtout qu’ils étaient écartés des ports dans l’empire des Athéniens et du marché attique contre les traités. Mais étant venus parler en dernier, les Corinthiens, ayant laissé aussi les autres exciter les Lacédémoniens, ajoutèrent des choses semblables à celles-ci :
68. « Le bon aloi, Lacédémoniens, des relations politiques et privées entre vous vous rend plus défiants envers les autres, si nous disons quelque chose. Et à partir de cela vous possédez certes de la modération, mais vous êtes affectés d’un plus grand *manque de finesse* face aux affaires extérieures. En effet, vous annonçant souvent à l’avance ce que nous allions subir de torts du fait des Athéniens, vous n’acquériez pas la connaissance de ce que nous vous enseignions à chaque fois, mais vous soupçonniez plutôt les intervenants de parler en vue de leurs différents à eux en particulier ; et à cause de cela, ce n’est pas avant de subir un tort, mais alors que nous étions dans l’action que vous avez mandé les alliés que voici, au milieu desquels il ne convient pas le moins que nous parlions, d’autant que nous avons aussi les plus grands griefs, maltraités d’un côté par les Athéniens, de l’autre négligés par vous. Et si c’était en n’y paraissant pas qu’ils traitaient injustement la Grèce, il vous faudrait encore une information, comme à des gens ne sachant pas ; au lieu de cela, à quoi bon parler longuement pour des gens parmi lesquels vous voyez les uns asservis, eux ayant des visées contre les autres, et pas le moins contre nos alliés, et ayant pris l’initiative de se préparer depuis longtemps, au cas où ils feraient la guerre quelque jour ? Car ayant pris Corcyre, ils ne la détiendraient pas malgré nous ni n’assiégeraient Potidée ; parmi lesquelles l’une est la place la plus opportune à utiliser pour ce qui regarde les lieux en bordure de la Thrace, l’autre aurait procuré la flotte la plus importante aux Péloponnésiens.
69. Et de cela vous êtes responsables ; d’abord les ayant laissés fortifier leur ville après les guerres médiques et plus tard élever les Longs Murs, et toujours jusqu’à ce jour privant non seulement ceux asservis par eux de liberté, mais encore vos alliés désormais, car ce n’est pas celui ayant asservi, mais celui pouvant certes cesser cela, mais le négligeant, qui est plus véritablement coupable de cela, même s’il est vrai qu’il porte avec lui la considération de la vertu comme libérant la Grèce. C’est d’autre part avec peine que nous nous sommes réunis à présent, et pas même à présent pour des raisons claires. En effet, il ne faudrait plus examiner si nous subissons un tort, mais nous fondant sur quoi nous nous défendrons ; en effet, ceux agissant, c’est ayant délibéré qu’ils s’avancent déjà, n’hésitant pas, face à ceux n’ayant pas pris de résolution. Et nous savons par quelle voie, et qu’ils avancent petit à petit contre leurs voisins. Et pensant être cachés à cause de votre défaut de perspicacité, ils ont moins confiance, mais sachant que vous regardez cela avec indifférence le connaissant, ils insisteront fortement. En effet, seuls parmi les Grecs, vous vous tenez tranquilles, Lacédémoniens, luttant contre quelqu’un non par la force, mais par la temporisation, et seuls ruinant le développement de vos ennemis non débutant, mais étant doublé. Et pourtant, vous étiez dits être sûrs, vous dont la réputation l’emporte à coup sûr sur le fait. Et le Mède, en effet, nous savons nous-mêmes que des extrémités de la terre, il est venu jusqu’au Péloponnèse avant que de votre côté on ne prenne les devants valablement, et à présent, les Athéniens, n’étant pas loin, comme celui-là, mais près, vous les regardez négligemment, et au lieu de les attaquer vous-mêmes, vous voulez plutôt les repousser eux vous ayant attaqués et de vous en remettre aux vicissitudes en combattant contre des gens beaucoup plus forts, sachant que le barbare lui-même a échoué principalement à cause de lui et que face aux Athéniens eux-mêmes, beaucoup de fois déjà c’est plus par leurs erreurs que par des secours venant de vous que nous avons été supérieurs ; puisque *aussi bien* les espoirs en vous ont déjà perdu probablement certains non préparés aussi à cause du fait d’avoir confiance. Et que personne d’entre vous ne pense que c’est par haine plus que par grief que je dis ces choses ; le grief met en cause des hommes amis se trompant, mais l’accusation des ennemis ayant commis des torts.
70. Et en même temps, nous, si jamais il y en eut d’autres, nous estimons être dignes d’élever un blâme envers nos voisins, surtout de grands intérêts étant établis, au sujet desquels vous ne nous semblez pas, à nous du moins, avoir de réaction ni avoir jamais compté contre quels hommes étant les Athéniens et à quel point et combien en tout différant de vous sera la confrontation. Les uns certes sont novateurs et prompts à imaginer et à réaliser de fait ce qu’ils décident, vous par contre, de sauvegarder les choses étant à votre disposition et de ne rien décider et de fait de ne pas même atteindre les choses nécessaires. A leur tour d’autre part, les uns sont des audacieux au-delà de leur puissance et des coureurs de dangers au-delà de leur réflexion et pleins d’espoir dans les moments périlleux ; votre camp, par contre, de faire des choses en deçà de votre puissance et de ne pas même avoir confiance dans les éléments sûrs de votre réflexion et de ne jamais croire vous sortir des moments périlleux. Et en outre ils sont sans atermoiement face à vous, temporisateurs et voyageurs face à vous, très casaniers ; les uns pensent en effet qu’ils peuvent acquérir quelque chose par l’absence, vous par contre, que par l’éloignement, vous nuisez à ce que vous avez à disposition. Et vainquant leurs ennemis, ils s’avancent au plus loin, et vaincus ils reculent le moins loin. De plus, ils usent de leurs corps avec une parfaite aliénation pour leur cité, mais d’une réflexion tout à fait personnelle pour faire quelque chose pour elle ; et ce que, l’ayant imaginé, ils ne peuvent poursuivre, ils pensent en être privés comme choses propres, tandis que ce que, s’étant éloignés, ils peuvent acquérir, ils pensent que ce sont peu de choses qu’ils se trouvent avoir faites par comparaison avec les choses à venir ; si d’autre part aussi ils échouent dans l’essai de quelque chose, ayant espéré en échange d’autre choses, ils ont *comblé* le besoin ; car seuls ils possèdent tout aussi bien qu’ils espèrent ce qu’ils peuvent imaginer par le fait de se ménager une entreprise rapide de ce qu’ils ont pu décider. Et toutes ces choses, c’est avec des peines et des dangers pour toute la vie qu’ils les endurent, et ils tirent le moins profit des choses à leur disposition par le fait de toujours acquérir et de penser qu’une fête n’est rien d’autre que de réaliser les choses qu’on doit et le malheur pas moins un repos sans affaires que des occupations qui coûtent de la peine. De sorte que si l’on disait, ayant résumé, qu’ils ont été créés pour n’avoir ni eux-mêmes de repos ni le permettre aux autres hommes, on serait dans le vrai.
71. Cependant, cette cité telle étant établie en face de vous, Lacédémoniens, vous temporisez et vous croyez que le calme persiste surtout non pour ceux des hommes qui pratiquent le droit dans les préparatifs de guerre, et d’autre part, dans leur pensée, s’ils sont traités injustement, montrent clairement qu’ils n’abandonneront pas, mais vous admettez l’équité moyennant le fait de ne pas incommoder les autres et vous-mêmes, en vous défendant, de ne pas subir de tort. Or c’est à peine si habitant à côté d’une cité de même nature vous obtiendriez cela. En réalité, ce que précisément nous avons aussi montré à l’instant, antiques sont vos habitudes par comparaison à eux. Or il est nécessaire que les choses qui viennent après, comme celles de la technique, triomphent toujours ; et pour une cité se tenant au calme les usages immuables sont les meilleurs, mais pour ceux qui sont forcés de faire face à beaucoup de choses, il faut aussi beaucoup d’innovation. C’est précisément pourquoi aussi les affaires des Athéniens, du fait de leur abondante expérience, ont subi plus de changements que vous. Que jusqu’à ce jour donc votre nonchalance soit bornée ; maintenant par contre, portez secours aux autres et en particulier aux Potidéates, comme vous l’avez promis, en vous jetant en vitesse sur l’Attique, afin que des hommes amis et parents, vous ne les abandonniez pas aux pires ennemis et que nous autres, par découragement, vous ne nous poussiez pas vers quelque autre alliance. De notre côté, nous ne ferions rien d’injuste ni au nom des dieux protecteurs des serments ni au nom des hommes s’en apercevant ; rompent en effet des traités non ceux par délaissement allant vers d’autres, mais ceux n’aidant pas ceux avec qui ils partagent le serment. Or vous désirant avoir de la bonne volonté, nous resterons ; car ni nous ne ferions de choses conformes aux lois divines en changeant de camp, ni nous ne trouverions d’autres plus familièrement connus. En conséquence de ces choses, délibérez bien et le Péloponnèse, efforcez-vous de ne pas l’avoir sous votre autorité moindre que vos pères vous l’ont transmis. »
72. Telles sont les choses que les Corinthiens dirent de leur côté. Mais une ambassade des Athéniens se trouvait auparavant être présente à Lacédémone pour d’autres affaires, et dès qu’ils eurent pris connaissance des propos, il leur sembla bon qu’il leur fallait se présenter devant les Lacédémoniens, ne devant se défendre en rien sur les griefs que les cités formulaient, mais de montrer sur l’ensemble qu’il ne leur fallait pas délibérer promptement, mais réfléchir encore plus. Et en même temps, ils voulaient faire voir leur ville, tout ce qu’elle était concernant la puissance, et de faire le rappel aux plus anciens des choses qu’ils savaient, et aux plus jeunes le récit des choses dont ils étaient ignorants, pensant que d’après leurs discours ils se tourneraient plus vers l’état de paix que vers l’activité guerrière. S’étant donc présentés aux Lacédémoniens ils dirent vouloir eux aussi parler à leur *assemblée*, si rien ne l’empêchait. Ceux-ci leur enjoignirent de s’avancer, et, s’étant présentés, les Athéniens dirent des choses semblables à celles-ci :


Voici donc le discours des Athéniens. On admirera leur habileté – en fait celle de Thucydide – pour justifier leur hégémonie après les guerres Médiques en la faisant découler naturellement de leur rôle de « leader » face à l’attentisme spartiate, pour d’autre part expliquer les difficultés qu’ils ont avec les sujets de leur empire par la nature même des relations démocratiques qu’ils entretiennent avec eux (alors qu’on sait en fait que les Athéniens, démocrates dans leur cité, se montraient plutôt « impérialistes » à l’extérieur), et pour faire comprendre enfin à leur adversaire qu’une guerre ne pourrait être que longue et hasardeuse (Thucydide se sert évidemment de sa connaissance des événements ultérieurs pour forger l'argument). C’est de la belle rhétorique ; il n’y manque, pour la faire valoir pleinement, que le style d’un Démosthène…

§73 l.11 : J’avoue que προβαλλομένοις me pose problème. Je l’interprète comme une forme passive à cause du sens de δι᾿ὄχλου ; les discours en question sont ennuyeux que pour ceux qui les entendent dire sans cesse, ceux dont on leur « rebat les oreilles ».

§74 l.10 : Une fois de plus, je suis tenté de traduire ὥς par « comme (ceci) », c'est-à-dire « ainsi ».

§75 l.1 : Au lieu d’ἆρα, on attendrait une particule exprimant une interro-négative, puisque la réponse attendue est manifestement « oui » ; les traductions anciennes n’hésitent pas à traduire ainsi. J’ai adopté le parti de Mme de Romilly.

§77 l.9 : Avec Legouëz, je traduis ἐνδεής par «la moindre chose » ; je ne sais pourquoi J. de Romilly parle de « différence ». Quant au Bailly, il indique une traduction difficilement justifiable. Le sens paraît clair : les sujets d’Athènes, s’ils conservent leur intégrité, n’en sont pas pour autant reconnaissants envers les Athéniens, alors que, privés du moindre avantage, ils réclament contre eux.
l. 13 : Le balancement τὸ μέν… τὸ δέ présente un raccourci grammatical difficile à traduire : ces « démonstratifs » neutres reprennent les deux éléments évoqués précédemment, c'est-à-dire l’in justice et la force, mais ils sous-entendent aussi les personnes qui font usage de ces moyens respectifs, comme le montrent les verbes dont ils sont sujets (extraordinaire plasticité du grec !). Je traduis littéralement, même si l’ensemble est peu acceptable… La solution de J. de Romilly est évidemment claire et élégante.




73. « Certes notre ambassade n’avait pas lieu en vue d’un *débat contradictoire* avec vos alliés, mais sur les sujets pour lesquels notre ville nous avait envoyés ; mais percevant les invectives non de moindre importance envers nous, nous nous sommes avancés pour parler, non devant répondre aux griefs des cités (car ce n’est pas auprès de vous comme juges que les paroles ni ne nous ni de ceux-ci ne sauraient être), mais pour ne pas qu’à la légère, sur des affaires importantes, vous fiant à vos alliés, vous ne délibériez plus mal, et en même temps voulant, à propos de la rumeur générale s’étant établie envers nous, montrer que ce n’est pas sans raison que nous détenons ce que nous avons acquis, et que notre cité est digne de réputation. Et les faits tout à fait anciens, à quoi bon les dire, dont les auditions de récits sont plus témoins que la vision de ceux allant écouter ? Mais les guerres médiques et tous les faits que vous connaissez vous-mêmes, même si c’est fastidieux pour ceux dont on rebat continuellement les oreilles, il est nécessaire de les dire. Et en effet, quand nous agissions, c’était en vue de l’utilité qu’un danger était couru, à la réalité de laquelle, vous avez eu votre part ; nous, de notre côté, ne soyons pas privés de tout propos, s’il a quelque utilité. Mais ce qui sera dit le sera pas plus en vue d’une demande de pardon que d’un témoignage et d’une démonstration contre quelle ville pour vous, ne délibérant pas correctement, la confrontation sera établie. Nous affirmons en effet, à Marathon, avoir affronté seuls le danger contre le barbare et, lorsque plus tard il est venu, n’étant pas capables de nous défendre sur terre, ayant embarqué en masse sur les navires, avoir participé au combat naval à Salamine, ce qui l’a précisément retenu, s’avançant par mer cité par cité, de ravager le Péloponnèse, ceux-ci étant incapables de porter éventuellement secours les uns aux autres contre de nombreux navires. Et la plus grande preuve, c’est lui-même qui l’a faite ; car ayant été vaincu sur ses navires, dans la pensée que la puissance n’était plus pour lui la même, il se retira avec la plus grande partie de l’armée.
74. Cet événement étant donc survenu tel, et le fait ayant été démontré que les affaires des Grecs étaient dans leurs navires, trois sont les éléments les plus utiles que nous avons produit face à cela : le nombre de navires le plus élevé, un homme – un général – le plus avisé, et l’ardeur la plus diligente, *soit*, d’une part, en face des quatre cents navires, un peu moins des deux tiers, d’autre part, Thémistocle comme chef, qui fut le plus responsable d’avoir fait un combat naval dans le détroit, ce qui précisément sauva très clairement la situation, et à cause de cela, vous l’avez honoré, lui, un homme étranger, plus à la vérité que ceux venus chez vous ; nous avons d’autre part montré l’ardeur de beaucoup la plus audacieuse, nous certes qui, alors que personne ne nous aidait sur terre, les autres déjà, jusqu’à nous, étant asservis, avons jugé bon, ayant quitté notre cité et détruit nos biens particuliers, de ne pas même abandonner ainsi la communauté des alliés restants, ni non plus, nous étant dispersés, de leur être inutiles, mais, ayant embarqué sur les navires, d’affronter le danger et de ne pas nous irriter du fait que vous ne nous aviez pas assistés auparavant. De sorte que nous affirmons vous avoir été utiles non moins qu’avoir reçu cette utilité. Vous en effet, partant de cités bien administrées et en vue de les habiter le reste du temps, lorsque vous avez craint pour vous plutôt que pour nous, vous êtes venus au secours (et certes, lorsque nous étions encore indemnes, vous n’étiez pas présents), nous par contre, accourant d’une cité n’étant plus, et courant des dangers pour celle étant dans un faible espoir, nous avons contribué à vous sauver, pour une part, ainsi que nous-mêmes. Si au contraire nous nous étions auparavant rapprochés du Mède ayant craint, comme les autres aussi, pour notre pays, ou que nous n’ayons pas osé ensuite embarquer sur les navires comme étant perdus, il n’aurait plus en rien fallu, n’ayant pas de navires suffisants, que vous combattiez sur mer, mais c’est dans la tranquillité que pour lui les affaires auraient prospéré de la manière qu’il le voulait.
75. Sommes-nous dignes, *oui ou non*, Lacédémoniens, à cause et de cette ardeur d’alors et de la pertinence de notre jugement, de ne pas être en butte aussi excessivement à l’envie chez les Grecs, du moins pour l’hégémonie que nous détenons ? Et de fait, nous l’avons prise n’ayant pas usé de violence, mais vous d’une part ne voulant pas vous maintenir contre les forces restantes du barbare, d’autre part, les alliés étant venus vers nous et ayant demandé eux-mêmes à nous établir comme chefs. Or, par suite de ce fait, nous avons été contraints d’abord de la porter jusqu’à ce point, certes surtout par crainte, puis par honneur, enfin par utilité, et il ne nous paraissait plus sûr, détestés par la plupart et certains, ayant même déjà fait défection, ayant été *réduits*, et vous n’étant plus pareillement amis à nous, mais étant suspicieux et en désaccord, de courir un danger en nous étant relâchés (et en effet les défections auraient eu lieu vers vous) ; or il est irréprochable pour tous de bien disposer ses intérêts en ce qui concerne les plus grands dangers.
76. En tout cas, Lacédémoniens, les cités dans le Péloponnèse, c’est les ayant établies en vue de votre intérêt que vous les gouvernez ; et si alors ayant persisté tout le temps vous aviez été détestés dans votre hégémonie, comme nous, nous savons bien que vous n’auriez pas moins été pénibles pour vos alliés et contraints soit à commander avec fermeté soit à courir vous-mêmes des dangers. Ainsi, nous non plus nous n’avons rien fait d’extraordinaire ni même en dehors de la manière d’agir humaine, si nous avons accepté l’empire donné et ne l’avons pas laissé aller, vaincus par *les plus fortes raisons* : l’honneur et la crainte et l’utilité, ni non plus n’ayant pris les premiers l’initiative d’une telle chose, mais cela ayant toujours été établi, que l’inférieur soit contraint par le plus puissant, pensant en même temps en être dignes, et le paraissant à vous, jusqu’à ce que, calculant vos intérêts, c’est d’un discours de justice que vous usez maintenant, lequel jamais encore personne, l’occasion se présentant d’acquérir quelque chose par la force, n’ayant préféré, ne s’est abstenu de posséder plus. Sont dignes d’autre part d’être loués ceux qui, ayant usé de la nature humaine en sorte de commander aux autres, sont devenus plus justes que selon la puissance étant à leur disposition. Les autres en tout cas, nous pensons qu’ayant pris notre situation, montreraient tout à fait si nous sommes modérés en quelque chose, mais même à la suite de la juste mesure, c’est le discrédit plus que la louange qui, non à juste titre, nous est advenu.
77. En effet, même ayant le dessous dans les procès relatifs aux conventions avec nos alliés et, chez nous-mêmes, ayant établi les jugements *selon des lois communes*, nous paraissons aimer les voies de justice. Et personne parmi eux n’observe pourquoi, à ceux ayant quelque part ailleurs l’empire, et étant moins que nous mesurés envers leurs sujets, cela n’est pas reproché ; en effet, ceux à qui il peut être permis d’user de violence n’ont en rien besoin d’user de procès. Au contraire, habitués à avoir des relations avec nous d’égal à égal, si, contrairement à ce qu’ils pensent ne pas devoir être, ils sont d’une manière quelconque, soit par une décision soit par la force provenant de l’empire, mis en état d’infériorité, ils ne nous rendent pas grâce n’ayant pas été privés du principal, mais, (privés) de la moindre chose, ils le supportent plus difficilement que si, dès l’origine, ayant écarté la loi, nous avions cherché ouvertement notre avantage. Alors que, de cette manière, pas même eux n’auraient à redire qu’il ne faut pas que l’inférieur cède au dominant. Et traités injustement, à ce qu’il paraît, les hommes s’irritent plus que violentés ; en effet, l’une [l’injustice] semble être dominée par l’égal, l’autre [la force], contrainte par son supérieur. En tout cas, éprouvant du fait du Mède des choses plus terribles que celles-ci, ils les supportaient, tandis que notre empire semble difficile à supporter, à juste titre ; car le présent semble toujours pénible aux sujets. Vous, en tout cas, si nous ayant défaits vous aviez l’empire, c’est rapidement que vous altéreriez la bienveillance que vous avez reçue par crainte de nous, si toutefois tous les sentiments que vous avez montrés autrefois ayant contre le Mède exercé l’hégémonie pendant un bref moment, ces mêmes sentiments, vous devez les manifester encore à présent. Vous avez en effet des usages en ce qui vous concerne incompatibles avec les autres, et de plus chacun (de vous) , étant allé à l’extérieur, ne fait usage ni de ceux-ci ni de ceux que le reste de la Grèce reconnaît.
78. Délibérez donc lentement dans l’idée que ce n’est pas sur des sujets de peu d’importance, et, en vous étant laissés persuader par les idées et les griefs des autres, ne vous attirez pas une peine propre. L’imprévu de la guerre d’autre part, combien il est grand, avant d’y être, examinez-le d’abord ; se prolongeant en effet, elle se plaît à aboutir le plus souvent à des vicissitudes, dont nous sommes éloignés à égalité, et un danger est couru dans l’incertitude de quel côté il sera. Et les hommes marchant vers les guerres s’en tiennent d’abord aux actes qu’il faudrait accomplir ultérieurement, mais, ayant éprouvé du malheur, en viennent alors aux paroles. Or nous, ni n’étant encore nous-mêmes dans une telle erreur, ni ne voyant que vous l’êtes, nous vous disons, tant qu’est libre pour tous les deux la bonne décision, de ne pas rompre les traités et de ne pas violer les serments, de résoudre d’autre part les différends par le droit selon la convention, ou bien, prenant à témoins les dieux du serment, nous nous efforcerons de vous repousser, vous prenant l’initiative de la guerre, par là où vous nous aurez montré le chemin. »


Voici le discours d’Archidamos, plein de mesure et de pragmatisme. On admirera l’éloge des qualités spartiates et la critique corrélative de la rouerie attique et de son goût pour la rhétorique : c’est tout le problème du discours et de l’action, que le roi voit confondus à Lacédémone, distincts, voire opposés à Athènes. L’importance de l’éducation, évoquée ici, me fait songer à ce que Werner-Jaeger en dit dans sa Paidéia, ouvrage classique dont je conseille la lecture aux agrégatifs.

§82. Au τε de la ligne 4 correspond le καί de la ligne 7, avec une asymétrie de construction.
l. 6. Belle anacoluthe : ἀνεπίφθονον δέ, ὅσοι… προσλαβόντας διασωθῆναι.


§84. Sur εἶναι explétif, voir Bailly. Je traduis par « en réalité ».
l. 9-10. Belle asymétrie : τὸ μὲν … εὔβουλοι δέ (on attendait τὸ δέ).


§85. Δίκας δοῦναι n’est évidemment pas à traduire par « être puni » puisqu’il est opposé par la suite à ἀδικοῦντα. Mme de Romilly propose « se soumettre à un jugement », je traduis par « subir un procès », moins neutre.

79. Telles sont les choses que les Athéniens dirent de leur côté. Lorsque d’autre part les Lacédémoniens eurent entendu les griefs de leurs alliés, ceux à l’égard des Athéniens ainsi que ceux des Athéniens, qu’ils avaient dits, les ayant tous éloignés ils délibéraient *entre* eux sur la situation présente. Et de la plupart, les opinions menaient au même point : que les Athéniens agissaient dès lors injustement et qu’il fallait faire la guerre en hâte ; mais, s’avançant, Archidamos, leur roi, homme semblant avisé et sensé, dit des choses semblables à celle-ci :
80. « Moi-même aussi j’ai déjà l’expérience de nombreuses guerres, Lacédémoniens, ainsi que parmi vous je vois ceux du même âge, de sorte que personne ne désire la chose ni par inexpérience, ce qu’éprouveraient précisément le grand nombre, ni ne l’ayant estimée bonne et sûre. Or vous trouveriez que cette guerre sur laquelle vous délibérez maintenant n’est pas des moindres si on la considérait sensément. En effet, face aux Péloponnésiens et à nos voisins, notre force est presque équivalente et capable d’aller sur chaque point ; mais face à des hommes qui ont une terre au loin et en outre une très grande expérience de la mer et sont au mieux pourvus de toutes les autres choses : richesse privée et publique et navires et chevaux et armes et masse d’hommes telle qu’il n’en existe pas, du moins, dans une seule autre région grecque, qui ont de plus de nombreux alliés soumis à tribut, comment faut-il contre de telles gens soulever une guerre à la légère et nous étant fiés à quoi nous presser sans préparation ? Est-ce aux navires ? Mais nous sommes inférieurs ; si d’autre part nous devons nous entraîner et nous préparer contre eux, il y aura du temps d’ici là. Eh bien à l’argent ? Mais nous sommes encore beaucoup plus loin derrière eux et ni nous n’en avons en commun ni nous n’en versons avec empressement à partir des biens privés.
81. Peut-être aurait-on confiance en ce qu’en armes et en masse d’hommes, nous l’emportons sur eux, en sorte de ravager leur territoire en y faisant des incursions. Mais à ceux-ci est un autre vaste territoire, qu’ils gouvernent, et de la mer ils amèneront à eux les choses dont ils ont besoin. Si d’un autre côté nous nous efforçons de détacher leurs alliés, il faudra les aider eux aussi par des navires, eux étant pour la plupart des insulaires. Quelle sera donc notre guerre ? Si en effet soit nous ne vainquons pas par les navires, soit nous ne supprimons pas les revenus à partir desquels ils entretiennent leur flotte, nous éprouverons principalement des dommages. Et à ce moment, il ne sera même plus honorable de nous réconcilier, surtout si nous semblons avoir plutôt initié le différend. Certes en effet, ne soyons pas excités par cet espoir, du moins, que la guerre sera vite terminée si nous ravageons leur territoire. J’ai peur plutôt que nous ne la léguions à nos enfants ; tant il est vraisemblable que les Athéniens, par fierté, ne soient ni asservis à leur territoire ni, comme des inexpérimentés, épouvantés par la guerre.
82. Néanmoins, je n’exhorte pas non plus à les laisser, avec indifférence, nuire à nos alliés et à ne pas les prendre sur le fait ayant des visées, mais d’une part à ne pas prendre encore les armes, d’autre part à envoyer des députés et à lancer des accusations ne laissant ni trop paraître ni la guerre, ni que nous la permettrons, et cependant à disposer nos affaires et par l’engagement d’alliés, et grecs et barbares, de n’importe quel lieu où nous acquerrons quelque puissance ou de flotte ou d’argent (car il est irréprochable, ceux qui comme nous sont l’objet des visées des Athéniens, de se sauver du danger en s’étant adjoint des alliés non seulement grecs, mais aussi barbares), et en même temps **déployons nos ressources propres**. Et s’ils prêtent l’oreille à nous envoyant des députés, cela sera au mieux ; sinon, s’étant écoulés deux ou trois ans, c’est alors mieux protégés, si bon nous semble, que nous irons contre eux. Et peut-être, voyant alors notre préparation et nos discours laissant paraître des choses en rapport avec elle, pourraient-ils davantage céder, et eux ayant une terre encore non ravagée, et délibérant sur des biens présents et pas encore détruits. En effet, ne pensez pas avoir leur terre comme quelque chose d’autre qu’un gage, et d’autant plus qu’elle a été mieux cultivée ; laquelle terre il faut épargner le plus possible et non, les ayant induits dans le désespoir, les rendre plus imprenables. Car si, sans préparation, pressés par les griefs des alliés, nous la ravageons, prenez garde à ce que nous n’agissions pas plus honteusement et de manière plus embarrassante pour le Péloponnèse. En effet, des griefs des cités et des particuliers, il est possible de les faire cesser ; mais à ceux ayant soulevé tous ensemble une guerre pour des intérêts particuliers, dont il n’est pas possible de savoir suivant quoi elle progressera, il n’est pas facile d’y mettre fin convenablement.
83. Et qu’à personne ne semble être un manque de courage le fait que beaucoup ne marchent pas en hâte contre une seule cité. Sont en effet à ceux-ci des alliés pas peu nombreux leur apportant de l’argent, et la guerre dépend non des armes, mais de *l’argent dépensé*, par le fait duquel les armes sont utiles, surtout pour des continentaux face à des gens de mer. Procurons-nous le donc d’abord et ne soyons pas d’abord excités par les discours des alliés, et d’autre part, nous qui précisément aurons le plus de *responsabilité* des événements dans les deux sens, prévoyons-les aussi de quelque manière avec calme.
84. Et la lenteur et l’hésitation, que l’on nous reproche principalement, n’en ayez pas honte. En vous pressant en effet, c’est plus lentement que vous termineriez à cause du fait d’entreprendre sans préparation, et en même temps, c’est une cité libre et très bien réputée que depuis toujours nous habitons. Et cela signifie en réalité une sagesse réfléchie ; seuls en effet, par ce fait, nous n’éclatons pas d’orgueil sous les succès et nous cédons aux malheurs moins que les autres, et des gens nous exhortant avec de la louange à des actions extraordinaires contre ce qui nous semble bon, nous ne sommes pas excités par le plaisir, et puis si, avec une accusation, on vient à nous exacerber, ayant été affligés, nous ne nous sommes en rien laissés persuader davantage. Et nous sommes valeureux à la guerre et réfléchis dans nos décisions en raison de notre bon ordre, l’un parce que le sentiment de l’honneur participe principalement à la sagesse, le courage à la *crainte du déshonneur*, sages dans nos décisions d’autre part, éduqués de façon plus ignorante que le mépris des lois et, avec rigueur, de façon trop sage pour leur désobéir, et pour ne pas, étant trop avisés sur des choses inutiles, blâmant avec brio, en discours, les préparatifs des ennemis, dans les faits, marcher contre lui différemment, mais pour penser que les dispositions d’esprits de nos voisins sont très semblables et que les hasards de fortune tombant sur nous ne sont pas discernables par la raison. Or toujours c’est comme face à des adversaires délibérant bien que de fait nous nous préparons ; et ce n’est pas d’eux comme devant faire des fautes qu’il faut tenir nos espérances, mais de nous-mêmes comme prévoyant de façon sûre, et il ne faut pas penser qu’un homme diffère beaucoup d’un homme, mais qu’est le plus fort celui qui est instruit dans les plus grandes contraintes.
85. Ces soins que nos pères nous ont transmis et que nous-mêmes en tout temps, tirant d’eux profit, nous conservons, ne les abandonnons pas et, nous étant pressés, ne délibérons pas dans une brève *fraction de journée* sur beaucoup d’individus et d’argent et de cités et de renommée, mais dans le calme. Cela nous est possible plus que les autres à cause de notre force. Et aux Athéniens envoyez d’abord des députés au sujet de Potidée, puis des députés au sujet des choses sur lesquelles les alliés disent qu’ils sont victimes d’injustice, surtout ceux-là étant prêts à subir un procès ; or contre celui subissant un procès, il n’est pas régulier de marcher comme contre quelqu’un commettant un dommage. Mais préparez la guerre en même temps. Ces choses en effet, ce seront les meilleures que vous déciderez et les plus redoutables pour les adversaires. » Et Archidamos dit de telles choses ; de son côté, Sthénélaïdas s’étant avancé le dernier, étant alors l’un des éphores, parla aux Lacédémoniens ainsi.

La courte intervention de Sthénélaïdas clôt les beaux assauts de rhétorique qui forment la partie centrale du livre. On ne retrouvera des discours que lors du « congrès » final. C’est principalement cet ensemble qui, avec la partie consacrée à la période archaïque, fournira le sujet des explications orales de l’agrégation. Quant aux sujets de leçons, ils peuvent être assez nombreux ; j’en verrais bien un porter sur la composition du livre I… Et attention, ce type de sujet est redoutable, je puis en témoigner !

Au lignes 8-10, la construction est tortueuse : on a trois adjectifs verbaux dont le premier et le dernier ont οὕς comme COD (on sait que l’adjectif verbal en -τέος construit de façon impersonnelle peut admettre tout à fait classiquement un COD). Malheureusement, le second verbe, διακριτέα, s’accorde mal du relatif comme complément. Comment l’inclure dans la série de relatives ? J’ai donc cherché une expression transitive. Quant à la traduction de J. de Romilly, elle s’éloigne trop de la construction du texte grec.

86. « Les discours abondants des Athéniens, je ne les comprends pas ; en effet, s’étant loués eux-mêmes sur beaucoup de choses, ils n’ont nullement opposé qu’ils ne causent pas du tort à nos alliés et au Péloponnèse. Cependant, si face aux Mèdes ils furent bons autrefois, mais, face à nous, méchants à présent, ils sont dignes d’une double peine, puisqu’à la place de bons ils sont devenus méchants. Quant à nous, nous sommes semblables et alors et à présent, et nos alliés, si nous sommes sensés, nous ne les verrons pas avec indifférence traités injustement ni ne tarderons à les venger ; de leur côté, ceux-ci ne tardent plus à éprouver du mal. Aux autres en effet sont beaucoup d’argent, des navires et des cavaliers, mais à nous de bons alliés, qu’il ne faut pas livrer aux Athéniens, ni remettre à une décision par des jugements ou des paroles, eux non plus n’étant pas lésés en paroles, mais venger en hâte et de toute notre force. Et qu’il nous convient de délibérer étant traités injustement, que personne ne nous l’enseigne, alors que c’est à ceux qui se préparent à agir injustement qu’il convient plutôt de délibérer. Votez donc, Péloponnésiens, d’une façon digne de Sparte, la guerre, et ne laissez pas les Athéniens devenir plus importants, et nos alliés, ne les trahissons pas, mais, avec les dieux, marchons contre les fauteurs de torts. »

Voici une partie plus facile à aborder et plutôt intéressante, puisque Thucydide y fait une digression sur la genèse de l’impérialisme athénien. On remarquera la manière dont il se met en valeur quand il signale qu’il comble à ce sujet une lacune de ses confrères.

§ 90, l. 18. J’ai traduit l’imparfait ᾤχετο par un passé simple, comme tous les traducteurs. L’aoriste de ce verbe étant inusité, l’imparfait semble pouvoir le suppléer.

§ 93, l. 6. J’ai considéré que le verbe ἠπείγοντο gouvernait le participe κινοῦντες ; cette construction se trouve chez Hérodote.

§ 95, l. 9-10. Noter l’asymétrie des constructions : Ξυνέβη τε αὐτῷ καλεῖσθαί τε ἄμα καὶ τοὺς ξυμμάχους … μετατάξασθαι, aboutaissant à une incorrection en français.

§ 96, l. 2. Pour traduire ἃς ἔδει, «à qui il fallait » eût été préférable mais ambigu, « à qui » pouvant être compris comme le complément du verbe fournir. J’ai donc traduit « qui devaient ».

§ 97, l. 5. Pour χώριον, j’ai préféré « matière » (J. de Romilly) à « période », trouvé ailleurs. Le mot me semble avoir ici un sens tout à fait comparable au latin « locus ».

l. 2 et 3. J’ai élaboré la traduction de τοσάδε et de ἅ pour éviter le charabia.

l. 9-10. On termine le tout par une belle prolepse !

87. Ayant dit de telles choses, il fit lui-même une proposition de vote, étant éphore, à l’assemblée des Lacédémoniens. Mais celui-ci (car ils décident par cri, non par jeton), déclara ne pas savoir pour le cri, lequel des deux partis était le plus fort, mais voulant, eux ayant montré clairement leur opinion, les pousser davantage à faire la guerre, dit : « Celui d’entre vous auquel il semble que le traité a été rompu et que les Athéniens agissent injustement, qu’il se lève pour se rendre vers cet endroit », leur ayant montré quelque endroit, « celui auquel il ne le semble pas, vers l’autre côté ». S’étant levés ils se séparèrent, et furent de beaucoup les plus nombreux ceux à qui le traité semblait avoir été rompu. Et ayant fait venir leurs alliés, ils dirent que les Athéniens leur semblaient agir injustement, mais qu’ils voulaient, ayant aussi convié tous les alliés, provoquer un vote, afin qu’ayant délibéré en commun ils fassent la guerre, si bon leur semblait. Et les uns se retirèrent chez eux ayant accompli ces choses, et les ambassadeurs des Athéniens, plus tard, s’étant occupés précisément de ce pour quoi ils étaient venus. Quant à cette décision de l’assemblée sur le fait que le traité était rompu, elle eut lieu la quatorzième année du traité de trente ans qui avait eu lieu après les événements d’Eubée.
88. Mais les Lacédémoniens avaient décidé par vote que le traité était rompu et qu’il fallait faire la guerre non pas tant ayant été persuadés par les discours des alliés que craignant les Athéniens, qu’ils ne soient encore plus puissants, voyant que la majeure partie de la Grèce leur était déjà soumise.
89. En effet, c’est d’une manière telle que celle-ci que les Athéniens arrivèrent à un état de leurs affaires où ils prospérèrent. Lorsque les Mèdes se furent retirés d’Europe, vaincus et sur les navires et sur terre par les Athéniens, et que ceux d’entre eux s’étant réfugiés sur leurs navires à Mycale eurent été anéantis, Léotychidas d’une part, le roi des Lacédémoniens, qui précisément commandait les Grecs à Mycale, s’en retourna chez lui ayant les alliés venant du Péloponnèse ; les Athéniens d’autre part et les alliés venant d’Ionie et de l’Hellespont, s’étant désormais détachés du Roi, étant restés, assiégeaient Sestos, les Mèdes la détenant, et ayant passé l’hiver la prirent, les Barbares l’ayant abandonnée, et après cela revinrent par mer de l’Hellespont, chaque groupe dans sa cité. La communauté des Athéniens, lorsque les Barbares furent partis de leur pays, ramenaient avec eux, d’où ils les avaient mis en lieu sûr, les enfants et les femmes et les *biens meubles* subsistant, et se disposaient à reconstruire la cité et les murs ; de l’enceinte en effet, peu de choses étaient restées debout, et quant aux maisons, les unes, nombreuses, étaient ruinées, peu d’autre part subsistaient, dans lesquelles avaient résidé les dignitaires des Perses.
90. Mais les Lacédémoniens, ayant perçu ce qui allait advenir, vinrent en ambassade, d’une part eux-mêmes aussi regardant comme plus agréable le fait que ni ceux-là ni aucun autre n’ait des murs, mais surtout leurs alliés les poussant et craignant l’énormité de leur flotte, qui n’existait pas avant, ainsi que l’audace apparue dans la guerre médique. Et ils jugeaient bon qu’ils ne construisent pas de mur mais même plutôt qu’ils abattent avec eux les enceintes à ceux hors du Péloponnèse chez lesquels il en était resté une debout, ne faisant pas voir la volonté ni le soupçon de leur pensée aux Athéniens, mais disant que le Barbare, s’il survenait de nouveau, ne pourrait se mettre en mouvement à partir d’un endroit sûr, quel qu’il soit, comme à présent de Thèbes, et ils déclarèrent que le Péloponnèse était à tous une retraite et une base de départ suffisantes. Mais les Athéniens, sur l’avis de Thémistocle, renvoyèrent aussitôt les Lacédémoniens disant ces choses, répondant qu’ils enverraient vers eux des ambassadeurs au sujet de ce qu’ils disaient ; d’autre part, Thémistocle ordonnait de l’envoyer lui-même au plus vite à Lacédémone, mais de ne pas faire partir tout de suite d’autres ambassadeurs, choisis en plus de lui, mais d’attendre jusqu’à ce qu’ils élèvent un mur suffisant pour combattre à partir de la hauteur nécessaire ; d’autre part, que tous ceux dans la cité, en masse, construisent le mur, même les femmes et les enfants eux-mêmes, en n’épargnant de construction ni privée ni publique d’où puisse exister quelque profit pour la tâche, mais en abattant tout. Et lui, ayant expliqué ces choses et ayant laissé entendre que les autres choses, celle de là-bas, il les accomplirait lui-même, il partit. Et étant allé à Lacédémone, il ne se présentait pas aux autorités, mais différait et donnait des prétextes. Et chaque fois qu’un des officiels lui demandait pourquoi il n’allait pas vers les *organismes d’Etat*, il disait rester à attendre ses collègues députés, mais que, quelque affaire étant, ils étaient retenus derrière lui, qu’il s’attendait cependant à ce qu’ils soient là en hâte et qu’il s’étonnait qu’ils ne soient pas encore présents.
91. Or ceux-ci, en l’entendant, se fiaient à Thémistocle en raison de leur amitié pour lui, mais les autres arrivant et révélant clairement qu’on bâtissait un mur et qu’il prenait déjà de la hauteur, ils ne savaient pas comment il fallait ne pas y croire. Mais l’ayant reconnu, celui-là les exhorte à ne pas se laisser fourvoyer par des discours plutôt qu’à envoyer des hommes à eux qui, honnêtes, fassent un rapport également avec fidélité ayant fait un examen. Ils envoient donc des émissaires, et à leur sujet, Thémistocle envoie en secret aux Athéniens des députés enjoignant des les retenir le moins ouvertement possible, et de ne pas les laisser aller avant qu’eux-mêmes ne se soient portés de retour (déjà en effet étaient aussi venus à lui ses collègues d’ambassade, Habronichos, fils de Lysiclès, et Aristide, fils de Lysimaque, annonçant que le mur était suffisant) ; il craignait en effet que les Lacédémoniens, lorsqu’ils l’auraient appris clairement, ne les laissent plus aller. Les Athéniens retinrent donc les émissaires comme il leur avait été commandé, et Thémistocle, se présentant aux Lacédémoniens, dit alors même clairement d’une part que leur ville était désormais munie de murs de manière à être capable de sauvegarder les habitants, d’autre part, si de quelque manière les Lacédémoniens ou leurs alliés veulent envoyer des députés chez eux, ils y allaient comme à des gens discernant ce qui leur est profitable et les intérêts communs ; que cette cité en effet, lorsqu’il leur semblait meilleur de l’abandonner et de s’embarquer sur des navires, c’est sans eux que, l’ayant décidé, ils l’avaient osé, et pour tout ce qu’au rebours ils avaient délibéré avec eux, ils n’avaient semblé inférieurs à personne pour la décision ; que donc il leur semblait meilleur à présent encore que leur cité ait un mur, et qu’en particulier pour les citoyens et aussi pour tous les alliés, ce serait plus profitable ; qu’il n’était en effet pas possible à partir d’équipements non équilibrés de décider quelque chose d’équivalent ou d’égal pour la communauté. Il disait donc qu’il fallait ou que tous soient alliés sans murs ou penser que ces choses étaient à bon droit.
92. De leur côté, les Lacédémoniens l’ayant entendu ne manifestèrent pas de colère apparente envers les Athéniens (en effet, ce n’était pas en vue d’une *opposition*, mais, d’après eux, d’une promotion de leur point de vue pour l’intérêt commun qu’ils avaient envoyé des députés, en même temps d’autre part, c’était tout à fait pleins de bienveillance, à l’époque, en raison de leur ardeur face au Mède, qu’ils se trouvaient être envers eux, cependant, trompés dans leur volonté, ils étaient secrètement irrités. Les députés de chaque parti se retirèrent donc chez eux sans récriminations.
93. C’est de cette manière-là que les Athéniens entourèrent leur cité d’un mur en peu de temps. Et sa construction laisse voir encore maintenant qu’elle eut lieu à la hâte. En effet il y a sous eux des fondations de pierres de toutes sortes, et non mise en œuvre ensemble par endroit, mais comme ils appliquaient chacune à l’aventure, et beaucoup de stèles venant de tombeaux et de pierres ayant été travaillées furent incluses. En effet, l’enceinte avait été repoussée partout plus grande que la cité, et à cause de cela, ils se hâtaient d’employer tout également. D’autre part, Thémistocle les persuada d’édifier aussi le reste du Pirée (une partie de celui-ci avait été commencée auparavant sous la magistrature de celui-là, qu’il avait exercée pour une année chez les Athéniens), pensant que l’endroit était heureusement situé, ayant trois ports naturels, et qu’eux-mêmes, devenus marins, étaient grandement *en passe* d’acquérir de la puissance. Car manifestement, c’est à la mer que, le premier, il osa dire qu’il fallait s’attacher, et il contribua aussitôt à établir l’empire. Et ils édifièrent, sur l’avis de celui-là, l’épaisseur du mur qui, précisément, est encore maintenant visible du côté du Pirée ; en effet, deux chariots à la rencontre l’un de l’autre amenaient les pierres, d’autre part, à l’intérieur il n’y avait ni *gravier* ni mortier, mais des grandes pierres ajustées ensemble et formant des angles par leur section, liées les unes aux autres, pour ce qui est des extérieures, par du fer et du plomb. Quant à la hauteur, elle fut réalisée à la moitié environ de ce qu’il projetait. Il voulait en effet, par la grandeur et l’épaisseur, déjouer les visées des ennemis, et il pensait que la garde d’hommes peu nombreux et parmi les plus inaptes suffiraient, tandis que les autres embarqueraient sur les navires. Car il s’attachait surtout aux navires, ayant vu, comme il me semble, que l’incursion par mer de l’armée du Roi était plus facile que par terre ; il pensait donc que le Pirée était plus utile que la ville d’en haut, et il exhortait souvent les Athéniens, si de fait un jour ils étaient contraints par la force sur terre, y étant descendus, de résister à tous sur leurs navires. Les Athéniens s’entourèrent donc ainsi d’un mur et, pour le reste, se préparaient aussitôt après la retraite des Mèdes.
94. De son côté, Pausanias, fils de Cléombrotos fut envoyé de Lacédémone comme général des grecs avec vingt navires du Péloponnèse. Naviguaient d’autre part avec lui des Athéniens sur trente navires et la masse des autres alliés. Et ils firent une expédition à Chypre et soumirent la majeure partie de celle-ci, et ultérieurement à Byzance, les Mèdes la possédant, et la réduisirent après un siège sous ce commandement.
95. Mais déjà, lui étant violent, les autres grecs étaient irrités et pas le moins les Ioniens et ceux qui avaient été récemment libérés du roi ; et se rendant souvent chez les Athéniens ils les jugèrent dignes de devenir leurs chefs conformément à leur parenté, et de ne pas céder à Pausanias, si quelque part il se livrait à la violence. Or les Athéniens accueillirent leurs propos et appliquèrent leur esprit comme ne devant pas les regarder avec indifférence et devant disposer les autres choses de la manière qu’il semblerait le mieux pour ceux-ci. Mais en même temps, les Lacédémoniens faisaient venir Pausanias, désirant l’interroger sur les choses qu’ils avaient apprises ; et en effet une injustice importante lui était reprochée par les Grecs arrivant et semblait plus l’imitation de la tyrannie qu’un commandement. Il lui arriva d’être appelé et en même temps, que les alliés, par haine de ce dernier, passent aux Athéniens sauf les soldats du Péloponnèse. Mais étant venu à Lacédémone, il fut certes traduit pour ses méfaits contre certains en particulier, mais pour les choses les plus importantes, il est reconnu ne pas être coupable ; or lui était reproché, pas pour le moins, une sympathie pour le Mède, et cela semblait très clair. Et ils n’envoient plus ce dernier comme chef, mais Dorkis et quelques autres avec lui ayant une armée non importante ; mais à ceux-ci, les alliés n’accordèrent plus la suprématie. Ceux-ci, l’ayant perçu, s’éloignèrent, et les Lacédémoniens, par la suite, n’en envoyèrent plus d’autres, craignant que ceux partant ne leur deviennent plus mauvais, ce que précisément ils avaient vu chez Pausanias, ayant d’autre part le désir d’être exemptés aussi de la guerre médique et pensant les Athéniens capables de commander et, dans les circonstances d’alors, en bons termes avec eux.
96. Or les Athéniens, ayant reçu l’hégémonie de cette manière, les alliés le voulant bien, en raison de la haine contre Pausanias, fixèrent celles des cités qui devaient fournir de l’argent contre le Barbare, celles pour lesquelles c’étaient des navires ; en effet, un prétexte était de se venger des torts subis en ravageant le pays du Roi. Et pour la première fois alors chez les Grecs, une magistrature, les hellénotames, se constitua, qui recueillaient le tribut ; c’est ainsi en effet que fut nommée la contribution d’argent. D’autre part, le premier tribut fixé était de quatre cent soixante talents, le lieu de dépôt était pour eux Délos et les assemblées se formaient dans le sanctuaire.
97. Mais, commandant au début leurs alliés autonomes et délibérant à partir d’assemblées communes, ils parvinrent à ces sommets par la guerre et la gestion des affaires entre cette guerre-ci et la guerre médique, pratiques qui devinrent les leurs contre les Barbares ainsi que contre leurs alliés se révoltant et ceux des Péloponnésiens se rencontrant dans chaque situation. Mais j’ai écrit ces choses et opéré une digression de mon propos à cause de ce fait que cette *matière* était négligée chez tous ceux avant moi et que soit ils exposaient les choses concernant la Grèce avant les guerres médiques, soit les guerres médiques elles-mêmes ; parmi eux cependant celui qui précisément les a abordées dans son *Histoire de l’Attique*, Hellanicos, en a fait mention brièvement et non rigoureusement pour les temps ; mais en même temps elle [cette digression] comporte la démonstration de l’empire des Athéniens, de quelle manière il s’est constitué.
Beaucoup d’événements dans ce passage ; on admirera la précision et la sobriété des analyses, leur objectivité également. Peu de commentaires sur la langue, toujours aussi malaisée à traduire, mais aisée à comprendre.

§ 102, l. 5 : ἐνδεᾶ ne se rapporte à aucun mot exprimé ; je propose de le restituer pour plus de clarté. Le sens du mot n’est pas non plus aisé à cerner, surtout avec τούτου pour complément. Le sens général ne fait pas de doute.

§ 105, l. 6 : le sens local de la préposition ἐπί + dat. est fondamentalement « sur » ; je suis Mme de Romilly qui traduit pas « au large de ».




98. D’abord, c’est Éion, celle sur le Strymon, les Mèdes la possédant, qu’ils prirent par un siège et qu’ils réduisirent à l’esclavage, Cimon, fils de Miltiade étant général ; ensuite ce fut Skyros, l’île dans la mer Égée qu’habitaient les Dolopes, qu’ils réduisirent en esclavage et colonisèrent eux-mêmes. D’autre part, une guerre se produisit avec eux contre les Carystiens sans les autres Eubéens, et avec le temps, ils s’entendirent en vertu d’un accord. D’autre part, contre les Naxiens ayant fait défection, ils firent la guerre par la suite et les mirent sous leur loi par un siège. Et celle-ci fut la première cité alliée qui fut asservie contrairement à l’usage établi, mais ensuite, ce fut également pour chacune des autres, comme cela arriva.
99. Or entre autres causes des défections, les principales étaient les **arriérés** des tributs et des navires et une désertion, quand cela arrivait à quelque cité ; en effet, les Athéniens agissaient strictement et étaient pénibles à ceux n’étant pas habitués ni ne voulant se donner de la peine, en introduisant ces contraintes. C’est que, d’une manière ou d’une autre, les Athéniens n’en étaient plus semblablement à commander dans l’agrément, et d’une part ils ne faisaient pas d’expédition avec les autres sur un pied d’égalité, d’autre part il était facile pour eux de se concilier ceux faisant défection ; de ces choses-là étaient eux-mêmes responsables les alliés ; en effet, du fait de cette réticence aux expéditions, la plupart d’entre eux, afin de pas être éloignés de chez eux, avaient consenti à verser de l’argent à la place des navires relativement à la dépense leur incombant, et d’une part pour les Athéniens croissait la flotte à partir des ressources que ceux-là apportaient, eux d’autre part, chaque fois qu’ils faisaient défection, c’est sans être préparés et inexpérimentés qu’ils entraient en guerre.
100. Mais après cela eut lieu aussi, sur le fleuve Eurymédon en Pamphylie, une bataille terrestre et une bataille navale des Athéniens et de leurs alliés contre les Mèdes, et les Athéniens furent vainqueurs le même jour dans les deux, Cimon, fils de Miltiade commandant, et ils prirent des trières des Phéniciens et les détruisirent, en tout jusqu’à deux cents. Mais en un temps ultérieur il arriva que les Thasiens leur firent défection, étant en désaccord au sujet des places de commerce dans la Thrace, en face, et de la mine, biens qu’ils exploitaient. Et ayant navigué sur leurs vaisseaux jusqu’à Thasos, les Athéniens vainquirent dans un combat naval et débarquèrent sur le territoire. Sur le Strymon, d’autre part, ayant envoyé dix mille colons parmi eux et leurs alliés vers les mêmes temps, comme devant coloniser celles étant appelée alors les Neuf-Routes, mais à présent Amphipolis, ils se rendirent maîtres eux-mêmes des Neuf-Routes, que possédaient les Édones, mais, s’étant avancés jusque dans l’intérieur de la Thrace, ils furent anéantis à Drabescos l’édonienne par les Thraces tous ensemble, pour qui la place fondée était une ennemie.
101. Or les Thasiens, vaincus dans les combats et assiégés, appelaient à l’aide les Lacédémoniens et les enjoignaient de les défendre en s’étant précipités sur l’Attique. Ceux-ci promirent en cachette des Athéniens et étaient prêts, mais furent empêchés par le séisme survenu, pendant lequel et leurs hilotes et leurs périèques de Thouria et d’Aithaia firent défection. Or la plupart des hilotes furent les descendants des anciens Messéniens ayant alors été asservis ; à cause de quoi furent aussi appelés Messéniens tous ceux-là. Ce fut donc contre ceux d’Ithome qu’une guerre s’était établie pour les Lacédémoniens ; quant aux Thasiens, assiégés pour la troisième année, ils s’entendirent avec les Athéniens ayant abattu leur mur et livré des navires, et ayant consenti à fournir aussitôt tout l’argent qu’il fallait et à en verser le reste du temps, et en abandonnant le continent et la mine.
102. Mais les Lacédémoniens, comme pour eux se prolongeait la guerre contre ceux d’Ithome, appelèrent à l’aide, entre autres alliés, les Athéniens ; ceux-là vinrent, Simon les commandant avec une masse d’homme pas peu nombreuse. Or ils les avaient appelés à l’aide surtout parce qu’ils semblaient être capables d’attaquer des murs, mais, un long siège s’étant établi, les faits leur parurent ne pas valoir cela ; c’est de force qu’eux auraient pris la place. Et un différend, à la suite de cette expédition, apparut manifeste pour la première fois entre les Lacédémoniens et les Athéniens. Car les Lacédémoniens, puisque la place n’était pas prise de force, craignant des Athéniens la hardiesse et *l’esprit d’entreprise*, et en même temps ayant pensé qu’ils étaient d’une autre race, pour ne pas que, s’ils se maintenaient, convaincus par ceux d’Ithome, ils renversent la situation, seuls parmi leurs alliés, ils les renvoyèrent, ne montrant pas leur soupçon, mais ayant dit qu’ils n’avaient plus en rien besoin d’eux encore. Mais les Athéniens se rendirent compte que ce n’était pas en vertu de la meilleure raison qu’ils étaient renvoyés, mais que quelque soupçon s’était produit, et l’ayant tenu pour chose insupportable et ne s’étant pas jugés dignes de subir cela de la part des Lacédémoniens, dès qu’ils furent revenus, renonçant à l’alliance avec eux contre le Mède, ils devinrent alliés avec les Argiens, les ennemis de ceux-là, et en même temps, avec les Thessaliens, les mêmes serments pour eux deux et une alliance s’établirent.
103. Quant à ceux d’Ithome, la dixième année, comme ils ne pouvaient plus résister, ils se réconcilièrent avec les Lacédémoniens moyennant quoi ils sortent du Péloponnèse sous la foi de traités et jamais ils n’y mettront le pied ; si cependant l’un est pris, qu’il soit l’esclave de celui l’ayant *saisi*. C’est qu’il y avait aussi quelque oracle pythique pour les Lacédémoniens, avant cela, [disant] de laisser aller le suppliant du Zeus de l’Ithome. Ils sortirent donc, et enfants et femmes, et les Athéniens les ayant accueillis selon leur hostilité désormais des Lacédémoniens, les établirent colons à Naupacte, qu’ils se trouvaient avoir prise récemment, les Locriens Ozoles la possédant. D’autre part, les Mégariens se joignirent aux Athéniens pour une alliance, s’étant détachés des Lacédémoniens, parce que les Corinthiens les pressaient par la guerre au sujet des frontières de leur territoire. Les Athéniens tinrent aussi Mégare et Pèges, et ils construisirent les Longs-Murs, pour les Mégariens, de la cité à Nisée et les tinrent eux-mêmes sous leur garde. Et pour les Corinthiens, ce ne fut pas pour le moins à partir de ce temps que la forte hostilité commença d’abord à exister envers les Athéniens.
104. Mais Inaros, fils de Psammétique, Libyen, roi des Libyens près de l’Égypte, ayant fait mouvement à partir de Mareia, cité au-dessus de Pharos, détacha la majeure partie de l’Égypte du roi Artaxerxès, et lui-même devenu chef, attira à lui les Athéniens. Ceux-ci (ils se trouvaient en effet faisant une expédition contre Chypre avec deux cents navires d’eux et de leurs alliés) vinrent ayant laissé Chypre, et étant remontés avec leurs navires de la mer sur le Nil et se rendant maîtres du fleuve et des deux tiers de Memphis, faisaient la guerre contre le dernier tiers qui est appelé le *Château-Blanc* ; or il y avait là-même ceux des Perses et des Mèdes s’étant réfugiés et ceux des Égyptiens ne s’étant pas détachés avec les autres.
105. Cependant, pour les Athéniens ayant débarqués avec leurs navires à Haliées, une bataille eut lieu contre les Corinthiens et ceux d’Épidaure, et les Corinthiens étaient vainqueurs. Et plus tard les Athéniens firent un combat naval dans les parages de Kékryphalée avec des navires de Péloponnésiens, et les Athéniens étaient vainqueurs. D’autre part, une guerre s’étant établie pour les Athéniens contre les Éginètes, après cela un combat naval important des Athéniens et des Éginètes a lieu dans les parages d’Égine (et les alliés à chacun des deux étaient présents), et les Athéniens étaient vainqueurs, et ayant pris soixante-dix navires à eux, ils débarquèrent dans l’île et tenaient un siège, Léocrate fils de Stroibos commandant. Ensuite, les Péloponnésiens, voulant porter secours aux Éginètes, d’une part firent passer à Égine trois cents hoplites, auparavant défenseurs des Corinthiens et des gens d’Épidaure, d’autre part les Corinthiens prirent possession des hauteurs de la Géranie et descendirent dans la Mégaride avec leurs alliés, pensant que les Athéniens seraient incapables de porter secours aux Mégariens, à Égine étant retenue une armée importante, ainsi qu’en Égypte ; que même si d’autre part ils venaient au secours, ils partiraient d’Égine. Mais les Athéniens, d’une part ne bougèrent pas l’armée en face d’Égine, d’autre part, parmi le restant de la cité les plus âgés et les plus jeunes arrivent à Mégare, Myronidès commandant. Et un combat indécis ayant eu lieu contre les Corinthiens, ils se séparèrent les uns des autres, et chacun des deux pensa n’avoir pas l’infériorité dans l’action. Et les Athéniens (car cependant ils avaient été plus forts), les Corinthiens s’étant retirés, élevèrent un trophée ; mais les Corinthiens, blâmés par les plus âgés de la cité et s’étant préparés, étant venus douze jours plus tard environ, élevaient à leur tout un trophée eux aussi, comme ayant vaincu. Alors les Athéniens, ayant fait une sortie de Mégare, massacrent ceux élevant le trophée et ayant engagé le combat avec les autres, les vainquirent.
106. Ceux-ci, vaincus, se retirèrent, et une certaine partie d’entre eux, pas peu considérable, harcelée et ayant perdu son chemin, tomba dans le domaine de quelque particulier, dans lequel une grande excavation se trouva faire le tour, et il n’y avait pas d’issue. Or les Athéniens, s’en étant aperçus, leur interdirent le passage de front par des hoplites et ayant disposé tout autour, en cercle, les troupes légères, lapidèrent tous ceux entrant, et ce fut là un grand malheur pour les Corinthiens. Quant à la masse de leur armée, elle se retira chez elle.
107. D’autre part, c’est aussi durant ces temps que les Athéniens commencèrent à construire les Longs-Murs en direction de la mer, l’un vers Phalére, l’autre vers le Pirée. Et, les Phocidiens ayant fait une expédition chez les Doriens, **mère patrie** des Péloponnésiens, à Boion et Kytinion et Érinéos, et ayant pris l’une de ces villes, les Lacédémoniens, Nicomède, fils de Cléombrotos étant chef pour le roi Pléistoanax, fils de Pausanias, étant encore jeune, vinrent au secours des Doriens avec mille cinq cents hoplites à eux et dix mille à leurs alliés, et ayant contraint les Phocidiens, par un accord, à rendre la ville, ils firent marche arrière. Et eux, sur mer, s’ils voulaient se porter à travers le golfe de Crisa, les Athéniens, les ayant encerclés avec des navires, se préparaient à les en empêcher ; d’autre part, à travers la Géranie, il ne leur paraissait pas sûr de passer, les Athéniens possédant Mégare et Pèges ; la Géranie était en effet d’accès difficile et elle était continuellement gardée par des Athéniens, et en ce cas ils percevaient qu’ils seraient empêchés par là aussi. Alors il leur sembla bon, étant demeurés chez les Béotiens, d’examiner de quelle manière ils feraient route le plus sûrement. Or relativement à cela aussi, d’une certaine manière, des hommes parmi les Athéniens les exhortaient en cachette, ayant espéré empêcher la démocratie et que les Longs-Murs soient construits. Mais vinrent en renfort contre eux les Athéniens en masse et mille parmi les Argiens et, parmi les autres alliés, comme le pouvait chacun ; or ils furent en tout quatorze mille. Or c’est en ayant pensé qu’ils (= leurs ennemis) ne sauraient par où passer qu’ils avaient fait une expédition contre eux, et aussi, dans une certaine mesure, par le soupçon du renversement de la démocratie. D’autre part, vinrent aussi à l’aide des Athéniens des cavaliers des Thessaliens, selon le pacte d’alliance, qui passèrent, dans l’action, chez les Lacédémoniens.
108. Cependant, la bataille ayant eu lieu à Tanagra, de Béotie, les Lacédémoniens étaient vainqueurs et leurs alliés, et il y eut un abondant massacre des deux peuples. Et les Lacédémoniens étant venus en Mégaride et ayant coupé les arbres s’en retournèrent chez eux à travers la Géranie et l’isthme ; quant aux Athéniens, le soixante-deuxième jour après le combat, ils firent une expédition chez les Béotiens, Myronidès commandant, et, en un combat à Oinophyta ayant vaincu les Béotiens, ils se rendirent maîtres du territoire de la Béotie et de la Phocide et renversèrent tout autour le mur des gens de Tanagra et, parmi les Locriens Opontiens ils prirent comme otages les cent hommes les plus riches, et achevèrent leurs propres Longs-Murs. Cependant, les Éginètes, après cela, traitèrent aussi avec les Athéniens, ayant détruit tout autour leurs murs et ayant livré des navires ainsi qu’ayant consenti à un tribut pour le temps futur. Et les Athéniens naviguèrent autour du Péloponnèse Tolmidès, fils de Tolmée commandant, et ils incendièrent l’arsenal des Péloponnésiens et prirent Chalcis, des Corinthiens, et les gens de Sicyone, lors d’une descente sur terre, ils les vainquirent par un combat.
109. Quant aux Athéniens en Égypte et à leurs alliés, ils persévéraient, et pour eux, beaucoup de types de guerres s’établirent. Au début, en effet, les Athéniens se rendaient maître de l’Égypte, et le Roi envoie à Lacédémone Mégabaze, un homme perse ayant de l’argent, afin que, les Péloponnésiens ayant été persuadés de se précipiter sur l’Attique, il fasse sortir les Athéniens d’Égypte. Mais comme cela ne lui réussissait pas et que l’argent avait été dépensé à tort, d’une part Mégabaze ainsi que l’argent restant furent ramenés en Asie, d’autre part [le Roi] envoie Mégabyse, fils de Zopyros, un homme perse, avec une armée abondante. Celui-ci, étant arrivé, vainquit par un combat sur terre les Égyptiens et leurs alliés et chassa de Memphis les Grecs et, à la fin, les enferma dans l’île Prosopitis ; et il les y assiégeait un an et six mois, jusqu’au moment où, ayant asséché le canal et détourné l’eau dans un autre endroit, il fit en sorte que les navires soient à sec et que la majeure partie de l’île soit au continent, et y étant descendu, il prit l’île à pied.
110. C’est ainsi que les affaires des Grecs furent ruinées, ayant connu la guerre six années ; et c’est peu, partis de beaucoup, qui, ayant fait route à travers la Libye, se sauvèrent à Cyrène ; quant aux plus nombreux, ils périrent. Cependant, l’Égypte passa de nouveau sous la domination du Roi, sauf Amyrtée, roi dans la région des marécages ; celui-ci, en raison de la grandeur du marécage, ils ne purent le prendre, et en même temps, ce sont les plus propres des Égyptiens au combat que les *gens du marais*. Quant à Inaros, roi de Libye, qui avait tout tramé au sujet de l’Égypte, pris par une trahison, il fut crucifié. Cependant, d’Athènes et du reste de l’alliance, cinquante trières de relève naviguant vers l’Égypte s’arrêtèrent face au bras de Mendès, ne sachant rien des événements ayant eu lieu ; et, étant tombés sur eux, de la terre, des fantassins et, de la mer, une flotte de Phéniciens, ils détruisirent la plupart des navires, les moins nombreux s’enfuirent en sens inverse. Les choses relatives à la grande expédition des Athéniens et de leurs alliés en Égypte prirent fin ainsi.

Voici la dernière partie de l’analyse de l’expansionnisme athénien. Aux historiens d’apprécier l’exactitude des vues de l’historien et de mesurer son objectivité ; ce qu’on peut toutefois admirer, c’est sa méthode : bannissant les spéculations, le psychologisme et le pittoresque, il interroge les faits, rien que les faits et leurs relations. Il est notable qu’aucune grande figure ne se détache encore sur cet arrière-fond historique, à peine celle de Thémistocle, assez peu celle de Périclès, comme si les personnalités – qu’il eût été pourtant plus facile et plus attrayant pour le lecteur de mettre en valeur – importaient moins que ces enchaînements à peine perceptibles (alliances ou défections) qui peuvent entraîner à terme de grandes conséquences. On peut trouver là les germes d’une approche de la matière historique en termes de « structure », et c’est à cela que l’on mesure tout le progrès apporté par Thucydide par rapport à Hérodote.

Au paragraphe 115 (ligne 15), j’ai eu quelque difficulté à comprendre le τοὺς αὐτῶν, que des éditeurs anciens n’hésitent pas à corriger en τοὺς αὑτῶν « les leurs ». Je pense que l’expression désigne l'ensemble des Samiens qu’il s’agit de détourner d’Athènes après le renversement des démocrates, mais elle est obscure. J. de Romilly ne traduit pas littéralement.

111. Banni de Thessalie, Oreste, fils d’Échécratidas, le roi des Thessaliens, persuada les Athéniens de le faire revenir d’exil ; et s’étant adjoint des Béotiens et des Phocéens, étant alliés, les Athéniens firent une expédition contre Pharsale de Thessalie. Et certes ils se rendirent maître du pays à condition de ne pas s’avancer beaucoup des camps (car les cavaliers des Thessaliens les en empêchaient), mais ils ne prirent pas la cité, et rien d’autre ne leur réussissait de ce pour quoi ils avaient fait une expédition, mais ils s’en retournèrent sans avoir abouti, ayant Oreste. Or après cela, pas beaucoup plus tard, mille d’entre les Athéniens ayant embarqué sur les navires à Pèges (il faut dire qu’ils tenaient eux-mêmes Pèges), ils longèrent la côte jusqu’à Sicyone, Périclès, fils de Xanthippe, commandant, et ayant débarqué, ils vainquirent en un combat ceux des Sicyoniens engagés avec eux. Et aussitôt s’étant adjoint des Achéens et étant passés de l’autre côté, ils firent une expédition à Oiniadai, d’Acharnanie, et l’assiégeaient, cependant ils ne la prirent pas et s’en retournèrent chez eux.
112. Mais ultérieurement, ayant laissé un intervalle de trois ans, un traité a lieu pour les Péloponnésiens et les Athéniens, de cinq ans. Et les Athéniens s’abstinrent de guerre avec les Grecs, mais firent campagne à Chypre avec deux cents navires d’eux et de leurs alliés, Cimon commandant. Et soixante navires parmi eux naviguèrent vers l’Égypte, Amyrtée les mandant, le roi dans la région des marais ; quant aux autres, ils assiégeaient Kition. Mais Cimon étant mort et une famine ayant eu lieu, ils s’éloignèrent de Kition ; et ayant navigué dans les parages de Salamine, celle à Chypre, aux Phéniciens, aux Ciliciens et aux Chypriotes, ils livrèrent un combat naval et en même temps un combat terrestre, et ayant été vainqueurs dans les deux, ils se retirèrent chez eux et les navires revenus d’Égypte avec eux. Quant aux Lacédémoniens, après cela, ils dirigèrent la guerre appelée sacrée, et s’étant rendus maîtres du sanctuaire à Delphes, ils le remirent aux Delphiens ; et à leur tour, par la suite, les Athéniens, eux s’étant retirés, ayant monté une expédition et s’en étant rendus maîtres, ils le remirent aux Phocidiens.
113. Du temps s’étant écoulé après cela, les Athéniens, des Béotiens exilés tenant Orchomène et Chéronée et certaines autres places de Béotie, firent une expédition avec dix mille hoplites à eux, aux alliés **proportionnément à chacun**, contre ces places-là étant ennemies, Tolmidès, fils de Tolmée commandant. Et ayant pris Chéronée et l’ayant réduite en esclavage, ils se retirèrent ayant établi une garde. Mais eux faisant chemin, les attaquent à Coronée les exilés des Béotiens, d’Orchomène, et avec eux des Locriens et des exilés des Eubéens et tous ceux qui étaient du même avis ; et les ayant vaincus au combat, ils massacrèrent certains des Athéniens, en prirent d’autres vivants. Et les Athéniens abandonnèrent la Béotie dans son ensemble, ayant fait un traité à l’appui duquel ils recouvreraient les individus. Et les exilés des Béotiens étant revenus ainsi que tous les autres furent de nouveau autonomes.
114. Mais après cela, pas beaucoup plus tard, l’Eubée se détacha des Athéniens. Et Périclès y étant déjà passé avec l’armée des Athéniens, il lui fut annoncé que Mégare s’était détachée et que les Péloponnésiens allaient marcher sur l’Attique et que les garnisons des Athéniens avaient été anéanties par les Mégariens, sauf toutes celles qui s’étaient échappées à Nisée ; or c’est en ayant attiré à elle des Corinthiens et des Sicyones et des Épidauriens que les Mégariens s’étaient détachés. Périclès, de son côté, ramena en vitesse son armée d’Eubée. Et après ce fait les Péloponnésiens ayant marché sur Éleusis, d’Attique, et Thria, ils les ravagèrent, Pleistoanax, fils de Pausanias, roi des Lacédémoniens, étant chef, et ne s’étant plus avancés davantage, ils retournèrent chez eux. Et les Athéniens, étant passés de nouveau en Eubée, Périclès commandant, la soumirent toute et disposèrent le reste par un accord, et ayant expulsé les gens d’Histiaia, ils tinrent eux-mêmes le pays.
115. Mais étant revenus d’Eubée pas beaucoup plus tard ils firent un traité, avec les Lacédémoniens et leurs alliés, pour trente ans, ayant rendu Nisée et Pèges et Trézène et l’Achaïe ; en effet, ces cités des Péloponésiens, ce sont les Athéniens qui les tenaient. Mais la sixième année, une guerre eut lieu pour les Samiens et les Milésiens au sujet de Priène ; et les Milésiens, ayant le dessous dans la guerre, étant venus chez les Athéniens, se récriaient contre les Samiens. Leur venaient en aide d’autre part, de Samos même, des particuliers voulant modifier complètement le régime politique. Les Athéniens, ayant donc navigué vers Samos avec quarante navires, établirent la démocratie et prirent comme otages d’une part cinquante enfants des Samiens, d’autre part des hommes en nombre égal, et les installèrent à Lemnos et, ayant laissé une garde, ils se retirèrent. Or comme parmi les Samiens, il y en avait certains qui ne le supportaient pas, mais qui fuirent sur le continent, ayant réglé par convention avec les plus puissants dans la cité, ainsi qu’avec Pissouthnès, fils d’Hystaspe, qui possédait alors Sardes, une alliance, et ayant réuni jusqu’à sept cents renforts ils passèrent à l’approche de la nuit à Samos. Et d’abord ils se portèrent contre *les démocrates* et se rendirent maîtres de la plupart, puis, ayant enlevé furtivement les otages de Lemnos, ils firent faire défection à ceux de Samos, et les gardes des Athéniens ainsi que les magistrats qui étaient chez eux, ils les livrèrent à Pissouthnès, et se préparèrent aussitôt à faire une expédition contre Milet. D’autre part, les Byzantins firent aussi défection avec eux.
116. Mais les Athéniens, comme ils l’avaient appris, ayant navigué avec soixante navires en direction de Samos, ne se servirent pas de seize (car ils se trouvaient les uns partis vers la Carie pour l’observation des navires phéniciens, les autres vers Chios et Lesbos, ayant demandé ici et là de venir en aide), avec donc quarante-quatre navires, Périclès commandant avec neuf autres, livrèrent un combat naval devant l’île de Tragia avec soixante navires des Samiens, parmi lesquels vingt transports de troupes (ils se trouvaient en effet faisant voile de Milet), et les Athéniens furent vainqueurs. Or plus tard vinrent à leur secours quarante navires des Athéniens et vingt-cinq de Chios et de Lesbos, et ayant débarqué et l’emportant en un combat terrestre, ils assiégèrent la cité avec trois murs et en même temps du côté de la mer. Mais Périclès, ayant pris soixante navires parmi ceux bloquant le port, partait en vitesse vers Caunos et la Carie, lui ayant été annoncé que des navires phéniciens faisaient voile contre eux ; était en effet partis aussi de Samos, avec cinq navires, Stésagoras et d’autres en direction des (navires) phéniciens.
117. Mais en même temps les Samiens, ayant fait inopinément une *sortie sur mer*, étant tombé sur le camp sans protection, détruisirent les navires placés en vedette et combattant les navires se portant contre eux, les vainquirent et se rendirent maître de la mer face à eux durant quatorze jours, et firent entrer et sortir ce qu’ils voulaient. Mais Périclès étant venu, ils furent de nouveau tenus enfermés par les navires. Et de chez les Athéniens, plus tard, vinrent à leur secours d’une part quarante navires en compagnie de Thucydide et d’Hagnon et de Phormion, vingt d’autre part en compagnie de Tlèpolémos et d’Anticlès, enfin de Chios et de Lesbos, trente. Et les Samiens firent quelque bref combat naval, mais étant incapables de résister, ils furent pris au terme d’un siège, le neuvième mois, et en vinrent à un accord, ayant détruit leur mur et donné des otages et livré des navires et consenti à rendre à tempérament l’argent dépensé. D’autre part, les Byzantins convinrent d’être sujets comme aussi auparavant.
118.
Mais après cela ont déjà lieu, pas beaucoup d’années plus tard, ce qui a été dit plus haut, les affaires de Corcyre et de Potidée et tout ce qui a constitué le motif de cette guerre-ci. Or l’ensemble de ces actions que les Grecs ont faites les uns contre les autres et contre le Barbare eurent lieu en cinquante ans environ entre la retraire de Xerxès et le début de cette guerre-ci ; pendant ces temps les Athéniens rendirent leur empire plus puissant et parvinrent eux-mêmes à un sommet de puissance. Quant aux Lacédémoniens, s’en étant rendu compte, ils n’y faisaient pas obstacle si ce n’est faiblement, et restaient tranquilles la plupart du temps, d’une part n’étant pas avant cela prompts à aller vers les guerres, s’ils n’étaient pas contraints, et d’autre part étant empêchés d’une certaine façon par leurs guerres particulières, avant certes que la puissance des Athéniens ne s’élève manifestement et qu’ils portent la main sur leur alliance. C’est alors qu’ils ne le considéraient plus comme supportable, mais qu’ils étaient d’avis qu’il fallait se mettre en action avec toute l’ardeur et que cette puissance devait être abattue, s’ils le pouvaient, par eux ayant soulevé cette guerre-ci. C’est donc par les Lacédémoniens eux-mêmes qu’il fut décidé que les traités avaient été rompus et que les Athéniens étaient en tort ; ayant d’autre part envoyé des députés à Delphes, ils demandèrent au dieu si, faisant la guerre, ce serait mieux pour eux. Or celui-ci leur répondit, à ce qu’on dit, qu’à eux faisant la guerre avec énergie serait la victoire, et il dit lui-même qu’il les assisterait y étant invité ou non convié.
119. Ayant d’autre part de nouveau convié leurs alliés, ils voulaient mener un vote pour savoir s’il fallait faire la guerre. Et les députés de l’alliance étant venus et l’assemblée ayant eu lieu, entre autres peuples qui dirent ce qu’ils voulaient, accusant la plupart les Athéniens et étant d’avis que la guerre ait lieu, les Corinthiens surtout, ayant demandé auparavant, et même cité par cité, à chacun en particulier, de voter la guerre, craignant, au sujet de Potidée, qu’elle ne soit détruite la première, et présents cette fois encore, et s’étant avancés en dernier, disaient de telles choses :

Cet avant-dernier discours du livre I fait assez bien ressortir la « voie juste » que les Corinthiens entendaient promouvoir : ni le laisser-faire dangereux, même pour les cités continentales, ni le bellicisme imprudent : la guerre défensive, pour laquelle Sparte et ses alliés ne manquent pas d’atouts.
Comme dans tous les discours, c’est à un grec beaucoup moins facile que nous sommes confrontés. La traduction française en souffre un peu…


§ 120, l. 17. Quand Thucydide écrit ἡδόμενον (au singulier), il ne doit plus se souvenir qu’il avait écrit plus haut ἀδικουμένους (au pluriel) ! J’ai mis le -s entre parenthèses et j’invite les agrégatifs à être plus vigilants dans leurs thèmes.

§ 121. La fin de ce chapitre est un peu tortueuse, surtout du fait du rajout καὶ ἐπὶ τῷ μὴ… πάσχειν.

§ 122, l. 11. J’ai donné à la particule γε un sens nettement causal, comme c’est souvent le cas quand elle accompagne un participe.
l. 17-18. Le sens est : « Nous ne voyons pas (nous qui parlons) comment on pourrait éviter d’attribuer cette conduite aux trois fléaux suivants : ».


§ 124, l. 1. καλῶς, vu sa place, nous semble porter sur ὑπάρχον. Certains traducteurs le rattachent à πολεμεῖν.
l. 5. Il faut comprendre : περιμένοντας (ὐμᾶς) : « nous attendant (nous étant sujet)». L’expression n’étant vraiment pas claire en français, j’ai dérogé à ma règle ordinaire et traduit « si nous attendons ».


§ 125, l. 6. L’expression ἐνιαυτὸς μὲν οὐ διετρίβη, ἔλασσον δέ, … ne m’apparaît pas « étrange », comme à J. de Romilly. Mais j’ai sûrement tort…


120. « Les Lacédémoniens, alliés, nous ne saurions plus les accuser et du fait qu’ils n’aient pas eux-mêmes voté la guerre, et qu’ils ne nous aient pas convoqués à présent pour cela. Il faut en effet que les leaders, administrant les affaires particulières sur un pied d’égalité, soient les premiers à pourvoir aux affaires communes, comme dans d’autres affaires ils sont aussi les premiers à être honorés de tous. De notre côté, tous ceux d’entre nous qui ont déjà eu des relations avec les Athéniens n’ont pas besoin de leçon pour se garder d’eux ; quant à ceux s’étant établis plus à l’intérieur des terres, et non sur un passage maritime, il faut qu’ils sachent que s’ils ne défendent pas les habitants du *bas pays*, ils auront plus difficiles l’acheminement de leurs produits saisonniers et, en retour, la réception de ce que la mer donne au continent, et qu’ils ne soient pas mauvais juges des choses se disant actuellement, comme ne les concernant pas, mais qu’ils admettent qu’un jour, au cas où ils trahiraient ceux du bas pays, la catastrophe parviendrait aussi jusqu’à eux, et que ce n’est pas moins sur eux qu’ils délibèrent à présent. C’est précisément pourquoi il ne faut pas qu’ils hésitent à mettre la guerre à la place de la paix. Certes en effet, c’est le propre des hommes sensés, au cas où ils ne subissent pas de tort, de se tenir tranquilles, mais celui des hommes valeureux, subissant un tort, d’une part de faire la guerre au sortir de la paix, mais d’autre part, l’occasion s’étant bien présentée, de traiter de nouveau au sortir de la guerre, et de ne se laisser ni exalter par le succès relatif à la guerre ni *offenser*, charmé(s) par le calme de la paix. En effet, et celui hésitant en raison de son agrément pourrait très vite être privé du charme de cette vie douce précisément en raison duquel il hésite, s’il restait calme, et celui étant, par un heureux succès dans la guerre, gonflé d’orgueil, n’a pas réfléchi qu’il était exalté par une audace non fiable. Car beaucoup d’actions mal pensées, les adversaires étant plus irréfléchis, s’avèrent en fin de compte heureuses, et il en est plus encore qui, semblant être décidées comme il faut, ont honteusement abouti au contraire ; car personne ne forme un projet avec la même confiance qu’il le réalise dans le fait, mais c’est avec sûreté que nous imaginons alors que c’est avec crainte que, dans l’action, nous ne sommes pas à la hauteur.
121. Or nous, à présent, et subissant un tort, nous suscitons la guerre, et ayant des griefs suffisants, et quand nous aurons repoussé les Athéniens, nous la ferons cesser en temps opportun. Or, suivant de nombreuses raisons, il est naturel que nous l’emportions, d’abord étant supérieur en nombre et dans l’expérience militaire, ensuite allant tous semblablement vers ce qui est prescrit ; et une flotte, par quoi ils sont puissants, c’est à partir de la richesse appartenant à chacun que nous nous la constituerons, ainsi qu’à partir de l’argent à Delphes et Olympie ; en effet, ayant fait un emprunt, nous sommes capables de débaucher, par une solde plus grande, leurs marins étrangers. Car la puissance des Athéniens est achetée plutôt que propre ; la nôtre, en revanche, subirait moins cela, ayant sa force par les individus plus que par l’argent. Et en une seule victoire d’un combat naval, d’une façon naturelle, ils sont pris ; mais s’ils viennent à résister, nous nous exercerons nous aussi à la marine en un temps plus grand, et quand nous aurons établi une connaissance à égalité, c’est certes en courage que, sans aucun doute, nous l’emporterons ; car ce que nous avons d’avantageux par nature, chez ceux-ci ne saurait se produire par l’enseignement, tandis que ce en quoi ils l’emportent par leur connaissance peut être annihilé par nous avec la pratique. De l’argent d’autre part, nous en apporterons en sorte d’en avoir pour ces choses ; ou bien ce serait stupéfiant si leurs alliés, contribuant en vue de leur asservissement à eux, ne s’y refusent pas, alors que nous, châtiant nos ennemis, pour nous sauver nous-mêmes aussi en même temps, nous ne l’employons pas alors, et pour ne pas que, dépouillés de cet argent par eux, nous ne subissions du mal du fait de celui-ci même.
122. Mais nous sont disponibles aussi d’autres moyens de guerre, et la défection de leurs alliés, étant surtout une soustraction des revenus par lesquels ils sont puissants, et un rempart contre leur pays, et beaucoup d’autres choses que nul ne saurait prévoir à présent. Car la guerre marche le moins suivant des principes déterminés, mais c’est d’elle-même que la plupart du temps elle fonctionne selon ce qui se trouve ; dans laquelle, celui qui l’a abordée avec sang-froid est plus assuré, tandis que celui qui s’est montré fougueux avec elle n’achoppe pas le moins. Réfléchissons d’autre part aussi que s’il y avait pour chacun d’entre nous des différends envers des gens de force égale au sujet de limites de territoires, ce serait supportable ; au lieu de cela, c’est contre nous tous que les Athéniens sont capables et qu’ils sont plus puissants encore cité par cité ; de sorte que si ce n’est pas tous réunis et peuple par peuple et chaque cité que dans le même état d’esprit nous nous défendons contre eux, parce qu’étant séparés, ils nous soumettront sans peine. Et la défaite, même si c’est pour quelqu’un terrible à entendre, qu’on sache qu’elle n’apportera pas autre chose que directement la servitude ; et que ceci soit supposé même en parole est honteux pour le Péloponnèse, et le fait que de si nombreuses cités subissent le malheur du fait d’une seule. En quoi nous semblerions soit souffrir à bon droit, soit endurer par lâcheté et paraître plus mauvais que nos pères, qui ont libéré la Grèce ; or nous, nous n’assurons même pas cela à nous-mêmes, mais nous laissons une cité s’instituer tyran, alors que les despotes dans une seule cité, nous jugeons bon de les renverser. Et nous ne savons pas comment ces choses ont été sans lien avec trois grands fléaux : le manque de clairvoyance et la mollesse et l’insouciance. En effet, c’est n’ayant certes pas évité ceux-là que vous êtes passés dans le mépris ayant résolument nui à la plupart, qui, du fait de tromper le grand nombre, est appelé d’un autre nom : celui de déraison.
123. A la vérité, les événements passés, à quoi sert de les mettre en cause plus longuement si ce n’est dans la mesure où cela importe à ceux d’à présent ? Mais les événements devant survenir ensuite, il faut, en venant en aide aux événements présents, œuvrer pour eux (car il est traditionnel pour vous d’acquérir des vertus à partir des *épreuves*), et ne pas changer votre usage, si de fait, actuellement, vous l’emportez un peu en richesse et en *autorité* (car il n’est pas juste que ce qui a été acquis par la pauvreté soit perdu par l’opulence), mais, ayant confiance, aller pour beaucoup de raisons à la guerre, le dieu ayant rendu un oracle et lui-même ayant promis de nous assister et le reste de la Grèce tout entière devant lutter avec nous, pour une part par crainte, pour une autre, par intérêt. Et vous ne romprez pas les traités les premiers, puisque ceux-ci, même le dieu, vous exhortant à la guerre, estime qu’ils ont été transgressés, mais vous viendrez plutôt en aide à ceux ayant subi des torts ; les rompent en effet non ceux se défendant, mais ceux ayant attaqué les premiers.
124. Étant donné donc que de tous côtés, il vous sied bien de faire la guerre, et nous conseillant cela en commun, si précisément il est plus assuré que les mêmes intérêts soient aux cités et aux particuliers, n’hésitez pas à prêter secours aux Potidéates, eux étant des Doriens et étant assiégés par des Ioniens, avant quoi c’était l’inverse, et à *revendiquer* la liberté des autres, car il n’est plus possible, si nous attendons, que les uns soient dès maintenant en butte au tort, et que les autres, si nous sommes reconnus nous être réunis, mais ne pas oser nous défendre, subissent la même chose pas beaucoup plus tard. Mais, ayant estimé être parvenus à une nécessité, alliés, et en même temps que ces choses sont les meilleures à dire, votez la guerre n’ayant pas été effrayés par ce qui est périlleux dans l’immédiat, mais ayant désiré la paix qui vient de cela pour un plus long temps ; car au sortir de la guerre, la paix est plus assurée, tandis qu’au sortir de la tranquillité, ne pas avoir fait la guerre n’est pas pareillement sans danger. Et la cité s’étant établie tyran en Grèce, ayant estimé qu’elle s’est établie sur tous pareillement, de sorte à commander dès maintenant les uns, tandis qu’elle le projette pour les autres, mettons-la sous notre loi en marchant contre elle, et nous-mêmes bâtissons l’avenir sans danger et les Grecs à présent asservis, libérons-les. » Telles sont les choses que les Corinthiens dirent.
125. Quant aux Lacédémoniens, après qu’ils eurent entendu de tous leur avis, ils appliquèrent le vote à tous les alliés qui étaient là, à la suite, et à la plus grande et à la plus petite cité ; et le grand nombre décida par son vote de faire la guerre. Mais ce ayant été décidé par eux, il fut impossible de l’entreprendre tout de suite, n’étant pas préparés, mais il semblait bon à chacun de se procurer les choses qu’il fallait et qu’il n’y ait pas de retard. Mais cependant, par eux établissant ce dont il y avait besoin, ce n’est pas un an qui fut employé, mais moins, avant de faire irruption en Attique et de soulever la guerre ouvertement.


On aborde à présent les dernières négociations avant la guerre. Les reproches mutuels de souillure sont pour Thucydide l’occasion de rapporter des faits secondaires plus anciens qui n’auraient pas trouvé aisément place dans un récit purement chronologique. L’histoire de Pausanias permet aussi d’évoquer le médisme, non négligeable à l’époque des guerres contre la Perse, puisque Thémistocle aussi en sera soupçonné. Je me suis interrompu au tout début de cette dernière affaire.

§ 126, l. 5. Je fais porter τῶν πάλαι sur εὐγενής et δυνατός, suivant les anciennes traductions, mais contre J. de Romilly. Le sens me semble plus satisfaisant, mais c’est évidemment un détail.

§ 129, l. 1-5. La construction est très libre : κελεύει commande en fait toutes les infinitives qui suivent, même après ἀντεπετίθει. La preuve en est l’emploi du réfléchi indirect ἑαυτοῦ.
l. 10. Le sens d’ἀνεῖναι suivi d’un infinitif pose problème. Le Bailly et l’Alexandre n’indiquent que le sens de « permettre de »… sauf que c’est ici exactement le contraire qu’il faut exprimer. Tous les traducteurs comprennent en effet qu’il ne faut pas se relâcher dans l’exécution des projets en question.


§ 132, l. 5-6. L’expression ἴσος τοῖς παροῦσι est en effet « un peu singulière » (J. de Romilly) ; voir sa note.

§ 133, l. 3. Manifestement, οἰχομένου a une valeur d’accompli, comme le prouve le participe qui le suit. Thucydide me semble employer ce verbe dépourvu d'aoriste soit au présent (comme ici) soit à l’imparfait (quand il est à un mode personnel) afin de suppléer ce temps. Il est vrai aussi que le mélange des temps ne l’arrête guère. Attention à ne pas trop s’imprégner de son style pour le thème. Comme antidote, apprenez par cœur le Panégyrique d’Isocrate.

§ 134, l. 8-9. Contrairement à l’avis de certains traducteurs, qui placent une virgule après τὰς θύρας et en font le complément de ἀφεῖλον (il serait curieux d’enlever les portes d’un bâtiment qu’on veut clore hermétiquement), J. de Romilly rattache ce groupe à ἀπῳκοδόμησαν, qui de toute manière, s’accommode mieux d’un complément non animé.


126.
Mais pendant ce temps, ils envoyèrent des députés aux Athéniens, faisant des accusations afin qu’il y ait pour eux le plus grand motif possible de faire la guerre, si, de quelque manière, on ne leur prêtait pas l’oreille. Et d’abord, ayant envoyé des députés, les Lacédémoniens enjoignirent les Athéniens de chasser la souillure de la déesse. En effet, la souillure était telle que voici. Cylon était un homme athénien, vainqueur olympique, entre ceux d’autrefois noble et puissant ; il avait épousé la fille de Théagène, un homme mégarien, qui en ce temps-là était tyran des Mégariens. Or à Cylon consultant l’oracle à Delphes, le dieu répondit de s’emparer, pendant la plus grande fête de Zeus, de l’acropole des Athéniens. Alors celui-ci, ayant reçu des forces de Théagène et ayant persuadé ses amis, lorsque survinrent les jeux olympiques dans le Péloponnèse, s’empara de l’acropole comme en vue de la tyrannie, ayant pensé que c’était la plus grande fête de Zeus et qu’elle avait en quelque sorte rapport avec lui, ayant remporté les jeux olympiques. Mais si c’était en Attique ou quelque part ailleurs que la plus grande fête avait été dite, ni celui-là n’y avait plus songé, ni l’oracle ne le faisait voir (en effet, chez les Athéniens il y a les Diasia qui sont appelées la plus grande fête de Zeus Meilichios, à l’extérieur de la cité, dans laquelle beaucoup de gens, en masse, consacrent non des victimes, mais des *offrandes locales non sanglantes*), mais pensant comprendre correctement, il se mit à l’œuvre. Mais les Athéniens, s’en étant aperçus, coururent en masse à la rescousse, des campagnes, contre eux et, s’étant établis à côté d’eux, les assiégeaient. Or, le temps passant, lassés par le siège, ils s’éloignèrent pour la plupart, ayant confié aux neuf archontes la garde et le soin de régler l’ensemble, en maîtres absolus, de la manière qu’ils jugeraient le mieux ; c’est qu’alors, la plupart des affaires de la cité, c’étaient les neuf archontes qui les géraient. Mais ceux avec Cylon, étant assiégés, se trouvaient dans une situation difficile par manque de vivres et d’eau. Cylon, donc, et son frère s’échappèrent ; quant aux autres, comme ils étaient pressés par la faim, certains même en étaient morts, ils s’établirent en suppliants à l’autel sur l’acropole. Mais les ayant fait évacuer ceux des Athéniens chargé de la garde, comme ils voyaient qu’ils mouraient dans le sanctuaire, à la condition qu’ils ne leur feraient rien de mal les ayant emmenés, ils les tuèrent ; d’autre part, certains s’étant même établis auprès des *Augustes Déesses*, ils les firent périr au passage. Et à la suite de cela, ceux-là furent appelés *sacrilèges* et criminels envers la Déesse ainsi que la descendance issue d’eux. Et les Athéniens chassèrent donc ces sacrilèges, les chassa d’autre part aussi Cléomène, le Lacédémonien, plus tard, avec des Athéniens étant en dissension, et chassant les vivants et ayant enlevés les ossements des morts, il les jeta (hors du pays) ; ils revinrent cependant plus tard, et leur descendance est encore dans la cité.
127. C’est donc cette souillure que les Lacédémoniens enjoignaient de chasser, à les en croire prenant d’abord la défense des dieux, mais sachant que Périclès, fils de Xanthippe, y était rattaché par sa mère et estimant que, lui ayant été banni, c’est plus facilement que leur réussiraient les affaires du côté des Athéniens. Ils n’espéraient cependant pas tant qu’il subirait cela que lui porter *discrédit* vis-à-vis de la cité, dans l’idée que ce serait aussi à cause du malheur de celui-ci que la guerre serait pour une partie. Étant en effet le plus puissant de ceux de son temps et menant les affaires de la cité il s’opposait en tout aux Lacédémoniens, et ne permettait pas de leur céder, mais poussait à la guerre les Athéniens.
128. Mais à leur tour, les Athéniens exigèrent aussi que les Lacédémoniens chassent la souillure provenant du Ténare. En effet, les Lacédémoniens, ayant fait évacuer autrefois du temple de Poséidon les suppliants des hilotes, les ayant emmenés, ils les avaient fait périr ; ce pourquoi manifestement ils pensent qu’a eu lieu pour eux-mêmes le grand séisme à Sparte. Mais ils leur demandaient aussi de chasser la souillure d’ *Athéna Chalkioikos* ; or elle s’était produite de la manière que voici : Lorsque Pausanias, le Lacédémonien, ayant été rappelé la première fois par les Spartiates de son commandement dans l’Hellespont et jugé par eux, fut blanchi de l’accusation de commettre une faute, il ne fut plus envoyé à l’extérieur au nom de l’État, mais à titre privé, ayant pris lui-même une trière d’Hermionè, sans les Lacédémoniens, arrive dans l’Hellespont, à ce qu’il disait en vue de la guerre des Grecs, mais en réalité pour mener les affaires avec le Roi, comme d’abord il l’avait entrepris, aspirant à la suprématie grecque. Or à partir de ce qui suit, il avait d’abord fourni au Roi un titre de reconnaissance et avait opéré le commencement de toute l’affaire. En effet, ayant pris Byzance lors de sa première présence après le retour de Chypre (car les Mèdes la tenaient, et certains parents et alliés du Roi, qui y avaient été pris alors), ceux qu’il avait capturés, il les renvoie au Roi en cachette des autres alliés, alors qu’à ce qu’il disait, ils lui avaient échappé. Or il avait mené ces choses avec Goggylos l’érétrien, auquel précisément il avait confié Byzance ainsi que les prisonniers. Il envoya d’autre part Goggylos lui apportant une lettre. Étaient écrites ces choses-ci dedans, comme il fut découvert plus tard : « Pausanias, le commandant de Sparte, voulant t’être agréable, te renvoie ceux-ci, les ayant pris à la pointe de la lance, et je forme l’intention, si bon te semble aussi, d’épouser ta fille et de te rendre sujette Sparte et le reste de la Grèce. Or je pense être capable de réaliser cela en délibérant avec toi. Si donc l’une de ces choses t’agrée, envoie un homme sûr au bord de la mer, par l’intermédiaire duquel, à l’avenir, nous tiendrons nos propos. » Telles sont les choses que l’écrit révélait.
129. Or Xerxès fut ravi de la lettre et fait partir Artabaze, fils de Pharnace, au bord de la mer et lui ordonne de prendre en charge la satrapie de Daskyleion, ayant écarté Mégabate, qui commandait auparavant, et lui remettait en retour une lettre pour Pausanias à Byzance ; (il lui ordonne) de la transmettre au plus vite et de lui montrer le cachet, et si Pausanias lui faisait savoir quelque chose au sujet de ses propres affaires [celles du Roi], d’agir au mieux et le plus fidèlement possible. Celui-ci, étant arrivé, fit tout le reste comme il avait été dit, et en particulier transmit la lettre. Il avait été écrit en réponse ce que voici : « Ainsi dit le Roi à Pausanias : et des hommes que, de l’autre côté de la mer, tu m’as sauvés de Byzance, le titre de reconnaissance te restera dans notre maison inscrit pour toujours, et je me plais aux paroles venant de toi. Et toi, que ni nuit ni jour ne te retiennent, de manière à négliger d’accomplir quelqu’une des choses que tu me promets, et qu’elle ne soit empêchée ni par la dépense d’or et d’argent, ni même par l’mportance de la troupe, si en quelque endroit il faut qu’ils soient sous ta main, mais avec Artabaze, homme valeureux, que je t’ai envoyé, mène en ayant confiance et mes affaires et les tiennes de la manière la plus belle et la meilleure qu’elles soient pour les uns et les autres. »
130. Pausanias, ayant reçu ces écrits, étant auparavant en grande estime par les Grecs à cause de son commandement à Platées, fut alors beaucoup plus exalté et ne voulait plus vivre suivant la manière établie mais, revêtant des habits mèdes, il sortait de Byzance et, cheminant à travers la Thrace, des Mèdes et des Égyptiens l’escortaient, et il se faisait disposer une table perse et il ne pouvait contenir sa pensée mais, par des actes sans importance, il montrait par avance ce que dans sa pensée il se préparait à réaliser en plus grand dans l’avenir. Et il se montrait d’un abord difficile et usait d’une humeur si difficile envers tous pareillement que personne ne pouvait aller à lui, ce précisément pour quoi ce ne fut pas pour le moins du côté des Athéniens que l’alliance passa.
131. Or les Lacédémoniens, l’ayant appris, et l’avaient rappelé la première fois à cause de cela même, et puisque étant parti sur la mer une seconde fois sur le navire d’Hermionè, eux ne l’ayant pas ordonné, il semblait faire des choses semblables, et ayant été obligé de sortir de vive force du siège de Byzance par les Athéniens, il n’était pas retourné à Sparte mais qu’étant allé s’établir à Colonai de Troade, qu’on venait annoncer qu’il traitait avec les barbares et que ce n’était pas en vue du bien qu’il faisait ce séjour, alors en ce cas, ils ne se retinrent plus, mais les éphores ayant envoyé un héraut et la skytale, lui disaient de ne pas quitter le héraut, sinon, que les Spartiates lui déclaraient la guerre. Or celui-ci, voulant le moins possible être suspect, et croyant, avec de l’argent, faire cesser l’accusation, retournait à Sparte pour la seconde fois. Et il est d’abord jeté en prison par les éphores (c’est qu’il est permis aux éphores de faire cela au roi), ensuite, ayant intrigué, il sortit par la suite et s’expose au jugement pour ceux voulant former des accusations à son sujet.
132. Et les Spartiates n’avaient aucun indice manifeste, ni ses ennemis ni l’ensemble de la ville, s’étant fiés solidement à quoi ils puissent châtier un homme étant de race royale et, dans la circonstance présente, ayant une charge honorifique (car Pleistarque, fils de Léonidas, étant roi et encore jeune, il était son tuteur, étant son cousin germain), mais il offrait de nombreux soupçons, par son non-respect des usages et par son zèle dans l’imitation des barbares, de ne pas vouloir être dans la lignée de sa situation présente, et ils examinaient ses autres actions, si par hasard en quelque chose il s’était écarté des usages établis, et en particulier le fait qu’autrefois, sur le trépied à Delphes, qu’avaient consacré les Grecs, pièce précieuse d’un butin provenant des Mèdes, il avait jugé bon d’inscrire lui-même, à titre privé, le distique que voici :
Le général des Grecs, lorsqu’il eut détruit l’armée des Mèdes,
Pausanias, a consacré ce souvenir à Phoibos.
Sans doute, ce distique, les Lacédémoniens l’avaient-ils fait disparaître aussitôt alors du trépied et avaient-ils inscrit par leurs noms toutes les cités qui, ayant anéanti ensemble le barbare, avaient érigé ce souvenir ; cependant, même alors, cela semblait être une faute de Pausanias, et surtout en vérité depuis qu’il s’était trouvé engagé dans cette situation, cela paraissait avoir été fait beaucoup plus conformément à son état d’esprit présent. Mais ils apprenaient aussi qu’il traitait d’une certaine manière avec les hilotes, et il en était en effet ainsi : il leur promettait en effet la libération et la citoyenneté, s’ils se soulevaient avec lui et l’aidaient pour l’ensemble. Mais pas même ainsi, ni même s’étant fiés à des certains dénonciateurs parmi les hilotes ils ne jugèrent bon de faire quelque chose de trop extraordinaire contre lui, usant de la manière à laquelle précisément ils étaient habitués envers eux-mêmes, de ne pas être prompts, au sujet d’un individu spartiate, à décider, sans indices incontestables quelque chose d’irrémédiable, en vérité jusqu’à ce qu’alors pour eux, comme on le dit, celui devant apporter les dernières lettres au Roi à Artabaze, un homme d’Argilos, étant autrefois son mignon et très fidèle à celui-ci, devienne son dénonciateur, ayant eu peur, suivant la pensée qu’aucun des messagers avant lui n’était encore jamais revenu, et ayant contrefait le sceau afin que, s’il se trompait dans son opinion ou si celui-là demandait à changer quelque chose dans son texte, il ne le découvre pas, ouvre les lettres, dans lesquelles ayant soupçonné que quelque chose de tel était demandé en complément, il trouva qu’il avait été écrit de le tuer lui aussi.
133. Alors, les éphores, l’homme ayant montré les écrits, crurent davantage, mais ayant voulu encore être ceux qui écoutent personnellement Pausanias dire quelque chose, à partir d’un*arrangement*, l’homme étant parti au Ténare en suppliant et ayant dressé une cabane double par la cloison, dans laquelle il cacha quelques-uns des éphores à l’intérieur, et Pausanias étant venu à lui et lui demandant la raison de sa supplication, ils apprirent tout clairement, l’homme alléguant les choses ayant été écrites sur lui et révélant les autres choses une par une, comme quoi jamais en rien il ne l’avait *compromis* dans sa tâche de serviteur vis-à-vis du Roi, qu’il avait été cependant préféré, à l’égal de la plupart des serviteurs, pour mourir, et celui-là reconnaissant ces faits mêmes et, à propos des faits présents, ne le laissant pas se mettre en colère, mais lui donnant l’assurance de la sortie du sanctuaire et jugeant bon qu’il fasse route le plus rapidement possible et qu’il ne fasse pas obstacle aux affaires se traitant.
134. Or les éphores ayant soigneusement écouté s’en allèrent alors, mais, solidement instruits désormais, mettaient en œuvre son arrestation en ville. On dit que celui-ci allant être arrêté en chemin, lorsqu’il il vit le visage de l’un des éphores s’approchant, sut pour quoi il se déplaçait, mais qu’un autre ayant usé d’un signe de tête imperceptible et ayant donné une indication avec bienveillance, il se rendit à la course vers le sanctuaire de la déesse Chalkioikos, et s’y réfugia *à temps* ; or le terrain consacré était proche ; et étant entré dans un bâtiment pas grand, partie du sanctuaire, afin de ne pas souffrir, exposé en plein air, il se tenait coi. Les autres, sur le moment, restèrent en arrière dans la poursuite, mais après cela enlevèrent le toit du bâtiment, et quant aux portes, s’étant assuré qu’il était à l’intérieur et l’ayant intercepté dedans, ils les barricadèrent, et, l’ayant assiégé, le réduisirent par la faim. Et lui allant expirer, tel qu’il était précisément dans le bâtiment, s’en étant rendu compte, ils l’emmenèrent hors du sanctuaire respirant encore et, emmené dehors, il mourut sur-le-champ. Et ils furent sur le point de le jeter dans le Céadas, là où précisément (on jette) les malfaiteurs ; ensuite, il parut bon de l’enterrer à proximité. Mais le tombeau, le dieu à Delphes ordonna plus tard par oracle aux Lacédémoniens de le transférer là où précisément il était mort (et actuellement, il gît à l’entrée du terrain consacré, ce que des stèles indiquent par une inscription), et dans la pensée que ce ayant été fait par eux était une souillure, de rendre deux corps à la place d’un à la déesse Chalkioikos. Mais ceux-ci ayant fait deux statues de bronze, ils les consacrèrent comme à la place de Pausanias.
135. Or les Athéniens, dans la pensée que le dieu avait jugé cela une souillure, donnèrent ordre à leur tour aux Lacédémoniens de la chasser. Mais le médisme de Pausanias, les Lacédémoniens, ayant envoyé des députés aux Athéniens, en accusèrent aussi en même temps Thémistocle, comme ils l’avaient découvert d’après les indices de Pausanias, et ils étaient d’avis qu’il soit puni des mêmes peines. Or ceux-ci, ayant été convaincus, (il se trouvait en effet avoir été ostracisé et ayant pour résidence Argos, mais allant souvent aussi dans le reste du Péloponnèse), ils envoient avec les Péloponnésiens étant prêts à le poursuivre avec eux des hommes à qui il avait été dit de l’emmener en quelque endroit qu’ils puissent le rencontrer.
Histoire bien paradoxale que celle de Thémistocle, âme de la résistance face au danger perse, puis accusé de médisme au terme de cabales dont l’histoire grecque est si riche, ostracisé, et cherchant finalement refuge auprès du grand Roi, comme pour justifier ce dont on l’avait accusé ! Cette fin du livre I est l’occasion, pour Thucydide, de faire l’éloge de cette « nature » exceptionnelle, tout comme le discours final mettra en valeur Périclès. On a vu que lors du récit des événements, l’historien s’était abstenu de toute mise en valeur excessive des personnalités. La composition de ce livre est remarquable sur ce point et bien sûr, elle ne manquera pas de constituer un des sujets de leçon à l’oral (ce que j’ai peut-être déjà dit, mais le souvenir douloureux de ce type de sujet m’a marqué durablement ; il est vrai qu’à l’époque, j’avais confondu une leçon sur la composition d’une œuvre avec la composition de ladite œuvre !)

§136 l. 9-10 : les infinitives dépendent d’un verbe de parole sous-entendu ; il s’agit donc de discours indirect libre. On a αὐτός car le mot se rapporte au sujet de ce verbe.

§ 138 l. 10 : pour ἐξηγεῖσθαι, j’ai suivi la traduction de M. Legouëz ; J. de Romilly propose « exposer » suivant le raisonnement : exposer le connu, prévoir l’inconnu. Le traducteur ancien donne un sens plus pragmatique aux qualités de Thémistocle.


136. Mais Thémistocle, l’ayant compris d’avance, s’enfuit hors du Péloponnèse à Corcyre, étant leur bienfaiteur. Mais les Corcyréens déclarant craindre de l’avoir, en sorte d’être haï des Lacédémoniens et des Athéniens, est transféré par eux sur le continent, juste en face. Et, étant poursuivi par les missionnés suivant leur enquête pour savoir où il pourrait aller, il est contraint, face à quelque impasse, de descendre chez Admète, roi des Molosses, n’étant pas ami à lui. Et l’un ne se trouvait pas être chez lui ; l’autre, s’étant fait suppliant de son épouse, est informé par elle, ayant pris leur enfant, de s’asseoir contre *l’autel du foyer*. Et Admète étant venu pas beaucoup plus tard, il montre qui il est et ne juge pas bon, (même) si lui-même, de fait, avait opposé quelque chose au roi le demandant aux Athéniens, de tirer vengeance d’un fugitif. Et en effet, par celui-ci, c’est un beaucoup plus faible dans la circonstance présente qui serait mis à mal ; il est d’autre part noble que les égaux se vengent sur un pied d’égalité. Et en même temps lui-même s’était opposé à celui-là par quelque nécessité, et non en vue de sauver sa personne, tandis que lui, s’il le livrait (ayant dit par qui et pour quoi il était poursuivi), il le priverait du salut de sa vie.
137. Celui-là, l’ayant écouté, le relève avec son fils (de la même manière aussi que le tenant il s’était assis, et cela était le mode de supplication suprême) et pas beaucoup plus tard, aux Lacédémoniens et aux Athéniens étant venus et produisant beaucoup de discours, il ne le rend pas, mais l’envoie, voulant aller auprès de Roi, sur le bord de l’autre mer, par terre, à Pydna, la ville d’Alexandre. Dans celle-ci, ayant trouvé un vaisseau marchand prenant la mer vers l’Ionie et ayant embarqué, il est poussé par la tempête dans le camp des Athéniens qui assiégeait Naxos. Et (car il était inconnu de ceux dans le navire), ayant pris peur, il explique au capitaine qui il est et pourquoi il fuit, et s’il ne le sauve pas, il dit qu’il prétendra que c’est ayant été persuadé par de l’argent qu’il l’emmène ; d’autre part, que la sécurité était que personne ne débarque du navire jusqu’à ce que la navigation soit rétablie ; enfin, qu’à lui obéissant, il conserverait une digne reconnaissance. Alors le capitaine fait cela et, ayant mouillé un jour et une nuit à l’écart du camp athénien, plus tard, il arrive à Éphèse. Et Thémistocle honora celui-là d’un don d’argent (il lui en vint en effet plus tard d’Athènes de chez ses amis et d’Argos, qu’il avait mis en réserve), et, avec un des Perses de la côte, ayant fait route vers l’intérieur, il envoie un écrit au Roi Artaxerxès fils de Xerxès, étant roi récemment. L’écrit révélait que « Moi, Thémistocle, je suis venu auprès de toi, moi qui ai fait les plus nombreux maux de tous les Grecs à votre maison, dans tout le temps où ton père m’ayant attaqué, je le repoussais par nécessité, mais beaucoup plus de bien encore, lorsque dans la sécurité pour moi, mais dans le danger pour lui, le retour avait lieu. Et à moi, un bienfait est dû (ayant écrit l’annonce de la retraite de Salamine et la non rupture des ponts, qu’il s’attribuait faussement, à cause de lui), et maintenant, ayant à te faire de grands biens, je suis là, poursuivi par les Grecs en raison de mon amitié pour toi. Je veux donc, ayant attendu un an, te montrer moi-même pour quoi je suis venu ».
138. Or le Roi, comme on le dit, admira son intention et ordonna de faire ainsi. Celui-ci, dans le temps qu’il attendit, apprit autant qu’il put de la langue perse et des mœurs du pays ; puis, étant venu après un an, il devient auprès de lui important et tel qu’aucun des Grecs encore, en raison de sa considération existant auparavant et de l’espoir qu’il lui suscitait du monde grec à asservir, mais surtout par le fait de paraître intelligent en en donnant la preuve. Thémistocle était en effet (quelqu’un) ayant montré en vérité le plus solidement la force de sa nature et pour cela, tout particulièrement, plus digne qu’un autre qu’on l’admire ; par son intelligence propre en effet, et ni n’ayant appris au préalable en vue de celle-ci, ni n’ayant appris par la suite, des mesures immédiates, par la plus brève réflexion, il était le meilleur juge, et des choses futures, au plus loin de l’avenir, le meilleur prévisionniste ; et ce qu’il tenait entre ses mains, capable aussi de le **conduire**, mais ce dont il était sans expérience, il ne laissait pas d’en juger convenablement ; et quant au meilleur ou au pire, encore dans l’indistinction, il le prévoyait parfaitement. Pour tout dire, par la puissance de sa nature d’une part, par la brièveté de l’application à la tâche, il fut décidément le meilleur à faire dans l’urgence le nécessaire. Or, étant tombé malade, il finit sa vie ; mais certains disent qu’il mourut volontairement, par du poison, ayant jugé qu’il était incapable de mener à terme ce qu’il avait promis au Roi. Son monument funéraire est donc à Magnésie l’asiatique, sur la place publique ; il avait en effet commandé ce pays, le Roi lui ayant donné d’une part Magnésie pour le pain, qui *rapportait* cinquante talents par an, d’autre part Lampsaque pour le vin (elle semblait en effet la plus riche en vin des cités d’alors), Myonte enfin pour les mets. Mais ses ossements, ses proches disent qu’ils ont été emmenés chez lui, lui l’ayant ordonné, et déposés en cachette des Athéniens en Attique ; il n’était en effet pas permis de l’ensevelir en tant qu’exilé pour trahison. En conséquence, les choses concernant Pausanias le Lacédémonien et Thémistocle l’Athénien, devenus les plus illustres des Grecs à leur époque, prirent fin ainsi.
139. Quant aux Lacédémoniens, telles sont les choses que, lors de leur première ambassade, ils commandèrent et qu’on leur ordonna en retour au sujet du bannissement des gens chargés d’une souillure ; mais plus tard, allant fréquemment auprès des Athéniens, ils ordonnèrent de lever le camp de Potidée et de laisser Égine autonome, et par-dessus tout et le plus manifestement, ils avertissaient que pour ceux-ci ayant abrogé le décret sur les Mégariens il n’y aurait pas la guerre, dans lequel il avait été dit que ces derniers ne se serviraient pas des ports, ceux dans l’empire des Athéniens, ni du marché attique. Mais les Athéniens ni n’écoutaient les autres choses ni n’abrogeaient le traité, invoquant l’exploitation indue par les Mégariens de la terre sacrée et de la *zone indivise* ainsi que le bon accueil des esclaves faisant défection. Puis à la fin, étant venus les derniers envoyés des Lacédémoniens, Rhamphias et Mélesippos et Agésandros, et ne disant rien d’autre de ce dont ils avaient coutume auparavant, que cela même, à savoir que « les Lacédémoniens veulent que la paix soit, et elle serait, si vous laissiez les Grecs autonomes », les Athéniens, ayant fait une assemblée, proposaient à eux-mêmes leurs avis, et il leur semblait bon de faire une réponse en une seule fois sur tout, ayant délibéré. Et s’étant présentés, beaucoup d’autres parlaient, étant pour l’un et l’autre parti par leurs avis, et qu’il faut faire la guerre et (qu’il faut) que le décret ne soit pas un obstacle de la paix, mais l’abolir, et, s’étant présenté, Périclès, fils de Xanthippe, homme en ce temps-là étant le premier des Athéniens, le plus capable de parler et d’agir, conseilla les choses que voici :

Et maintenant, en route pour la dernière étape…

Le discours de Périclès est une παραίνεσις rappelant les enjeux de la guerre et les atouts d’Athènes. La péroraison est belle et fait penser aux orateurs attiques, je l’ai traduite un peu moins lourdement. Quant à la conclusion du livre, elle est très sobre.

§ 140, l. 4 : L’expression ὁμοῖα καὶ παραπλήσια (cf lat. par similisque) me semble devoir être traduite exactement, en donnant à la conjonction le sens de ou (un ou inclusif, bien sûr).

§ 141, l. 1 - 4 : Pas de pendant à ὑπακούειν, si ce n’est les deux participes εἴξοντες et ἕξοντες. Mais il n’est pas rare de voir des participes jouer quasiment le rôle d’infinitifs (cf § 143). J’ai déplacé le groupe ἐπὶ μεγάλῃ… pour plus de lisibilité.
l. 23 : Pour le sens de χρόνιοι, j’ai suivi J. de Romilly.


§ 142, l. 4 : Τὴν μὲν γάρ renvoie à ἐπιτείχισις ; normalement, il devrait y avoir un τὸ δέ renvoyant à ναυτικόν, mais avec Thucydide… En fait, l’évocation de la flotte va se faire tout naturellement à partir de πλεύσαντας.
l. 19 : J’ai déplacé ὅταν τύχῃ pour plus de lisibilité.


§ 143, l. 2 - 3 : ὄντων fonctionne en fait comme un infinitif sujet de δεινόν.

§ 144, l. 18 : Il importe à l’effet oratoire de traduire πλέονι et μείζονι autrement que par plus… plus, comme le fait J. de Romilly. Je trouve d’autre part très heureux le choix des quatre mots qui les encadrent.

Voilà, c’est fini. C’était parfois coriace, mais toujours exaltant.


140. A la même opinion, Athéniens, je me tiens toujours de ne pas céder aux Péloponnésiens, bien que sachant que ce n’est pas avec la même ardeur que les hommes sont incités à faire la guerre et qu’ils agissent au moment du fait, que, d’autre part, face aux événements, ils changent d’avis. Mais je vois qu’à présent, ce sont des choses semblables ou approchantes qui doivent être conseillées par moi, et j’estime juste que ceux d’entre vous ayant été convaincus par les choses ayant paru bonnes en commun, même si de fait nous échouons en quelque chose, viennent en aide, ou que, réussissant, ils ne **s’approprient pas après coup** la perspicacité. Il est en effet possible que les péripéties des événements n’aillent pas moins d’une manière inattendue que la pensée de l’homme ; c’est précisément pourquoi nous avons l’habitude, pour tout ce qui arrive contre la raison, d’accuser le sort. Quant aux Lacédémoniens, auparavant, ils laissaient clairement paraître qu’ils avaient de mauvaises intentions envers nous, et à présent pas pour le moins. En effet, alors qu’il avait été dit d’offrir les uns aux autres la peine des différents ou de la recevoir, et de posséder chacun ce que nous possédons, ni eux n’ont encore réclamé de peine ni, nous offrant cette peine, ne l’acceptent, mais ils veulent par la guerre plutôt que par les paroles résoudre les griefs, et c’est maintenant en exigeant et plus en accusant qu’ils sont là. Ils nous ordonnent en effet d’évacuer Potidée et de laisser Égine autonome et d’abroger le décret des Mégariens ; quant à ces derniers arrivés, ils nous prescrivent de laisser aussi les Grecs autonomes. Mais que personne d’entre vous ne pense qu’on ferait la guerre pour peu de chose si nous n’abrogions pas le décret des Mégariens, au sujet duquel précisément ils mettent en avant que si on l’abrogeait, la guerre n’aurait pas lieu ; et ne gardez pas en vous-mêmes le grief que vous avez fait la guerre pour un petit motif, car ce peu comporte toute la fermeté et l’épreuve de votre résolution, or si vous cédez à ceux-ci, c’est pour autre chose de plus important que vous serez aussitôt soumis à des exigences, dans la pensée que vous avez obéi dans la crainte ; en ayant tenu ferme au contraire, vous les porteriez clairement à se comporter avec vous plutôt sur un pied d’égalité.
141. A partir de là-même, assurément, songez ou à obéir avant d’avoir été lésés en quelque chose, ou, si nous devons faire la guerre, comme cela me semble, à moi du moins, être le mieux, ne devant pas céder et pour un grand et pour un petit motif, pareillement, ni non plus devant posséder avec crainte ce que nous avons acquis. Car c’est la même servitude que vaut la plus grande et la plus petite réclamation d’un droit venant des égaux, ordonnée avant jugement à ses voisins. Quant à ce qui concerne la guerre et les ressources disponibles pour chacun des deux camps, sachez que nous ne les possédons pas plus faibles en écoutant point par point. En effet, les Péloponnésiens travaillent eux-mêmes la terre et ni en privé ni en public de l’argent n’est à eux, ensuite, ils sont sans expérience des guerres prolongées et au-delà de la mer en raison du fait qu’ils se portent brièvement les uns contre les autres à cause de leur pauvreté. Et de tels gens ne peuvent ni équiper des navires ni faire partir souvent des armées terrestres, étant à la fois loin de chez eux et dépensant à partir de leurs propres biens et de plus étant exclus de la mer ; or ce sont les réserves plus que les contributions forcées qui soutiennent les guerres. Et c’est par leur personne que ceux des hommes qui travaillent eux-mêmes la terre sont prêts à faire la guerre plus que par l’argent, tenant pour crédible qu’ils pourraient aussi survivre aux dangers, mais comme pas assurés qu’ils ne vont pas tout dépenser avant l’heure, surtout si, contrairement à leur croyance, ce qui est bien naturel, la guerre traîne en longueur pour eux. Car en un seul combat contre tous les Grecs les Péloponnésiens et leurs alliés sont capables de résister, mais faire la guerre contre un dispositif militaire non semblable, ils en sont incapables, chaque fois que et n’usant pas d’un conseil unique ils ne mènent pas une action sur le champ avec rapidité, et qu’étant tous égaux devant le vote, bien que n’étant pas de la même race, chacun s’empresse pour ce qui le regarde, à la suite de quoi c’est l’habitude que rien d’abouti ne se produise. Et en effet, les uns veulent tirer vengeance de quelqu’un le plus vite possible, les autres, léser leurs intérêts privés le moins possible. Et se réunissant tardivement, ils examinent en un temps bref un des intérêts communs, mais traitent en un temps plus long leurs affaires privées, et chacun croit ne pas devoir nuire par sa propre négligence, mais que c’est même le souci de quelqu’un d’autre que d’avoir quelque prévoyance pour lui, de sorte que, par la même opinion particulière sur toutes choses, il échappe que l’intérêt commun est ruiné dans son ensemble.
142. Le plus important d’autre part : ils seront empêchés par l’insuffisance d’argent, quand, se le procurant avec lenteur, ils temporiseront ; c’est un fait que les occasions de la guerre ne sont pas dans l’attente. Et certes ni leurs fortifications, non plus que leur flotte ne sont dignes d’être craintes. Relativement aux unes en effet, il est difficile, même en paix, d’équiper une cité équivalente [à la nôtre], et sans doute encore plus en terre ennemie et nous ayant construit un mur contre eux ; si d’autre part ils font une place-forte, ils pourraient nuire à quelque partie du territoire par des incursions et des désertions, mais cela ne sera certes pas suffisant pour nous empêcher de construire un mur en face d’eux ayant navigué jusqu’à leur pays, et, ce en quoi précisément nous sommes forts, de nous défendre avec nos navires. Car nous valons cependant plus sur terre à partir de l’expérience du maritime qu’eux à partir de ce qui concerne le continent pour les choses maritimes. Quant au fait de devenir experts de la mer, cela ne surviendra pas facilement pour eux. Pas même vous en effet, vous y exerçant aussitôt après les guerres médiques, vous ne l’avez encore mené à terme ; comment donc des hommes terriens et non maritimes, et en plus ne devant même pas être laissés libres de s’exercer à cause du fait d’être fréquemment bloqués par nous avec de nombreux navires, feraient-ils quelque chose de valable ? En effet, contre un petit nombre bloquant, ils pourraient au moins courir le risque en réconfortant leur ignorance par la masse, mais contenus par beaucoup, ils se tiendront tranquilles, et en ne s’exerçant pas seront plus ignorants et, à cause de cela, plus timorés. Or la marine appartient à l’art, comme toute autre chose aussi, et n’admet pas d’être exercée en supplément, quand cela se trouve, mais plutôt que rien d’autre ne soit comme supplément à celle-là.
143. Et même si ayant fait venir de l’argent d’Olympie ou de Delphes, par une meilleure solde, ils s’efforçaient de détourner de nous les étrangers parmi les marins, nous n’étant pas de force égale, ayant nous-mêmes embarqué ainsi que les métèques : voilà qui serait stupéfiant ; mais en fait, cela est acquis, et, ce qui est précisément le plus important, nous avons des pilotes citoyens et, pour le reste de l’équipage, des gens plus nombreux et meilleurs que tout le reste de la Grèce. Et, au moment du danger, nul des étrangers n’accepterait de quitter en exil son propre pays et en même temps, avec un espoir moindre, pour l’octroi d’un fort salaire de quelques jours, de combattre avec eux. Et la situation des Péloponnésiens me semble, à moi du moins, être telle ou à peu près ; la nôtre au contraire, être exempte des choses que j’ai précisément reproché à ceux-là et comporter d’autres choses importantes non à égalité. S’ils marchent contre notre pays par la terre, nous, nous irons par mer contre le leur, et ce ne sera plus à titre égal que quelque partie du Péloponnèse sera ravagée et l’Attique tout entière ; eux en effet ne pourront avoir à la place d’autre terre sans combat, à nous appartient au contraire une terre abondante et dans les îles et sur le continent ; grand est en effet l’empire de la mer. Or réfléchissez : si nous étions des insulaires, qui serait plus imprenable ? et de fait, il faut s’imaginer le plus près possible de cela, d’une part laisser de côté la terre et les maisons, d’autre part tenir la garde de la mer et de la cité, et ne pas, ayant eu du ressentiment pour elles, nous lancer dans la lutte contre les Péloponnésiens beaucoup plus nombreux (ayant vaincu en effet, nous combattrons de nouveau contre un nombre pas moindre, et, si nous échouons, la situation de nos alliés, d’où nous tirons notre force, est aussi perdue [pour nous] ; en effet, ils ne se tiendront pas tranquilles nous n’étant pas capables de faire une expédition contre eux), et ne pas faire de lamentation sur nos maisons et notre terre, mais sur nos personnes ; en effet, ce ne sont pas celles-ci qui acquièrent les hommes, mais les hommes qui les acquièrent. Et si je croyais devoir vous persuader, j’ordonnerais qu’étant sortis de chez vous vous les ravagiez et que vous montriez aux Péloponnésiens que pour celles-ci du moins, vous ne vous soumettrez pas.
144. Mais j’ai encore beaucoup d’autres choses en direction de l’espoir d’être supérieurs, si vous voulez bien ne pas accroître l’empire tout en faisant la guerre et à ne pas vous adjoindre des dangers délibérément choisis ; en effet, je crains plus nos erreurs propres que les desseins de nos adversaires. Mais ces choses-là seront aussi montrées dans un autre discours, au moment de l’action ; à présent, renvoyons ceux-ci, leur ayant répondu d’une part, que nous laisserons les Mégariens user de notre marché et des ports, si les Lacédémoniens, également, ne font pas d’expulsion d’étrangers ni de nous, ni de nos alliés (car ni cela n’est un obstacle dans le traité, ni ceci), que les cités, nous les laisserons autonomes si les ayant aussi autonomes nous avons fait le traité et quand ceux-là aussi permettront à leurs cités d’être gouvernées librement, pas d’une manière convenant aux Lacédémoniens eux-mêmes, mais à chacune d’elles, comme elles le souhaitent ; que nous voulons d’autre part subir un jugement suivant les conventions, de plus, que nous n’initierons pas la guerre, mais que eux l’initiant, nous les repousserons. Ces choses, en effet, sont justes et en même temps convenables à notre cité à répondre. Or il faut savoir que c’est une nécessité de faire la guerre (si d’autre part nous l’acceptons de meilleur gré, nous aurons des adversaires devant moins nous presser), et que des plus grands dangers, pour la cité et pour le particulier, proviennent les plus grands honneurs. Ce qui est sûr, c’est que nos pères, ayant tenu bon face aux Mèdes et ne partant pas combattre à partir de positions si fortes, mais ayant même abandonné ce qu’ils avaient, par une détermination plus puissante que la fortune, avec une audace plus forte que la puissance, repoussèrent le barbare et ont élevé la situation à ce degré ; il ne faut pas leur être inférieurs, mais repousser les ennemis par tout moyen et nous efforcer de transmettre cela à nos descendants sans qu’il soit amoindri. »
145. Périclès dit de telles paroles. De leur côté, les Athéniens ayant pensé qu’il leur donnait les meilleurs conseils, votèrent ce qu’il ordonnait, et répondirent aux Lacédémoniens selon son avis, pour chaque point comme il avait dit et pour l’ensemble, qu’ils ne feraient rien sous leur ordre, qu’ils étaient prêts, par un jugement, selon les conventions, à faire un règlement à propos des griefs, à titre égal et réciproque. Alors ceux-ci s’en retournèrent chez eux et ne revinrent plus par la suite en ambassade.
146. Tels sont les griefs et les différends qui intervinrent entre les deux partis avant la guerre, initiés aussitôt après les affaires d’Épidamne et de Corcyre. Mais ils étaient cependant en relation au milieu de celles-ci et ils se fréquentaient les uns les autres sans héraut, mais non sans soupçon ; mais ce qui se passait était un bouleversement du traité et une raison de faire la guerre.
Feci anno 2014

§ 146 - Erratum : "au milieu de ceux-ci" (les griefs et les différends).
initiées aussitôt ? 😉
Je serais curieux de savoir combien tu ferais de fautes de frappe, toi, dans un texte aussi long… 😜
Mais des tas, mon cher Jehan ! Des tas ! Aussi ne me risqué-je pas dans une telle entreprise !
Je sais bien que ce ne sont qu'erreurs grossières et indignes de leur auteur. 😜
Pour ce qui est de Thucydide, j'ai assez donné.
C'était juste pour rire…
Merci d'avoir corrigé. Ce n'était pas une faute de frappe, mais une négligence ; c'est qu'il y avait deux mots féminins dans le texte grec.

Courage Gabiana, encore 145 chapitres à corriger. Je vois que vous avez commencé par la fin, vous vous compliquez la tâche !
(Petit message pour signaler ma gratitude à Jacques : j'ai décidé de me lancer dans ce livre, et le grec de Thucydide me perd de temps en temps. Votre traduction m'est d'un grand secours !)
Merci. N'hésitez pas à faire des suggestions pour améliorer la traduction.
Et vive l'Université de Nantes ! 🙂 🙂
Courage Gabiana, encore 145 chapitres à corriger !
À vrai dire, je n'ai pas le texte original sous les yeux. Il faudrait que je le recherche au fin fond de ma bibliothèque.
Et mes corrections, excepté des corrections orthographiques que vous êtes capable de faire vous-même, seraient bien mal venues sur un travail que je crois deviner de longue haleine.
Mon souffle est trop court pour lire de tels pavés.
Je suis tombée par hasard et par désœuvrement sur votre dernier paragraphe et c'est le seul que j'ai lu. 🙂
C'est moi qui vous souhaite bon courage.
145 chapitres ! J'ignorais votre propos. À chacun sa passion !
Au chapitre XIII, ne serait-il pas plus clair de traduire "Ναυμαχία τε παλαιτάτη ὧν ἴσμεν γίγνεται Κορινθίων πρὸς Κερκυραίους" par "Et la bataille navale la plus ancienne que nous connaissions a lieu entre les Corinthiens contre les Corcyréens" au lieu de "Et la bataille navale la plus ancienne que nous connaissions a lieu : celle des Corinthiens contre les Corcyréens" ?
Bonjour,
Κορινθίων étant génitif complément du nom Ναυμαχία, la traduction de Jacques est plus proche du texte grec.