Voilà j'ai une dissertation à faire :
Barbey d'Aurevilly fait dire à son narrateur dans les dessous de cartes d'une partie de whist : "Je me figure que l’enfer, vu par un soupirail, devrait être plus effrayant que si d’un seul et planant regard, on pouvait l’embrasser tout entier".
Dites si cette déclaration éclaire la poétique de Dostoïevski et Bernanos dans crime et châtiment et sous le soleil de satan.
alors voila après plusieurs heures de travail sur cette citation j'ai fini par conclure que la poétique principale était celle du secret et de la peur. et que l'idée d'un narrateur omniscient n'existait pas réellement dans nos deux oeuvres. Je ne sais pas si je suis sur la bonne voie, mais j'ai de grosses difficultés à trouver un plan qui tienne la route. :/
merci d'avance de m'aider si le sujet vous dit quelque chose
Bonsoir,
Sans entrer dans l'analyse des oeuvres, il me semble que ce que Barbey d'Aurevilly veut signifier est l'importance de l'imagination. L'enfer ou le mal est d'autant plus terrible ou angoissant que l'imagination amplifie ce que l'observation directe affadirait. Les films d'angoisse jouent beaucoup sur ce principe de la suggestion préférable à la description.
oui le sujet aborde la notion d'imagination, avec le soupirail. Notre prof nous a dit que a travers cette citation on voyait le probleme du narrateur omniscient présent ou non ds les deux oeuvres. en fait j'ai des idées mais je ne vois pas comment faire un plan qui progresse!
de plus mon problème est de savoir quelle est la poétique qui ressort de cette citation mis a part celle du secret?Je sais qu'il faut parler de l'omniscience et se poser la question si la presence d'un narrateur omniscient pouvait elle tout gacher au roman? mais je ne suis pas bien sure de ce que j'avance….quelqu'un pourrait-il m'aider et m'éclairer un peu mieux?
merci de votre aide
Bonjour Fripouille,
J'ai du mal à te suivre sur les chemins exclusifs de la focalisation quand il s'agit d'apprécier la poétique de Dostoïevski et de Bernanos.
Il faudrait d'abord te demander ce qui rassemble ces deux oeuvres :
A l'évidence, c'est le mystère du mal, l'oeuvre de Satan, la possession, les maladies de la volonté, et l'effroi qui résulte de ce déchaînement des forces maléfiques.
Par ailleurs, même si l'abbé Donissan a le don de lire dans les âmes, les êtres gardent une part de mystère irréductible.
En outre Satan n'apparaît pas comme un grand guignol, mais sous des apparences très humaines plus inquiétantes que les représentations traditionnelles dans la mesure où elles donnent un pouvoir irrésistible à l'ennemi du genre humain (d'où le titre en forme d'oxymore : un soleil triomphant pour un héros ténébreux). Le surnaturel ne reste qu'affleurant.
Je crois aussi que la construction du roman n'est pas innocente. Il faut justifier ce long prologue qui paraît étranger au roman, et dont seule la fin du livre permet de comprendre la raison : les réseaux surnaturels de la communion des saints.
La poétique du roman de Bernanos consite bien dans les suggestions de toutes sortes, dans l'implicite plutôt que dans le tableau ordonné et rationnel de psychologies torturées.
Pour Crime et châtiment, mes lectures sont trop anciennes pour savoir si tu pourrais appliquer la même analyse. Mais il me semble que le mysticisme slave conduit à la même aura mystérieuse qui ouvre des perspectives insoupçonnées à l'acte criminel de Raskolnikov dont la psychologie est analysée avec minutie d'autre part. Ce roman commence comme le journal de Raskolnikov, avec une focalisation interne, la confession d'un crime à la première personne, puis il passe à une narration à la troisième personne, comme dans le roman policier, tout en mêlant de très nombreux discours intérieurs de Raskolnikov. Dostoïevski cherche à explorer la conscience de son héros, dans ses cheminements contradictoires, ses obsessions, ses refus de reconnaître le crime, alors que les rêves et les délires cherchent à expulser une culpabilité rongeante et destructrice.
Les deux oeuvres partent aussi me semble-t-il d'une réalité incompréhensible ou plutôt sans sens, la signification se construisant dans les développements surnaturels ou métaphysiques. Or poétique signifie création. Ces deux oeuvres sont une tentative de comprendre le monde au-delà des apparences. Cette approche mystique utilise des procédés divers pour évoquer les réalités de l'au-delà.
Crime et châtiment qui commence sous des auspices réalistes et entendait dénoncer les misères du petit peuple (comme un Zola ou un Dickens) frappe par l’abondance des contradictions, par les zones d’ombre autour des personnages et de leurs motivations, si bien qu'il est difficile de comprendre le projet de son auteur. Chaque personnage parle de sa propre voix, livre sa propre vision du monde, de telle sorte que Dostoïevski peut ainsi évoquer l’infinie complexité de la réalité.
Bonjour fripouille,
Je te réponds sur le forum, seul lieu de partage selon la charte du site.
Ton plan conviendrait, mais il me semble que tu passes sous silence un aspect important déjà signalé.
Ces deux oeuvres abordent des aspects surnaturels inaccessibles en principe à l'esprit et donc à la parole humaine qui ne peut alors procéder que par des équivalences. Ce qui n'est pas perceptible par les sens, qui tout au plus relève de visions indescriptibles, peut être seulement évoqué. Y a-t-il une poétique de l'évocation, de la suggestion ?
Ensuite en corollaire, comment est évoqué l'effroi lorsqu'il s'agit de pénétrer dans des terres interdites ?
Ces deux oeuvres essaient aussi d'évoquer un scandale métaphysique dans un contexte chrétien : comment concilier (expliquer ?) le mystère du mal omniprésent et tout-puissant avec le silence apparent de Dieu ? Note d'ailleurs que la tentative d'explication, la parole pourrait paraître sacrilège si l'homme dans ses explications s'arrogeait la place de son créateur ou se révoltait contre lui. Est-il donc légitime que l'auteur proclame le mal ? le traque dans ses chemins secrets ? viole le mystère des âmes sans la sagesse, l'omniscience et l'omnipotence aimante (charité) divines ? Apparaît alors la possibilité d'une rédemption qui passe par la confession (aveu, parole qui libère, et sacrement du pardon, parole qui restaure si elle est acceptée). La parole du prêtre n'est qu'une parole déléguée dans son ministère, elle permet mystérieusement de recréer le monde là où Satan est apparemment victorieux… Bernanos s'est probablement inspiré de Saint Jean-Marie Vianney, le curé d'Ars, pour bâtir le personnage de l'abbé Donissan. Renseigne-toi sur la vie de ce saint et de ses combats contre le "grappin". Article sur wikipedia
ici.Il faut tenter de ressaisir et de comprendre l'énergie - ou la grâce - qui a produit en plein milieu du XIXe siècle, siècle de la montée de l'indifférence et de l'anticléricalisme, du positivisme et du scientisme, ce phénomène inouï : un petit prêtre de campagne, dans un village perdu au cœur des Dombes, devient une célébrité et même l'objet d'une sorte de culte. De partout, en France et en Europe, on vient en effet à Ars voir, entendre, toucher ce prêtre infiniment maigre (il ne mange presque rien), présent pendant des heures au confessionnal, devant lequel on se bouscule et dont on sort souvent « converti » pour toujours. Le curé d'Ars c'est le nom qui lui restera - fut considéré comme un « saint » bien avant sa mort. L'histoire a gardé de nombreux récits de miracles opérés par sa seule présence, et ses démêlés avec le « Grappin » (le Diable) sont célèbres.
il ya l idée de la peur du mal et de sa présence dans l emonde ( réelle ou imaginaire+ oposée au bien)
+ la perception du mal (ac la notion dregard très présente)
mais "embrasser tout entier" c'est le mal+ le bien?
je pense qu'il faudrait parler du réel face à l'imaginaire
à travers le regard sur le monde ( monde entier= bien et mal)
le bien et le mal existent ils réellement ou invention de l'homme?
voilà ce que ça m'inspire au premier coup d'oeil
je sais pas si ça va t aider mais courage!
bonjour , voilà j'ai pensé faire une partie sur le fait que le narrateur omniscient soit absent ce qui provoque des doutes et des peurs chez le lecteur; puis parler des meurtres non avoués ce qui provoque le doute, et le démoniaque est carractérisé par le doute pour bernanos et dostoievski.
cependant je ne sais pas quoi mettre en deuxième partie.
j'ai d'enormes difficultés avec cette dissertation malgré tout ce que j'ai pu lire sur ce forum.pourriez vous m'aider svp?
Bonjour,
Ta deuxième partie pourrait mettre en valeur la poésie du fantastique ou du surnaturel :
Un enfer terrestre ou l'irruption de l'enfer dans la vie ordinaire
le mal omniprésent, la nature humaine blessée, l'absence apparente de Dieu
les limites des explications psychologiques
Des failles dans le réel ou l'ouverture sur un monde fantastique ou surnaturel : la poétique du diable entre fascination et répulsion