Pensez-vous que le monologue soit capable de restituer fidèlement et avec vraisemblance l’esprit de

Entraide scolaire

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour ! 🙂

Je suis en Première S et notre prof nous a donné une dissertation à faire dont le sujet est le suivant.

"Victor Hugo écrit dans L'Homme qui rit"Le monologue est la fumée des feux intérieurs de l'esprit". Pensez-vous que le monologue soit capable de restituer fidèlement et avec vraisemblance l'esprit de celui qui se livre ?"

J'ai déjà beaucoup réfléchi à la question et ai commencé un plan mais je bloque, j'ai peur d'être hors sujet et il me manque toujours un argument pour avoir un devoir complet…

I) "Oui"
1) Le monologue restitue les délibérations d'un personnage -> le spectateur comprend ses choix et donc sa manière de concevoir et de peser les choses pour émettre un choix/un avis (son esprit).
2) Le monologue révèle le passé d'un personnage, son histoire qui lui est propre afin que le spectateur comprenne mieux la pièce ainsi que la manière de vivre et de réagir du personnage (et donc son esprit).
3) Le monologue restitue les états d'âme et les sentiments du personnage dévoilant son caractère (donc son esprit).

II) "Non"
1) Le monologue ne permet pas de révéler le caractère du personnage lorsqu'il est en société et notamment certains de ses défauts ou de ses qualités qui peuvent a contrario être découverts lors de disputes par exemple. Le monologue ne restitue donc pas fidèlement l'esprit de celui qui se livre puisque pas complètement.
2) Sans faire face à une opposition dans les avis, les idées du personnage n'évoluent pas dans le monologue. Au contraire, dans le dialogue, d'autres personnages peuvent faire évoluer l'avis du personnage en lui posant des questions par exemple et donc révéler une part de sa nature. L'esprit de celui qui se livre n'est donc pas restitué fidèlement dans le monologue puisqu'il ne fait pas face à des arguments opposés qui le feraient évoluer, soit changer soit se renforcer dans la réflexion (puisque l'on prévoit les questions que l'on pose à soi même).


Qu'en pensez-vous ? Auriez-vous des idées de pistes pour orienter ma réflexion pour mon dernier argument ? ^^

Merci d'avance à ceux qui pourront m'aider 🙂
Bonjour Stel,

Je pense que ta seconde partie s'éloigne trop de la question de départ qui porte sur la "restitution fidèle et vraisemblable" de l'esprit du personnage.

Essaye de réfléchir à cette partie en t'appuyant davantage sur la métaphore de Hugo : le monologue ne rend qu'une fumée alors que l'esprit est un feu ; pourquoi le monologue ne peut-il pas restituer le feu lui-même ? Dans quelle mesure ce qu'on est capable d'exprimer à haute voix correspond à ce qui se passe dans notre esprit ?

Quant à la question de la vraisemblance : as-tu déjà essayé d'exprimer à haute voix tes pensées quand tu réfléchis ? Tu as sans doute pu t'apercevoir que le résultat est loin des monologues parfaitement structurés et logiques qu'on peut trouver dans les pièces de Racine par exemple…

J'espère que ces quelques pistes t'aideront.
Bon courage !
Le sujet est flou : sur quoi porte-t-il exactement ? les monologues fictifs, du roman et de la scène, ou les monologues de la vraie vie ?
Dans le premier cas, celui qui se livre est une pure création de l'auteur, et le monologue restitue fidèlement l'esprit que l'auteur lui attribue. Plus précisément, il ne le restitue pas, il lui donne forme pour le lecteur/spectateur. Il ne peut en être autrement…
Dans le second cas, nous abordons aux rives de la philosophie, et la grande question : ce que l'on dit, est-ce bien ce que l'on pense ?
Tout d'abord, merci beaucoup pour vos réponse 🙂

Je vais suivre ton conseil Melancholy et ré envisager le problème sous l'angle de la citation. J'avais également pensé à exploiter l'idée des vers dans le théâtre qui n'est pas très vraisemblable puisque, lorsque qu'on parle seul, on ne fait pas souvent des alexandrins (pour ma part en tout cas 😉 ). Cependant, un ami m'a dit qu'il trouvait l'argument un peu bancal, peut-être qu'il pourrait rejoindre ce que tu disais sur la structure du monologue mise en place par le dramaturge ?

Delia, le sujet porte sur le monologue au théâtre, c'est l'angle sous lequel mon prof exploite la séquence théâtre du programme. Mais je pense que le monologue au théâtre peut-être relié au monologue de la vraie vie comme tu les évoques puisque le théâtre est, en général, représentation de situations humaines…
Pour le monologue au théâtre, la question de la vraisemblance se pose pleinement.
Celle de la fidélité est exclue : les paroles que l'auteur attribue à son personnage reflètent forcément l'intention de l'auteur de produire tel ou tel effet ! Car un personnage de théâtre n'a pas d'esprit, ni de sentiments, ni de pensées, i xiste pas pour parodier un poème de Jean Tardieu.
Oui, mais si mon prof l'évoque dans sa problématique, il faut quand même la traiter cette question de fidélité… Non ?

Bien que je sois d'accord avec toi quant à l'intention de l'auteur, je pense tout de même qu'un personnage a des sentiments et des pensées mais des sentiments et des pensées que l'auteur a choisi de lui insuffler.
Exactement.
C'est l'auteur qui fait tout, et le monologue reflète forcément les sentiments et les pensées qu'il attribue au personnage.
Mieux, il ne les reflète pas, il les exprime. Sans ces monologues, ils resteraient ignorés du spectateur.
C'est un raisonnement circulaire : le monologue traduit bien l'idée que le spectateur se fait du personnage… à partir du monologue !

Ne serait-ce pas ce que votre professeur vous faire dire, que la fidélité est un leurre ?
Si l'on suit ton raisonnement, tout le théâtre est un leurre… Ce qui n'est pas faux dans un sens puisque toute l'histoire, les personnages, les décors ne sont pas vrais, entièrement fictifs. Mais le théâtre s'inspire quand même de la vraie vie, des comportements des humains, de la société que l'auteur côtoie. C'est d'ailleurs pour ça qu'on parle de catharsis…
Si le théâtre est un leurre, la question de la fidélité ne peut pas se poser.
Je n'arrive pas bien à comprendre où tu veux en venir vis à vis de la problématique, pourrais-tu m'éclairer un peu ? ^^

Puisque le monologue restitue forcément fidèlement le personnage, il ne faut s'attacher qu'à la question de la vraisemblabilité ? Mais le monologue restitue-t-il forcément fidèlement l'esprit du personnage…?
Vraisemblance !
Mais le monologue restitue-t-il forcément fidèlement l'esprit du personnage…?
C'est ce je m'échine à faire comprendre : seuls ont un esprit les êtres humains de chair et d'os. Les personnages fictifs de la littérature, romanesque ou scénique, ne peuvent avoir d'esprit, ils sont entièrement faits de signes noirs courant sur une feuille blanche.
Seulement, l'auteur parvient à créer l'illusion, et on les croit vrais.

Le monologue ne reflète rien du tout, il exprime les traits de caractère que l'auteur prête à ses personnages, c'est lui qui crée l'effet de réel.
Le monologue est-il fidèle à l'intention de l'auteur ? Nul ne peut le dire, mais c'est un fait connu qu'aucune oeuvre d'art, peinture, sculpture, musique, poésie, théâtre… ne traduit fidèlement l'idée préalable que l'artiste s'en faisait. Il y a toujours un décalage.
De ce point de vue, aucun monologue ne traduit fidèlement aucune conception, mais je me demande si c'est vraiment la question posée.

Au fait, vous n'avez pas de problématique, vous n'avez qu'un sujet.
C'est bon, j'ai enfin compris ce que tu tentais de me faire comprendre.

Mais en prenant en compte ce que tu viens de dire, comment exploiter alors le sujet (et pas la problématique, mea culpa) que l'on m'a donné ?


[Vraisemblance, excuse-moi, la faute est ignoble --']
Le problème, c'est que j'en viens à me demander si votre professeur est d'accord avec nous ! Il semblerait bien que non, d'après le libellé de son sujet…

Partons de la vraisemblance : le monologue théâtral est-il vraisemblable ? Absolument pas, car personne ne parle tout seul dans la solitude !
Il n'est pas vraisemblable, mais il est indispensable à la création du caractère du personnage et à la compréhension de l'action. A contrario, le personnage de la Reine, dans Rodogune, une criminelle qui fait tuer ses propres fils pour garder le pouvoir, cette Reine n'a aucun monologue. Le spectateur la contemple donc de l'extérieur, sans jamais comprendre ce qui la fait vraiment agir. Pas de monologue non plus pour Tartuffe, c'est un comédien qui ne laisse jamais tomber son masque, ce qui d'ailleurs permet à certains de plaider sa sincérité.
Pas vraisemblable, mais indispensable, le monologue ne peut qu'exprimer l'être profond du personnage, en vertu de la convention que les personnages ne mentent pas, sauf le cas où ils se contredisent. C'est l'équivalent de la focalisation zéro du récit.
C'est bien ça qui me gêne et c'est pourquoi j'insistais autant sur cette fidélité…

Si l'on considère que vraisemblance équivaut à crédibilité alors le monologue théâtre peut être crédible dans le sens où la manière d'écrire, les pauses, le jeu, tout cela va permettre de créer une illusion qui rendra ce monologue vraisemblable mais pas réel.

Je suis bien d'accord quant au fait que le monologue permet au spectateur de comprendre l'action. C'est ce que j'ai surtout développé dans la première partie de ma dissertation. Pour moi, le monologue permet de plus de comprendre "l'esprit" du personnage tel qu'il est créé par le dramaturge et de comprendre ses actions par la suite comme avec votre exemple de Tartuffe ou de la Reine dans Rodogune qui ne sont pas compris faute d'avoir pu s'exprimer et se faire comprendre par le biais du monologue.

Qu'est ce que la focalisation zéro du récit ?
Dans un récit, on trouve les trois cas de figure suivants :
le narrateur en sait moins que le personnage, il le voit de l'extérieur, focalisation externe ;
le narrateur en sait autant que le personnage, il exprime le pont de vue du personnage : focalisation interne ;
le narrateur en sait plus que le personnage, il est partout, il reproduit toutes les pensées : focalisation zéro.
La phrase emblématique de la focalisation zéro c'est : il ne savait pas qu'il l'aimait.

Au théâtre, tout est en focalisation externe, d'où la nécessité de faire monologuer les personnages pour leur donner de la profondeur : ils parlent, donc ils pensent.
Oh d'accord (je me coucherai moins bête ce soir ^^).