Syllabes longues et brèves
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Bonjour à tous.
À la page 35 de sa Phonétique historique du français, Gaston Zink explique que les syllabes qui se terminent par une consonne sont longues (ex : argentum : e long)
À la page 139, comme si de rien n'était, l'auteur détaille l'évolution du mot pectus en prenant bien soin d'indiquer entre parenthèses que le e est bref.
Y a-t-il une logique là-dedans ?
Merci de vos réponses.
Il faut distinguer la longueur par nature, qui seule intéresse le phonéticien, et la longueur par position, qui ne concerne que la prosodie. En latin, une voyelle suivie de plusieurs consonnes n'est longue de ce fait qu'en prosodie.
Ex : le i de villa est long, pas celui de ille ; le e de tectum est long, pas celui de lectus, etc…
La phrase de l'ouvrage que tu cites est donc erronée.
Merci. Je me disais bien qu'il y avait un problème, mais comme Gaston Zink est LA référence en matière de phonétique historique pour les concours et que moi, je ne suis rien du tout, je n'osais pas imaginer qu'il pouvait se tromper.
Précisément, puisque lui, c'est la référence, et nous, non, regardons d'abord si nous ne nous trompons pas.
Dans la première phrase, Zink parle probablement de la longueur de la syllabe.
Dans la seconde phrase, Zink parle peut-être de la quantité de la voyelle.
Ce n'est pas forcément la même chose.
Dans pectus, la voyelle "e" serait brève par nature, mais la première syllabe est néanmoins longue par position du fait des deux consonnes qui suivent le "e".
Attendons néanmoins l'avis de latinistes patentés.
Je crois que tu as raison. Pour faire avancer le débat, je cite exactement le premier des deux passages en question :
Sont donc tenues pour longues les syllabes :
- qui comportent une voyelle longue par nature (à surmonter d'un trait horizontal) ou une diphtongue : ma-ri-tum [trait sur le i] (> mari), *pa-rau-lo (afr. je parol)
- qui se terminent par une consonne : ar-gen-tum (> argent), a-man-tem (> afr. amant)
(p. 35)
Dans le second passage (p. 139), l'auteur ne précise pas si c'est la voyelle ou la syllabe qui est longue mais écrit : "péctus (pec-)" avec un accent bref sur le e entre parenthèses.
Sont donc tenues pour longues les syllabes :
- qui se terminent par une consonne : ar-gen-tum (> argent), a-man-tem (> afr. amant)
Zéro pointé, la référence !
Du moins pour le choix malheureux de ses exemples : les finales en -m sont si brèves qu'elles s'élident totalement dans la prononciation, depuis Cicéron, dans la mesure où l'on peut savoir ces choses.
Elles ne comptent pour longues, en métrique, que si elles sont suivies d'un mot commençant par une consonne, selon la loi de position : une voyelle suivie de deux consonnes est longue.
Il donne d'ailleurs la preuve de son erreur : si
argentum a donné
argent et
amantem, amant, si donc la syllabe finale est tombée, c'est qu'elle pesait fort peu dans la prononciation.
C'est ce constat qui fait poser leur instabilité aux spécialistes de la phonétique historique du latin.
C'est tellement évident que j'ai l'impression que Zinc ne parlait pas de la syllabe finale mais de la pénultième. Je n'ai pas l'ouvrage en question. À vérifier.
Bon Dieu, mais c'est bien sûr !
- qui se terminent par une consonne : ar-gen-tum (> argent), a-man-tem (> afr. amant)
Ar- de argentum est longue, -gen- de argentum aussi, -tum est brève, a- de amantem est brève, renseignement pris dans Gaffiot, -man- est longue, tem est brève.
Si cet éminent spécialiste utilisait les termes syllabe ouverte, syllabe fermée et
voyelle libre, voyelle entravée, comme tout le monde, on le comprendrait mieux.
C'est bien cela : Zink parle de la pénultième et il aurait dû mettre un trait long sur les voyelles concernées, comme il le fait par ailleurs, de manière à éviter toute ambiguïté. D'autre part, les expressions "syllabe ouverte/fermée" et "voyelle libre/entravée" sont bel et bien utilisées dans l'ouvrage.
Maintenant, la distinction entre longueur de la syllabe et quantité de la voyelle étant posée, quelqu'un pourrait-il me dire, car ce n'est toujours pas clair dans ma tête, si pour analyser l'évolution d'un mot, je dois tenir compte de l'une ou de l'autre ?
De l'une ET de l'autre. Comme l'écrivait le vieux
Brachet avec des termes démodés, on doit distinguer la brève, la longue (par nature) et la voyelle de position (longue par position) :
[lien invalide]
Les pages qui suivent cet extrait donnent de nombreux exemples, et on en trouve pareillement dans
Anglade.
Mais je ne doute pas que Zink lui-même soit fort complet sur le sujet.
J'ai toujours compris que l'on parlait de la pénultième dans argentum. Attention au Gaffiot, qui considère comme longues les voyelles longues par position. Oui, de mon temps, on parlait de syllabes libres et de syllabes entravées. Que signifierait le terme "syllabe longue" du reste ?
Il me semble que les Anciens considéraient qu'il fallait plus de temps pour prononcer une syllabe composée d'une voyelle, même brève, suivie d'une consonne appartenant à la même syllabe ; la syllabe devenait longue.
Petite précision :
Zink parle de la pénultième et il aurait dû mettre un trait long sur les voyelles concernées
Ce trait se nomme
un macron, et le petit u qui signale les brèves…
une brève !
Merci à tous pour ces précisions et pour les références.
Dernière précision :
les verbes de la première conjugaison, comme amare, ont le radical en a long.
Donc le a est long par nature, dans la forme amantem, où il est entravé, dans la forme amatum, où il est libre, et dans la forme ama.
L'exemple n'est donc pas pertinent du tout.
Eh ben dis donc, tu tiens à le dézinguer ce pauvre Gaston Zink ! 😂
Tu ne serais pas un peu de mauvaise foi quand même ? 😉
Il se contente de dire :
Sont donc tenues pour longues les syllabes :
[…]
- qui se terminent par une consonne : ar-gen-tum (> argent), a-man-tem (> afr. amant)
Ce n'est pas faux, ni dans l'énoncé ni dans les exemples donnés. Le principe, c'est que justement dans ce cas, on s'en fiche un peu que le "a" soit long par nature, ou qu'il soit bref, puisque de toute façon, la syllabe est fermée et longue !
L'exemple ne serait pas pertinent s'il avait voulu illustrer le cas d'une brève devenant longue par position, mais ce n'est pas ce qu'il prétend.
Ce raisonnement est suffisant pour les élèves de seconde que l'on initie à la scansion, mais pour des étudiants, c'est un peu court, je trouve.
Et je maintiens que c'est une forme de malhonnêté intellectuelle que de dire qu'est longue par position une voyelle qui est longue par nature.
Il faudrait quand même lire l'ouvrage complet avant de parler de malhonnêteté intellectuelle sur la foi d'une très courte citation (qui ne dit d'ailleurs pas exactement ce que tu lui fais dire). As-tu des raisons de douter de l'honnêteté intellectuelle de Zink ?
Je ne connais que ses Que sais-je ?, et il ne m'avait pas fait mauvaise impression.
Je ne connais pas le livre, et je n'avais jamais entendu parler de Zink !
Je ne juge que la phrase citée, et je la trouve assez mal rédigée et d'une information peu sûre.
Disons écrite par dessous la jambe. Il se peut que cette phrase-là soit seule dans ce cas de toute l'oeuvre, mais elle présente bel et bien le défaut que j'ai pointé.