Dom Juan, une pièce hybride

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir !

En lisant Dom juan j'ai pu remarqué l'alliance entre le comique et le tragique, à travers les personnages ou les situations. Puis, les 3 unités qui ne sont pas respectés, les registres tous autant différents.. à ce moment là je pensais qu'il s'agissait d'une tragi-comédie, cependant la pièce se finit par la mort de Dom Juan..Bon, "les gages" de Sganarelle apportent toute la dimension comique à cette fin qui peut être assimilé au tragique cependant la tragi-comédie est un genre qui se finit bien…

Alors, je me demande si en ce qui concerne l'oeuvre de Molière on peut bien parler de Tragi comédie?

Merci !
Mon opinion, qui n'engage que moi, c'est que voir du tragique dans Dom Juan est une erreur de lecture.
Ce qui différencie le tragique du comique, c'est l'identification : quand le spectateur s'identifie aux personnages c'est tragique (ou pathétique), quand le spectateur installe une distance, c'est comique.
La pièce fonctionne sur le modèle de la course poursuite, que bien plus tard Eugène Labiche utilise dans Un Chapeau de paille d'Italie, et qui fera les beaux jours du cinéma, avec Charlot et Laurel et Hardy. On peut trouver Charlot tragique, si l'on s'identifie à ce vagabond poursuivi par la police, mais il faut bien admettre que Charlot voulait produire un effet comique, et si l'on installe une distance, on ne peut que rire de ces gags en cascade.
Molière a tout fait pour tenir à distance son personnage : séducteur qui est réduit à épouser les femmes qu'il convoite, c'est-à-dire qu'il ne les séduit en aucune manière, lâche qui fuit ses responsabilités (oui, il y a la scène des brigands, où il montre du courage, mais un pur courage physique), voleur à la petite semaine… Surtout obstiné comme les grands rôles comiques de Molière, que rien ne fait démordre de leur idée fixe : Arnolphe, Argan, Harpagon, Orgon, Alceste… Don Juan reçoit tout au long de la pièce l'avertissement de changer de vie. Il n'en tient aucun compte, et cela lui retombe sur le nez, si j'ose dire. La punition est plus rude que celle d'Arnolphe ou d'Harpagon, mais c'est aussi que Don Juan est un criminel de droit commun : bigame (la bigamie est un cas pendable, chante-t-on dans Monsieur de Pourceaugnac), duelliste (ce qui est puni de mort en France), fils insolent et mauvais payeur, il la mérite bien.
A la date de la création, le public populaire devait être ravi de voir châtier un grand seigneur méchant homme, et le Roi n'était pas fâché non plus de voir stigmatiser un de ces grands qui défiaient son autorité.
A mon avis, il n'y a pas plus de tragique dans Dom Juan que dans les Guignols de l'info.
C'est une opinion personnelle que tout le monde ne partage pas. Moi-même, ayant assisté à une représentation où Don Juan était incarné par un très séduisant acteur, j'étais tombée sous le charme : beau costume, belle prestance… Bref, je cédais au culte de la vedette. En y travaillant avec mes élèves, j'ai pris conscience de l'aspect comique de la pièce.
Si Molière avait voulu écrire une tragi-comédie, il l'aurait indiqué dans le titre.
Merci pour cet éclairage !
En fait, je pensais qu'il s'agissait de tragique de part la présence d'Elvire qui me fait penser à une héroïne des tragédies de Corneille, donc finalement la pièce de Molière est une comédie alliant le Baroque, le burlesque et l'éloquence..enfin selon moi..
Elvire fait penser aux héroïnes de Corneille, mais c'est du pastiche de la part de Molière qui s'est payé le luxe de recycler des vers de Corneille dans l'Ecole des femmes ou Tartuffe : Pour être dévot je n'en suis pas moins homme, pris dans Sertorius : Pour être Romain, je n'en suis pas moins homme.
La tentation est forte de s'identifier à Elvire, mais son rôle est peu flatteur : c'est l'abandonnée qui insiste et échoue : deux entrevues avec Don Juan, deux échecs. A chaque fois, elle se fait tourner en dérision. Si l'on accepte de la tenir à distance, on se rend compte que c'est comique, cette pauvre fille qui se fait rembarrer.

Je trouve votre diagnostic très pertinent.
Il est vrai qu'elle n'est pas du tout mise en valeur par le fait qu'elle insiste, et au fond on voit bien qu'elle tient toujours à Dom Juan même si elle dit le contraire et insinue qu'il s'agit seulement de son sort face au ciel…
Enfin bon, je pense que cette pièce est très riche et qu'il y'aura toujours des choses à dire !!
Vous avez raison, c'est une pièce très riche, et cette richesse est la marque des chefs d'oeuvre.
Notez aussi que si Elvire a un aspect cornélien, elle n'est pas le seul exemple chez Molière.
Molière a mis en scène de charmantes jeunes premières totalement incapables de faire face à la situation, mais aussi des femmes énergiques et cependant charmantes : Henriette, Elise, Eliante, Elmire, Hyacinthe.
Il ne faut pas oublier non plus que Corneille a également écrit des comédies. Lisez donc le Menteur, vous y trouverez deux scènes de Dom Juan : la scène entre les deux paysannes, les remontrances de Dom Louis.
Vous verrez aussi que Molière a repris ces scènes de comédie un ton au-dessous.
Je me demande si on peut parler de "pur ocurgae physique" quand Dom Juan vole au secours du frère d' Elvire dans la scène des brigands : certes, je ne dis pas que c'est un "preux chevalier",mais il fait quand même des références à l'honneur, aux valeurs socialement admises … Ou bien, faut-il renoncer complètement à sauver le "grand seigneur" dans ce méchant homme ?
Quant au duel, vous avez raison de le rappeler, les ordonnances royales le condamnaient très sévèrement, mais elles avaient bien du mal à être respectées ! Dom Juan duelliste, ce n'est pas très "oroginal", si j'ose dire, et beaucoup de nobles à la cour ne se gpenaient pas pour contourner les édits … Ceci dit, ça sera plus prononcé vers la fin du règne de Louis XIV ( Dom Juan n'est "que" de 1665, et le roi meurt en 1715 ) et surtout, surtout : sous la Régence ( où alors là, pour le coup, le duel, on le défendra un peu "pour la forme"…)
Relisez la scène des brigands : Don Juan, ensuite, dissimule astucieusement son identité pour échapper aux conséquences de ses actes.
Molière prépare ainsi le spectateur à admettre que Don Juan a bel et bien tué le Commandeur en duel, car jusqu'ici, rien dans le comportement du personnage ne nous indiquait qu'il en était capable. Molière ménage aussi le contraste entre le courage physique, le goût de la castagne, comme nous dirions, avec le vrai courage qui serait de faire face aux frères d'Elvire.

Ma remarque sur Don Juan duelliste a été mal comprise.
J'énumérais tous les chefs d'accusation dont relève don Juan. De nos jours, il encourrait les foudres de tous les tribunaux, de la simple police aux Assises.
Par ordre d'importance croissante :
irrespect envers son père, grivèlerie (monsieur Dimanche), subornation (les paysannes), piraterie (l'enlèvement projeté), sacrilège (il a poussé une religieuse à rompre ses voeux), bigamie (il épouse toutes les femmes qu'il rencontre, ce qui était possible en un temps sans papiers d'identité, et était puni de mort), duel. Je crains d'en oublier.
Bref, Molière a chargé la barque et fait de son personnage un vrai gibier de potence ! Qui d'ailleurs a failli avoir des ennuis avec la justice : son père le lui rappelle, après l'affaire du commandeur il n'a obtenu ses lettres d'abolition que par les hautes relations de sa famille, et les protecteurs commencent à se lasser.
Certes, l'époque lui pardonnerait ses duels, on les pardonne bien à Rodrigue, et dans le Menteur, Dorante se vante d'avoir tué son homme… qui se porte à merveille, car le duel est pure invention. Mais il y a le reste…

Oui, il faut renoncer à sauver le grand seigneur. C'est d'ailleurs expressément formulé par Don Louis dans la pièce : Don Juan n'a pas d'honneur.
Ce qui n'est pas sans exemple chez Molière : que l'on pense au Dorante du Bourgeois gentilhomme, , escroc mondain qui plume si élégamment Monsieur Jourdain. Une haute naissance n'est pas un brevet de bonne vie et moeurs, et Louis XIV qui voulait mettre au pas sa noblesse n'était pas fâché de lui voir rabattre le caquet sur scène.
Delia a écrit :Vous avez raison, c'est une pièce très riche, et cette richesse est la marque des chefs d'oeuvre.
Notez aussi que si Elvire a un aspect cornélien, elle n'est pas le seul exemple chez Molière.
Molière a mis en scène de charmantes jeunes premières totalement incapables de faire face à la situation, mais aussi des femmes énergiques et cependant charmantes : Henriette, Elise, Eliante, Elmire, Hyacinthe.
Il ne faut pas oublier non plus que Corneille a également écrit des comédies. Lisez donc le Menteur, vous y trouverez deux scènes de Dom Juan : la scène entre les deux paysannes, les remontrances de Dom Louis.
Vous verrez aussi que Molière a repris ces scènes de comédie un ton au-dessous.
Merci beaucoup pour le conseil, je vais donc essayer de le lire prochainement, je n'avais en effet jamais lu de comédie de Corneille, je suis vraiment curieuse de voir ça!