Molière était-il chrétien ?

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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A la préface d'une ancienne édition de l'une des œuvres de Molière il est dit que Molière n'avait pas le droit d’être enterré en terre chrétienne parce qu'il n'a pas renié sa carrière de comédien devant un prêtre et que le roi a du intercédé personnellement auprès de l'archevêque pour qu'il soit inhumé le soir et sans grande cérémonie
Ailleurs et dans le préambule d'une autre édition plus récente, on affirme que dans son agonie il demanda à être assisté par deux sœurs faisant paraitre tous les sentiments d’un bon chrétien .
-alors juste par curiosité, Molière;était--il un bon croyant?
-est ce que Molière était un bon chrétien?
Dieu seul sonde les reins et les coeurs… et qu'appelle-t-on un bon croyant ?

Le fait est qu'au siècle de Louis XIV, mieux valait avoir l'air chrétien… quitte à ne pas l'être.
Les ennemis de Molière l'accusaient d'impiété, en donnant pour preuve le Tartuffe. On peut cependant lire le Tartuffe comme le mouvement d'indignation d'un croyant sincère contre ceux qui se servent de la religion à des fins intéressées.

A-t-il fait une mort chrétienne ? La famille avait intérêt à dire que oui, pour éviter le scandale d'un inhumation hors cimetière. Les ennemis avaient intérêt à dire que non, pour une revanche posthume.
Quoi qu'il en soit, le Roi en personne, qui déjà avait été parrain d'un de ses enfants, le Roi est intervenu en sa faveur. Or tout porte à croire que Louis XIV, s'il n'était pas exemplaire, était un croyant sincère.

Telles sont les pièces du dossier.
Un BoN Croyant à mon sens est un croyant,tout simplement…qui croit bien sure en l’existence,en l'unicité(donc monothéiste) d'un être suprême,omniscient,omnipotent,créateur de toute éxistence et au delà même de l'existence,de l'infiniment petit à l'infiniment grand,mais à la différence du simple croyant naïf le bon croyant doit chercher sans cesse les arguments subtils qui corroborent cette croyance et cette pensée profonde:"J'ai en moi l'idée de parfait,ce parfait ne peut venir que d'un être parfait,or l'homme étant imparfait,ce parfait ne peut être que Dieu"Descartes
,
et bien entendu les ennemis de Molière que vous évoquez c'est "le parti des (faux) dévots qui s'était formé sous Louis 13 et continua d’exister après Louis 14, ce parti a très longtemps lutté contre "l’illustre théâtre"
les partisans ont dénoncé l’irréligion et l’impiété de Molière,à leurs yeux" il sentait toujours le fagot",les membres de la cabale réussirent même a empêcher la représentation des premières pièces de Molière avant bien sure qu'il ne devienne le protégé du roi…
Mais alors pourrait on dire que Le Tartuffe est une preuve ontologique ?car non seulement Molière dénonce dans Le Tartuffe les abus de ces pharisiens mais aussi le lexique est destiné a rapprocher le vocabulaire de la religion authentique(le langage de la dévotion tient une grande place dans Le Tartuffe) MERCI
En complément des informations de Délia,
- il est bien difficile d'apprécier l'orthodoxie de Molière,
- mais il semble qu'il ait été proche des gassendistes, c'est-à-dire tout le contraire de chrétiens dogmatiques, moralisateurs et tristes, des chercheurs proches de la libre pensée…
- Molière a essayé de concilier foi et épicurisme comme Gassendi pourtant anachorète ; son théâtre, on l'a oublié parfois, respire la joie de vivre…
- le grand combat de sa vie a été la dénonciation des hypocrisies. Au moins autant que Tartuffe, c'est Dom Juan qui a fait scandale car non seulement Molière attaquait la fausse dévotion, mais il s'en prenait aux grands, en l’occurrence à son ancien protecteur, le prince de Conti, cousin du roi, ancien frondeur, dévoyé et libertin, brusquement converti et excessif dans son zèle de nouveau censeur…
- et cependant, Molière a gardé la confiance du roi, signe que le monarque n'appréciait pas les débordements moralisateurs intempestifs de la compagnie du Saint Sacrement, source de mécontentement populaire…
Molière était-il chrétien ?
Molière seul peut répondre à cette question.
Ma question qu'appelle-t-on un bon croyant était purement rhétorique. Il n'existe aucune définition possible du croyant, bon ou mauvais. Si quelqu'un se dit chrétien, il est chrétien, point barre.

Concernant Molière, j'estime que la question n'a aucun intérêt pour nous. Ne partons pas de la connaissance, réelle ou supposée que nous avons de l'auteur pour interpréter les textes. C'était la démarche de Sainte-Beuve, condamnée par Marcel Proust, Paul Valéry et Milan Kundera. La démarche moderne consiste à interpréter l'oeuvre en soi, et le cas échéant, se servir de l'oeuvre pour comprendre l'auteur.
Quelques pièces à ce dossier complexe.
Des chercheurs ont découvert que Molière "faisait régulièrement ses pâques", comme on disait alors : confession et communion annuelle dans sa paroisse. Par ailleurs, la pièce Tartuffe contient un grand nombre d'allusions à l'oeuvre ou aux paroles de St François de Sales, et à ce qu'en rapportaient ses disciples (Mgr Le Camus, par exemple, fort connu de son temps). La fameuse scène du Pauvre de Dom Juan est également assez troublante, si l'on veut lire dans ce personnage éprouvé par DJ, figure du Tentateur, la figure admirable de St François d'Assise.
La question embarrassante alors est de savoir comment Molière pouvait être aussi compétent dans des questions de théologie et de spiritualité aussi fines, alors qu'il n'avait guère le temps de s'informer là-dessus, sinon par ouï-dire.
D'où le rôle influent de Corneille auquel il faut toujours revenir - peut-être en effet véritable auteur des pièces de Molière, à partir d'un thème ou d'une idée, peut-être d'un canevas.
Corneille était non seulement fort averti en théologie (brillant élève des jésuites), mais encore avait-il une correspondance avec le pape. C'est lui alors qui aurait soit rédigé, soit guidé Molière dans ces questions, selon l'orientation du Saint-Siège, qui s'inquiétait de la "fausse dévotion" que ne cessent de combattre à la fois les auteurs de l'époque (les Caractères de La Bruyère sera une "apologie" du christianisme contre la fausse dévotion qui mine la religion chrétienne), mais surtout les prédicateurs (oratoriens et jésuites).
Dernier point : le nonce apostolique a toujours soutenu Molière contre les faux dévots redoutablement puissants. Il faudrait entreprendre des recherches à ce sujet dans les "Archives secrètes" - équivalent de la Bibliothèque Nationale - du Vatican.