Bonjour, je corrigeais un exercice d'histoire quand la prof m'a arrêtée parce que j'avais dit "pallier à" et non pas "pallier". Pouvez-vous m'expliquer pourquoi c'est une faute ?
Merci !!!!
Pourquoi ? Eh bien parce que ce verbe "pallier" se construit traditionnellement avec un COD et non un COI: il a le sens original de
cacher, dissimuler, et la construction directe est identique :
on cache un inconvénient, on dissimule un défaut, et donc
on pallie un inconvénient.
Mais, il faut bien le reconnaître, la construction réputée fautive "pallier à" est très fréquente, quoiqu'elle fasse partie des rares exemples où les mises en garde répétées des grammairiens semblent avoir un certain effet ; la faute me paraît aujourd'hui moins répandue qu'il y a, disons, quarante ans.
Voici ce qu'en disait le TLFi (l'article est écrit il y a environ quarante ans) :
Rem. Dans ce dernier sens (et p.anal. avec obvier à, parer à, remédier à) l'emploi trans. indir. pallier à qqc., critiqué par les grammairiens puristes, est fréq.: Je serais parfaitement heureux, si je n'avais le coeur plein de la tristesse de Ghéon. J'ai écrit à Jean Schlumberger d'y pallier s'il se peut dans une note (Gide, Journal, 1914, p.418). On pourrait, pour pallier immédiatement aux symptômes asphyxiques, (…) pratiquer l'intubation (Bory ds Nouv. Traité Méd. fasc. 8 1925, p.288). Le tannage au fer constitue seulement un procédé de crise destiné à pallier au manque éventuel d'approvisionnement en sels chromiques (Bérard, Gobilliard, Cuirs et peaux, 1947, p.94).
On voit bien le problème. L'analogie initiale de sens et de construction avec
cacher, dissimuler, à construction directe, a été obscurcie par l'analogie sémantique moderne avec
obvier à, remédier à, qui ont une construction indirecte.
On dit par exemple : "Je pallie les conséquences de ses fautes".
Ce n'est pas "Je pallie aux conséquences de ses fautes".
Dans la première phrase, "les conséquences de ses fautes" est un complément d'objet direct (COD). Cela permet ensuite la transposition de cette phrase à la voix passive : "Les conséquences de ses fautes sont palliées par moi".
Dans la deuxième phrase, il s'agit par contre d'un complément d'objet indirect (COI). La transformation en voix passive n'est plus alors possible.
Bref, à partir du moment où vous admettez que "Les conséquences de ses fautes sont palliées par moi" est une phrase correcte (bien que lourde), vous devez admettre que "Je pallie aux conséquences de ses fautes" est incorrect.
Je m'aperçois par ailleurs que Lamaneur m'a devancé !
Merci beaucoup, j'éviterai de faire la faute maintenant, même s'il y a beaucoup de personnes qui la font encore !
J'ai une question complémentaire sur le sujet. On rencontre souvent l'expression : "y pallier". Pourtant c'est une construction qui ne s'utilise normalement pas dans le cas d'un verbe construit avec un COD. Ne doit-on pas écrire "J'ai un problème, je le pallie" plutôt que "J'ai un problème, j'y pallie"?
La construction "y pallier" est effectivement fautive pour les puristes mais, peut-être plus encore que la construction "pallier à", elle est couramment admise. C'est d'ailleurs l'exemple donné par le Trésor avec la phrase de Gide.
Mais est-ce qu'on pallie un problème ? On résout un problème, on le traite, on le corrige, on le surmonte, on en vient à bout, on y remédie.
Mais vraiment, pallier est le plus mauvais choix pour un problème, surtout si l'on considère que le sens original de pallier, c'est dissimuler.
Mais alors que peut-on pallier ? 🙂
Le
TLFi donne :
Pallier
un tort, des insuffisances, des défaillances, des sottises, un anarchisme, un péché, une légère disgrâce, quelque chose de laid, des fautes, un mal, une fragilité, une souffrance, des symptômes asphyxiques, un manque…
Merci à Simone de Beauvoir, André Gide, Charles Péguy, Montesquieu, Jean Cocteau, Victor Hugo et autres grands anciens sans lesquels nous ne pourrions pallier convenablement. 😉
Un rappel de l’étymologie de ce verbe aidera peut-être à garder en mémoire tant sa signification que sa construction : le latin tardif palliare, dont le français a fait pallier, signifiait à l’origine Couvrir d’un pallium, c’est-à-dire d’un manteau qui cache, dissimule.
On pallie un manque, on remplace une chose, indisponible, par une autre. 🙂