Parvenez-vous à lire Proust ?

Littérature

46 réponses · Page 1 / 3

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir,

le sujet a peut-être déjà été évoqué… Mais bon.

Voilà on m'a offert il y a trois ans, la collection A la recherche du Temps perdu.

J'ai commencé tout naturellement ma lecture par "Du côté de chez Swann", j'étais pressée de découvrir cet auteur dont on disait beaucoup de bien (Proust) et là grosse déception… Impossible d'aller au-delà des 80 premières pages.

Je me perdais dans les évocations des lieux, des choses, … Difficile de suivre le fil de l'histoire (cela me demandait un effort considérable. Je devais froncer les sourcils et faire preuve d'une concentration inouïe), j'ai donc renoncé à poursuivre.

Et il y a une semaine à peu près, j'ai pris le parti de relire ce même roman (la deuxième lecture est souvent différente de la première) et ce soir même constat : cela m'est toujours autant difficile. Proust ne me passionne pas !

Ya t-il ici des gens qui sont parvenus à le lire ?
Pour lire Proust faut-il jouir d'une certaine culture littéraire ? (Pourtant j'ai lu pas mal d'auteurs du 18, 19, et 20ème siècle) mais là j'ai beaucoup de peine.

Et même ce cher Honoré (Balzac) qui nous pondait trois pages pour décrire un bout d'armoire, ne m'a pas ennuyé autant que Marcel.

Alors, Proust ? Pro ou anti ? :/
Après être arrivé à la Prisonnière, mes études ne me laissent plus vraiment le temps de poursuivre, mais ce n'est pas très grave : rien de ce que j'ai "lu" ne m'a fait vibrer, rien ne m'a émerveillé sinon l'immense travail de Proust. J'y ai souvent trouvé quelques perles, quelques germes de beauté, mais chaque fois ils étaient tellement étirées, émiettés, dispersés que tout était gâché : la parole est une aile du silence, mais Proust ne sait pas se taire.
Je supporte Proust mais il ne m'emballe pas, et sa lecture ne me procure ni plus ni moins de plaisir que de rester sans rien faire : je ne sais pas si j'ai gagné quoi que ce soit à le lire jusqu'où j'en suis et je ne sais pas si j'ai envie de poursuivre, mais je suis absolument certain que j'aurais très bien pu vivre sans le lire (après, il peut toujours être avantageux, surtout dans le monde littéraire, de savoir parler de lui) ; je ne suis ni pro ni anti, mais certains me jugeront peut-être anti pour trouver sa réputation exagérée…
Avec le temps, Proust est devenu mon écrivain préféré. J'avais commencé Du côté de chez Swann il y a quelques années, mais il m'a fallu trois essais pour "entrer dedans". Je trouvais les phrases trop longues, trop alambiquées, enfin ça ne me plaisait pas.Et puis il y a eu un déclic, je ne saurais vraiment l'expliquer mais j'ai enfin apprécié ce que je lisais. Et là, c'était parti 🙂 je me suis laissée emporter par les phrases, le rythme. Jamais personne, je trouve, mis à part Proust, n'a réussi à parler aussi bien des souvenirs, du temps qui passe, de l'enfance. J'en suis à ma deuxième lecture de la Recherche (le prochain à relire sera Albertine disparue mais mon préféré est Sodome et Gomorrhe). Je ne lis jamais deux volumes à suivre, je préfère laisser du temps pour bien apprécier le texte (là ça fait d'ailleurs longtemps que je n'en ai pas lu).

Tout ca pour dire à celles et ceux qui auraient des difficultés à apprécier Proust : persévérez, car c'est une merveille de bout en bout 😉. Je viens d'avoir une liseuse pour Noël, et même si j'ai la Recherche sur papier, je vais m'empresser de la télécharger sur ce curieux objet^^

Et Yakochi, si Proust ne te passionne pas, ce n'est pas un drame non plus 😉; j'aurais pu écrire le même message que toi au sujet de Hugo, cette fois, qui n'est pas ma tasse de thé 😉
Je suis rassurée en vous lisant.

Sfdd, je ne suis donc pas la seule à ne pas être transportée par la plume de Proust.
C'est vrai qu'il "parle" bien (enfin, je veux dire que le propos est assez élégant et j'ai eu à souligner de bien jolies phrases). Mais il ne sait pas se taire, honnêtement non.

Comment donc se fait-il qu'il compte parmi les plus grands auteurs Français je m'interroge encore !? Car la beauté de la plume ne suffit pas, le scénario, la capacité à tenir le lecteur en haleine, toutes ces choses ont leur importance… Enfin !

Comateen, je persiste dans ma lecture et j'espère avoir ce déclic.

Il t'a fallu "trois essais" pour entrer dans l'ouvrage et le comprendre… J'espère que j'y parviendrai à mon tour. Lol !

C'est curieux que tu dises que Hugo te fait le même effet. Comme quoi, les goûts et les couleurs ! 😜

Merci pour vos avis en tout cas.
Malgré cela, je vois que l'on a quand même un point commun : le goût pour Zola 🙂

Il n'y a pas vraiment de scénario chez Proust, et son but, à mon avis, n'est pas de tenir le lecteur en haleine, ce n'est pas comme un polar ou un roman d'aventure; il s'agit de faire ressentir au lecteur les petits moments auxquels on ne fait pas forcément attention au quotidien, et je trouve qu'il y arrive à la perfection^^
Pour moi la valeur de la Recherche ne se trouve pas dans la forme mais dans le fond : je ne perçois pas bien la valeur stylistique mais une valeur philosophique ; il n'y a pas besoin d'avoir terminé pour voir qu'avec l'amoncellement de ces souvenirs, par la puissance de l'art, on arrive à saisir à travers le temps et les changements une certaine identité mais d'autres en parlent beaucoup mieux que moi.
En ce qui concerne ma "maturation", j'ai eu trois "déclics" : le premier où j'ai subitement eu envie de continuer à lire ; le second où j'ai eu envie de tout lire ; le dernier où, après une interruption, tout m'a tout à coup semblé terne, lourd et maladroit. Entretemps j'avais relu quelques pages du Petit Prince… Le livre le moins compliqué n'est pas forcément le moins riche, car la richesse peut se trouver ailleurs que dans la science (les commentaires, les souvenirs, etc.) que l'on étale comme de la confiture ; et toutes les cathédrales de confiture du monde n'iront jamais plus loin ni plus haut qu'une migration d'oiseaux sauvages…
Et sinon, nous nous rejoignons tous les trois sur Zola 🙂
Je m'en suis toujours voulu de ne pas aimer Proust. Je lisais en essayant de me persuader que je passais les meilleurs moments de lecture de ma vie… Mais non. Rien n'y fait. L'âge aidera surement, du moins je l'espère, parce que passer à côté de quelque chose de grand (j'y crois encore) et le savoir sans pouvoir faire quoi que ce soit, c'est décevant, et même frustrant. On remet en question soi-même et son gout, d'une certaine manière.
Philosophie Magazine a sorti un hors-série consacré à Proust qui je pense pourrait vous intéresser :
"PROUST À LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU", avec ses grandes pages commentées par les philosophes.
[lien invalide]
Et il est question de Proust dans trois récentes émissions à écouter ici :
https://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-proust-un-peu-de-temps-a-l-etat-pur-13-du-cote-de-m
https://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-proust-un-peu-de-temps-a-l-etat-pur-23-l-experience
https://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-proust-un-peu-de-temps-a-l-etat-pur-33-sodome-et-go

(Moi aussi j'ai du mal à lire Proust… Je n'ai pas su dépasser le premier tome. Mais comme d'autres je retenterai dans de meilleures conditions, lors d'un été dans la campagne profonde par exemple.)
Un petit livre merveilleux de Proust, si l'on ne veut pas entrer dans La Recherche : Les Plaisirs et les jours.
Karlsbrau a écrit :Je m'en suis toujours voulu de ne pas aimer Proust. Je lisais en essayant de me persuader que je passais les meilleurs moments de lecture de ma vie… Mais non. Rien n'y fait. L'âge aidera surement, du moins je l'espère, parce que passer à côté de quelque chose de grand (j'y crois encore) et le savoir sans pouvoir faire quoi que ce soit, c'est décevant, et même frustrant. On remet en question soi-même et son gout, d'une certaine manière.
Sourires !

J'ai éprouvé exactement la même chose, la première fois. Je me suis vraiment remise en question. "C'est un génie, me disais-je, une référence de la littérature Française, le problème vient forcément de toi. Tu n'es pas assez intelligente pour comprendre Proust." 😂
Comme certaines personnes ici, Du côté de chez Swann m'est vraiment tombé des mains quand j'ai voulu le commencer il y a deux ans.
J'ai recommencé aujourd'hui, et je dois dire que l'effet est tout autre, je commence vraiment à apprécier. Seulement voilà, un changement si radical ne vient pas d'une seule prise de conscience mais surtout du fait que j'ai découvert l'ouvrage sous une autre forme que l'écrit: le livre audio des éditions Thélème est tout simplement magique !
Ils ont édité La Recherche en intégrale lue par des grands comédiens comme Dussolier ou Gallienne, et très honnêtement, pour tous les déçus, je pense que ça peut être une bonne alternative !
Proust, c'est un théâtre du désir, de l'humiliation et de la cruauté, d'une dureté presque insoutenable. Tout y est faux, double, et la vérité d'une simple sensation peut ainsi devenir véritable planche de salut pour celui qui se noie dans cet écheveau de haines et de mensonge. Ces rares instants de paix contrebalancent à peine la mêlée furieuse des rivalités, des désirs affrontés, mais aussi l'angoisse des grandes lois établies par l'auteur qui sont la trame de l'oeuvre. Proust le dit à la fin de la Recherche, il n'a jamais fait que chercher à dégager de grandes lois, du désir, des rapports humains. Il fait une théorie de l'enfer, d'expérience et en établissant sa nécessité. Le lecteur est exposé à la noirceur du matériau et à la froideur de la théorie. Une fleur d'aubépine, là-dedans, prend une dimension extraordinaire, comme entre les lignes ennemies, dans un moment d'accalmie, un soldat perdu peut s'étonner que la réalité n'a pas été entièrement digérée par la guerre. Il y a encore le parcours de l'auteur qui cherche une issue à cet enfer, la Recherche est aussi le récit d'une fuite, d'une désertion, d'une évasion. On croit parfois que Proust est un mondain heureux dans le monde comme un poisson dans l'eau, mais ce n'est pas du tout ça. Voilà ce que j'y vois.
Victor24 a écrit :Une fleur d'aubépine, là-dedans, prend une dimension extraordinaire
Mais une fleur d'aubépine a toujours une dimension extraordinaire, dans le monde bien davantage que dans toutes les littératures du monde 🙂…
Un sujet qui vaut la peine d'être traité, et je pense que tu poses assez bien les termes du problème. Proust, une des références ultimes dans la littérature française, "géant du XXème siècle", révolutionnaire de l'écriture… Les épithètes ne manquent pas à son sujet, les discours pédants et ultra-érudits non plus, en passant par les profs de lettres pour qui ne pas avoir lu Proust équivaut à un péché mortel. Il m'a fallu trois mois à peu près, à 17 ans, pour m'enfiler les 2400 pages de la Recherche en format Quarto Gallimard (même le format de l'édition est décourageant). Comme beaucoup je pense, j'ai commencé cette lecture parce que j'entendais parler de Proust partout, comme étant une référence incontournable. J'ai donc voulu vérifier ça par moi-même. Au bout de quelques dizaines de pages, je me suis dit : "ce type ne fait pas de la littérature, ce n'est absolument pas cela" (c'est-à-dire pas ce à quoi j'étais habitué). Le parallèle fait par l'un d'entre vous avec Balzac est intéressant, puisque le long passage de "l'homme qui dort" rappelle les interminables descriptions, par exemple de la pension Vauquer. Pourtant, rien de tel ; le récit n'est absolument pas linéaire, on voit mal où Proust veut en venir, et donc beaucoup de mal à le suivre (ce qui m'a obligé à relire quatre, cinq fois certains passages sans vraiment être plus avancé ; parfois, ce n'est qu'un mot de liaison, un pronom, une lettre qui nous renseigne sur le sens général d'une phrase).
J'ai, personnellement, beaucoup aimé la Recherche, même si je reconnais que c'est une des lectures les plus difficiles que j'ai pu faire en littérature, et qu'à de multiples reprises je m'endormais sur certaines pages. Il n'en reste pas moins que le livre est traversé par des descriptions magnifiques, des images surprenantes, des observations très fines sur des aspects du quotidien, de la vie en société, de la psychologie en général, sur la littérature, la philosophie, etc., etc.
C'est aussi une œuvre culturellement très exigeante, avec un foisonnement de références très pointues (en fonction de l'édition que vous avez, cela peut ne pas poser problème, puisque certaines sont très documentées, ce qui permet de mieux comprendre ce dont il s'agit ; pour ma part, l'édition Quarto ne disposait pas d'une seule note [cela aurait surchargé le texte je pense], ce qui m'a également donné beaucoup de mal et obligé à chercher les livres, tableaux, musiques, etc. dont il était question). Mais j'aimerais contester un lieu commun à propos de Proust, qui me semble totalement injustifié : on ne peut en aucun cas parler de "snobisme culturel". Pour moi, ces références témoignent simplement du fait que Proust a mis l'intégralité de sa vie dans son œuvre, et donc tout son "patrimoine" culturel, qui lui a permis de mieux exprimer ce qu'il avait à dire, s'agissant par exemple de sensations/impressions d'ordre strictement intime.
Pour ce qui est du style : on n'est pas obligé d'adhérer au discours des critiques au sujet de la phrase de Proust. Certes, celle-ci a une construction très particulière, une longueur et un rythme remarquables. Mais cela peut ne pas nous plaire ; ce n'est d'ailleurs pas ce qui m'a le plus marqué dans l'ensemble de son œuvre, et ce n'est pas la première chose qui me vient à l'esprit en pensant à Proust.
Ce qui m'a réellement plu, c'est l'ambiance qui se dégage de la Recherche, et dont j'ai trouvé la formulation (de façon tout à fait fortuite) chez Oscar Wilde, qui parle de son "enfance rose et blanche" : je pense alors à l'aubépine, aux évocations de la neige (je crois que c'est de la neige dont il s'agit lorsqu'il est question d'une fraise avec de la crème fraîche, mais ça reste à vérifier…), de la mer, du soleil dans la chambre d'hôtel à Balbec et lors du voyage en train, aux descriptions des visages de jeune fille, etc. Et j'ai aussi été sensible à la construction générale de l'œuvre, qui m'a beaucoup impressionné après la lecture (j'en ai notamment pris conscience grâce à Gilles Deleuze et à son analyse très intéressante mais extrêmement difficile, Proust et les signes).
Pour finir, je m'adresserai à ceux qui veulent se lancer dans la lecture de Proust, ou à ceux qui en ont été découragés : en effet, c'est une lecture très ardue, qui demande beaucoup d'efforts et de volonté (je suis sérieux), mais qui, en retour, nous apprend l'exigence, à nous lecteurs. Ceci dit, on a le droit de ne pas aimer Proust, et je comprends tout à fait ceux-ci : les considérations, les longueurs, les incohérences (parfois) et les préoccupations de cet auteur peuvent en effet laisser complètement indifférent, voire agacer un lecteur du XXIème siècle, qui s'attend peut-être à une formulation, un style, différents. A ceux qui veulent lire Proust, je pourrais leur conseiller de passer d'abord par Jean Santeuil ou Contre Sainte-Beuve : l'un est un roman inachevé de Proust qui annonce la Recherche, l'autre vaut plutôt pour les préoccupations esthétiques de Proust en général.

Bon courage, en espérant que mon témoignage vous aura aidé, et qu'il n'a pas été trop long. Bonne année 🙂
etienne.raduly a écrit :Proust a mis l'intégralité de sa vie dans son œuvre
Oui, et ainsi quel vent de liberté !
on a le droit de ne pas aimer
Proust,
Hugo,
Balzac,
Stendhal,
Zola,
Racine,
Corneille… et tutti quanti : on a le droit de ne pas aimer !
Surtout Zola !
Moi, j'aime sa façon de tout mythifier, même l'ordure.
Mais pour en juger, avez-vous au moins lu tous les RM ?
Bien sûr, j'ai même achevé les vingt volumes de ses oeuvres complètes avant de comprendre que je ne prenais aucun plaisir à le lire. On est parfois lent à la détente. 🙄