Explication de texte d’un extrait tiré des Propos d’Alain (1909)

Entraide scolaire

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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[ Toute la question est là. Dès que l'on a éveillé sa Raison, par la géométrie et autres choses du même genre, on ne peut plus vivre ni penser comme si on ne l'avait pas éveillée. On doit des égards à sa raison, tout comme à son ventre. Et ce n'est pas parce que le ventre exige le pain du voisin, le mange, et dort content, que la raison doit être satisfaite. ] [Même chose remarquable, quand le ventre a mangé, la Raison ne s'endort point pour cela; tout au contraire, la voilà plus lucide que jamais, pendant que les désirs dorment les uns sur les autres comme une meute fatiguée. (La voilà qui s'applique à comprendre ce que c'est qu'un homme et une société d'hommes), des échanges justes ou injustes, et ainsi de suite; et aussi ce que c'est la sagesse et paix avec soi-même, et cela peut être autre chose qu'une certaine modération des désirs par la raison gouvernante. A la suite de quoi elle se représente volontiers des échanges convenables et des désirs équilibrés, un idéal enfin, qui n'est autre que le droit et le juste. ][ Par où il est inévitable que la raison des riches vienne à pousser dans le même sens que le désir des pauvres. C'est là le plus grand fait humain peut-être. ]
Voici les voix de réflexion que je développe dans ce texte pour tirer l'essentiel des enjeux philosophiques posés par l'auteur.

I- L'éveil de la raison, celui d'une morale exigeante, excluant la domination des affects, la perception immédiate et sensible du monde (sans détour par la conscience réfléchie, la rationalité). L'homme devient un sujet moral par la médiation de la raison. Raison même qui reste insatisfaite par essence et qui pousse à la quête d'idéalités (modèle de justice et de droit dans l'idéal d'une raison équilibrée). Implique la préoccupation morale, l'exigence de réponse aux critères de vérité, elle-même conquise par un éveil au domaine de la science pour prendre part à la compréhension d'une réalité abstraite (idée intelligible).

II- Les limites imposées aux désirs ("modération") permettent à la faculté de raison d'être plus performante et pousse à la poursuite et à la concrétisation des idéalités et d'un idéal moral, imposés par l'existence d'une "raison gouvernante" => renvoi au dualisme Raison/Corps soulevé par le texte et celui de l'ordre de l'Ontologie et de l'Epistémologie du mythe de la caverne de Platon.

III- Message de l'auteur poussant à la conscience d'une nécessité du progrès, il ne faut céder à ce qui nous induit en erreur, nous pousse à faire de mauvais choix (problème de la contingence). Refus d'un type exacerbé du matérialisme => référence au dialogue entre Calliclès et Socrate relaté par Platon dans le Gorgias. Soumettre sa pensée à l'épreuve du doute, rôle couvert par la dialogue philosophique.


J'ai déjà ce qu'il faut comme éléments pour rédiger mon introduction et ma conclusion au brouillon. Il faut aussi penser aux transitions et à l'ouverture. Heureusement, ce devoir est à rendre pour la rentrée. Ainsi je ne voulais par rester cantonné à la rubrique de l'entraide scolaire (dont je n'ai pas besoin étant donné qu'une ossature à mon devoir est posée sur 4 feuilles de brouillons avec les parties, citations et outils de démonstration pour le développement). Je voulais juste en parler avec vous pour mettre à mal tout ce que je peux penser sur ce devoir. L'erreur ce serait de laissé figé mon plan détaillé jusqu'à la rédaction, mais s'il faut apporter des changements pour améliorer la qualité de la réflexion alors je suis preneur.

En espérant que ça suscite votre attention. Vous verrez apparaître mon travail sur le texte.
Bonjour,

Je te livre mes propres réactions devant ce texte d'Alain.

Ce qui me frappe, c'est le lien initial entre Raison et géométrie. Il semble qu'Alain se place en opposant à Pascal, qu'il choisisse le parti de l'esprit de géométrie contre celui de l'esprit de finesse.
Il rabaisse d'abord le désir à n'être qu'une satisfaction des instincts grossiers, oubliant aussi que l'homme est habité par un désir d'absolu.
Ce dernier appel est, chez Pascal, nourri par l'esprit de finesse, ou intuition, car l'esprit de géométrie est impuissant à concevoir en ce domaine.
Alain passe ainsi de la Raison, conscience de soi et du monde, à la mesure (autre sens de raison) qui débouche sur l'équité. Alain en déduit une justice raisonnable qui est distributive.
Alain reste froid là où Pascal brûle. Le premier revendique l'horizontalité, là où le second est saisi par la verticalité. Le rationaliste se satisfait de l'égalité, l'auteur des Pensées trouve sa joie et son bonheur dans la grâce surabondante.

Ce texte est aussi une préfiguration de la théorie de la pyramide des besoins de Maslow.
Merci d'avoir recentré mon esprit sur ce lien initial que tu mets en avant que j'avais totalement oublié au milieu de la soupe de concepts ^^' Je ne maîtrise pas la philosophie de Pascal mais je vois l'ambivalence entre l'esprit de géométrie et celui de finesse.
Après je ne comprends plus la notion de conscience de soi et du monde, la mesure de quoi ? C'est la conscience réfléchie et la rationalité ?
Le reste se déduit bien, je te remercie. Il voulait dire quoi par "grâce" Pascal (la puissance liée à l'esprit de finesse) ?

Cette pyramide des besoins de Maslow peut faire l'objet d'une justification dans mon explication selon toi ? Et veux-tu m'amener à opérer une distinction entre besoin et désir ?
D'abord, première précision, je ne suis pas un philosophe de formation, seulement un littéraire. Mes avis peuvent donc être inappropriés aux yeux de ton professeur.
Ce désir absolu, c'est quoi au juste ?
Pascal est un homme qui a beaucoup souffert dans son corps. Les maux qui l'accablent ne peuvent être soignés ni soulagés par la médecine de son temps. Il a l'impression de souffrir pour rien. C'est insupportable pour ce génial savant et logicien, ce qui a développé en lui une inquiétude existentielle préexistante. Lui qui remonte brillamment des effets aux causes ne peut donner une raison à sa souffrance. Il se convertit au catholicisme au cours d'une crise mystique le 23 novembre 1654. Cette illumination ne fait pas disparaître son inquiétude, mais il entraperçoit un début de réponse dans sa nouvelle foi qui l'a saisi tout entier. Il comprend notamment qu'il existe un lien unitaire entre notre mode de pensée et la structure de l'univers, dit autrement, la réalité est un lieu où deux intelligences peuvent se rencontrer. "J'ai voulu faire ressortir les liaisons si admirables que la nature, éprise d'unité, établit entre les choses les plus éloignées en apparence". Cette intelligence transcendante Pascal l'appellera Dieu, un Dieu personnel sensible au coeur. Pascal fait l'expérience des limites de la Raison et recourt à un concept d'axiome indémontrable quoique évident, ce qu'il affirme dans cette pensée fulgurante : "Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point".
Après je ne comprends plus la notion de conscience de soi et du monde, la mesure de quoi ? C'est la conscience réfléchie et la rationalité ?
Pour Alain, la Raison semble bien être cette conscience réfléchie sur la nature de l'homme et ses rapports au monde : "la Raison ne s'endort point pour cela; tout au contraire, la voilà plus lucide que jamais, pendant que les désirs dorment les uns sur les autres comme une meute fatiguée. (La voilà qui s'applique à comprendre ce que c'est qu'un homme et une société d'hommes)"
Il voulait dire quoi par "grâce" Pascal ?
Il s'agit d'un don gratuit de Dieu qui dépasse la simple justice de ce qui est dû. Ce don n'est pas lié à nos besoins et à nos mérites. L'amour de charité est surabondant. Lui seul peut combler le désir d'absolu de l'homme.
Cette pyramide des besoins de Maslow peut faire l'objet d'une justification dans mon explication selon toi ? Et veux-tu m'amener à opérer une distinction entre besoin et désir ?
J'ai été frappé par ce propos d'Alain écrit en 1909 : "quand le ventre a mangé, la Raison ne s'endort point pour cela; tout au contraire, la voilà plus lucide que jamais" qui va trouver une application dans la psychologie vers 1940 avec Maslow. Mais il existait des précédents dans la sagesse populaire "ventre affamé n'a point d'oreille". La morale ne peut s'appliquer que lorsque les besoins vitaux sont nourris. C'est le sens de tout le combat social du XIXe siècle pour une meilleure justice distributive. Alain se situe dans cette lignée progressiste et optimiste au sujet de l'homme.
Tu m'autorises à exploiter certaines de tes remarques concernant particulièrement Alain ?
Je ne vois pas comment parler de Pascal dans un sujet qui me semble plus restreint et conduit à la philosophie antique de Platon & Socrate. Tu as dépassé les limites de mon raisonnement et tu m'as conduis vers une idée de conclusion et d'introduction. Merci beaucoup.
Bien entendu, ce qui est écrit est rendu public. C'est le principe du partage voulu par ce site.
Si tu ne peux parler de Pascal, tu peux lorgner du côté de Bergson et de son intuition philosophique de 1911 qui, eux aussi, ne peuvent se satisfaire de la simple Raison comme Alain.
Bergson est un philosophe que je maîtrise mieux c'est vrai. Je vois où tu veux en venir.