Descartes - Premièrement, donc, je remarque une grande différence entre ces trois sortes de notions.

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Voici le texte :
Premièrement, donc, je remarque une grande différence entre ces trois sortes de notions, en ce que l'âme ne se conçoit que par l'entendement pur ; le corps, c'est-à-dire l'extension, les figures et les mouvements, se peuvent aussi connaître par l'entendement seul, mais beaucoup mieux par l'entendement aidé de l'imagination ; et enfin, les choses qui appartiennent à l'union de l'âme et du corps, ne se connaissent qu'obscurément par l'entendement seul, ni même par l'entendement aidé de l'imagination ; mais elles se connaissent très clairement par les sens. D'où vient que ceux qui ne philosophent jamais, et qui ne se servent que de leurs sens, ne doutent point que l'âme ne meuve le corps, et que le corps n'agisse sur l'âme ; mais ils considèrent l'un et l'autre comme une seule chose, c'est-à-dire, ils conçoivent leur union ; car concevoir l'union qui est entre deux choses, c'est les concevoir comme une seule. Et les pensées métaphysiques, qui exercent l'entendement pur, servent à nous rendre la notion de l'âme familière ; et l'étude des mathématiques, qui exerce principalement l'imagination en la considération des figures et des mouvements, nous accoutume à former des notions du corps bien distinctes ; et enfin, c'est en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires, et en s'abstenant de méditer et d'étudier aux choses qui exercent l'imagination, qu'on apprend à concevoir l'union de l'âme et du corps. Descartes, Correspondance avec Élisabeth
Je pense qu'il faut définir ici les trois notions essentielles sources de connaissances. Or, ce qui me paraît surprenant, c'est que Descartes dit que "la vie et les conservations ordinaires" nous apprennent à conçevoir l'union de l'âme et du corps. Surprenant…
Eh bien oui. "La vie et les conservations ordinaires", c'est le sens commun dont il faut apprendre à se détacher pour saisir le dualisme cartésien de l'âme et du corps.
commentaire:

René Descartes (1596-1650) a acquis sa renommée sur l’originalité de sa tentative d’union de la science et de philosophie : il entreprit de fonder la science moderne de façon métaphysique. La métaphysique est la science de l’être, c’est à dire la recherche des premières causes et des premiers principes. Mais considérant qu’il connaît premièrement la pensée, sa nature et sa validité de ses opérations, Descartes redéfinit, la métaphysique, notamment dans les Méditations métaphysiques (1647), la recherche des principes de la connaissance humaine. Cette lettre est une des nombreuses lettres de la correspondance entre Descartes et la princesse Elisabeth. Elle voulut par ce truchement étayer ses connaissances philosophiques à la lecture des méditations métaphysiques qu’elle avait lues avec grand intérêt. Cette correspondance qui dura de 1643 à 1647 est le fruit d’échanges, d’interrogations, de redéfinitions et d’éclaircissements sur la philosophie cartésienne. Dès lors, cette lettre est le fruit d’une interrogation de la princesse sur la manière dont Descartes entendait l’union de l’âme et du corps. Elle se demandait comment l’âme, substance pensante, peut bien déterminer le corps et susciter des actions volontaires. De ce fait, Descartes tente, dans cette lettre du 28 juin 1643, de soumettre une réponse claire et précise à la princesse. Ainsi, notre problématique pourrait s’articuler autour de l’interrogation suivante : Par quels moyens ou plus précisément grâce à quels instruments de l’être pouvons-nous connaître les « notions » primitives de l’homme ? Cette lettre pose ici de manière plus générale une interrogation sur la connaissance, et nous pourrions alors dire que Descartes tente ici de montrer s’il est possible de comprendre la relation entre la matière et l’esprit. En cela, les « notions » seront analysées, puis les relations entre les notions et leurs domaines d’actions.

Descartes considère « premièrement (…) une grande différence entre (…) trois sortes de notions ». Quelles sont-elles ? Il répond très formellement et simplement que ces trois notions sont « l’âme » , « le corps » et l’« union de l’âme et du corps » . Descartes parle ici de « sortes de notions » et revendique « leur grande différence ». En effet, ces trois notions primitives, c’est à dire des notions qui sont à la fois premières et indépendantes, se présentent naturellement, à titre de principes, et permettant de penser l’esprit seul, le corps comme simple mécanisme et enfin le corps et l’âme ensemble : il s’agit respectivement de la pensée, de l’étendue, et enfin de l’ « union ». Ces notions primitives, ou trois genres d’idées, sont des notions qui ne se connaissent chacune que d’une manière particulière et sans comparaison l’une avec l’autre d’où « premièrement, donc, je remarque une grande différence entre ces trois sortes de notions ». Dès lors, celle de l’âme « qui ne se conçoit que par l’entendement pur » ; celle du corps qui se « connaît beaucoup par l’entendement aidé de l’imagination » ; celle de l’union de l’âme et du corps qui « se connaissent très clairement par les sens ». En effet, chacune relève d’un type de connaissance différent.

L’âme est alors pour Descartes considérée comme une chose pensante, un esprit pur, abstrait de la matière qui « ne se conçoit que par l’entendement pur ». L’âme que nous sommes est alors susceptible d’une appréhension directe, sans médiation de l’imagination dans la mesure ou elle est présence à elle-même dans le cogito. Puis, le corps en général, ou la substance étendue, a pour attribut « les figures et les mouvements ». Un corps en particulier est une portion d’étendue dont la figure est découpée dans la substance étendue, et qui est en outre sujet au mouvement. Il est considéré comme une certaine quantité de matière qui est transportée d’un lieu dans un autre. Donc, le corps en général est la substance étendue, et le corps en particulier est un mode de l’entendue. Dès lors, on voit la différence entre la substance pensante qu’est « l’âme » et la substance étendue qu’est le « corps ». Ces deux notions primitives, pourrait-on, dire s’opposent puisque l’esprit ou la pensée (l’âme ) est un ordre de réalité indépendant, inétendu et immatériel car elle ne « se conçoit que par l’entendement pur » contrairement à la matière ( au corps) qui a pour caractéristique essentielle d’être étendu ( grandeur, « figures et mouvements »). Ainsi, la notion de l’âme est purement intellectuelle (« entendement pur ») en tant que la représentation ne requiert aucune image corporelle. Or, la notion du corps est purement matérielle en tant qu’elles s’appliquent exclusivement aux corps (« extension », « figures » et « mouvements »). On peut dire que Descartes sous-tend l’opposition entre connu et vécu. En effet, les corps, en général, sont des pures extériorités accédant au statut de l’objet de la connaissance à laquelle prennent part « l’entendement et l’imagination ». Cela veut dire qu’ils sont susceptibles d’une représentation. La possibilité d’une représentation du corps repose donc sur l’extériorité, d’où la nécessité de « l’imagination ». Or, « l ‘âme » n’a besoin d’aucune médiation, même celle de l’imagination, dans la mesure ou elle est présence à elle-même. Cette fois fois la connaissance ne repose plus sur l’extériorité, mai sur l’intériorité.

Et, en dernier lieu, nous attacherons un statut particulier pour « l’union ». Mélange ou mixité entre le « corps » et « l’âme », cette dernière ne peut-être saisie qu’ « obscurément par l’entendement seul », à savoir la métaphysique, et encore moins « par l’entendement aidé de l’imagination », à savoir la science, mais bien par le sentiment de la vie, par « les conversations ordinaires » et la relâche des « sens ». En effet, les sensations sont les occasions qui permettent de juger de l’utilité d’une chose pour l’homme entier, c’est à dire pour l’union de l’âme et du corps. Elles ne disent pas ce que sont les choses, mais leur signification vitale aux yeux de l’union de l’âme et du corps. Dès lors, dans « l’union de l’âme et du corps » , « l’âme » est une substance qui est unie à un mode de la substance étendue. Ici se résorbe d’une certaine façon l’opposition entre le connu et le vécu par une sorte de dédoublement de la connaissance où les sens reprennent leurs droits. Or, n’oublions que pour Descartes les sens peuvent tromper et ne donnent une certitude claire et distincte.

« Les pensées métaphysiques, qui exercent l’entendement pur, servent à nous rendre la notion de l’âme particulière. En effet, les « pensées métaphysiques » renvoient à la science qui étudie les premiers principes et les premières causes, et qui a pour objet le divin. « Métaphysique » vient alors signifier conjointement deux choses : la connaissance des réalités immatérielles tel « l’âme » et la primauté et la supériorité de ce type de connaissance, puisque si l’on regarde l’ordre du texte, l’on voit que la notion de l’ « âme » apparaît en premier lieu comme pour signaler sa primauté ou du moins sa supériorité par rapport aux deux autres notions. De plus, c’est par « l’entendement pur » que la réalisation des « pensées métaphysiques » est rendue possible. Cet entendement pur a pour conséquence de considérer l’homme comme sujet pensant et comme personne séparée. Le « je pense, donc je suis » pose alors la conscience de soi comme commencement de toute connaissance possible. Ainsi, nous ne pouvons rien penser avec vérité si nous ne commençons pas par connaître ce que c’est que penser. Donc le domaine d’action de la notion primitive de l’âme est la pensée pure, la métaphysique, qui constitue le substrat dont va découler les autres sciences.Mais surtout, nous pouvons que la métaphysique pose des idées innées, c’est à dire des idées certaines et irréfutables qui vont constituer dont découleront les autres sciences telles les mathématiques.

Puis viennent ensuite « l’étude des mathématiques », c’est à dire un outil technique permettant de concevoir les fondements d’une physique basée sur les mathématiques. Les « mathématiques » exerçant principalement « l’imagination » nous serve dans la connaissance de « la notion de corps ». En effet, l’idée d’étendue est l’objet des mathématiques. C’est l’exemple d’un mathématicien qui prouve une propriété du triangle, par exemple que la somme de ses angles égale à 180°.L’ « imagination » en mathématiques est subordonnée. Or, les mathématiques n’ont pas la même signification qu’aujourd’hui. Elles supposent l’existence d’une physique. Ainsi pour qu’il y ait une physique il faut qu’il existe des corps matériels. C’est l’idée d’étendue qui permet d’envisager la possibilité des corps. L’imagination est en effet un certain effort d’esprit qui s’applique au corps. Mais l’objet principal de la physique est l’étendue ou « extension » avec ses deux modes que sont « la figure » et « le mouvement ». On peut donc dire que la physique de Descartes est donc géométrique puisqu’elle s’ « accoutume à former des notions du corps bien distincts ». C’est donc par l’étude de la physique que l’on acquiert une idée claire et distincte de la notion de « corps »

Puis, comment peut-on acquérir une idée claire et distincte de la troisième notion qui est celle de « l’union du corps et de l’âme ».C’est dit-elle « en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires » que nous pouvons nous représenter la notion de l’union sans philosopher car c’est en « s’abstenant de méditer et d’étudier aux choses qui exercent l’imagination, qu’on apprend à concevoir l’union de l’âme et du corps ». Il n’y a pas ici de sciences ni d’études « pures » qui permettent de connaître avec certitude cette troisième notion, « d’ou vient que ceux qui ne philosophent jamais, et qui ne se servent que de leurs sens, ne doutent point que l’âme ne meuve le corps, et que le corps n’agisse sur l’âme ».Pour Descartes, l’expérience ordinaire peut être une preuve aussi certaine qu’une évidence intellectuelle. C’est pourquoi Descartes en appelle à l’expérience que chaque homme fait, tous les jours, et sans doute possible, de l’union intime de son âme et de son corps ».Cette connaissance de l’homme comme unité composée est de l’ordre de l’expérience vécue, plus que de l’ordre de l’entendement. Elle est immédiate « pour ceux qui ne philosophent jamais et ne se servent que de leurs sens ». En cela, l’union de l’âme et du corps est un fait qui n’est guère susceptible d’être éclairci : l’union en l’homme de l’esprit et du corps n’empêche pas qu’on puisse en avoir une idée claire et distincte de qui ne peut se connaître « qu’obscurément par l’entendement seul ».

En somme cette lettre pose l’existence de trois notions susceptibles d’être atteintes de manière différente, par le truchement d’instruments de la connaissance distinctes. Par conséquent, l’union de l’âme et du corps n’est rendue possible que par les sens tandis que pris indépendamment, ces notions peuvent être connues avec une certitude claire et distincte. Cependant, le dualisme cartésien qui fonde une distinction réelle entre l’âme et le corps n’empêche pas de concevoir concrètement l’homme incarné (l’union de l’âme et du corps).