Dans un éditorial, il se trouve une expression que je ne comprends pas.
"Tant et si bien que beaucoup de Français en sont venus a honnir l'islam, qui n'en peut mais, qui a simplement gagné le terrain qu'on lui a cédé, pleutres que nous sommes."
Que voudrait dire ce "qui n'en peut" ici? Ou l'auteur a-t-il oublié un mot?
Je vous remercie
Bonjour,
L'expression est "qui n'en peut mais". Elle signifie Être impuissant à faire quelque chose. Ne rien pouvoir.
Le mais est ici un ancien adverbe issu du latin magis (plus), il a le sens de davantage, plus.
L'auteur n'a pas oublié un mot.
La vieille expression "n'en pouvoir mais" signifie : "n'en pouvoir plus", ne pas pouvoir en faire davantage.
Ici, "mais" (du latin magis) a gardé son premier sens adverbial de "plus".
Tout comme l'espagnol "más", issu du même mot latin.
En l'occurence, le choix de cette tournure vous semble-t-il pertinent dans cette phrase?
On devine que l'auteur a voulu dire "qui n'y est pour rien".
Tu as raison.
"qui n'y est pour rien" aurait sans doute été plus pertinent ici.
N'en pouvoir mais convient pourtant parfaitement, au sens de
N’avoir contribué en aucune manière à quelque chose de fâcheux, à un malheur, n’en être pas cause. La pensée du rédacteur est bien que ce n'est pas l'Islam lui même qui est la cause de la haine dont il est l'objet.
Cf. l'exemple (ancien) de l'Académie :
On l'accuse fort injustement de telle chose, il n'en peut mais.
Mais "qui n'y est pour rien" aurait dit exactement la même chose, avec l'avantage d'être bien plus clair.
Car cette autre acception de "qui n'en peut mais", pour répertoriée qu'elle soit par l'Académie, n'en est pas moins qualifiée de "désuète".
Bien sûr, on aurait aussi pu l'écrire en SMS pour faire plus moderne ! 😉 L'expression n'est pas morte et il appartient à ceux qui aiment leur langue de continuer à la faire vivre dans sa diversité et sa richesse. Je note du reste que l'expression se trouve aussi bien dans le PLI que dans le PR et est qualifiée de littéraire pour le premier et de vieillie ou littéraire pour le second. Parfaitement adaptée sur ce forum littéraire et dans les écrits d'une certaine tenue !
Bien sûr, nous sommes ici tous attachés à la richesse, à la diversité, et à la haute tenue de notre langage… Dans ce cas, je me demande pourquoi le rédacteur a malgré tout utilisé ce "on" à valeur de "nous", certes admis en registre courant, mais encore honni par certains puristes… Si, si ! 😜
Le langage SMS est souvent aussi abscons pour les lettrés que l'expression "n'en pouvoir mais" pour le tout-venant. Tandis que "n'y être pour rien" a l'avantage non négligeable d'être compris de tous, sans être particulièrement moderne pour autant.
Pour "n'en pouvoir mais", le Robert signale bien le sens "n'y pouvoir rien", mais pas le sens désuet de "n'y être pour rien", qui n'est pas tout à fait identique.
Pour vous départager, il serait peut-être utile d'avoir l'ensemble de l'article.
Personnellement, je ne serais pas étonné que cette expression ait été utilisée "pour faire genre" (Le mot pleutre… :/ ) ; l'auteur serait tombé juste un peu par chance…
Je ne connaissais pas ce sens "vieilli". 🙂
tancrède5a a écrit :Pour vous départager, il serait peut-être utile d'avoir l'ensemble de l'article.
C'est un article de Franz-Olivier Giesbert du
Point :
[…]La politique du moindre mal dont crève la France n'a rien arrangé. Elle s'explique par une espèce de fatigue historique et d'inaptitude à faire respecter ses valeurs, comme pour toutes les nations déchues. Tant et si bien que beaucoup de Français en sont venus à honnir l'islam, qui n'en peut mais et qui a simplement gagné le terrain qu'on lui a cédé, pleutres que nous sommes.
[…]
Tels sont les effets de notre état d'épuisement et de procrastination nationaux. L'islam n'y est pour rien : parce qu'il ne trouve aucune résistance ou presque, il avance tranquillement ses pions dans les hôpitaux, les cantines ou les programmes scolaires.
[…]
L'auteur a une certaine aisance dans le vocabulaire et l'expression ! On note qu'il a aussi employé déjà une fois
"L'islam n'y est pour rien" et qu'il fallait bien varier !
edit : j'avais d'abord cité l'article en entier pour montrer le style de l'auteur et aussi parce que les liens vers les hebdos sont souvent éphémères.
Dommage qu'il ait utilisé en premier l'expression la plus opaque.
Jananou2 - vu sa question- ne l'a pas comprise, et il n'a sans doute pas été le seul.
Alors que si F.O.G. avait utilisé d'abord le tout simple "qui n'y est pour rien", il aurait pu obtenir ensuite, la deuxième fois, un bel effet d'insistance par un rappel sous cette forme: Non, l'islam n'y est pour rien…
FOG est un type certainement très cultivé et très intelligent, voire brillant.
Mais, justement, il aime "faire de l'effet".
Je nuance donc mon propos. Il a certainement utilisé cette expression en toute connaissance de cause.
Reste une question : quelle part de son lectorat connait le sens vieilli de cette tournure? Réponse : négligeable… 😉
A côté de ça, je crois l'avoir entendu dire "c'est un mec"…; sans doute l'écrit-il aussi…