La vraie vie, c’est la littérature
61 réponses · Page 2 / 4
Il y a longtemps, j´ai proposé á une amie d´entretenir
une correspondance par lettres. N´étant pas dans la même classe, je craignais perdre de contact. J´ai donc choisi un cahier, intitulé "Correspondances" que j´ai fait circuler pendant les heures de Latin communes, dans lequel j´ai écrit ma première lettre . Mon amie me l´a reproché.
Elle disait qu´une amitié ne pourrait pas se construire en écrivant. J´ai pensé alors á une citation de Proust "La lecture est une amitié".
Qu´en pensez-vous?
Je me le demande puisque mon amie est la fille la plus cultivée et intelligente que je connaisse. Elle est un peu plus jeune que moi, mais obtient les meilleurs résultats. De plus elle aime la littérature et voudrait devenir écrivain.
Pourquoi refuse-elle donc "vivre une amitié épistolaire"?
Peut-être considère-t-elle que les mots, les sentiments n'ont pas à être figés, formalisés comme dans une lettre ?
Mais dans ce cas, ce serait une vraie contradiction avec ses affinités littéraires
La littérature seule ne suffit pas pour etre la vie car il lui faut de la logique, de la rigueur, autrement dit il lui faut un esprit mathematique.
kampaï a écrit :L’œuvre de Proust est essentiellement autobiographique. Pour ses lecteurs, les sept tomes de La Recherche du Temps Perdu constituent un reflet fidèle de la vie de l’auteur. Car Proust ne s’arrête pas aux détails factuels, il décrit minutieusement chaque situation, chaque rencontre, chaque pensée, chaque sensation…sur des milliers de pages uniquement consacrées à sa vie. Marcel, personnage romanesque, finit ainsi par s’incarner, par prendre vie. Il est donc permis de se poser la question : Où finit la réalité et où commence la fiction littéraire ? Ou encore : Qui de Marcel, le personnage de roman, ou de Proust, l’auteur bien réel, à l’existence la plus « vraie » ?
Car, à part pour lui-même, la vie d’un homme n’a souvent de réalité que dans le récit qu’il en fait aux autres. Inversement, nous avons beau être témoins de la vie des autres, nous ne nous approcherons jamais autant de la vérité que ceux-la même qui la vivent. Enfin, si nous regardons notre vie, nous constatons qu’elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent (en incluant le fait d’imaginer l’avenir). La vie se résume donc principalement à un commentaire sur son passé et à des conjectures sur le future. La vie, d’une certaine manière, est faite des mots qui la racontent. Quand, en plus, celui qui parle ou qui écrit a du talent, il est tentant de trouver refuge dans cette vie fictionnelle, reflet légèrement déformé de la réalité.
Et puis, qui n’a jamais rêvé d’être un personnage de roman ? Cette question en entraîne une autre : les personnages de romans sont-ils les reflets des êtres réels où ne tentons-nous pas au contraire de ressembler nous-mêmes à ces êtres de fiction ? D’où la question soulevée par cette citation : entre la réalité et la littérature, qui est le miroir et qui est l’original ?
Il est toujours permis d’objecter que seuls les actes et les faits déterminent l’individu et le réel. Mais tout est tellement relatif…et la littérature est tellement plus riche !
Qu’en pensez-vous tous ? c’est une question qui m’intéresse aussi beaucoup.
Et toi Nénuphar, est-ce juste une super feinte pour finir ta rédac ?
Commentaire d'une grande intelligence. Merci kampaï. Je crois que vous avez tôt vidé la question.
elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent
Pas d'accord ! il y a des êtres et des écrivains qui vivent intensément le présent. Les poètes n'écrivent pas avec des souvenirs.
elle est faite à 99 % de souvenirs et à 1 % du moment présent
Pas d'accord ! il y a des êtres et des écrivains qui vivent intensément le présent. Les poètes n'écrivent pas avec des souvenirs.
Le présent est déjà du souvenir.
oui, dans une minute 😂 😂
Non, je ne crois pas que la littérature soit plus vivante que la vie. Confier des mots, de phrases qui disent ce que la vie a été c'est déjà figer la vie dans la mort. Un texte est mort dès qu'il est né, dans la mesure où les choses ont déjà changé quand l'encre n'a pas encore séché.
Certes, le lecteur peut redonner un semblant de vie au texte, mais ce n'est jamais que partiel et donc plus ou moins factice.
C'est pourquoi le refus subi de correspondance d'amitié ne m'étonne pas: en matière d'amitié, il est plus important de vivre des moments à deux, de partager des activités: vivre l'amitié, c'est parfois ne rien faire, ne rien dire, mais être deux pour vivre ces moments.
De plus, vouloir imposer un mode de fonctionnement à l'autre, c'est vouloir le changer, c'est lui nier sa liberté. L'amitié, la vraie, ne saurait s'accomoder d'une absence de liberté.
Je crois savoir que Proust, vers la fin de sa vie, avait exprimé quelque regret à l'égard de la littérature. Disant par là que celle-ci épuisait en quelque sorte les expériences de la vie avant même de les avoir réellement vécues. De là l'idée que la littérature ferait vieillir précocement, un peu comme une vie trop intense.
Hélas je ne peux citer aucune référence relative à cela. Si quelqu'un pouvait m'aider.
Proust est une référence très discutable sur ce point car malade (asthmatique c'est bien ça ou allergique ce qui est un peu pareil) il a en quelque sorte vécu par procuration à partir du moment où il a du rester cloîtré chez lui
Donc il a sans doute créé toute son œuvre en vue (ou à partir de) de pouvoir écrire et en le démontrant "la vraie vie c'est la littérature" Mais aurait-il pensé à cela si il avait pu vivre comme tout un chacun ?
A vous lire, chers tous, j'ai de plus en plus l'impression que connaître la vie de l'auteur obère l' intérèt à lire ses oeuvres, d'autant plus que les questions alors posées sur le pourquoi et le comment du livre prennent plus le pas sur l'attention portée à l'oeuvre elle-même.
La connaissance de la vie des auteurs tue-t-elle l'intérêt pour le livre et donc pour la littérature?
Je pense que l'intérêt d'un livre est aussi dans les questions plus générales qu'il pose, et répondre à ces questions en expliquant ce qui, dans la vie de l'auteur a permis l'oeuvre, détruit, à mon avis, l'intérêt du rapport du lecteur au livre, en brisant l'appel que le lecteur ressent: il appartient au lecteur que de réfléchir à ces questions et non à d'autres de lui apporter des réponses toutes faites.
Du moins est-ce ainsi que je le ressens.
En 2000, Gallimard publie, selon la volonté de Proust, À la recherche du temps perdu en un volume, coll. «Quarto». L'ouvrage au format 21 cm compte 2000 pages denses, (marges minimes) et sans interlignes entre les rares paragraphes. Un Monument. Pensez-vous que cela intéresse beaucoup de gens de se lancer dans une si longue lecture? Parmi les jeunes surtout qui disposent souvent d'une plateforme de jeux vidéo. Je crois pouvoir affirmer sans exagérer que cette lecture demande 20 jours de lecture assidue à temps plein, à raison de 100 pages/ j. (8 heures de lecture continue), soirs et fin semaines compris. Autant dire que pour quelqu'un qui travaille à temps plein, cela correspond à plusieurs mois de lecture…
Je pense au contraire que parler de l'auteur, en particulier Proust, revient à le remettre sur la scène de l'actualité, d'autant que La recherche n'est pas un roman ordinaire. L'histoire, n'est pas au centre du livre, elle est riche, complexe, truffée de réflexions, et la vie de l'auteur est mêlée subtilement à la diégèse. Un livre ou l'action est insignifiante. Tout l'intérêt de cette lecture demeure dans la réflexion sur la vie, et sur l'écriture, sans oublier l'humour proustien, discret et subtil mais bien présent. Donc oui, parler de Proust encourage à la lecture de son oeuvre, explique pour ce qui ne connaissent pas son intérêt.
"La littérature, c'est la preuve que la vie ne suffit pas" Pessoa.
moi je préfère celle la ! 😜
A mon avis , la vraie vie c'est en résumé se lever le matin , aller à la fac ou sur son lieu de travail , aller au resto , prendre un café, vérifier son compte bancaire pour savoir si on pourra payer ses factures ou si le futur sera morne et monotone . La vie s'étend bien entendu à la personne avec qui on la partage (la vie) , les amis, la famille, enfin ce genre de choses que d'autres que moi ont beaucoup mieux décrit.
La littérature n'est bien sûr pas la vraie vie : elle ne reste pour certains qu' un moyen d'évasion et, pour d'autres, un outil de réflexion totalement subjectif , dans un domaine donné.
Mais les livres ne sont pas le seul moyen de s'évader ou réfléchir. Il y a le cinéma, le théâtre, la peinture , la musique , les voyages… qui apportent à notre vie tout un savoir que les livres ne peuvent pas nous donner .
Quant à savoir si la vie d'un auteur peut occulter l'intérêt que l'on porte à son oeuvre , c'est possible. En ce qui me concerne , je ne porte pas une grande admiration à l'égard de Céline par exemple. Je ne peux pas apprécier la virtuosité de son écriture parce qu'entre les lignes je vois l'antisémite et le xénophobe qu"il fût.
Dans Wikipédia, j'ai trouvé un extrait de L'École des cadavres (1938) :
« Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. […] Dans l’élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n’a jamais été persécuté par les aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d’hybride. »
L'Histoire, par manque de goût (envers les cendres j'imagine) a eu la bonne idée de ne pas approuver ce genre d'histoires.
Pour les modérateurs et le webmestre : si mon message précédent vous parâit trop véhément , n'hésitez à l'enlever.
Je rebondis sur ton post car il me semble le plus proche du raisonnement Proustien. Comme tu l'as précisé, le
la vraie vie, c'est la littérature final ne sort pas d'un chapeau. Il est dommage à ce titre que la plupart d'entre vous (et même si les réflexions personnelles sont évidemmment les bienvenues) se lancent dans des explications sans visiblement avoir lu la RTP, ou l'avoir lue très partiellement. Les Révélations du Temps Retrouvé (car c'est là qu'elles se trouvent) résultent d'"indices", de "pistes"…disséminées dans l'ensemble des 6 volumes précédents. Il est pratiquement impossible, et extrêmement dommeageable d'essayer de résumer ces conclusions. La fin de la RTP, et notamment le Temps Retrouvé, fait partie des plus beaux moments de lectures qui soient, des plus enrichissants, notamment pour les aspirants écrivains/artistes. On ne va donc pas en priver qui que ce soit. Sachez seulement que tout se tient parfaitement.
Je recommande cela dit, non sur la forme (la gymnastique de la prose Proustienne doit normalement vous être acquise au bout de 2000 pages! 😜; ) ), mais sur le fond, une lecture attentive de la seconde partie du Temps Retrouvé, pour bien entendre ces révélations qui constituent rien de moins que l'édifice sur lequel est bâtie la RTP dans son ensemble et la vie d'écrivain de Proust.
Bonne Lecture à tous! 😀
pierre a écrit :Je ne veux pas vous déflorer La Recherche du Temps Perdu, et ne pourrai guère être explicite : mais sachez que cette phrase de Proust est loin d’être anodine, et qu’elle est l’aboutissement véritable des 3 000 pages de l’ouvrage.
Un sec résumé ne pourrait certes pas vous faire comprendre ce que Proust a mis tellement de temps à montrer. Ceci dit, sachez qu’il n’est pas ici question d’une opposition « virtuel/réalité », ni de savoir si ce qu’on lit est plus réel que ce que l’on vit.
Non. Dans cette assertion, Proust entend le mot « littérature » au sens actif du terme – c’est-à-dire au sens de celui qui écrit. La vraie vie, la seule vie qu’on a réellement vécue, c’est celle qu’on ne peut retrouver qu’en « déchiffrant son livre intérieur » - et donc en écrivant.
C’est un processus qui n’a rien à voir avec celui du lecteur (Proust fait clairement la distinction) et qui, puisqu’il est propre à chacun, n’est pas transmissible dans son essence.
Le souvenir de la madeleine, par exemple, n’appartient qu’à Proust.
Et ce souvenir fait partie de la "vraie vie" de l'auteur.
Ce que la mémoire, avec la palette immense de ses sensations, est incapable de refaire éclore ; ce que l'intelligence est trop sèche pour synthétiser, seul un accident comme celui de la madeleine est capable de le ressusciter.
Un accident - ou le fait de se mettre à écrire pour de vrai.
J' ai essayé de lire Proust: il m'ennuie au bout de dix lignes et j'ai horreur de m'ennuyer, surtout en lisant.
Il n'est pas indispensable de l'avoir lu pour arriver aux mêmes conclusions. Tout être humain vivant a la faculté de se retourner sur lui-même et de réfléchir.
C'est probablement là qu'est la vraie vie.
Et la littérature en est le reflet comme la lumière lunaire est le reflet de la lumière solaire.
Toutes deux présentent en effet les mêmes zones d'ombre.
eh bien je ne suis pas d'accord avec toi Truhl, je persiste à penser que les livres en général et Proust en particulier ne sont pas les seuls instruments pour nous aider dans notre réflexion vis à vis de notre existence ; dans le cas contraire, ce serait bien ennuyeux en effet.
passeur d'aurore a écrit :eh bien je ne suis pas d'accord avec toi Truhl, je persiste à penser que les livres en général et Proust en particulier ne sont pas les seuls instruments pour nous aider dans notre réflexion vis à vis de notre existence ; dans le cas contraire, ce serait bien ennuyeux en effet.
Je n'ai jamais dit une chose pareille. C'est bien là le problème… 😉
Enfin, 'me semble pas : je me suis lu et relu, je n'ai rien vu de semblable.
Doesnt matter… 😉
c'était pour savoir si tu suivais : P
En fait tu restes très évasif sur tes kilomètres de lecture (comme quoi, lire c'est du sport) mais je supputais,, donc à tort ,que tu partageais l'avis de pierre puisque tu l'as cité et que je le recite.
Truhl a écrit :Je rebondis sur ton post car il me semble le plus proche du raisonnement Proustien. Comme tu l'as précisé, le la vraie vie, c'est la littérature final ne sort pas d'un chapeau.
pierre a écrit :Dans cette assertion, Proust entend le mot « littérature » au sens actif du terme – c’est-à-dire au sens de celui qui écrit. La vraie vie, la seule vie qu’on a réellement vécue, c’est celle qu’on ne peut retrouver qu’en « déchiffrant son livre intérieur » - et donc en écrivant.
C’est un processus qui n’a rien à voir avec celui du lecteur (Proust fait clairement la distinction) et qui, puisqu’il est propre à chacun, n’est pas transmissible dans son essence.
Le souvenir de la madeleine, par exemple, n’appartient qu’à Proust.
Et ce souvenir fait partie de la "vraie vie" de l'auteur.
Ce que la mémoire, avec la palette immense de ses sensations, est incapable de refaire éclore ; ce que l'intelligence est trop sèche pour synthétiser, seul un accident comme celui de la madeleine est capable de le ressusciter.
Un accident - ou le fait de se mettre à écrire pour de vrai.
ou alors j'ai mal compris et il yaurait deux vraies vies : celle qu'on a vécue et celle que l'on retouve en décryptant son livre intérieur ( cette deuxième étant ajourrée de quelques réflexions philosophiques)
Ceci dit , l'histoire de la madeleine est un souvenir et la sensation qu'elle procure à l'auteur fait bien appel à sa mémoire gustative, olfactive, visuelle..