Dans ces débuts de romans, comment le lecteur découvre-t-il le personnage principal ?

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous !
Je suis une élève de première S et mon professeur de Français m'a donné un devoir à rendre pour la rentrée. Il s'agit d'une question d'observation sur un corpus et une écriture d'invention et il se trouve que je suis totalement bloquée pour la question de corpus (Je précise que je n'en ai jamais fait avec mon professeur de Français précédent).Malgré de longues heures de réflexion et des fiche de méthodologie je n'arrive pas à y répondre.

Le corpus est constitué des incipit des romans suivants:
- François Mauriac, Le baiser au lépreux
- Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V.Stein
- Olivier Adam, Falaises

La question est la suivante:
Dans ces débuts de romans, comment le lecteur découvre-t-il le personnage principal ? Vous justifierez votre réponse en étudiant certains procédés mis en œuvre par les auteurs.

Je n'ai pas réussi à trouver de procédés.
Pour le moment j'ai fait l'introduction et j'ai seulement parlé des différents points de vue utilisés par les auteurs.
J’espérais en venant ici que vous pourriez me donner des pistes de réponses car je suis totalement désemparée devant ce corpus. D'ailleurs je commence à angoisser pour mon BAC blanc de français qui approche…

Je vous remercie de vos futures réponses.

Textes:
Texte A : François Mauriac, Le Baiser au lépreux (1922).
[Il s'agit du début du roman. Le décor est celui d'un petit village des Landes écrasé par la chaleur estivale. Jean Péloueyre souffre de sa laideur, qui l'isole des autres et dont il est douloureusement complexé, jusqu'à l'obsession torturante.]

Jean Péloueyre, étendu sur son lit, ouvrit les yeux. Les cigales autour de la maison crépitaient. Comme un liquide métal, la lumière coulait à travers les persiennes. Jean Péloueyre, la bouche amère, se leva. Il était si petit que la glace du trumeau1 refléta sa pauvre mine, ses joues creuses, un nez long, au bout pointu, rouge et comme usé, pareil à ces sucres d'orge qu'amincissent, en les suçant, de patients petits garçons. Les cheveux ras s'avançaient en angle aigu sur son front déjà ridé : une grimace découvrit ses gencives, des dents mauvaises. Bien que jamais il ne se fût tant haï, il s'adressa à lui-même de pitoyables paroles : « Sors, promène-toi, pauvre Jean Péloueyre ! » et il caressait de la main une mâchoire mal rasée. Mais comment sortir sans éveiller son père ? Entre une heure et quatre heures, M. Jérôme Péloueyre exigeait un silence solennel : ce temps sacré de son repos l'aidait à ne pas mourir de nocturnes insomnies. Sa sieste engourdissait la maison : pas une porte ne devait se fermer ni s'ouvrir, pas une parole ni un éternuement troubler le prodigieux silence à quoi, après dix ans de supplications et de plaintes, il avait dressé Jean, les domestiques, les passants eux-mêmes accoutumés, sous ses fenêtres, à baisser la voix. Les carrioles évitaient, par un détour, de rouler devant sa porte. En dépit de cette complicité autour de son sommeil, à peine éveillé, M, Jérôme en accusait un choc d'assiettes, un aboi, une toux. Etait-il persuadé qu'un absolu silence lui eût assuré un repos sans fin relié à la mort comme à l'Océan un fleuve ? Toujours mal réveillé et grelottant même durant la canicule, il s'asseyait avec un livre près du feu de la cuisine. Son crâne chauve reflétait la flamme. Cadette vaquait à ses sauces sans prêter au maître plus d'attention qu'aux jambons des solives2. Lui, au contraire, observait la vieille paysanne, admirant que, née sous Louis-Philippe, des révolutions, des guerres, de tant d'histoire, elle n'eût rien connu, hors le cochon qu'elle nourrissait et dont la mort, à chaque Noël, humectait de chiches3 larmes ses yeux chassieux4.
En dépit de la sieste paternelle, la fournaise extérieure attira Jean Péloueyre; d'abord elle l'assurait d'une solitude : au long de la mince ligne d'ombre des maisons, il glisserait sans qu'aucun rire fusât des seuils où les filles cousent. Sa fuite misérable suscitait la moquerie des femmes ; mais elles dorment encore environ la deuxième heure après midi, suantes et geignantes à cause des mouches. Il ouvrit, sans qu'elle grinçât, la porte huilée, traversa le vestibule où les placards déversent leur odeur de confitures et de moisissure, la cuisine ses relents de graisse. Ses espadrilles, on eût dit qu'elles ajoutaient au silence. Il décrocha sous une tête de sanglier son calibre connu de toutes les pies5 du canton : Jean Péloueyre était un ennemi juré des pies.
1. trumeau : miroir encadré et surmonté d'un panneau décoratif
2. solives : poutres.
3. chiche: peu abondant.
4. chassieux : humide d'une matière gluante.
5. pie : oiseau voleur, à plumage noir et blanc.



Texte B : Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein (1964).
[Nous sommes ici à l'ouverture du roman.]

Lol V. Stein est née ici, à S.Tahla, et elle y a vécu une grande partie de sa jeunesse. Son père était professeur à l'Université. Elle a un frère plus âgé qu'elle de neuf ans - je ne l'ai jamais vu - on dit qu'il vit à Paris. Ses parents sont morts.
Je n'ai rien entendu dire sur l'enfance de Lol V.Stein qui m'ait frappé, même par Tatiana Karl, sa meilleure amie durant leurs années de collège.
Elles dansaient toutes les deux, le jeudi, dans le préau vide. Elles ne voulaient pas sortir en rang avec les autres, elles préféraient rester au collège. Elles, on les laissait faire, dit Tatiana, elles étaient charmantes, elles savaient mieux que les autres demander cette faveur, on la leur accordait. On danse, Tatiana ? Une radio dans un immeuble voisin jouait des danses démodées, une émission-souvenir, dont elles se contentaient. Les surveillantes envolées, seules dans le grand préau où ce jour-là, entre les danses, on entendait le bruit des rues, allez Tatiana, allez viens, on danse Tatiana, viens. C'est ce que je sais.
Cela aussi : Lol a rencontré Michael Richardson à dix-neuf ans pendant des vacances scolaires, un matin, au tennis. Il avait vingt-cinq ans. Il était le fils unique de grands propriétaires terriens des environs de T. Beach. I! ne faisait rien. Les parents consentirent au mariage. Lol devait être fiancée depuis six mots, !e mariage devait avoir lieu à l'automne, Lol venait de quitter définitivement le collège, elle était en vacances à T. Beach lorsque le grand bal de la saison eut lieu au Casino municipal.
Tatiana ne croit pas au rôle prépondérant de ce fameux bal de T. Beach dans !a maladie de Lol V. Stein.
Tatiana Karl, elle, fait remonter plus avant, plus avant même leur amitié, les origines de cette maladie. Elles étaient là, en Lol V. Stein, couvées, mais retenues d'éclore par la grande affection qui l'avait toujours entourée dans sa famille et puis au collège ensuite. Au collège, dit-elle, et elle n'était pas la seule à le penser, il manquait déjà quelque chose à Lol pour être - elle dit : là. Elle donnait l'impression d'endurer dans un ennui tranquille une personne qu'elle se devait de paraître mais dont elle perdait la mémoire à la moindre occasion. Gloire de douceur mais aussi d'indifférence, découvrait-on très vite, jamais elle n'avait paru souffrir ou être peinée, jamais on ne lui avait vu une larme de jeune fille. Tatiana dit encore que Lol V. Stein était jolie, qu'au collège on se la disputait bien qu'elle fût dans les mains comme l'eau parce que le peu que vous reteniez d'elle valait la peine de l'effort. Lol était drôle, moqueuse, impénitente1 et très fine bien qu'une part d'elle- même eût été toujours en allée loin de vous et de l'instant. Où ? Dans le rêve adolescent ? Non, répond Tatiana, non, on aurait dit dans rien encore, justement, rien. Etait-ce le cœur qui n'était pas là ? Tatiana aurait tendance à croire que c'était peut-être en effet le cœur de Lol V, Stein qui n'était pas - elle dit : là - il allait venir sans doute, mais elle, elle ne l'avait pas connu. Oui, il semblait que c'était cette région du sentiment qui, chez Lol, n'était pas pareille.
Lorsque le bruit avait couru des fiançailles de Lol V. Stein, Tatiana, elle, n'avait cru qu'à moitié à cette nouvelle : qui Lol aurait-elle bien pu découvrir, qui aurait retenu son attention entière ? Quand elle connut Michael Richardson et qu'elle fut témoin de la folle passion que Lol lui portait, elle en fut ébranlée mais il lui resta néanmoins encore un doute : Lol ne faisait-elle pas une fin de son cœur inachevé ? Je lui ai demandé si la crise de Lol, plus tard, ne lui avait pas apporté la preuve qu'elle se trompait. Elle m'a répété que non, qu'elle croyait que cette crise et Lol ne faisaient qu'un depuis toujours.
Je ne crois plus rien de ce que dit Tatiana, je ne suis convaincu de rien.
1. impénitente : incorrigible.



Texte C : Olivier Adam, Falaises (2005).
[Dans ce roman autobiographique, Olivier Adam présente un personnage qui revient sur son passé traumatisant : la disparition d'êtres chers et en particulier la mort prématurée de sa mère qui s'est jetée du haut d'une falaise. Il s'agit du début du roman.]

Ici la nuit est profonde et noire comme le monde. De l'autre côté des baies vitrées, séparée du dehors et des falaises, protégée du bruit de la mer et de la compagnie des oiseaux, Claire dort et qui sait où nous allons. Chloé est dans ses bras, paisible et légère contre sa poitrine. J'allume des bougies dans la nuit. Ma main plonge dans le plastique transparent, j'en sors de petits ronds d'aluminium remplis de cire blanche. Je craque une allumette. Il y a vingt ans que ma mère est morte. Vingt ans jour pour jour.
Les falaises se découpent dans le tissu du ciel. Je contemple des fantômes, des corps chutant dans la lumière. Je me retourne et sur la vitre se reflètent mon visage usé, mes traits tirés prématurément vieillis. Claire ouvre un instant les yeux, Chloé fourre son pouce dans sa bouche, et se colle à son dos. J'allume une cigarette et le bout incandescent fait un rond, un point lumineux au milieu du noir et du blanc. Sur le balcon où je veille en surplomb de la plage, deux transats se font face. Je m'allonge sur l'un d'eux. Une couverture me protège du froid qui descend et s'amplifie. Mon regard se perd à l'ouest.
J'ai trente et un ans et ma vie commence. Je n'ai pas d'enfance et, désormais, n'importe laquelle me conviendra. Ma mère est morte et tous les miens s'en sont allés. La vie m'a fait une table rase où Claire et moi nous nous asseyons, où Chloé s'est invitée, un sourire très doux au coin des lèvres.
J'ai trente et un ans et ma vie commence ainsi, perdue dans la nuit maritime. Derrière moi, à peine plus concrètes que des ombres, moins denses qu'un peu de fumée, Claire et Chloé me regardent, la plus petite au creux de la plus grande, toutes deux figées dans le silence de !a chambre d'hôtel. Claire me sourit puis se rendort, et leurs respirations se confondent.
Ici la nuit est profonde et noire de monde. Ma mère marche sur la lande, comme une fée somnambule. Antoine et Nicolas, Lorette et les autres dansent autour des flammes, les yeux clos et le visage tendu vers le ciel. Léa se tient tout au bord, sur la pointe des pieds comme sur un fil, à deux doigts du vide, funambule, équilibriste.
Bonjour,

l'année dernière j'avais parmi mes textes de l'oral le tout début du Ravissement de Lol V. Stein.

Ce que tu remarques immédiatement c'est que tout ce qui entoure le personnage est assez mystérieux, non ? Le narrateur passe son temps à marquer son incertitude, il détient certaines de ses informations de la seule rumeur, il ne semble pas tout à fait maîtriser son sujet finalement ! Tu vois bien que son nom est à moitié tronqué, as-tu jamais entendu le prénom "Lol" (les films avec Sophie Marceau ne comptent pas…) ? De même pour son lieu de résidence, "T. Beach". C'est un début de roman original en ce sens qu'on est loin d'être satisfait par la présentation du personnage principal, on reste sur notre faim si on veut !

Voilà tout ce que je peux faire pour t'aider, bon courage pour la suite !
Bonjour,

Je regarderais aussi comment est fournie l'information :
- in media res dans les 1er et 3e texte
- sous forme d'interview dans le 2e…

De même, je la situerais sur l'axe du temps :
- concomitance du récit dans le 1er et le 3e
- analepse dans le 2nd, comme dans une enquête.

Regarde les liens qui unissent le personnage à son environnement, et l'éclairage que le décor et les personnages annexes apportent à la psychologie du héros.
Je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre, je comprends bien mieux à présent ce qu'il faut que je fasse. 🙂

Cordialement
Bonjour,
Je révise actuellement l'EAF et il y a ce sujet ( https://www.sujetdebac.fr/annales-pdf/2010/s-es-francais-premiere-2010-polynesie-sujet-officiel.pdf ) qui me tracasse. Je travaille la question de corpus de celui-ci et je ne trouve aucune piste ou quasiment rien. Sauriez-vous ou trouver un corrigé (je ne trouve pas) et pourriez-vous me donner quelques pistes ?
Cordialement
Bonjour,

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