Imparfait du subjonctif dans un dialogue

Langue française

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Lu dans un roman se passant en 189… :
"Non, dis-je, bien que la tentation fût forte, je ne puis pas, à cause de M. …"
Cette phrase est supposée être dite par un jeune homme d'environ 14 ans ? (peut-être moins car préparant le Certificat d'étude). Il s'adresse à un camarade de classe. Il vit à la campagne. Son père est instituteur.

Parlait-on ainsi habituellement dans ce type de milieu ou est-ce un futur normalien ? Qu'en pensez-vous?
1° L'imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif ont commencé à tomber en désuétude dès le XVIIIème dans la langue parlée.
2° Ici, nous avons un dialogue écrit par un auteur, il en va donc tout à fait différemment.
Et Le grand Meaulnes perdrait beaucoup de son charme sans ce style, considéré comme soutenu aujourd'hui.
2° Ici, nous avons un dialogue écrit par un auteur, il en va donc tout à fait différemment.
La question que j'avais était en fait exactement celle-là. Il me semblait que l'auteur devait "oublier" son style personnel lorsqu'il faisait parler ses personnages et leur donner le leur, afin qu'ils s'expriment comme ils sont supposés le faire dans le contexte de l'histoire.
Mais il semble que ce ne soit pas le cas à la lecture de votre remarque.
Alain-Fournier avait moins de vingt-sept ans quand Le Grand Meaulnes parut dans La Nouvelle Revue Française. Il était lui-même fils d'un instituteur et d'une institutrice. Donc son style personnel ne correspondrait-il pas à celui de son personnage ? Et l'auteur, n'aurait-il pas fait s'exprimer ses personnages avec les mêmes tournures qu'il avait utilisées quand il était lycéen ?
Je ne suis pas sûr de bien comprendre vos remarques.

Je réponds néanmoins qu'à 27 ans on est largement adulte et que l'on est supposé avoir atteint une bonne maîtrise de la langue; ce qui n'est pas le cas à 14 ans.

Ceci étant dit, j'ai pris conscience que l'histoire étant racontée par un narrateur, il est normal que celui-ci ait un bon niveau de français, voire un style soutenu. Il devient alors sans doute difficile que le registre ne soit pas même lorsque le narrateur raconte l'histoire et lorsqu'il se fait parler dans les dialogues.

Néanmoins, ma fille me dit qu'à l'épreuve de français du bac, il est demandé, dans le cas d'une rédaction, d'utiliser un registre en rapport avec les personnages. Ce qu'Alain-Fournier n'a pas fait dans son roman.

Enfin, pour répondre à Anne345, je ne perçois pas beaucoup de charme dans Le Grand Meaulnes. Je trouve tout ça très vieilli et même très démodé. Ça a un côté "Club des cinq" qui me déconcerte. Mais il est vrai que je suis sans doute un peu vieux pour le lire.
Je voulais proposer une autre hypothèse, qu'Alain Fournier avait bien utilisé un registre en rapport avec ses personnages. Pourquoi supposer qu'il ait fait parler ce lycéen d'une façon différente de celle qu'il avait utilisée dans sa propre vie comme il l'avait vécue il y avait dix ans ?

J'ai trouvé un soutien pour cette hypothèse dans la thèse de doctorat de Jeppesen Kragh, Le remplacement de l'imparfait du subjonctif par le présent du subjonctif, même si on n'en peut lire que quelques extraits. Dans une note [p 16], elle a écrit :
[sup]4[/sup] Dès études antérieures (Jeppesen 1991) ont montré que l'emploi de l'imparfait du subjonctif et du plus-que-parfait du subjonctif était stable jusqu'à la fin du XIX[sup]e[/sup] siècle.
Dans le chapitre 11, elle a discuté les changements de l'utilisation de l'imparfait du subjonctif qui apparaissaient en écrit au milieu du XX[sup]e[/sup] siècle, et la tendance des verbes avoir et être à y résister. Si les changements de la langue écrite suivent celles de la langue orale, n'est-il pas plausible que fût soit toujours vivant les dernières années du XIX[sup]e[/sup] siècle chez des instituteurs ?

Merci pour la référence au Club des Cinq, je n'en ai jamais entendu parler. Ma mère m'a défendu de lire les romans pour jeunes adolescents, et surtout les BDs. Tandis que mes amis lisaient la série de Tom Swift ou de The Hardy Boys, moi, je lisais Robert Louis Stevensen et les romans d'Alexandre Dumas en traduction. (Je connais quelque chose de la vie familiale parmi les instituteurs : ma mère avait été formée institutrice, ma grand-mère était institutrice tout sa vie professionelle, deux des mes tantes étaient institutrices, la troisième était professeur universitaire de la littérature anglaise.)
BillM a écrit :Merci pour la référence au Club des Cinq, je n'en ai jamais entendu parler.
Pas entendu parler des Famous Five d'Enid Blyton ? Tu voulais dire "pas lu", peut-être.
Pour revenir au style de ces dialogues dans le Grand Meaulnes, il est clair qu'ils sont tout sauf naturels ; ils sont écrits dans un langage très soutenu, absolument inconcevable dans la bouche d'un écolier de 14 ans normalement constitué, même au tournant du XXe siècle. Non seulement cet imparfait du subjonctif, mais aussi le "je ne puis pas", ou même plus loin le "hâte-toi". L'ensemble crée une langue artificielle. Il est clair qu'Alain-Fournier ne cherche pas à atteindre la réalité par le réalisme des dialogues, mais il décrit un monde onirique dans une langue très classique.
Mais c'était-là le propre de beaucoup de romans anciens, et ça ne manque pas de charme. Dans un genre différent mais qui me vient à l'esprit, quand on lit les Mille et Une Nuits dans la version de Galland, la langue est très artificielle, cette belle langue française classique dans un monde arabe, mais cela participe indéniablement au bonheur de cette lecture, du moins pour moi.
The Famous Five, non, je n'en ai jamais rencontré aucune mention. Même si cette série était trés populaire en Angleterre, à cette époque-là, la fin des années cinquante, le début des années soixante, ce sont les séries Tom Swift, The Hardy Boys, et Nancy Drew qui étaient les plus populaires aux États-Unis.
Je me rends compte que l'Atlantique constitue un véritable fossé culturel ! 😀
En fait, l'imparfait du subjonctif n'est pas imputable à l'adolescent, mais bel et bien à l'adulte puisqu'il se trouve non dans les paroles rapportées, mais dans le discours enchâssant ; c'est donc l'adulte qui s'exprime (et derrière lui, l'auteur).
Ah ! Merci, j'aurais dû la lire comme cela.
J'adhère pleinement à l'explication de Lamaneur.
Ces dialogues n'ont donc rien de réalistes. Si j'ai bien compris, les écoliers de la fin du XIXème siècle ne parlaient pas ainsi (même probablement les futurs normaliens ou Alain-Fournier lui-même).
C'était bien ce que je pensais en posant ma question.

Concernant l'aspect "Club des cinq". Je nuance mon propos en abordant le dernier tiers du roman qui en donne un éclairage différent.

A Jacques : la citation est bien entre guillemets dans le livre.
Bien sûr, il s'agit d'une incise narrative tout à fait commune ; on ne va pas écrire : "Non", dis-je, bien que la tentation fût forte, "je ne puis pas, à cause de Mr Seurel…"
Que viendrait faire un imparfait du subjonctif dans un environnement de verbes au présent ??
Par contre, s'il y avait soit au lieu de fût, on pourrait hésiter, et seule l'analyse littéraire pourrait trancher.