Bonjour,
j'ai un commentaire de texte à faire sur ce long extrait d'Illusions Perdues de Balzac. J'ai une problématique et un semblant de plan. Si vous pouviez me donner vos avis ou m'apporter des précisions, j'apprécierai beaucoup 🙂
Merci d'avance.
Ma problématique est : En quoi ce texte se présente-t-il comme une tentative d'initiation de Lucien dans la société parisienne ?
Mon plan :
I) Un apprentissage qui se fait par les apparences :
1) La divinisation du lieu présenté par la naiveté de lucien
2) La découverte du pouvoir de l'argent et des femmes
3) Un luxe qui entretient les illusions de Lucien
II) L'influence de la société environnante sur le personnage de Lucien :
1) Une volonté de conformisme dans la société:
III) Une forme de désenchantement face à cette société :
1) Le comique du personnage de Lucien
2) Une société qui le met à l'écart
Voici l'extrait :
j'ai un commentaire de texte à faire sur ce long extrait d'Illusions Perdues de Balzac. J'ai une problématique et un semblant de plan. Si vous pouviez me donner vos avis ou m'apporter des précisions, j'apprécierai beaucoup 🙂
Merci d'avance.
Ma problématique est : En quoi ce texte se présente-t-il comme une tentative d'initiation de Lucien dans la société parisienne ?
Mon plan :
I) Un apprentissage qui se fait par les apparences :
1) La divinisation du lieu présenté par la naiveté de lucien
2) La découverte du pouvoir de l'argent et des femmes
3) Un luxe qui entretient les illusions de Lucien
II) L'influence de la société environnante sur le personnage de Lucien :
1) Une volonté de conformisme dans la société:
III) Une forme de désenchantement face à cette société :
1) Le comique du personnage de Lucien
2) Une société qui le met à l'écart
Voici l'extrait :
En regardant ces jolies bagatelles que Lucien ne soupçonnait pas, le monde des superfluités nécessaires lui apparut, et il frissonna en pensant qu’il fallait un capital énorme pour exercer l’état de joli garçon ! Plus il admirait ces jeunes gens à l’air heureux et dégagé, plus il avait conscience de son air étrange, l’air d’un homme qui ignore où aboutit le chemin qu’il suit, qui ne sait où se trouve le Palais-Royal quand il y touche, et qui demande où est le Louvre à un passant qui répond : — Vous y êtes. Lucien se voyait séparé de ce monde par un abîme, il se demandait par quels moyens il pouvait le franchir, car il voulait être semblable à cette svelte et délicate jeunesse parisienne. Tous ces patriciens saluaient des femmes divinement mises et divinement belles, des femmes pour lesquelles Lucien se serait fait hacher pour prix d’un seul baiser, comme le page de la comtesse de Konismarck. Dans les ténèbres de sa mémoire, Louise, comparée à ces souveraines, se dessina comme une vieille femme. Il rencontra plusieurs de ces femmes dont on parlera dans l’histoire du dix-neuvième siècle, de qui l’esprit, la beauté, les amours ne seront pas moins célèbres que celles des reines du temps passé. Il vit passer une fille sublime, mademoiselle des Touches, si connue sous le nom de Camille Maupin, écrivain éminent, aussi grande par sa beauté que par un esprit supérieur, et dont le nom fut répété tout bas par les promeneurs et par les femmes.
— Ha ! se dit-il, voilà la poésie.
Qu’était madame de Bargeton auprès de cet ange brillant de jeunesse, d’espoir, d’avenir, au doux sourire, et dont l’œil noir était vaste comme le ciel, ardent comme le soleil ! Elle riait en causant avec madame Firmiani, l’une des plus charmantes femmes de Paris. Une voix lui cria bien : « L’intelligence est le levier avec lequel on remue le monde. » Mais une autre voix lui cria que le point d’appui de l’intelligence était l’argent. Il ne voulut pas rester au milieu de ses ruines et sur le théâtre de sa défaite, il prit la route du Palais-Royal, après l’avoir demandée, car il ne connaissait pas encore la topographie de son quartier. Il entra chez Véry, commanda, pour s’initier aux plaisirs de Paris, un dîner qui le consolât de son désespoir. Une bouteille de vin de Bordeaux, des huîtres d’Ostende, un poisson, une perdrix, un macaroni, des fruits furent le nec plus ultra de ses désirs. Il savoura cette petite débauche en pensant à faire preuve d’esprit ce soir auprès de la marquise d’Espard, et à racheter la mesquinerie de son bizarre accoutrement par le déploiement de ses richesses intellectuelles. Il fut tiré de ses rêves par le total de la carte qui lui enleva les cinquante
francs avec lesquels il croyait aller fort loin dans Paris. Ce dîner coûtait un mois de son existence d’Angoulême. Aussi
ferma-t-il respectueusement la porte de ce palais, en pensant qu’il n’y remettrait jamais les pieds.
— Ève avait raison, se dit-il en s’en allant par la galerie de pierre [Pierre] chez lui pour y reprendre de l’argent, les
prix de Paris ne sont pas ceux de l’Houmeau. Chemin faisant, il admira les boutiques des tailleurs, et songeant aux toilettes qu’il avait vues le matin : — Non, s’écria-t-il, je ne paraîtrai pas fagoté comme je le suis devant madame d’Espard. Il courut avec une vélocité de cerf jusqu’à l’hôtel du Gaillard-Bois, monta dans sa chambre, y prit cent écus, et redescendit au Palais-Royal pour s’y habiller de pied en cap. Il avait vu des bottiers, des lingers, des giletiers, des
coiffeurs au Palais-Royal où sa future élégance était éparse dans dix boutiques. Le premier tailleur chez lequel il entra lui fit essayer autant d’habits qu’il voulut en mettre, et lui persuada qu’ils étaient tous de la dernière mode.
Lucien sortit possédant un habit vert, un pantalon blanc et un gilet de fantaisie pour la somme de deux cents francs. Il eut bientôt trouvé une paire de bottes fort élégante et à son pied. Enfin après avoir fait emplette de tout ce qui lui était nécessaire, il demanda le coiffeur chez lui où chaque fournisseur apporta sa marchandise. À sept heures du soir, il monta dans un fiacre et se fit conduire à l’Opéra, frisé comme un saint Jean de procession, bien gileté, bien cravaté, mais un peu gêné dans cette espèce d’étui où il se trouvait pour la première fois. Suivant la recommandation
de madame de Bargeton, il demanda la loge des Premiers Gentilshommes de la Chambre. À l’aspect d’un homme dont l’élégance empruntée le faisait ressembler à un premier garçon de noces, le Contrôleur le pria de montrer son coupon.
— Je n’en ai pas.— Vous ne pouvez pas entrer, lui répondit-on sèchement.
— Mais je suis de la société de madame d’Espard, dit-il.
— Nous ne sommes pas tenus de savoir cela, dit l’employé qui ne put s’empêcher d’échanger un imperceptible sourire avec ses collègues du Contrôle.
En ce moment une voiture s’arrêta sous le péristyle. Un chasseur, que Lucien ne reconnut pas, déplia le marchepied
d’un coupé d’où sortirent deux femmes parées. Lucien, qui ne voulut pas recevoir du Contrôleur quelque impertinent
avis pour se ranger, fit place aux deux femmes.
— Mais cette dame est la marquise d’Espard que vous prétendez connaître, monsieur, dit ironiquement le Contrôleur à Lucien.
Lucien fut d’autant plus abasourdi que madame de Bargeton n’avait pas l’air de le reconnaître dans son nouveau plumage ; mais quand il l’aborda, elle lui sourit et lui dit :
—Cela se trouve à merveille, venez !
Les gens du Contrôle étaient redevenus sérieux. Lucien suivit madame de Bargeton, qui, tout en montant le vaste escalier de l’Opéra, présenta son Rubempré à sa cousine. La loge des Premiers Gentilshommes est celle qui se trouve
dans l’un des deux pans coupés au fond de la salle : on y est vu comme on y voit de tous côtés. Lucien se mit derrière sa cousine, sur une chaise, heureux d’être dans l’ombre.



