Bonsoir,
je suis actuellement en Khâgne A/L spé. LC. Je suis entrée en hypokhâgne un peu par hasard, sur une envie de faire du Grec encore et encore. L'hypokhâgne n'a pas eu raison de cette envie (à l'instar de la khâgne, je l'espère), mais je me trouve face à deux énormes difficultés. La première étant que mon niveau était quasiment celui d'un débutant à mon entrée en hypokhâgne et que j'ai toujours quelques difficultés, même si mon niveau a beaucoup augmenté. Deuxièmement, je n'ai commencé le Latin qu'il y a douze mois et l'exercice de thème est clairement une humiliation doublée d'un calvaire, pour quelqu'un de mon niveau. En moyenne je dois travailler mon Grec et mon Latin entre deux et trois heures par jour (ce qui est normal, en prépa), et je sais que ça sera pire si je continue à la fac. Je voudrais m'orienter vers l'enseignement en Grec, et je me demandais si cela était bien raisonnable. Mon raisonnement est peut-être bassement matérialiste, mais est-ce que ça vaut le coup de travailler autant pour potentiellement enseigner l'alphabet à des collégiens? Enfin savez-vous comment se porte l'enseignement des Lettres Classiques aujourd'hui? Pour ma part je n'ai que des échos désastreux…
Valete!
Quelques éléments rapides (le détail demanderait des heures et ma pile de copies en retard atteint déjà la mi-hauteur du plafond):
1. On n'enseigne pas le grec, mais les lettres, donc un composé de français, de latin et de grec. Les proportions de chaque élément peuvent varier, mais avoir un service composé exclusivement de langues anciennes est rare dans le secondaire, et à peine plus fréquent en prépa.
2. Il est normal de souffrir en thème latin. C'est une discipline très ingrate où l'on peut ramer longuement avant de se mettre à avancer. Puis, quand l'essentiel est en place, on peut se mettre à progresser très vite. Mais il faut apprendre sa grammaire impeccablement et beaucoup s'entraîner. Je me faisais des fiches avec des phrases types que j'apprenais par coeur, ceci afin de fixer les principales constructions, règles de syntaxe, expressions idiomatiques, etc…
3. Pour l'avenir de l'enseignement du grec, il est difficile de se prononcer. Il ne disparaîtra sûrement pas tout à fait, car on aura toujours besoin d'un certain nombre de spécialistes capables de lire les textes, les inscriptions, etc. Mais il deviendra sans doute de plus en plus une "niche" réservée à quelques lycées. Cela dit, à ce jour, une partie des postes du Capes de LC ne sont même pas pourvus, tant les candidats sont faibles. Il y a donc encore de l'emploi pour des jeunes gens motivés…
Bonjour,
je suis navrée de vous répondre si tard, mais avec tout le travail que j'ai à faire, je ne vois presque plus le temps passer.
Votre message me réconforte beaucoup, merci. Je ne savais pas du tout pour le Capes, j'ai donc peut-être encore une chance. Pour le thème latin, vous me donnez des idées, je vais essayer votre méthode, ça ne peut pas me faire de mal.
Tant que les concours de lettres classiques existent, et qu'on se sent un goût pour l'enseignement, ça vaut le coup. 😉
En L3, l'amplitude des matières abordées se réduit par rapport à la khâgne ; ce n'est plus la même chose et il y a donc plus de temps pour s'entraîner, normalement. Le problème que j'ai rencontré après ma khâgne a été le suivant : quoiqu'ayant été moi aussi en spé LC, je n'avais pas vraiment travaillé le grec autant que je l'aurais pu, et cela, couplé à une grande baisse de motivation, m'a empêché de travailler mes langues anciennes autant que je l'aurais dû cette année-là. Comme j'ai bifurqué plus vers les modernes en master (de recherche généraliste, pas forcément LC ou LM), faisant un peu de tout avant de faire un mémoire sur le Moyen Âge, je me retrouve au concours de l'agrégation en LC avec un certain retard. Mon conseil : vraiment travailler latin et grec en khâgne (en harmonie avec les autres matières), puis en L3 si on continue à la fac. J'ai l'impression que ceux qui ont débuté les langues anciennes au début du supérieur, en suivant les méthodes adaptées, s'en sortent finalement mieux que ceux qui en ont fait, mais pas très bien, depuis le secondaire…
Le thème latin finit par rentrer : il faut bien s'exercer, faire du petit latin régulièrement (on a plus le temps à l'université pour cela), s'imprégner de Cicéron (voire de César), et des tours de pensée latins.
Concernant l'enseignement du grec ancien : en effet, il n'y a qu'en étant enseignant-chercheur à l'université qu'on peut enseigner surtout du grec ancien, et pour cela il faut l'agrégation de LC (donc forcément le niveau adéquat en latin et en français aussi) et le doctorat.
Pour le secondaire, l'épreuve de connaissance en LC du CAPES de LC me semble bien ouverte. Pour l'agrégation, c'est plus compliqué, puisqu'on a thème dans les deux langues. Avoir fait pas mal de thème en khâgne en latin se révèle bien utile quand on passe l'agreg, ne serait-ce qu'en révisant ses devoirs et les corrections. Par contre, le thème grec, c'est une autre affaire : accrochez-vous bien, prévoyez et vous aurez toutes vos chances.
Bonjour,
Mairon a écrit :J'ai l'impression que ceux qui ont débuté les langues anciennes au début du supérieur, en suivant les méthodes adaptées, s'en sortent finalement mieux que ceux qui en ont fait, mais pas très bien, depuis le secondaire…
C'est une opinion de plus en plus partagée…
Pour le reste, je conseillerais de ne pas trop consacrer de temps au thème latin, qui est un exercice assez mineur au niveau des CPGE, et illusoire quand les connaissances de langue et de style sont insuffisantes (voire même contre-productif, lorsqu'on prend de mauvaises habitudes). Mettez l'accent sur l'approfondissement de la grammaire, qui demande souvent (et c'est bien normal) un travail plus autonome qu'en première année, et qui vous servira aussi bien en version qu'incidemment en thème. Et négligez aussi peu que possible les autres matières, non seulement dans la perspective du concours, mais aussi si vous souhaitez redoubler dans un autre établissement (comme cela semble être le cas) ou diversifier vos possibilités après les CPGE.
Bien cordialement,
Bonsoir,
merci beaucoup pour vos réponses, mais mon soucis est justement dans le peu de temps que je consacre aux matières autres que le Grec et le Latin. Enfin à ce stade de la Khâgne j'ai une forte baisse de motivation dans les autres matières et je manque sérieusement de courage pour rattraper ce qui est délaissé en cours; je ne fais donc plus que du Grec et du Latin et strictement rien d'autre, surtout que mes parents sont de plus en plus hostiles à l'idée que j'aille peut-être à la fac, alors j'en profite tant que je peux encore étudier ces matières. Mais enfin je sais bien que vous avez raison, Arthur, et je vais tenter de me contraindre à travailler mon histoire (comme vous Mairon, je préfère l'histoire médiévale, et l'histoire contemporaine me laisse perplexe et m'ennuie).
Cordialement,
Je suis bien d'accord avec Arthur.
surtout que mes parents sont de plus en plus hostiles à l'idée que j'aille peut-être à la fac, alors j'en profite tant que je peux encore étudier ces matières
Il ne faut pas se fermer les portes trop tôt, en effet. Je connais quelques exemples de parents dont l'avis a un peu trop pesé sur l'orientation de leurs enfants, pour des résultats assez mitigés. J'ai lu votre message dans le sujet des "désillusions de la khâgne", et l'idée que les vôtres ne veuillent pas vous payer la fac fait mal au coeur. Si c'est l'accession ou pas à l'ENS qui est à leurs yeux la condition requise pour que vous continuiez en lettres, ce n'est pas un argument valable par rapport à votre éventuel projet. Aller à l'université lorsque l'on a un projet ou lorsque l'on envisage l'enseignement, c'est autre chose que d'y arriver en touriste en début de licence - c'est ce deuxième aspect qui contribue à donner une image négative de l'université en lettres. Si leur opposition est due plus généralement à une mauvaise opinion de la filière des lettres en général, c'est plus compliqué, mais il me semble qu'il est important de suivre des études que l'on aime, raisonnablement.
comme vous Mairon, je préfère l'histoire médiévale, et l'histoire contemporaine me laisse perplexe et m'ennuie
J'entrevois ce que vous voulez dire. De mon côté, j'aime à peu près toutes les époques, généralement parlant, mais dès que l'histoire économique devient envahissante, je passe à autre chose (alors que l'histoire politique entretient toujours mon intérêt) ; cependant, il y a un tout autre attrait dans les périodes plus anciennes.
Les années de préparation de concours sont difficiles et l'on entre dans une période où les baisses de motivation et les fatigues sont assez communes (c'est partiellement mon cas en tant qu'agrégatif). Toutes les matières ou tous les cours abordés ne sont pas plaisants ou d'un intérêt égal, mais il faut passer par là. Étant donné ce que vous décrivez, je suis un peu perplexe en ce qui concerne votre intention de khûber, mais c'est peut-être dû à ma propre expérience de ne l'avoir pas fait. La khâgne est très formatrice, mais j'entrevois mal l'intérêt d'une deuxième khâgne à part si l'on a vraiment toute la motivation nécessaire pour affronter de nouveau le concours et si l'on sent que l'obtenir va être possible.
Dans mon cas, j'ai peut-être été paresseux ou légèrement défaitiste, mais j'ai préféré par réalisme ne pas retenter le coup, malgré l'avis professoral, alors même que j'avais peu ou prou le niveau (mais pas les capacités de l'actualiser lors des épreuves proprement dites, m'ont murmuré mes résultats) et qu'il ne m'aurait pas déplu du tout de rejoindre des normaliens comme Arthur. Je n'ai certes pas été satisfait de ma L3, mais je ne sais pas si une deuxième khâgne m'aurait fait accéder à l'ENS malgré un surcroît d'efforts ; un deuxième échec m'aurait aveuli et déplu bien davantage encore que le premier, je suppose, et aurait été plus rude que les déceptions de la L3 ne le furent. Je n'avais néanmoins pas le problème du refus parental de me laisser aller à la fac de lettres, malgré quelques inquiétudes (famille proche et élargie surtout tournée vers le domaine médical et scientifique et grand-frère ayant fait Sciences Po, et, partant, ne connaissant pas trop les lettres).
Athenaïs a écrit :Bonsoir,
merci beaucoup pour vos réponses, mais mon soucis est justement dans le peu de temps que je consacre aux matières autres que le Grec et le Latin. Enfin à ce stade de la Khâgne j'ai une forte baisse de motivation dans les autres matières et je manque sérieusement de courage pour rattraper ce qui est délaissé en cours; je ne fais donc plus que du Grec et du Latin et strictement rien d'autre, surtout que mes parents sont de plus en plus hostiles à l'idée que j'aille peut-être à la fac, alors j'en profite tant que je peux encore étudier ces matières. Mais enfin je sais bien que vous avez raison, Arthur, et je vais tenter de me contraindre à travailler mon histoire (comme vous Mairon, je préfère l'histoire médiévale, et l'histoire contemporaine me laisse perplexe et m'ennuie).
Bonjour Athénaïs,
Voilà exactement la situation dans laquelle je me suis mis l'an dernier (à quoi s'ajoutait un programme qui avait paru peu enthousiasmant à l'imbécile que je suis) ; bien évidemment, et comme on pouvait s'y attendre, cela m'a valu, au concours, un bulletin de notes d'une grande hétérogénéité : mes notes en langues anciennes furent aussi excellentes que furent pitoyables mes notes dans les autres matières. Or, à Ulm (ni à Lyon), ça ne saurait suffire.
C'est bien la raison pour laquelle j'ai décidé de cuber, et bon… jusqu'ici (je touche du bois), je n'ai renoncé à aucune matière et je reste - plus ou moins - motivé à tout travailler. Je ne prétends pas qu'il en sera de même pour toi (d'ailleurs, l'année, si courte soit-elle, est loin d'être terminée !), mais j'espère que mon cas, qui n'est pas isolé j'en suis sûr, est susceptible de te rassurer.
Mairon a écrit : J'ai lu votre message dans le sujet des "désillusions de la khâgne", et l'idée que les vôtres ne veuillent pas vous payer la fac fait mal au coeur. Si c'est l'accession ou pas à l'ENS qui est à leurs yeux la condition requise pour que vous continuiez en lettres, ce n'est pas un argument valable par rapport à votre éventuel projet. Aller à l'université lorsque l'on a un projet ou lorsque l'on envisage l'enseignement, c'est autre chose que d'y arriver en touriste en début de licence - c'est ce deuxième aspect qui contribue à donner une image négative de l'université en lettres. Si leur opposition est due plus généralement à une mauvaise opinion de la filière des lettres en général, c'est plus compliqué, mais il me semble qu'il est important de suivre des études que l'on aime, raisonnablement.
Le soucis c'est que mes parents refusent que j'enseigne, et ils ne veulent pas investir dans des études dont ils pensent que je ne pourrais pas vivre. De plus, ils ont en effet une mauvaise opinion de la filière, même si cela va un peu mieux.
Mairon a écrit : Étant donné ce que vous décrivez, je suis un peu perplexe en ce qui concerne votre intention de khûber, mais c'est peut-être dû à ma propre expérience de ne l'avoir pas fait. La khâgne est très formatrice, mais j'entrevois mal l'intérêt d'une deuxième khâgne à part si l'on a vraiment toute la motivation nécessaire pour affronter de nouveau le concours et si l'on sent que l'obtenir va être possible.
Mon projet peut en effet paraître étrange et un peu désespéré, mais le soucis ce n'est pas la KH, c'est la KH dans laquelle je suis, je n'adhère cette année pas du tout à l'enseignement qui est proposé, surtout qu'il est très faible dans des matières capitales comme l'histoire. Et rester 6h par semaine (et là je ne comptabilise que les cours d'histoire) assise sur une chaise à écouter un cours qui n'en est pas un, c'est dur à supporter.
Sullyvan a écrit : C'est bien la raison pour laquelle j'ai décidé de cuber, et bon… jusqu'ici (je touche du bois), je n'ai renoncé à aucune matière et je reste - plus ou moins - motivé à tout travailler. Je ne prétends pas qu'il en sera de même pour toi (d'ailleurs, l'année, si courte soit-elle, est loin d'être terminée !), mais j'espère que mon cas, qui n'est pas isolé j'en suis sûr, est susceptible de te rassurer.
Oui ça me rassure beaucoup, merci 🙂 J'espère que je pourrais me sortir de là et me donner les moyens de khûber dans une autre prépa, histoire de changer un peu d'air.
Merci à vous deux!