Montesquieu, Lettres persanes, 155

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Je dois rédiger le commentaire composé de la lettre 155 des Lettres persanes, de Montesquieu (1721).
Voici la lettre:
Lettre 155
Usbek à Nessir, à Ispahan.
Heureux celui qui, connaissant le prix d’une vie douce et tranquille, repose son cœur au milieu de sa famille et ne connaît d’autre terre que celle qui lui a donné le jour !
Je vis dans un climat barbare, présent à tout ce qui m’importune, absent de tout ce qui m’intéresse. Une tristesse sombre me saisit ; je tombe dans un accablement affreux : il me semble que je m’anéantis, et je ne me retrouve moi-même que lorsqu’une sombre jalousie vient s’allumer et enfanter dans mon âme la crainte, les soupçons, la haine et les regrets.
Tu me connais, Nessir ; tu as toujours vu dans mon cœur comme dans le tien. Je te ferais pitié si tu savais mon état déplorable. J’attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du sérail ; je compte tous les instants qui s’écoulent ; mon impatience me les allonge toujours ; et, lorsque celui qui a été tant attendu est prêt d’arriver, il se fait dans mon cœur une révolution soudaine : ma main tremble d’ouvrir une lettre fatale. Cette inquiétude qui me désespérait, je la trouve l’état le plus heureux où je puisse être, et je crains d’en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille morts.
Mais, quelque raison que j’aie eue de sortir de ma patrie, quoique je doive ma vie à ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans cet affreux exil. Eh ! ne mourrais-je pas tout de même, en proie à mes chagrins ? J’ai pressé mille fois Rica de quitter cette terre étrangère ; mais il s’oppose à toutes mes résolutions : il m’attache ici par mille prétextes ; il semble qu’il ait oublié sa patrie, ou plutôt il semble qu’il m’ait oublié moi-même, tant il est insensible à mes déplaisirs.
Malheureux que je suis ! Je souhaite de revoir ma patrie, peut-être pour devenir plus malheureux encore ! Eh ! qu’y ferai-je ? Je vais rapporter ma tête à mes ennemis. Ce n’est pas tout : j’entrerai dans le sérail ; il faut que j’y demande compte du temps funeste de mon absence. Et si j’y trouve des coupables, que deviendrai-je ? Et si la seule idée m’accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma présence la rendra plus vive ? Que sera-ce, s’il faut que je voie, s’il faut que j’entende ce que je n’ose imaginer sans frémir ? Que sera-ce, enfin, s’il faut que des châtiments que je prononcerai moi-même soient des marques éternelles de ma confusion et de mon désespoir ?
J’irai m’enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les femmes qui y sont gardées. J’y porterai tous mes soupçons ; leurs empressements ne m’en déroberont rien ; dans mon lit, dans leurs bras, je ne jouirai que de mes inquiétudes ; dans un temps si peu propre aux réflexions, ma jalousie trouvera à en faire. Rebut indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le cœur a été fermé pour jamais à tous les sentiments de l’amour, vous ne gémiriez plus sur votre condition si vous connaissiez le malheur de la mienne.

De Paris, le 4 de la lune de Chahban 1719.
J'ai rédigé un plan qui ne me laisse pas satisfaite. Pourriez vous me prêter main forte, s'il vous plait? J'ai beaucoup de difficultés à trouver mon axe de lecture.
Voici mon plan:
I] un texte dramatique présenté comme un monologue:
a) lexique de la douleur et du désespoir.
b) épanchement des sentiments (image du coeur)- Usbek nous livre une longue complainte.
c) texte avec une forte tension - annonce d'une fin cruelle (ponctuation).

II] Usbek, un tyran imparfait et impuissant:
a) dilemme tragique - doute
b) mélancolie.
c) contradictions et violence de la passion - jalousie destructrice.

III] Image de la détérioration du despotisme/ du pouvoir.
a) image du temps qui s'écoule lentement.
b) nombreuses interrogations - doute
c) rupture avec le sérail - Usbek ne se retrouve nul part.
Bonsoir,

Cette analyse est bonne.
Elle peut être améliorée :

Je commencerai par définir une problématique : Usbeck, un héros inspiré de la tragédie classique ?

I] un monologue pathétique:
II] Usbek, un tyran imparfait et impuissant ou un être aveuglé par ses passions et déchiré entre des désirs contradictoires
III] un être marqué par la fatalité tragique
lexique funèbre
le héros est destiné à périr par le supplice
- immédiat s'il était resté dans son pays
- lent et raffiné dans l'éloignement
la cruauté orientale

En conclusion, je montrerais la transition entre le héros classique et le personnage préromantique des romans sentimentaux larmoyants.
Bonjour,
Merci infiniment de m'avoir répondu. J'ai pris en compte ce que vous m'avez dit. Néanmoins ne pensez vous pas que je doit parler de la critique du pouvoir français en allusion et du pastiche sur l'orient ?
Peut-être que je dois également dire que Usbek est un homme qui philosophe sur lui-même?
Bonne journée!
Bonjour,

Je ne crois pas que Montesquieu dans cette lettre
- pastiche l'Orient, son roman qui s'appuie sur les relations des voyageurs et des marchands, notamment Tavernier. Il s'efforce au contraire d'être précis et documenté, il cultive d'ailleurs le genre oriental érotique et cruel déjà exploité par Racine dans Bajazet,
- critique l'absolutisme royal, ce qu'il a fait dans d'autres lettres du roman.
Ici nous sommes, me semble-t-il, dans le pur filon romanesque qui a valu aux Lettres persanes un grand succès de librairie.