Pourquoi l’amour ne suffit pas ?
13 réponses
Bonjour,
Alors voila, certains le savent peut-être, je suis en hk depuis un mois et demi. Seulement, quel n'a pas été mon étonnement! Moi qui m'attendais à croiser Sartre et Beauvoir à tous les coins de couloirs, me voila bien déçu (en exagérant un petit peu, bien entendu).
Alors, lorsque je les entends participer, répondre, et même discuter entre eux, je me pose une question: aiment-ils la littérature, la philosophie, l'histoire… Et même : aiment-ils lire?
Je ne viens pas pour vous raconter ma vie, mais pour vous poser une question - à laquelle je suis presque au regret de connaitre déjà la réponse: d'après-vous, l'amour de la matière suffit-il pour réussir ses études littéraires?
La prépa (je ne connais pas la fac) n'est-elle pas plus formatrice de spécialistes que d'artistes et de gens passionnés?
Peut-être est-ce le mode d'enseignement propre à mon lycée, ou bien est-ce la population particulièrement frigide…
J'aurais aimé avoir vos avis.
Sincèrement, j'ai eu les mêmes interrogations en HK, mais si je peux te donner un conseil, concentre-toi sur toi-même; tu vas avoir assez de problèmes pour ne pas pourvoir te permettre de sonder tes petits camarades.
Mais je pense que non, l'amour ne suffit pas! Pourquoi le regretter? Il faut du travail, beaucoup de travail, mais si tu es aussi passionnée que tu le dis, ça ne devrait pas être une corvée pour toi 🙂 Par contre si es venue ne HK en pensant que tu baignerais dans un milieu d'artistes férus de littérature, qui ne vivent que pour citer du Baudelaire et du Mallarmé, c'est pas vraiment ça. Il y en a, bien sûr, encore heureux! Mais oui, il y en a qui n'aiment pas la littérature plus que ça, chacun ses goûts, et c'est pour ça que la prépa propose plusieurs dominantes 🙂
Mais devenir "spécialiste" (je le mets entre guillemets, parce qu'au bout de la khâgne tu ne te transformes pas non plus en génie pouvant briguer le concours de l'ENA sans difficultés 😜) ne te tente donc pas?
Athenaïs a écrit :Mais devenir "spécialiste" (je le mets entre guillemets, parce qu'au bout de la khâgne tu ne te transformes pas non plus en génie pouvant briguer le concours de l'ENA sans difficultés 😜) ne te tente donc pas?
Devenir spécialiste comme eux le sont? Je préfère rester inculte. Parce qu'un spécialiste comme eux, c'est une personne qui ne prend aucun plaisir à l'art, mais sait toutes les théories. Lire de la philo? A quoi bon ! Onfray fait des résumés, cela ira plus vite ! Eh puis, lorsqu'on lit, ce ne sont que les livres imposés, pas plus !
Non, en réalité, je m'attendais à ce qui n'aiment pas plus que ça la littérature doivent fournir du travail, mais pas qu'ils soient meilleurs que ceux qui lisent depuis longtemps. Mais tu as peut être raison, en khagne cela doit être différent…
Karlsbrau a écrit :
Devenir spécialiste comme eux le sont?
Non, eux ne le sont pas, et ils ne deviendront pas non plus de vrais spécialistes si ce n'est pas une passion…
Ah! Vous êtes donc de l'avis qu'il faille être passionné pour pouvoir devenir bon dans une matière que l'on étudie? (cela revient un peu à un sujet qui fait actuellement débat sur le forum, désolé).
Donc, un scientifique qui n'aime pas la science pour ce qu'elle est mais pour ce qu'elle représente ne sera pas un "bon scientifique"?
Karlsbrau a écrit :Devenir spécialiste comme eux le sont? Je préfère rester inculte. Parce qu'un spécialiste comme eux, c'est une personne qui ne prend aucun plaisir à l'art, mais sait toutes les théories. Lire de la philo? A quoi bon ! Onfray fait des résumés, cela ira plus vite ! Eh puis, lorsqu'on lit, ce ne sont que les livres imposés, pas plus !
Non, en réalité, je m'attendais à ce qui n'aiment pas plus que ça la littérature doivent fournir du travail, mais pas qu'ils soient meilleurs que ceux qui lisent depuis longtemps. Mais tu as peut être raison, en khagne cela doit être différent…
Aie, aie, aie, je me sens visée par ton commentaire! Mais bon, en effet, la philosophie je crois que c'est la matière que j'aime le moins, et j'avoue ne lire que les extraits les plus importants dans les deux tomes de "Philosophes et philosophie", mais crois-moi, on ne peut décidément pas tout lire! Et puis je crois qu'il faut accepter que notre passion puisse ennuyer d'autres élèves. Pour ce qui est des livres imposés, je conçois là encore que pour certains ça soit une punition, et je pense tout particulièrement à mes camarades qui ont une dent contre les poètes romantiques et qui ont du lire Lamartine pendant les vacances. Je crois qu'on a le droit d'aimer la littérature sans pour autant aimer inconditionnellement tous les auteurs de langue française!
Par contre navrée de te décevoir, je n'ai pas voulu dire qu'en khâgne c'était différent, je trouve même que ça s'accentue. Pour moi la difficulté réside dans le fait de mettre ne mots cette passion, ces impressions, cet émerveillement qui me saisit quand je lis les "Fleurs bleues" par exemple. A cause de ça, je dois, plus que mes amis, travailler le commentaire, la stylistique, la grammaire et les figures de style, certes, mais quand en colle j'arrive à mettre en mots ce que je ressens, à l'expliquer et à le démontrer, j'oublie le travail que j'ai dû fournir et je trouve au contraire la chose très gratifiante! 😀 Enfin, ne désespère pas, surtout pas après un mois!
Karlsbrau a écrit :Ah! Vous êtes donc de l'avis qu'il faille être passionné pour pouvoir devenir bon dans une matière que l'on étudie?
Je préfère éviter de me lancer dans des généralisations hasardeuses… Simplement, je pense qu'il y a une différence entre faire des études au niveau licence et se spécialiser réellement dans un domaine. En licence, on peut travailler de manière bête et méchante, appliquer laborieusement les consignes et "réussir" ainsi, du moins valider son année et passer dans l'année supérieure. Mais est-ce cela, "réussir" ? Est-ce cela, "être bon" ? Personnellement, j'ai des doutes sur l'intérêt de la chose, mais c'est un autre débat. J'ai eu bien des étudiants dans ce cas, ils passaient "ric rac" au niveau supérieur, mais ensuite ?
Être diplômé au niveau bac + 1 ou 2 ou 3, même après un passage par une prépa, ce n'est pas être "spécialiste". Je ne pense pas qu'on puisse parler de spécialisation avant la fin du master (recherche) ou le doctorat… Alors oui, il y a aussi des personnes qui se lancent dans un doctorat en littérature sans véritable passion. Pour la "gloire" peut-être, parce qu'on les y a poussées, parce qu'elles ont peur de "finir prof" dans le secondaire comme si c'était la pire des tares, que sais-je encore… Mais là c'est autre chose. Je ne connais personne qui soit venu à bout de son doctorat sans passion…
Athenaïs : nous ne nous sommes pas compris. Je ne parle pas de ceux qui rechignent à lire Lamartine (cela peut se comprendre), mais je parle de ceux qui ne lisent que Lamartine. Je ne comprends pas comment on peut se diriger vers une formation littéraire sans pour autant avoir un penchant pour tout ce qui relève de l'écriture.
Il n'est pas question pour moi d'arrêter, mais je suis heureux d'avoir pu entendre (ou plutôt lire) ton avis qui me conforte un peu.
Tropic : Très content aussi de votre commentaire ! Je vois que la réalité donne raison à mes théories ! 😂
Seulement vous parlez de la fac, en prépa je pense que c'est différent, non?
Karlsbrau a écrit : Seulement vous parlez de la fac, en prépa je pense que c'est différent, non?
Grande question… On voit arriver en L3 bien des élèves de prépa ! 🙂
Oui… Le problème en prépa, c'est que les élèves que je citais plus haut y arrive parfaitement.
N'allez pas voir là dedans une quelconque jalousie, hein, seulement de l'incompréhension.
Mais bon, peut-être faut il juste que je prenne le temps de m'habituer.
Karlsbrau a écrit :Athenaïs : nous ne nous sommes pas compris. Je ne parle pas de ceux qui rechignent à lire Lamartine (cela peut se comprendre), mais je parle de ceux qui ne lisent que Lamartine. Je ne comprends pas comment on peut se diriger vers une formation littéraire sans pour autant avoir un penchant pour tout ce qui relève de l'écriture.
Il n'est pas question pour moi d'arrêter, mais je suis heureux d'avoir pu entendre (ou plutôt lire) ton avis qui me conforte un peu.
Tropic : Très content aussi de votre commentaire ! Je vois que la réalité donne raison à mes théories ! 😂
Seulement vous parlez de la fac, en prépa je pense que c'est différent, non?
Et alors? Ce n'est pas parce qu'on ne lit QUE du Lamartine qu'on ne peut aimer Queneau! Je pense qu'on a tous des périodes. L'an dernier je crois n'avoir lu presque que du Gogol, j'ai découvert cet auteur et j'ai voulu TOUT lire, ça arrive, je ne pense pas que ça montre une fermeture d'esprit pour tous les autres, mais je me sentais bien dans Gogol, et je n'avais pas envie d'en être tirée. Même chose pour Hesse depuis quelques mois. Toi-même n'as-tu pas un auteur ou un mouvement, une période vers laquelle tu reviens sans cesse? Inconsciemment peut-être 😜 C'est vrai que ça peut être dévastateur, je suis témoin. Lors de ma colle de vendredi, j'ai séché sur des question sur l'OU.LI.PO, qu'en tant qu'admiratrice inconditionnelle du roman des XVII et XVIII (surtout libertins), je lis peu.
Mais enfin on ne peut pas tous aimer la même chose et ça donne d'ailleurs lieu à des discutions animées à la pause (je ne sais pas si tu connais déjà ça, une querelle des Anciens et des Modernes qui se déroule entre deux cours de philo sur la morale kantienne, ça ne manque pas de sel).
En tout cas ton incompréhension est tout à fait légitime, et c'est aussi la mienne. Je me le demande surtout en Grec (ma passion, mais bon on s'en fiche!): je fournis un effort qui n'est pas négligeable et pourtant j'ai de moins bonnes notes que certains dans ma classe (enfin surtout des khubes) qui n'aiment pas plus ça qu'autre chose. Mais peut-être être que comme moi tu réfléchis trop, tu te demandes toujours si vraiment tu peux avoir compris ça, et si en fait ce n'est pas faux, parce que quand même t'es pas si bon que ça, etc.
Enfin surtout continue à lire, parce que tu pourras toujours citer une foultitude d'exemples en littérature, et cela, je doute qu'on y arrive en ne lisant jamais, ou alors des exemples convenus, et ce qui attire dans une copie de khâgne, c'est l'originalité!
Le plus problématique avec le système de la prépa et, en fait, avec le concours, c'est, je crois, qu'il tend à une forme sournoise de sclérose intellectuel si on y prend pas garde. On tombe dans rapidement dans une culture stéréotypée et une approche mécanique des problèmes que peuvent soulever tel ou tel point de littérature, de philosophie, d'histoire, ou d'autre chose encore. C'est sans nulle doute une chance pour acquérir rapidement une base solide de culture général, mais c'est aussi un risque de rester à ce niveau "concours", sans estimer qu'il est quelque chose en dehors ou plus profondément.
Je pense que pour se sauver de cette tendance, il faut garder une forme d'ouverture d'esprit, aller voir ailleurs si la culture ou la littérature y est, et sans doute rentrer un peu moins dans les codes attendus du concours et de sa préparation. Il est beaucoup plus "facile" de s'inscrire dans la logique sans s'y opposer, extrêmement corrosif d'opposer une résistance "intellectuel" au système dans lequel on se trouve, mais c'est peut être la garantie d'un "sauvetage" plus certain d'un dégout complet pour ce que l'on nomme "Culture" ou "Histoire" en prépa.
Enfin, je pense que la logique du "spécialiste" à tendance à être aussi sclérosante que celle du "je sais tout en surface" et qu'il faut tenter de trouver, même à un degrés élevé de recherches, le moyen de tisser des interconnexions entre ses intérêts et d'autre pôles, pour dynamiser un peu son propre parcours intellectuel.
Enfin bref !
Je suis moins optimiste que vous, je pense qu'il est tout à fait possible de faire une brillante carrière universitaire en ayant assez peu de goût pour les lettres. D'ailleurs, on pourrait s'amuser à distinguer entre le passionné des lettres et celui de l'érudition, le pédant, etc, etc. Il ne suffit pas de lire énormément pour que ce soit de l'amour. Il y a, à tous les niveaux, des gens qui n'ont pas le feu sacré. D'ailleurs, moi-même, en ce moment, je me sens assez peu passionné (j'ose espérer que ça ne durera pas). Bref, il faudra t'y faire, même si c'est un peu navrant.
Mais je préfère signaler l'inverse : j'ai rencontré en prépa les gens les plus passionnés que je connaisse. Ces gens sont pour certains devenus les piliers de mon existence. C'est donc vers eux qu'il faut aller, c'est eux que tu dois essayer de trouver. Après tout, qu'importe que ta classe soit ou non passionnée, si tu as auprès de toi d'autres personnes qui le sont ?
Ps : Athenaïs, tu penses à qui dans le libertinage XVIIe, XVIIIe ? J'ai moi-même un gros faible pour cette période. (J'essaye de montrer à Karlsbrau qu'on peut également parler littérature entre khâgneux !)